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Patrice Boissonnas: Une approche romanesque de l’architecture d’un parcours de golf

Patrice Boissonnas: Une approche romanesque de l’architecture d’un parcours de golf

A l’occasion d’un voyage de presse pour découvrir la restauration de trous perdus sur le célèbre links du Golf du Touquet, le parcours dit de « La Mer », j’ai eu le privilège de partager quelques trous avec l’architecte et grand artisan de ce projet, Patrice Boissonnas. J’ai découvert une personnalité animée par une flamme que j’ose qualifier de romanesque, ou tout du moins passionnelle avec une certaine idée du golf, de ce qu’est ou doit être un parcours de golf, du travail méticuleux et scientifique des grands architectes du siècle passé, dont Tom Simpson et Harry Colt. Architectes pour lesquels, il n’est pas difficile de ressentir toute l’admiration qu’il leur porte.

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Quelques heures avant de rencontrer Patrice Boissonnas au Manoir, une élégante demeure du 19eme siècle, autrefois maison des propriétaires du golf du Touquet, désormais hôtel de charme doté d’une quarantaine de chambres, je parcoure son site Internet à la recherche de « clés d’entrées » sur son expérience, et sa personnalité.

Une phrase va retenir toute mon attention.

Il s’agit d’une citation d’Herbert Warren Wind « Un bon architecte de golf doit conjuguer trois vertus : Avoir l’âme d’un artiste, le cerveau d’un ingénieur, et le cœur d’un golfeur. »

Artiste, ingénieur et golfeur…âme, cerveau et cœur, je n’avais pas encore rencontré mon hôte que j’avais déjà une bonne indication à son sujet.

On ne peut pas prétendre connaître un individu en seulement quelques jours, et encore moins dans le format convenu d’une rencontre organisée entre journalistes et référents.

Disons que j’avais une intuition sur le fait de découvrir une personnalité à la croisée de plusieurs influences majeures.

Un passionné, et plus tard, je découvris un autre trait de caractère à travers ses propres mots : Chasseur de trésor.

Il est assez amusant d’imaginer un artiste ou un scientifique en un « Jack Sparrow » (héros du film Pirates des Caraïbes).

Patrice Boissonnas a la particularité d’être un architecte de golf particulièrement dédié à la restauration de parcours de golf.

Restaurer un parcours est visiblement pour lui une activité qui partage beaucoup avec le fait de rechercher un trésor perdu.

A travers ses mots, son langage corporel, on comprend qu’il s’agit bien plus que l’histoire d’une petite balle blanche à envoyer au fond d’un trou.

Il y a semble-t-il une relation intellectuelle, philosophique, et même scientifique plus forte avec le jeu de golf.

C’est aussi à travers cette expérience un héritier.

L’héritier d’une profession, d’une conscience, d’un savoir-faire très élaboré plus d’un siècle avant nous, celle des architectes qui imaginaient déjà avec beaucoup d’ingéniosité des tees de départs, des fairways, des bunkers, des greens, et chaque petit détail que nous ne considérons pas toujours comme il le faudrait, parfois trop obnubilés par ce satané swing à dompter.

Pourtant, il y a un esprit qui a imaginé chaque difficulté que nous rencontrons ou l’inverse…

Car, au sein de cette profession, des courants de pensées se sont développés ou confrontés, et notamment celui qui voulait qu’un parcours de golf soit abordable. La difficulté mesurée…pour que tout le monde puisse jouer.

Dans les yeux et les mots de Patrice Boissonnas, on peut ressentir toute l’admiration qu’il porte effectivement pour ses illustres prédécesseurs.

Sans vanité aucune, il se passionne pour ce travail de recherche minutieuse, patiente, peut-être un peu ingrate parfois, pour justement refaire vivre des idées golfiques du siècle dernier.

Patrice Boissonnas: Une approche romanesque de l’architecture d’un parcours de golf

Je n’arrive pas à m’empêcher de penser que cela lui confère un petit caractère romanesque pour son métier, qui est donc à la fois, artiste, ingénieur et golfeur.

L’histoire du golf du Touquet a démarré au tout début du 20eme siècle. En 1904 pour être précis.

Bien entendu, il y a eu des concepteurs de parcours avant cette date, et des parcours bien plus anciens.

Cependant, dans ce sujet, je ne vais évoquer que les architectes auxquels Patrice Boissonnas va faire référence, dont notamment Harry Colt, une légende de la profession, à qui on doit Le Touquet, mais aussi des travaux sur plus de 300 parcours dans le monde, dont Saint-Andrews (Eden Course) et Augusta entre 1880 et 1951.

Colt était connu pour vouloir mettre en avant le golf stratégique plutôt que le golf punitif.

Il a d’ailleurs écrit quelques-uns des livres qui définissent toujours à ce jour les codes de la profession.

Colt voulait se distinguer d’une génération d’architectes qui étaient aussi des golfeurs, et parfois très bons. Des architectes qui dessinaient des parcours pour leur jeu, sans se soucier vraiment de toute la population golfique, et tous les niveaux.

