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Player's Championship: la différence entre un golfeur et un vainqueur

Players's Championship: la différence entre un golfeur et un vainqueur

Les derniers trous du TPC de Sawgrass, parcours qui accueille le Player’s Championship, communément appelé le cinquième majeur, ont réellement le pouvoir de transformer la vie d’un golfeur professionnel en joueur quelconque ou en superstar du golf. En l’espace de quelques minutes, le déroulement des événements peut se révéler crucial pour le tournoi, mais aussi pour une carrière.

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Pensez à ce qu’a vécu, Rickie Fowler, victorieux en 2015, et le statut que cela lui a conféré depuis…

Son finish de l’an passé a été tellement passionnant, mémorable et historique que bien qu’il n’ait encore jamais remporté de majeur, il a été directement intégré dans le big-4 des meilleurs golfeurs de la planète, ces joueurs qui sont au-dessus des autres dans les grands moments.

Cinq sous le par sur les quatre derniers trous, puis deux birdies en play-off, et sa carrière a pris une toute autre perspective au regard du public ou de ses pairs.

Depuis quelques saisons, il était déjà dans les bons joueurs ou les joueurs en devenir.

Certains s’interrogeaient même sur sa capacité à se transcender dans les moments-clés.

Avec le Player’s 2015, Fowler a enfin apporté la réponse que beaucoup espérait.

L’ancien rival de Rory McIlroy en Walker Cup allait enfin démontrer qu’il était capable de se mettre au « niveau » de l’ex-numéro un mondial, qui lui a déjà remporté plusieurs majeurs, et plusieurs grands tournois, alors que Fowler, souvent prédit pour être son principal challenger, a souvent été prêt, mais jamais suffisamment.

En l’espace de quelques trous, Rickie Fowler est devenu un « finisseur », ce type de golfeur qui sait l’emporter à la fin. Celui qui sait hisser son jeu dans un moment d’intense concurrence.

Dans le domaine du sport, ils sont une race à part. Les sportifs capables de surpasser l’événement, et les autres compétiteurs ne sont pas légions.

Fowler dans le big-4 après sa victoire au Player's

Dans le domaine du tennis, malgré plus d’une centaine de très bons joueurs, ils ne sont que quatre à pouvoir prétendre à ce statut.

Dans le domaine du football, Messi, Ronaldo, Bale, Griezmann sont de rares joueurs capables de faire gagner une équipe sur un instant de supériorité athlétique, mentale et technique.

Ces hommes sont considérés comme « sans peur » ou avec un sang-froid hors normes.

C’est cette spécificité qui sépare les joueurs d’élite du reste du champ des compétiteurs.

Au golf, c’est cet habilité à sortir les meilleurs coups quand la pression est à son niveau le plus élevé.

Dans ce registre, personne n’a jamais été aussi fort que Tiger Woods.

Il a monté le standard de sang-froid à un niveau jamais vu auparavant pour remporter des tournois dans les dernières parties, et les dernières heures.

Woods a d’ailleurs souvent gagné ces plus grandes victoires en dominant, voir en écrasant la dernière journée alors qu’il était déjà en tête après trois tours.

Cette saison, seulement neuf des vingt-six golfeurs qui ont mené un dernier tour sur le circuit PGA ont finalement remporté la victoire !

Soit 36% de transformation d’un avantage en victoire !

Aucun joueur n’a d’ailleurs réussi cette performance depuis Jim Herman à Houston. Cela fait six semaines et donc six tournois avant ce Player’s.

Une belle réponse au clash entre Illouz et Lorenzo-Vera, le premier reprochant au second de ne pas avoir tenu bon lors du dernier tour de l’Open d’Espagne.

Au plus haut niveau du golf mondial, le Player’s disputé ce week-end devrait être très révélateur de qui est dans la zone, et qui ne l’est pas.

Les derniers trous du TPC de Sawgrass vont encore une fois demander une grande habileté, et un grand sang-froid pour l’emporter.

Depuis sa victoire de l’an passé, Fowler a manqué des occasions en or au Waste Management Open de Phoenix, au Honda Classic, et encore la semaine passée au Wells Fargo Championship de Quail Hollow.

Ces principaux rivaux ne sont pas non plus au mieux. McIlroy a laissé échapper une victoire au Doral alors qu’il menait de trois coups. Jason Day aurait pu remporter le RBC Heritage à Hilton Head si un 79 le samedi ne l’avait pas mis hors concours, et enfin, Phil Mickelson a lui aussi été incapable de convertir ses chances à Pebble Beach.

Et que dire de Jordan Spieth au Masters, l’exemple le plus frappant, qui avec une avance de cinq coups au Masters avec neuf trous à jouer a laissé la porte ouverte à Danny Willet.

