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Open de France : L’affluence en berne inquiète à deux mois de la Ryder Cup

Open de France : L’affluence en berne inquiète à deux mois de la Ryder Cup

Depuis mon retour de Paris, et des fairways du Golf National où j’ai passé cinq jours de mercredi à dimanche, j’ai pu lire un certains nombres de messages sur les réseaux sociaux, et même des articles de presse de confrères, laissant penser que le dernier Open de France avait été un flop d’un point de vue de la fréquentation. Je voudrais vous mettre en garde au sujet de raccourcis qui peuvent mener à des erreurs d’analyses. Toutefois, dans la perspective de la prochaine Ryder Cup, cela ne permet pas d’être trop optimiste pour le changement d’image du golf en France.

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Pour le compte de jeudegolf.org, je me rends chaque année à l’Open de France depuis 2014, et ce dans le but de photographier les joueurs, réaliser des articles sur place, glaner des sujets originaux sur le moment, ou pour plus tard.

Cette année, je me suis particulièrement intéressé à la routine d’Alexander Noren, et j’aurai prochainement l’occasion de vous proposer un article sur la séquence de swing de Robert Karlsson que j’ai pu mitrailler, et filmer de tous les côtés, avec son concours sur le practice de l’Open.

Sur le terrain la plupart du temps, en qualité de photographe autorisé dans les cordes, je préfère être au plus près de l’action, tout en acceptant de ne pas pouvoir tout voir, comme si je restais en salle de presse pendant toute la journée, à surveiller la retransmission de l’European Tour.

Ce faisant, je peux voir des choses que les autres journalistes ne peuvent pas voir, ou entendre les joueurs dire des choses que personne d’autres ne peut entendre.

Par exemple, lors du troisième tour, au départ du 15, Jon Rahm fond littéralement un câble, se retient de casser son fer, et jure…. Il vient de trouver le rough à gauche, en cherchant à faire un draw qui s’est transformé finalement en hook.

En anglais, et en colère, il lâche « Je n’ai pas fait un p…ain de draw de toute la semaine ! »

En anglais, et en colère, il lâche « Je n’ai pas fait un p…ain de draw de toute la semaine ! »

Plus positif, pendant la première journée, sur la partie de Justin Thomas et Alexander Levy, marchant juste derrière eux, je les entends discuter, et notamment de Paris. Levy interroge l’américain sur son expérience dans la capitale. L’américain lui répond de manière très détendue, et admiratif.

Toujours au cours de mon périple sur le parcours, qui peut se résumer à marcher deux 18 trous par jour, sur les parties du matin, et de l’après-midi, il m’arrive aussi d’échanger avec les commissaires du parcours.

Ces derniers s’étonnent du comportement de certains spectateurs indélicats. Nous discutons des comportements de foules.  Le foot est aussi un sujet qui revient. France – Argentine est dans toutes les têtes.

Je les interroge sur l’affluence de l’Open, et effectivement, eux, aux premières loges, sans chiffres, me disent sans détours, qu’ils ont le sentiment que d’année en année, le nombre de spectateurs baisse.

Alors qui faut-il incriminer ? Le tournoi est-il si mal géré ? Les prix des billets sont-ils prohibitifs ? Le golf ne fait-il pas recette ?

Personne n’ose vraiment parler de l’effet Ryder Cup.

Personne n’ose vraiment parler de l’effet Ryder Cup.

Oui, il y a un problème de fréquentation de l’Open de France.

Si je compare les Opens 2014, 2015, 2016, 2017, et 2018, pour ma part, je pense que cette édition a pourtant été la meilleure, à la question près du final.

Final qui a manqué de lisibilité. Il n’y a rien de pire qu’un vainqueur qui est déjà au club-house quand l’intensité et la dramaturgie se jouent encore sur les greens.

Cela dit, nous avons eu un maximum de suspense, notamment au moment où Sergio Garcia se trouvait dans le bunker du 18 avec un coup impossible à tenter.

Le parcours est objectivement de plus en plus beau, et parfaitement préparé. Il n’a rien à envier au dernier US Open.