Harry Colt a aussi instillé l’idée que le golf était autant un sport mental qu’un sport physique. C’est ce qui, selon Patrice Boissonnas, a ouvert la voie pour l’école de design stratégique.

Comprendre l’architecture d’un parcours devient alors un moyen de gagner concrètement des points sur le terrain. Il convient de savoir s’échapper des pièges prévus par l’architecte. Le golf est alors vraiment un jeu…

Lui-même, en tant que joueur, il reconnaît que l’analyse du parcours lui permet de gagner jusqu’à quatre coups par partie.

Troisième principe mis en avant par Harry Colt, et pour lequel l’architecte français ne cache pas sa complète adéquation : La beauté d’un parcours de golf est une part très importante du travail de l’architecte.

« Un bon parcours de golf doit être magnifique. »

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Harry Colt qui était un architecte très occupé au siècle dernier a travaillé avec plusieurs confrères dont Charles Alison.

Ce dernier a notamment collaboré sur le parcours du Touquet, et selon Patrice Boissonnas, il appréciait particulièrement les bunkers profonds, et les greens surélevés.

Des caractéristiques que l’on retrouve sur le parcours actuel, surtout les greens surélevés qui présentent une difficulté non négligeable… je peux en attester.

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Quelque part, un golf est une conscience. Au moins, celle de celui qui l’a dessiné. Une conscience qui traverse les âges. Une conscience qui reste et qui vous entoure pendant que vous jouez… Une conscience qui peut être abîmée par le temps, partiellement altérée. Une conscience qui peut aussi être ramenée dans le présent.

C’est justement le travail de Patrice Boissonnas au sujet des trous perdus par le Golf du Touquet à la suite de la seconde guerre mondiale.

Si les alliés ont débarqué en Normandie, les Allemands attendaient les troupes plus au nord.

Dans ce contexte, le golf du Touquet qui était en première ligne avec de nombreux bunkers tout autour a été très largement bombardé pour donner le change.

Le club-house a été détruit. Il a fallu de nombreuses années avant que le golf ne puisse rouvrir ses portes. Cela n’a pu se produire qu’en 1963, soit 18 ans après la fin de la guerre !

C’est justement dans ce contexte que plusieurs trous d’origines ont été perdus, et le début, onze ans avant la naissance de l’architecte français, d’une longue histoire à rebondissement pour les retrouver.

Il est très important de comprendre que le golf du Touquet a été dès l’origine construit sur des dunes de sables. D’où la position des bunkers allemands, alors que pour le golf, il s’agissait justement d’épouser la notion de links.

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Les dunes présentent des particularités spécifiques en matière d’écologie. J’y reviendrai plus loin.

Dessiner un trou ou un parcours de golf est une chose. Dessiner un trou ou un parcours à l’identique d’une époque dite de l’âge d’or en est une autre, et tout à fait délicate, surtout si on veut l’authenticité.

D’autant, que le parcours n’en est pas à sa première tentative de restauration, et quête de son patrimoine perdu.

Un certain Bill Baker s’était déjà attelé à la tâche au cours des années 80, prétendant avoir joué le parcours dans son enfance, et se souvenir de l’emplacement des anciens trous.

Le parcours a été joué pendant une vingtaine d’années selon son imagination de ce qu’avait pu être le parcours durant son âge d’or. Pourtant, ce n’était pas encore le bon tracé, même si son dessin avait été disposé dans le bon corridor.

Quand Patrice Boissonnas et son associé, le célèbre architecte Franck Pont sont arrivés au Touquet, leurs travaux de recherches ont rapidement conclu que cela ne pouvait pas être conforme au travail de Colt et Alison, notamment au niveau des greens.

Les architectes d’origines considéraient notamment que le jeu était suffisamment difficile pour ne pas complexifier encore les greens. « Vous devez avoir une chance raisonnable de pouvoir rentrer votre putt. »

La principale difficulté rencontrée par le tandem a alors été de pouvoir prouver de manière irréfutable qu’ils avaient raison. Et c’est là où la chance du chercheur de trésor peut faire parfois pencher la balance du bon côté de l’histoire…

Un jour, un membre du Touquet, passionné de golf, partagea une vue aérienne du parcours d’origine ! Pour l’architecte français, cela a été selon ses termes « le jour du Euréka ».

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Il n’y avait plus de doutes sur l’emplacement exact des trous perdus, et la bonne séquence entre les par-5, 4 et 3. La photo était de si bonne qualité que l’on pouvait quasiment voir des traces de chaussures dans les bunkers !

L’autre aspect très important concernant notre chasseur de trésor, défenseur d’un certain héritage, me semble être lié à la très forte particularité du Golf du Touquet, et toujours le 18 trous dit de « La Mer », à savoir qu’il s’agit donc d’un links authentique. Une rareté en France, surtout si on se fie à la définition stricte du terme.

