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Plus de distance avec le matériel: Opportunité ou menace pour le golf?

Plus de distance avec le matériel: Opportunité ou menace pour le golf?

Depuis plusieurs années, certaines voix, comme par exemple celle de Jack Nicklaus, recordman des victoires en majeur, et accessoirement, architecte de parcours de golf, s’inquiètent de l’accroissement des distances, en particulier des drives des professionnels, et des amateurs sous l’effet de l’amélioration du matériel, et surtout, de la balle de golf. Cette semaine à Shanghai dans le cadre du Golf Business Forum organisé par HSBC et IMG, les leaders d’opinions en ont débattu...

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Les leaders d'opinions en débattent au Golf Business Forum 2015

Au cours de ce type de réunions qui permettent aux leaders de l’industrie de se rencontrer et d’échanger pour envisager le développement de l’activité golf dans le monde, il est de coutume de parler des menaces, et des freins.

Cette année, les leaders d’opinions ont fait part d’un grand enthousiasme avec la perspective des JO qui vont avoir lieu à Rio en août 2016, et qui vont acter le grand retour du golf sur la scène Olympique.

En résumé, le Golf Business Forum est une occasion de contrebalancer opportunités et menaces pour définir la meilleure stratégie pour l’avenir.

Deux camps s’opposent sur au moins un sujet majeur pour l’équilibre entre développement de l’activité et rentabilité : la longueur des parcours, et l’augmentation des distances parcourues par les balles.

D’un côté, vous avez des architectes et des propriétaires de parcours qui font face à plusieurs contraintes : les difficultés et coûts d’extensions des parcours, surtout dans un contexte politique défavorable, où le golf a mauvaise presse d’un point de vue écologique (souvent un cliché).

Et d’autre part, vous avez les fabricants, et les institutionnels comme ceux de l’European Tour, et du Royal & Ancient qui affirment que les gains de distance ne pèsent pas comme une menace sur le développement du jeu, au contraire…

Commençons par les arguments visant à dédramatiser la situation.

Un golf à deux vitesses...

Pour le tout nouveau boss du tour européen, Keith Pelley (à la tête de l’institution depuis 8 semaines) « Il n’a rien de comparable à regarder un pro lancer sa balle au driver. Quand vous regardez Rory McIlroy driver ou quand  vous regardez un amateur, la différence est spectaculaire ! »

Effectivement, les professionnels et les amateurs ne jouent pas le même golf.

Quand McIlroy ou Dubuisson tapent en moyenne à 270 mètres, avec des pointes au-dessus de 300 mètres, la moyenne des amateurs se situent plutôt à 180-200 mètres au drive.

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Le débat sur la distance ne doit donc pas échapper à la logique du « Qui est concerné ? »

Les professionnels de golf ne représentent même pas 1% des golfeurs qui jouent tout autour du monde.

Admettons un ordre de grandeur de 5000 pros pour 50 millions de golfeurs sur la planète!

Dire que les distances atteintes par les golfeurs menacent l’équilibre économique de la filière est de ce point de vue surestimé.

Cependant,  une autre erreur est communément véhiculée avec le fait que les amateurs qui regardent les pros à la TV constatent ces distances exceptionnelles, et consiste à leur faire penser que le matériel est le premier élément pour gagner de la distance.

Depuis 5 ans que nous écrivons des sujets sur le matériel, que nous testons des clubs, mais que nous testons aussi de nouvelles méthodes d’enseignements du golf, il y a bien là une contre-vérité.

Sur le tour, à niveau de préparation technique et athlétique similaire, effectivement, le fitting, et l’optimisation du matériel devient un élément essentiel pour gagner les quelques centimètres qui pourront vous rapprocher du trou pour gagner quelques milliers de dollars en plus.

Au niveau amateur, le fitting ou le matériel ne devrait pas être pris en compte comme première problématique mais comme la dernière !

Avant de s’occuper d’acheter le dernier driver qui va soi-disant plus loin, il conviendrait dans un premier temps de travailler en salle de gym sur la souplesse, l’élasticité, et le bon fonctionnement des différents segments du corps humain ensemble.

Ensuite, pour gagner significativement en distance, il faut travailler sur le respect des fondamentaux d’un plan de swing : chemin de club, angle de montée, tempo, vitesse des mains, stabilité, dissociation entre le bas et le haut du corps.

Et enfin, après tout cela, effectivement acheter un matériel adéquat et éventuellement faire du fitting.

Le mot fitting étant un fourre-tout, car il y a déjà la bonne composition du sac et les bons choix de clubs les uns par rapport aux autres, avant de parler même de réglages fins des lies et des lofts.

Dans cette logique, il ne s’agit pas non plus de minorer le travail réalisé par les marques pour améliorer les produits mis sur le marché.

Il est tout à fait inexact de penser que le matériel ne progresse pas.

Relativiser les gains de distances...

