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Open de France 2016: Jaidee vainqueur mais pas seulement…

Open de France 2016: Jaidee vainqueur mais pas seulement…

Je pourrai vous rapporter dans cet article comment le thaïlandais Tongchai Jaidee a brillement remporté l’Open de France du centenaire, en dominant notamment un Rory McIlroy, principale attraction du tournoi, et présent à Paris pour remettre son swing en place en vue du prochain British Open. Ceci étant, en passant près de 8 heures par jour sur le terrain, au practice, et au plus près des joueurs, j’ai bien plus à vous rapporter comme témoignage…

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Entre les sites qui recopient bêtement le communiqué de presse d’ASO, et les bloggeurs qui restent les fesses vissées en salle de presse, à regarder les écrans de l’European Tour, vous avez sans doute déjà lu beaucoup de choses, et souvent la même chose depuis dimanche soir, et la fin de l’Open de France de golf.

Sur jeudegolf.org, notre leitmotiv a toujours été de se différencier et d’apporter quelque chose d’autre, notamment la vision du terrain.

Autant, quand il s’agit d’aller à Orlando, nous n’avons pas de « concurrence » autant quand l’événement est aux portes de Paris, pour des raisons de coûts, il est beaucoup plus facile de parler de l’Open de France. 

Parler mais pour dire quoi ? Ce que vous avez pu éventuellement voire en allant sur place, ou en regardant la télé ?

Ci-après, je vais vous raconter une autre histoire…celle d’un « insider » qui sait se rendre invisible pour ouvrir grand les yeux, et les oreilles.

Une vision "inside" de l'Open de France 2016

Mercredi, veille de tournoi, tout a démarré par la conférence de presse de Victor Dubuisson, ce qui commence à devenir un grand classique à l’Open.

Toute la presse, française et européenne, était dans ses petits souliers pour démarrer ce traditionnel rendez-vous très formaté.

Sans revenir sur l’article déjà publié à ce sujet, j’ai trouvé Victor très introverti dès son arrivée dans la salle, ce qui n’est pas en soi une surprise, puis finalement au cours de l’entretien, il s’est révélé plus détendu que d’habitude, mais aussi et surtout plus distant par rapport à l’enjeu.

Pas le plus combatif en conférence de presse...

Très vite, j’ai compris qu’il n’était pas là pour gagner, et j’ai essayé de le retranscrire dans mon premier sujet, sans chercher à l'enfoncer.

La suite de l’histoire m’a donné raison.

Sur son troisième tour, Dubuisson tape une balle, croit savoir qu’elle est tombée dans l’eau à la réaction du public, joue une balle provisoire, puis découvre que finalement sa balle initiale n’était pas perdue.

S'en suit une situation ubuesque où le joueur prend 5 points de pénalités sur un seul trou, Dubuisson qui avait passé le cut, a tout simplement explosé son week-end en seulement quelques minutes.

Victor Dubuisson dans le doute...

Si vous raccrochez cet incident incroyable pour un golfeur professionnel, et sa conférence de presse, vous ne pouvez pas vous empêchez de penser que tout est lié, et que cela lui arrive à lui…pas tout à fait par hasard.

De tout ce que j’ai encore pu constater pendant ce nouveau tournoi passé au plus près des champions, le haut niveau ne souffre pas de l’à peu près !

Quelques minutes après Dubuisson, ce fut autour de McIlroy de se présenter devant la presse en salle de conférence, et là, le ton était tout autre.

McIlroy était précis jusque dans sa blague calculée sur le moustique en référence à sa non-participation aux Jeux Olympiques de Rio.

D’ailleurs, impossible de lui poser ma question sur son putting qu’il ne cesse de changer depuis le début de la saison.

Son agent dirige la conférence de presse de main de maître pour passer la parole aux journalistes connus, une façon de ne pas se laisser prendre au piège d'une question imprévue.

McIlroy a capitalisé l'attention de tout le monde

De la même façon, samedi matin, alors que j’avais passé 3h30 au practice pour filmer et mitrailler dans toutes les positions, les swings de tous les joueurs, en prévision de nos prochains articles sur les séquences de swings, j’ai profité de l’arrivée de McIlroy pour de nouveau constater sa popularité, mais aussi son extrême concentration.

Rory ne sait plus où donner de la tête...

Comme sur le parcours les deux journées précédentes, McIlroy a été la principale attraction du public.

Sans avoir les chiffres officiels, je suis certain qu’il y a eu plus de public que lors des deux éditions précédentes.

Déjà, le jeudi matin en arrivant à 7h30, j’ai été surpris par le fait de ne pas pouvoir accéder facilement au parking près de l’entrée, tellement j’ai été surpris par l’afflux des visiteurs.

Afflux qui s’est massé principalement autour de McIlroy pendant les cinq jours du tournoi. Le mercredi, tout le monde voulait sa photo en compagnie du champion.

Même notre cher ami abonné, le très sympathique Christian Cevaer a profité de la fin de partie de pro-am de McIlroy pour échanger avec le champion, et faire une photo en sa compagnie.