Un parcours construit sur un sol sablonneux avec pour le coup seulement une végétation basse.

Pour avoir joué le parcours, et j’admets n’avoir jamais joué de links selon cette exacte définition auparavant, il me semble qu’il faut une certaine expérience golfique pour appréhender la façon de s’en sortir.

Ce n’est pas le fait de putter depuis l’extérieur du green qui présente d’ailleurs un certain folklore mais pas une difficulté insurmontable, non, c’est la façon générale de concevoir les distances, et le jeu dans le vent.

Pour ma part, j’ai joué un peu naïvement, et du coup lourdement sanctionné en nombre de coups. J’en ai déduit qu’il faut se faire « coacher » par un golfeur plus aguerri pour apprendre à jouer un links.

Il me semble aussi que Patrice Boissonnas se veut le défenseur d’une certaine idée du golf, de la culture golfique au sens le plus britannique, puisque nous parlons de links.

On sent chez lui l’envie de nous ouvrir les yeux sur le fait que le golf, c’est bien plus que taper dans une balle, et marcher quatre heures.

Sans doute, le réflexe d’un passionné ! Passionné de détails pour nous, mais tellement essentiels pour un architecte, comme la dentelure des bunkers du golf d’Hardelot les Pins, un autre parcours restauré par le jeune architecte français (42 ans).

Il poursuit son explication/description du golf du Touquet avec des anecdotes sur ce qui a prévalu à la conception de chaque trou.

Par exemple, le premier trou est un par-5 considéré comme très abordable, car justement, Harry Colt n’aimait pas beaucoup ou ne faisait pas beaucoup de practice avant de démarrer une partie. Il fallait que le premier trou serve de mise en jambes.

Les trois premiers trous sont joués en plaine, alors que plus on s’approche de la mer, le parcours devient un monstre ! Et c’est vraiment bien un monstre, surtout quand il est joué des boules blanches.

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Tout au long de sa présentation, l’architecte ne cache pas et à plusieurs reprises, son excitation à propos de la restauration de ce parcours.

Le seul moment où son regard semble légèrement s’obscurcir concerne les questions politiques, et notamment les joutes verbales avec certaines associations écologistes.

Comme évoqué plus haut, le parcours se situe à l’origine sur des dunes. En près de 20 ans, les théories sur la préservation des dunes ont évolué, et parfois dans des directions complètement contraires, qui interdisent d’ailleurs les jugements trop définitifs.

Dans un premier temps, on a considéré que le fait de planter des arbres pouvait stabiliser une dune. Le golf a ainsi suivi cette recommandation, même si cela impliquait de couper la vue sur certaines.

Deux décennies plus tard, les mêmes experts ont admis que les arbres compromettent en fait l’avenir des dunes, car sous ces arbres, rien ne peut pousser ! La végétation très particulière et très fragile propre à une dune ne peut pas se développer.

En France, il est avéré que le travail des architectes est encadré par la loi, et des règles strictes quant au respect de l’environnement. « Si vous coupez un arbre, vous devez compenser ! »

Couper un arbre aujourd’hui est en fait faire un cadeau à la Dune.

Quand Patrice Boissonnas explique son projet initial de restauration à certains lobbies écologistes, qui va ramener le parcours à l’état qu’il connaissait précédemment, pensant même que c’est une bonne action pour l’environnement, on lui répond « Nous préférons que vous rameniez le trou à ce qu’il était avant le parcours ! ».

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Dans ces conditions, on peut imaginer que trouver un consensus ne doit pas être simple, même quand on veut seulement restaurer le passé.

D’autant, qu’en matière d’environnement, il semble pourtant convaincu que l’on peut démontrer par bien des moyens qu’un parcours peut contribuer de manière très positive, y compris à la nature.

20 ans plus tôt, le golf pouvait construire un hôtel et un 18 trous supplémentaire sur les dunes.

Aujourd’hui, il faut demander un permis pour seulement couper un arbre. Patrice Boissonnas a pris cet exemple pour illustrer à quel point les mentalités ont changé en France.

Pourtant, le Golf du Touquet est à lui seul un des atouts les plus importants de la ville pour son développement vers l’extérieur, et notamment le tourisme.

D’ailleurs, la restauration du parcours fait bien partie d’un enjeu économique. La Mer est le parcours type links numéro un en France. Sa restauration contribue à son meilleur classement.

Pour conclure, quand on demande à l’architecte français s’il préfère restaurer un parcours ou en construire un de toute pièce, ce qui ne lui est pour l’instant pas encore arrivé, il ne cache pas que la première option le rempli déjà de plaisir et de gourmandise.

Il nous invite aussi à remarquer que la plupart des architectes passent la majeure partie du temps à restaurer des parcours bien plus qu’à en concevoir des nouveaux.

Encore une fois, il met en exergue sa passion pour la recherche au trésor, et le fait de redonner sa beauté à un parcours. Si ce n’est pas un petit trait romanesque…

Posté par le dans Golf en France
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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.

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Invité 18/11/2017

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