Bien entendu, pour Martin Slumbers, nouveau patron du Royal & Ancient, organisme basé à Saint-Andrews qui légifère sur le golf, et tenant d’une position modérée par rapport au problème de la distance. « Il faut relativiser les gains de distances des pros. Depuis 2003, nous n’avons pas observé de changements significatifs, et en tout cas, pas plus de 2 ou 3 mètres gagnés en dix ans. »

Ce à quoi des marques comme TaylorMade, et notamment, Benoit Vincent rétorque un peu le contraire, en affirmant que par un intense travail de recherche balistique, ils ont réussi à proposer des gains sensibles par le croisement de deux paramètres clés : la baisse du taux de spin généré à l’impact du driver avec la balle, et l’augmentation de l’angle de lancement.

Affirmant au passage, ne pas être encore parvenu à l’optimum. Il reste donc des opportunités de progrès.

Sur ce point, nous vous invitons à  relire sa démonstration sur le secret de longueur des drivers TaylorMade.

En plus des progrès sur le matériel, un autre phénomène récent ne doit pas être ignoré. Nous sommes de mieux en mieux avisés des progrès techniques par l’aide de nouveaux outils de mesures très pointus.

Les radars type Trackman ou Flightscope ont considérablement changé la compréhension que nous avions du vol d’une balle de golf, allant jusqu’à remettre en question de vieux principes d’enseignements sur l’influence de la face, ou du chemin de club sur la trajectoire, et le spin.

En réalité, bien que les institutions s’en défendent, jamais auparavant dans l’histoire, le secteur n’a été face à autant de moyens pour améliorer la distance.

Surtout que nous n’avons pas encore évoqué, ce qui a en réalité, le plus progressé : la balle !

Depuis 15 ans et l’apparition de la Pro V1 suivi de toutes les balles hautes performances dans toutes les marques (Callaway, TaylorMade ou encore Srixon), ce sont bien ces dernières qui sont responsables de la grande majorité des gains, largement devant les clubs.

La véritable menace...la difficulté technique du jeu

Un autre argument majeur rentre en ligne de compte, et explique aussi pourquoi les institutionnels veulent relativiser ce fait de longueur accrue : la difficulté du jeu de golf.

Et c’est une menace bien plus grande que le fait de devoir rallonger les parcours !

Les discours de Slumbers et de Pelley tiennent beaucoup compte du fait que les amateurs expriment comme frein à la pratique, le fait que jouer au golf, c’est vraiment difficile, sans parler de problème de coût, d’accessibilité, et de temps.

Lutter contre la distance, et repartir en arrière pour limiter la performance des balles et des clubs enverraient de ce point de vue, un mauvais signal à des millions d’amateurs qui peinent à faire des bogeys sur les parcours du dimanche, et surtout au prétexte que McIlroy and co tapent à des distances exceptionnelles.

Pour Slumbers, la distance n’est donc pas un enjeu, ni même une menace pour les parcours ou la façon de jouer au golf !

« Nous sommes particulièrement à l’aise avec cette notion de distance. Ce n’est pas hors de contrôle.  Seulement les golfeurs d’index inférieur à 10 arrivent à taper au-delà de 260 mètres, et la moyenne est plus à 240-250 mètres. Tant que ces chiffres resteront stables, j’en serais très content. »

Ajoutant « Quand vous regardez les statistiques des amateurs, vous êtes plutôt autour de 180 mètres ! Donc il faut bien distinguer les parcours de championnats des autres parcours. »

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Pour les pros, Slumbers analyse la progression de distance sur une plus longue période, à savoir depuis 1990.

« Les chiffres montrent que la progression de distance sur le tour tient à trois éléments de même poids : 1/3 pour la balle, 1/3 pour le fitting, et l’optimisation des clubs, et 1/3 pour la préparation athlétique. »

Poursuivant son analyse « C’est donc surtout la progression athlétique des golfeurs sur le tour qu’il faut prendre en considération, car tous les amateurs n’ont pas vocation à devenir des sportifs de haut niveau. »

Conclusion...

A une époque où le golf est sous tension pour créer des parcours plus petits et plus rapides à jouer, à une époque où les amateurs disent que le jeu est trop difficile et que l’impact écologique est de plus en plus regardé par les politiques, surtout quand il s’agit de construire de grands complexes, la distance est loin d’être le principal problème à mettre en avant.

Voulons-nous plus de parcours de plus de 7000 mètres ?

Pour les institutionnels dont Slumbers, il faut envisager d’en avoir quelques-uns  pour challenger les meilleurs pros, mais ce n’est pas une réelle nécessité pour la majorité des golfeurs.

Admettant la création d’un golf à deux vitesses, avec des parcours pour les 0,01% de pros, et des parcours pour les 99,89% de golfeurs qui jouent en amateur.

D’autre part, le dogme de la distance ne doit pas faire oublier que le golf est un sport qui demande beaucoup d’autres qualités techniques que simplement d’envoyer la balle loin sur un coup.

Pour faire un parallèle avec d’autres sports, croit-on encore pouvoir jouer au tennis avec Federer ou jouer un match de foot avec les joueurs du PSG quand on est simple amateur ?

Le fossé est réel entre sport de haut niveau et amateurisme, même si nous partageons les mêmes équipements et terrains.

Au golf, la question est de savoir si pour 0,01% des joueurs, nous devons changer ou durcir le terrain commun ?

Pour les institutionnels, et malgré les craintes de certaines grandes figures de la filière, la réponse est pour l’instant négative.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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