Comme beaucoup d’entre vous, je regrette que l’organisation du calendrier mondial ne permette pas aux américains de venir.

J’ai été surpris, et déçu de ne trouver que Justin Thomas pour représenter l’équipe américaine, surtout cette année… l’année ou jamais pour attirer les américains à Paris.

Mis à part Kinhult et Suri, un peu moins connu, l’Open a été disputé par les meilleurs européens comme Wood, Hatton, Fitzpatrick, Rahm, Garcia, ou Noren…

Le spectacle pouvait être difficilement meilleur cette année, à la question près des américains.

Le spectacle pouvait être difficilement meilleur cette année, à la question près des américains.

Faut-il accuser la FFG de ce manque d’engouement ?

Objectivement, le cas présent, elle n’est pas seule en cause. Beaucoup oublie que depuis le départ d’Alstom, la FFG a perdu la main sur l’Open de France.

Pour Thierry David, directeur de la chaîne Golf Plus « Nous ne sommes plus chez nous ».

Et effectivement, c’est l’European Tour qui a trouvé HNA à la dernière minute. C’est l’European Tour qui est en charge de l’organisation du tournoi. C’est l’European Tour qui a un problème pour son calendrier des Rolex Series, avec le départ impromptu de ce même HNA…

La seule chose que l’on peut dire de la FFG, c’est qu’elle n’est pas dans le coup, le bon comme le mauvais. Elle n’a tout simplement plus la main, et c’est un autre sujet.

A la rigueur, les cadres de la FFG ne font peut-être qu’une erreur d’analyse : Penser que le développement du golf en France passera par le haut niveau, et sa médiatisation.

Sur la question de la fréquentation de l’Open de France, on a trop tendance à raisonner avec nos yeux de français en France.

Quand je regarde la fréquentation du Genesis Open en Californie ou de l’European Masters en Suisse, que j’ai suivi dans les mêmes conditions, je ne constate pas plus de public autour des fairways.

Si pour Crans-Montana, la localisation géographique de ce beau tournoi peut être une explication logique, c’est beaucoup plus surprenant pour l’un des tournois les plus importants aux USA, et avec un plateau digne d’un majeur !

Cette année, les tournois où Tiger Woods s’est aligné ont connu une hausse spectaculaire de l’affluence. Mais c’est Tiger Woods, et personne ne peut faire la même chose à sa place.

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Le problème, ce n’est pas l’Open de France ! Ce n’est pas que la baisse des licenciés !

La vérité, c’est qu’il n’y a qu’une minorité de golfeurs qui s’intéressent aux tournois de golf, et peut-être pas plus de 20% des licenciés en France !

Sur 400 000 licenciés, je vous fais le pari que seulement 80 000 sont réellement intéressés par le haut niveau. Ces 80 000 n’habitent pas tous à Paris, et ne peuvent pas être tous, en même temps, au même endroit.

En comparaison de ce potentiel réel, l’affluence de l’Open de France n’est pas si négative, bien qu’elle semblerait baisser peu à peu.

Si les organisateurs estiment que le tournoi a réuni plusieurs milliers de personnes sur 4 jours, ce qui est difficilement vérifiable, sur le 18, au moment du dénouement final, ils n’étaient visiblement que plusieurs centaines.

En comparaison des autres tournois européens, comme le BMW International open disputé en Allemagne, une semaine plus tôt, l’affluence ne paraît pas franchement moins bonne.

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Il ne faut pas non plus comparer l’Open de France à Roland-Garros.

Il ne faut pas comparer un sport de duel entre individus et médiatisé sur une télévision publique, avec un sport où le duel est avec un acteur abstrait : Le parcours.

Il ne faut pas comparer un sport avec plus d’un million de licenciés, avec un sport qui en compte plus de moitié moins.

Le scénario de cette édition 2018 n’a d’ailleurs pas concouru à améliorer la lisibilité de l’épreuve.

Tant que le golf professionnel n’optera pas définitivement pour la formule du match-play, l'affluence des tournois pourrait rester faible.

