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Pourquoi les jeunes pros français sont aussi performants sur le tour?

Pourquoi les jeunes pros français sont aussi performants sur le tour?

Et même de plus en plus, si on en juge par les résultats du clan français lors des séries finales de la Race To Dubaï 2015 où le contingent français a été le deuxième plus important après l’Angleterre, ce qui était inimaginable encore dix ans en arrière. Ce n’est pas un phénomène qui se limite à l’éclosion de Victor Dubuisson ou Alexander Levy… La filière élite golf en France obtient des résultats de plus en plus probants à l’image de Clément Sordet, récent deuxième d’un tournoi d’envergure internationale en Thaïlande. 

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Nous avons mené l’enquête au cœur d’un des plus importants pôles espoirs en France, et interrogé trois acteurs et témoins privilégiés de cette spectaculaire ascension, Pascal Grizot (Président du comité Ryder Cup France 2018), Jean-Jacques Rivet (Biomécanicien de l’équipe de France) et Renaud Gris (entraîneur national) pour vous proposer une enquête au cœur de la fabrique à champions.

Sordet 2ème en Thaïlande, Langasque vainqueur de l’Amateur Championship, Dubuisson dans le Top-35 mondial…et ce n’est pas fini !

Ce n’est plus une simple coïncidence ! Tout le monde peut le constater, les golfeurs professionnels français se font de plus en plus présents à haut niveau.

Alors que le golf va faire son retour aux Jeux Olympiques de Rio à l’été 2016, que la Ryder Cup va se tenir à Paris en 2018, l’élite du golf français a de très beaux rendez-vous en vue.

Pourtant, seulement cinq ans en arrière, nous aurions eu peine à imaginer un français se hisser au plus haut niveau…

Et nous avions raison ! Ce n’est pas un français mais plusieurs qui démontrent un potentiel de très haut niveau en 2015.

A l’origine…

En 2002, Thomas Levet prenait la deuxième place du British Open, ce qui était un véritable exploit sportif à l’époque. Trois ans auparavant, Jean Van de Velde avait lui aussi manqué de très peu de remporter un majeur à Carnoustie.

Dans l’histoire récente du golf professionnel, ces grandes performances ont longtemps été isolées et surtout épisodiques.

Elles ont néanmoins permis au golf français d’y croire, et de tutoyer les sommets, avec notamment la participation de deux français à la Ryder Cup, dont une première victoire, celle de Thomas Levet en 2004.

Plus récemment, Gregory Havret a pris lui-aussi la deuxième place d’un majeur. C’était à l’US Open en 2010. Ce n’était encore que les prémisses d’une nouvelle ère.

Greg Havret dernier français à avoir terminé à la 2ème place d'un majeur

Sous-médiatisé, et même parfois sous-considéré, le golf en tant que sport de haut niveau semblait condamné à la rubrique exploit au coup le coup dans un océan de domination anglo-saxon.

Pourtant, c’est bien au milieu des années 2000 qu’est née une nouvelle ambition pour l’élite du golf français, et la volonté de changer l’image de ce sport, par la performance, et le haut niveau.

A partir de 2002 et sous l’impulsion d’une nouvelle équipe au sein de la fédération française de golf emmenée par des personnalités comme Christophe Muniesa, Maitena Alsuguren, Pascal Grizot, Patrice Amadieu, Maitena Delamontagne ou encore François Illouz, une nouvelle ambition a vu le jour.

  • Une ambition qui a mis plusieurs années pour se matérialiser en victoires concrètes sur le tour.
  • Une ambition qui a justifié la mise en place d’une véritable stratégie de conquête.

Au-delà de simplement commenter les performances des jeunes pros français, c’est justement cela que nous avons voulu comprendre avec cette enquête.

Une vision…

Désigné « Personnalité de l’année » pour le secteur du golf en mars dernier, Pascal Grizot a joué un rôle particulier dans le développement du golf comme un sport à part entière en France.

Nous l’avions déjà interrogé en 2013 sur son parcours, et son objectif d’organiser en France, la Ryder Cup 2018, un travail d’équipe comme il se plaisait à le rappeler.

Mais avant la Ryder Cup, Pascal Grizot a eu une autre vie dans le golf français.

Pascal Grizot sur la partie de Victor Dubuisson

Pendant huit ans, capitaine de l’équipe de France masculine, Pascal Grizot a été aux côtés de ceux qui sont actuellement les meilleurs golfeurs tricolores, comme par exemple Alexander Levy, Julien Brun, Sébastien Gros, Edouard Espana, ou encore Gary Stal.