Samedi au practice, il a encore capté tous les regards, et bien plus que Jaidee, qui a été passablement ignoré, au moins jusqu’à la fin du tournoi.

McIlroy au practice sous l'oeil de son garde du corps

Autre signe qui illustre McIlroy, de tous les joueurs que j’ai photographié en prenant soin de ne pas les déranger, mais en étant tout de même à moins de trois mètres, le seul qui m’a demandé de m’écarter…fut McIlroy !

Je pourrais presque me vanter qu’il m’a parlé ! Enfin, plutôt grommelé un truc du style, « Oui, écartes-toi un peu… » car en fait, c’est surtout son caddie qui m’a jeté un regard noir.

Il m’a d’ailleurs rappelé un certain Steve Williams, ultra protecteur avec son maître, Tiger Woods.

Aucun autre caddy ne m’avait jusque-là demandé de m’éloigner…Un collègue m’a alors dit en plaisantant « Fais gaffe – Il va te sortir du practice ! »

Cette anecdote qui n’a pas eu de suite, car j’ai trop de respect pour Rory, et j’ai logiquement obtempéré, illustre que McIlroy est sursollicité, et qu’il n’était pas là pour plaisanter.

En ayant pris les swings de tous ses champions sous tous les angles, vous verrez que je vous mettrais au défi de trouver de grandes différences techniques. Au contraire, ce week-end m’a encore plus convaincu que la différence se fait au niveau de l’approche mentale.

Entre un Dubuisson dont le langage corporel vous dit « je ne suis pas là pour gagner », et un McIlroy qui pue « la gagne », la différence se fait déjà dans l’attitude.

A ce niveau, il ne faut pas penser à autre chose que de gagner, sinon vous n’avez aucune chance.

Brèves de practice et histoires de parcours

Au plus près des joueurs, vous pouvez observer différents comportements, et plus ou moins sympathiques.

Personnellement, j’avoue être assez attiré par un golfeur comme Marcel Siem, notamment pour le photographier.

L’allemand ancien vainqueur de l’Open dégage plus de charisme que beaucoup d’autres joueurs.

N'embetez pas Siem au practice !

Mais à chaque fois que je suis venu à Paris, et que je l’ai vu jouer, je l’ai souvent trouvé plutôt antipathique...

L’an dernier, il tirait une gueule de six pieds de long, quand sur le trou numéro 3, il avait égaré son drive sur la gauche, vociférant contre le public pour ne pas avoir vu sa balle.

Cette année, au practice, je l’ai vu invectiver un caddy d’un pro voisin qui avait eu le malheur d’ouvrir son parapluie posé au sol trop près de lui…

Autant, un Sébastien Gros semble super sympa, et plaisante avec Matthieu Pavon « Au départ, Matt Pavon, le golfeur qui a son étiquette de polo qui sort de son col. » provoquant le sourire gêné du jeune intéressé ou dire un mot sympa à Thomas Pieters en arrivant sur le practice, autant Siem a une tête de tueur, mais il dégage beaucoup de charisme et un physique spectaculaire.

Sébastien Gros au practice...

Toujours sur la question de la popularité, je voudrai profiter de l’occasion pour rappeler que le sport de haut niveau est ingrat et sans mémoire.

Alors que tout le monde a eu les yeux braqués sur McIlroy, un immense champion était à Paris dans la plus grande indifférence : Mike Weir !

Je me souviens encore de l’émotion que j’ai ressentie en 2003 quand ce canadien est devenu le premier gaucher à triompher à Augusta, et ce bien avant Phil Mickelson.

Bien avant McIlroy, Mike Weir a été une énorme star de notre sport, et pourtant, il a traversé cet Open de France dans la plus grande indifférence, comme transparent aux yeux du public.

Mike Weir, vainqueur du Masters 2003 à Paris

De la même façon, un autre joueur pour qui j’ai énormément d’admiration, numéro un mondial encore assez récemment, Luke Donald, semblait lui aussi être redevenu un golfeur parmi les autres.

Ce n’est pas rien de dire que le champ de joueurs de ce centième Open de France était particulièrement relevé cette année.

Luke Donald, bien loin d'être le centre d'attention du public à Paris

Mais comme l’année dernière où Thomas Levet était bien seul sur sa partie, le public n’avait d’yeux que pour Rory ou Victor !

Quel dommage car le spectacle était partout !

Même à des endroits inattendus comme quand en remontant le 13, sous la pluie vendredi, alors que j’avais protégé mon appareil photo, James Morrison, un des animateurs de l’édition 2015 décida soudainement de plier en deux son driver d’un coup parfaitement maitrisé, et tout en colère froide non retenue.

Pris sur le fait, et tellement surpris, je n’ai pas eu le temps de dégainer mon reflex numérique.

En revanche, j’ai pu approcher les commissaires au départ pour discuter avec eux du caractère saugrenue et un peu stupide de la scène. A 500 euros le driver, c’est un geste que les professionnels devraient se garder de commettre en public.

Le shaft de James Morrison

Comme quoi Dubuisson n’est pas le seul à filer des coups de pieds dans son sac !