Tant que le golf n’optera pas définitivement pour la formule du match-play, l’intérêt devrait rester faible.

Le sport, s’est nourri depuis la nuit des temps de rivalités, de confrontations. C’est d’ailleurs la coupe du monde de football qui exacerbe les passions, car d’une certaine manière, les antagonismes s’expriment dans un stade, et pas dans des tranchées. Le sport est le meilleur remède à la guerre.

Entre regarder du golf, et jouer au golf, pendant deux jours de week-end, combien d’entre vous ne préfèreraient pas aller jouer 18 trous, plutôt que d’aller sur place pour marcher le parcours ?

Il faut peut-être se dire la vérité. Le golf n’est peut-être pas un sport qui se regarde, mais plutôt qui se joue.

Je ne crois pas que ce soit un problème de prix du billet, de la météo, ou du foot en même temps.

Garcia ou Thomas avaient beau être présent cette année, rien n’y a fait.

Nous n’avons pas en France, cette culture du golf de haut niveau, avec cette passion pour suivre les joueurs pendant des heures sur le parcours.

Garcia ou Thomas avaient beau être présent cette année, rien n’y a fait.

Nous n’avons pas un bassin de joueurs assez important, pour qu’une base de 20% se transforme de 80 000 sur 400 000 licenciés en 160 000 passionnés sur 800 000 licenciés.

Nous devions arrêter ce débat pour savoir à qui la faute, et vouloir couper des têtes pour passer notre colère, et masquer la réalité.

La majorité des personnes qui jouent au golf en France, le font comme un loisir de détente.

Le débat sur l’Open de France ou la Ryder Cup ne les intéresse pas.

Comme je peux suivre les pros sur le parcours, il m’arrive de jouer des parties de golf avec des amateurs, et de les écouter me parler de leur conception du golf.

Souvent, ils ont découvert le golf passé 50 ans, une fois à la retraite, histoire de faire une activité bonne pour la santé, ne prennent pas de cours, n’achètent pas de matériel, jouent avec des balles de récupérations, et ne lisent pas la presse golf. Ils ne connaissent pas les joueurs professionnels, et ne s’intéressent pas aux tournois.

Beaucoup des nouveaux joueurs ne se sentent tout simplement pas intégrés.

Sans les juger, considérer que le développement du golf passe par le haut niveau est une négation de cette réalité. Si vous pouvez faire un reproche à la fédération, c’est de ne pas passer assez de temps à jouer au golf avec des amateurs dans des petits clubs de province.

Elle se rendrait compte de l’inadéquation du discours porté sur la Ryder Cup, le haut niveau, et la réalité du golf vécu par 80% des pratiquants et pratiquantes.

Le problème du nombre de spectateurs présent ou pas à l’Open de France tire son origine de ce constat.

Si vous m’aviez interrogé le premier jour, j’avais été plutôt agréablement surpris par le public autour de la partie de Fleetwood, Thomas et Levy.

Si vous m’aviez interrogé le premier jour, j’avais été plutôt agréablement surpris par le public autour de la partie de Fleetwood, Thomas et Levy.

Je pense qu’il y a encore un paramètre qui peut améliorer la fréquentation du tournoi français : La chance de voir un français y être performant.

Si Levy avait été en mesure de performer sur le week-end, je suis à peu près certain, qu’un plus grand nombre de spectateurs seraient venus sur les derniers jours. Et cela, l’European Tour, l’Open et la FFG n’y peuvent rien.

Cela nous renvoie à la mauvaise passe actuelle de nos golfeurs.

C’est légitime que le public veuille suivre un joueur national. Noren a gagné dans une relative indifférence, essentiellement parce qu’il est suédois et peu connu en France.

Le problème majeur des tournois de golf, en France, aux Etats-Unis, et ailleurs, c’est que les amateurs n’ont pas le sentiment ou la démonstration que cela peut être utile à leur jeu.

Il faudrait peut-être mettre encore davantage l’accent sur les « clinics » ou démonstrations animés par les pros.