En 2010, sous son capitanat, l’équipe de France a remporté en Argentine le premier titre de champion du monde par équipe de son histoire.

Il s’agissait alors des premiers résultats et des premières pierres d’un édifice imaginé dès 2005.

« Entre le moment où on a une vision, et le moment où on obtient les premiers résultats, il se passe du temps »

Pour Pascal Grizot, effectivement, les résultats actuels des français ne sont pas le fruit du hasard, mais ceux du travail et d’un objectif qui plaçait déjà en priorité l’arrivé de plusieurs français dans le top 50 mondial, un podium à Rio, et une participation d’au moins un français à la Ryder Cup 2018.

Victor Dubuisson et Pascal Grizot

Toujours selon lui, cette vision n’aurait pas été porteuse de résultats sans le support concret de la Fédération Française de Golf, notamment pour la mise en place de structure comme Terre-Blanche, et la facilitation de l’accès aux grandes universités américaines pour des jeunes comme Julien Brun, Joel Stalter, et Clément Sordet parmi tant d’autres.

Une culture sportive et des convictions fortes…

A cette même époque, plusieurs éléments ont convergé vers le golf de haut niveau en France.

La volonté de développer le golf comme un sport pour attirer de nouveaux pratiquants, mais aussi de s’ouvrir à de nouvelles spécialités pour comprendre en profondeur ce qui constitue la performance au golf.

C’est précisément dans les années 2000 que Jean-Jacques Rivet, biomécanicien du sport va développer son concept auprès de l’équipe de France de golf.

Jean-Jacques Rivet à Terre-Blanche

Pour lui, une des différences fondamentales dans la formation d’un jeune athlète vers le haut niveau entre les Etats-Unis et l’ Europe, particulièrement en France, se fonde sur le fait qu’aux USA, on applique une seule et même méthode, un peu dans l’esprit d’un entonnoir, et c’est au jeune homme de s’organiser pour développer de la performance dans ce moule.

Cette stratégie est bien sûr rendue possible par la masse de golfeurs qui pratiquent outre-Atlantique, et admet dès le départ que tout le monde ne réussira pas.

A l’inverse, en Europe, ne bénéficiant pas d’une même masse de joueurs, ce qui était une contrainte est devenue une force !

Au contraire des américains, la formation du jeune golfeur est individualisée au maximum pour trouver les ressorts de la performance qui sont différents pour chaque athlète.

Jean-Jacques Rivet estime que c’est aussi pour cette raison que l’équipe européenne de Ryder Cup est beaucoup plus performante.

La Ryder Cup dans toutes les têtes à Terre-Blanche

La symbiose entre les différents joueurs s’opère mieux, car ils sont plus différents, et plus complémentaires.

3 axes stratégiques…

Après la vision et la culture, il faut effectivement des moyens et un processus…

Nous avons interrogé Pascal Grizot au téléphone, rencontré Jean-Jacques Rivet à Terre-Blanche, et interviewé Renaud Gris, entraîneur national, et directement au contact de tous ceux qui constituent aujourd’hui l’élite du golf français, et par exemple, Clément Sordet.

Pour Renaud Gris, la construction de la performance actuelle des golfeurs français sur le tour n’est ni le fruit du hasard, ni un épiphénomène qui pourrait retomber comme un soufflet, et ce pour au moins trois raisons.

Premier axe : La construction d’une véritable formation à la française vers le très haut niveau

A partir de 2002, création d’une première structure dite de pôle puis mise en place d’une véritable filière pour suivre l’évolution du jeune sportif depuis son plus jeune âge vers le passage à la vie de pro.

Première étape du processus, le pôle espoir sélectionne des jeunes de 13 ans pour les accompagner sur un cycle qui va durer deux à trois ans.

Destinés à un public scolarisé de la quatrième à la seconde, quatre Pôles Espoirs sont en fonctionnement, à Chatenay-Malabry, Montpellier, Toulouse, et Antibes. 

Antoine Auboin, un membre du pôle France

Les meilleurs pourront accéder au Pôle France Boys à Antibes sous la direction de Mathieu Santerre, deuxième grande étape de cette formation qui doit les mener au Pôle France Messieurs justement dirigé par Renaud Gris.