Pour tous ces champions, et surtout pour Spieth, la question est de savoir comment ils peuvent se remettre d’échecs aussi cuisants, alors que pourtant si proches du graal.

Comment pourra-t-il faire le vide dans sa tête au trou numéro 15 du Player’s s’il est en tête dimanche ?

Lui prétend qu’il n’est plus affecté par cette grande désillusion.

« Si je tape un bon coup qui va finalement dans l’eau, ce ne sera pas à cause du Masters. Ce ne sera pas à cause de quelque chose que j’aurai en tête. Cela demande beaucoup de nerfs pour taper des bons coups dans les moments clés. »

Et c’est cela que tout golfeur devrait retenir du haut niveau pour prendre du recul pour sa partie de loisir du dimanche.

Au golf, pour tout le monde, il y a des moments plus cruciaux que d’autres, comme cette position d’eagle sur le trou 18 que vous vous êtes créés après un super drive, et un super coup de fer 5, et que finalement vous n’arrivez pas à convertir en mieux qu’un par !

Au golf, l’écart entre l’extraordinaire et l’ordinaire se mesure parfois à moins de deux centimètres !

C’est la difficulté combinée à la beauté de ce sport.

Un mauvais coup au mauvais moment, et c’est la réputation de superstar du golf qui en prend un coup.

Pour ces profils, heureusement, c’est leur capacité à se procurer ce genre d’occasions qui en font les meilleurs du monde.

Ils ne transformeront pas toujours leurs opportunités en succès. Une grande carrière se démarquera d’une bonne carrière sur le pourcentage d’essais transformés, et ce pourcentage n’est jamais de 100%. La perfection n’est pas de ce monde. La perfection n’existe pas dans le domaine du golf.

Alors qu’est-ce qui fait qu’un Fowler, un Spieth ou un McIlroy est réellement au-dessus du lot.

Il aime cette situation d’extrême intensité ! Il aime quand le niveau sonore monte d’un cran.

« Si un joueur est capable de sentir la pression monter, et en fait s’en amuse. Cela ne veut pas dire qu’il va toujours produire les bons coups, mais un golfeur qui aime cette intensité, qui va l’embrasser, qui va se nourrir de ce shoot d’adrénaline, aura le potentiel pour devenir ce finisseur au sang-froid. Pour moi, c’est l’une des raisons qui fait que j’aime le golf. » dixit Jordan Spieth !

Ce n’est pas forcément inné. Cet état d’esprit peut s’apprendre, et se développer.

La défaite est un moyen d’apprendre ! En 2014, Jordan Spieth connu une année très frustrante avant de connaître le déclic à l’Open d’Australie, en terminant avec une carte exceptionnelle en 63. Les dix mois qui suivirent cet épisode furent les plus prolifiques de sa carrière.

McIlroy a explosé au cours du Masters 2011 alors qu’il avait tout pour l’emporter. L’année suivante, il démontra sur le Honda Classic qu’il pouvait répondre au meilleur golfeur du monde, Tiger Woods, et depuis, il a remporté quatre majeurs.

Pour ce dernier « Cela demande de l’expérience. Vous avez besoin d’en perdre quelques-uns avant de comprendre ce qu’il faut vraiment faire. »

Jason Day est passé par le même type d’apprentissage.

Au début de sa carrière, il n’a su transformer qu’une seule opportunité sur sept tournois menés après 54 trous !

Depuis, il a converti les quatre dernières occasions procurées.

« Quand vous échouez suffisamment, heureusement vous apprenez, et vous essayez de devenir meilleur. » précise Jason Day avant d’ajouter « C’est ainsi que vous progressez ».

« Ce n’est pas quand vous vous dites j’aurai dû faire ci ou ça pour gagner mais plutôt quand vous faites et refaites la même erreur… »

Fowler vainqueur au Players 2015

Un an après le brillant finish de Fowler à Sawgrass, jouant onze coups seulement sur les trous 15 à 18, ce sujet est encore un vaste terrain d’amélioration.

Fowler n’a jamais remporté une victoire en ayant mené après 54 trous. Au contraire, il a acquis ses victoires en venant de derrière dans les derniers instants.

Interrogé sur le fait de savoir s’il fallait un esprit de tueur pour gagner, Fowler a répondu avec le sourire « Je ne crois pas »…laissant penser que le moment où on est dans la « zone » n’est pas une question d’agressivité.

Dimanche, le Player’s sera certainement remporté par le golfeur capable de jouer entre onze et douze coups sur les quatre derniers trous…et à priori, ce n’est pas donné à tout le monde !

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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