Quitte à payer pour faire venir Justin Thomas fouler le fairway de l’Open français, autant qu’il se livre en plus à un exercice de pédagogie, et qu’il aide des joueurs amateurs à s’améliorer.

Que l’on créé du lien entre ce joueur et le public.

De manière générale, je suis pessimiste sur l’évolution du sport de haut niveau par rapport aux amateurs. Les athlètes sont de plus en plus payés, et de plus en plus déconnectés de la réalité de Monsieur et Madame Tout le monde.

Le fossé est de plus en plus grand, entre des stars (il conviendrait de définir ce qu’est une star) qui jouent pour des millions, exigent le silence de la part du public (s’il pouvait jouer sans être dérangé), et voudraient en plus être adulés, sans rien apporter d’autre en échange que la beauté de leurs swings.

J’ai la conviction que le golf de haut niveau, les joueurs, sont coupés du monde amateur. Ce fossé explique la baisse du nombre de spectateurs. Les amateurs ne se sentent tout simplement pas concernés, car pas invités à être véritablement pris en considérations ou impliqués.

Le seul exemple de réussite est le tournoi de Phoenix où le terrain de golf est transformé en stade, et où le public est invité à faire partie prenante du spectacle.

Le public à l'arrivée de l'avant-dernière partie

En définitive, le sujet n’est pas simplement franco-français.

Le sujet, c’est le format des tournois de golf. Ce qui est proposé comme implication et comme expérience au spectateur. Le nombre total de licenciés et donc le nombre de passionnés sur cette base…Et enfin, l’interaction entre les joueurs et le public…

Ryder Cup ou pas, l’Open de France ne peut pas tout. Si le golf est en crise, alors c’est le moment de faire sa révolution. Il n’y a jamais de fatalité… que des opportunités de faire mieux.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.

Commentaires   

Avec
 
rvanphat@gmail.com
0 #3 Billetterie la galèrervanphat@gmail.com 04-07-2018 21:57
Vue galère pour avoir un billet pour la ryder cup
Nous faire patienter sur des comptes a rebours pour arriver a rien c est un vrais cirque on me reprendra pas deux fois
C est la voix pour degouter les plus motiver
Ça fait plus de six mois que les places pour les journées entrainement ont été commandées et payées et pas de nouvelle !!!! C est le seule événement ou on paye sans connaitre la liste des acteur et on nous traite d une façon très cavalière vous avez raison d avoir des doutes sur les succès futures des compétitions aussi mal géré
Ça fait des années ou je viens mais c'est la dernière fois
Robert
 
 
Julietteredon@orange.fr
0 #2 OPEN de FranceJulietteredon@orange.fr 04-07-2018 16:52
C'est une excellente analyse ! J'aime beaucoup la justesse de vos propos.
 
 
jean-paul.reich@orange.fr
0 #1 Point de vue personneljean-paul.reich@orange.fr 04-07-2018 15:13
Le golf fait parti de ces sports, comme le ski et d'autres, que l'on préfère pratiquer que regarder.
Et quitte à le regarder, c'est plus confortable de le regarder à la télé que sur le terrain. Sur le terrain, on n'a qu'une vision très partielle du jeu, sans compter les conditions climatiques qui peuvent être difficiles, voire éprouvantes. En plus, il faut ajouter que l'accès au golf national se mérite. Il faudrait probablement que les organisateurs repensent ces compétitions pour faire un fêtes du golf et fassent en sorte que les spectateurs soient également acteurs mais autrement que par quelques stands peu engageants, avec des files d'attentes sans fin et avec un seul objectif final qui est de réussir à nous vendre quelque chose. Je dois avouer que j'ai longtemps assisté à la phase finale de l'Open mais c'était quand j'étais invité VIP+ par le principal sponsor du tournoi. L'accompagnement sur le parcours par des pro qui nous commentaient le jeu et les joueurs, l'accueil, l'environnement, etc. était une vraie motivation. Cela a même contribué que nous devions golfeurs, ma femme et moi. Depuis le départ de ce sponsor, je suis redevenu un simple spectateur et je regarde l'Open de France à la télé !
 

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