Ce dernier étage de la fusée ayant pour but d’emmener les jeunes amateurs vers le passage pro en France et en Europe ou vers une Université américaine, ce qui a été le cas de Julien Brun, Clément Sordet ou Paul Bargeon.

Pour Renaud Gris, ce premier axe a permis de structurer la performance au niveau technique, physique, et mental, et ce, dès le plus jeune âge.

Deuxième axe : Confronter les jeunes plus rapidement à l’adversité et la diversité

Argument qui fait écho à l’incroyable prestation de Clément Sordet en Thaïlande, à l’autre bout du monde, où face à Jamie Donaldson, Lee Westwood, Sergio Garcia, et Martin Kaymer, il s’est classé deuxième !

Là-aussi, les jeunes pros français sont mieux préparés dès le plus jeune âge.

Comme l’atteste Renaud Gris « On fait beaucoup plus voyager les jeunes. On les envoie sur tous les continents pour leur faire jouer des tournois de qualité, afin qu’ils se forment plus vite à l’adversité qui les attendra au plus haut niveau. »

En quelque sorte, il s’agit de leur mettre le pied à l’étrier.

Le fait de les envoyer en Afrique du Sud, en Asie, aux USA ou ailleurs en Europe, leur permet de mieux gérer le moment où ils vont passer pro.

Ils auront déjà joué sur différents parcours contre des joueurs qu’ils retrouveront plus tard sur le circuit, et pourront tout à fait se sentir décomplexés. « Ils les auront déjà battu, et se sentiront prêt ! »

Troisième axe : Faire naÎtre ou révéler un projet fort et personnel

Pour Renaud Gris « Il existe différentes manières de réussir à très haut niveau. Ce qui importe, c’est que chacun comprenne là où il veut aller. »

Quand nous l’avons interrogé, il était justement en partance pour Biarritz afin de participer à un colloque entre les différents joueurs français, anciens et nouveaux.

Une autre spécificité française qui facilite les échanges entre les joueurs.

Pendant l’hiver, les jeunes pros bénéficient des structures d’entraînements du golf de Terre-Blanche qui grâce à la famille Hopp a vu se développer un centre de formation de haut niveau.

Raphael Jacquelin, leader du camp tricolore

C’est sur ce terrain entre autres que les jeunes ont l’occasion de jouer en compagnie de pros plus aguerris comme Jérôme Lando-Casanova, Alexander Levy, et même Raphael Jacquelin.

Ce mécanisme de transfert de compétences contribue à accélérer le processus d’apprentissage.

Résultat…

A terme, l’objectif de la fédération exprimé par Renaud Gris est d’amener une vingtaine de pros français dans le top-100 mondial pour maximiser les chances de remporter des tournois, et surtout des majeurs.

Le phénomène Victor Dubuisson, issu de cette formation, ne se veut donc pas un cas unique. Il est le leader mais ne doit pas être isolé, et tant mieux si Levy et d’autres viennent le challenger.

Au niveau amateur, si quelques années auparavant Renaud Gris avait du mal à trouver le sixième et dernier membre d’une équipe pour un championnat d’Europe, aujourd’hui, la bagarre est à tous les étages, y compris pour une sixième place.

A l’issue de chaque promotion, les membres de l’encadrement de l’équipe de France font le bilan d’une génération, et cherchent à améliorer ce qui pourra encore l’être pour la génération suivante, surtout pour aller encore plus vite à l’essentiel de ce qui constitue la performance.

Pour Renaud Gris, mais aussi Pascal Grizot et Jean-Jacques Rivet, nous ne vivons pas actuellement un pic de performance, mais au contraire, ils ont tous trois la certitude que la performance va perdurer.

Il existe aujourd’hui une réelle émulation entre tous les joueurs de l’équipe de France, et la performance d’un des membres stimule tous les autres.

Julien Quesne porte le bleu à l'Open de France

Signe de cette performance, les autres nations commencent à s’intéresser au processus de formation à la française, y compris les Britanniques, et les Américains.

Ils questionnent les entraîneurs français « Comment avez-vous fait pour amener 15 top joueurs au haut niveau en moins de dix ans ? »

Le fait d’avoir mis en place une structure d’encadrement et d’accompagnement du sportif et du scolaire dès le plus jeune âge est quelque chose d’assez unique* dans le monde…et qui commence même à être copiée.

L'histoire ne fait que commencer...

*Les Australiens ont un mode de fonctionnement assez proche.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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