La déception ou la frustration fait partie inhérente du golf…On pourrait parler de la joie de Jaidee…mais j’ai surtout vu la peine dans le regard de Gary Stal quand il remontait le fairway du 18 en guise de conclusion de son deuxième tour, certain de ne pas passer le cut..

En photographie, vous ne savez jamais vraiment comment vous allez vous retrouver placé sur le terrain. Il y a une part de hasard.

En cette fin de journée, un peu fatigué, avec une ampoule au pied, je n’avais plus envie de sauter d’un trou à un autre. Je me suis alors placé à mi-chemin entre le tee de départ et le green du 18, à tombée de drive pour shooter les joueurs qui passaient.

C’est à ce moment qu’un golfeur s’est dirigé vers moi, hors des cordes pour chercher sa balle dans un rough bien ingrat: le lyonnais Gary Stal.

J’ai pu voir au fond de ses yeux qu’il jouait mais qu’il n’était déjà plus là.

Cette fin de partie était à elle seule une énorme frustration. Sans mot dire, sans coup de colère, tout en retenu, il a fait le job jusqu’au bout. S’est replacé au centre du fairway et a continué son chemin jusqu’au green, en espérant qu’une chose, quitter le golf, et partir le plus loin possible.

Gary Stal dans le rough au 18

De tous les joueurs que j’ai vu passé, et tous n’ont pas bien joué et passé le cut, j’ai été marqué par la tristesse de Gary Stal.

J'aurai aussi pu évoquer l'énervement de Benjamin Hebert qui dans les mêmes circonstances, et sur le même trou, à savoir le 18, en compagnie de l'américain Troy Merritt avait du mal à cacher son agacement alors que quelques trous plutôt, il était dans le cutt, mais une erreur qu'il jugera lui-même évitable, l'a remis dans le seau, et c'est dépité qu'il parcouru les derniers mètres le séparant du green du 18.

Ben Hebert déçu de sa fin de partie

A l’opposé, et lui-aussi n’a pas passé le cut, Sébastien Gros est un type rayonnant.

A la fin du premier tour, je croise son caddy qui se trouve être Arnaud Garrigues que je connais depuis quelques temps, et surtout son passage comme pro au Golf de Salvagny.

Nous engageons la discussion au sujet de la belle performance de Sébastien sur le premier tour, sur son incroyable capacité à driver fort par rapport à son gabarit, son excellent début de saison, et ses espérances sur ce tournoi qu’il joue pour la première fois.

J’étais loin d’imaginer que la deuxième journée serait très différente, et qu’au final, il allait manquer le cut.

Alors que d’autres français n’avaient envie que de partir loin de Paris, au contraire, Seb était tout sourire au practice samedi matin pour passer en revue tous ses coups.

C’est peut-être la différence entre un golfeur qui est dans une bonne phase, et accepte un accident, et le golfeur qui joue bien, mais qui se mine à cause de la réussite qui le fuit.

Heureusement, en golf, rien n’est jamais définitif.

Question que ne se pose pas Matthieu Decottiginies-Lafon, croisé le premier jour, très sympa qui m’a salué tout naturellement.

J’ai senti que c’était un type content d’être là, sans prise de tête, mais par contre pour avoir filmé son swing de près, je peux vous attester qu’il a un tempo extrêmement rapide, et qu’au drive, il envoie !

Decottignies-Lafon : puissance et look

"El Decott" aura bien profité de cet Open pour se faire remarquer. Aussi bien pour ses performances que pour son look très flashy, le jeune homme n’a pas loupé son tournoi. Il y a du Rickie en lui…

Comment ne pas parler des golfeurs asiatiques d’autant que Jaidee a gagné ?

Depuis quelques saisons, j’ai pu remarquer, comme vous sans doute, qu’ils étaient de plus en plus présents à Paris. Ce n’est pas encore comparable à Evian où ils sont majoritaires, mais la tendance est en train de se créer.

J’ai plus de mal à les identifier, et à retenir leurs noms alors que c’est plus facile pour moi de reconnaître, Nicolas Colsaerts (un golfeur que j’admire profondément), Lee Westwood (un golfeur qui n’a jamais été numéro un mondial mais qui est pourtant toujours très suivi par le public francilien) ou encore Graeme McDowell (double-vainqueur du tournoi), sans parler des français, pourtant au practice, sans tomber dans le cliché…ça bosse intensément, et plusieurs heures avant le départ.

Les asiatiques enchaînent les frappes pendant des heures

A la limite, cela paraît presque trop, alors qu’à l’inverse, les européens comme Cabrera-Bello,Kaymer ou Wiesberger ne passent que 45 minutes à une heure avant le départ du un.

Dans une certaine forme d’indifférence, sans parler la langue, sans sollicitations des médias, ils bossent tranquillement, et ne semblent pas impressionnés par la difficulté du National.

Wang Jeughun, un nom dont je n’arriverai sans doute pas à me souvenir, a pourtant manqué de très peu de l’emporter dimanche.

Il aura été simplement battu par l’homme du tournoi, Tongchai Jaidee, que j’avais beaucoup suivi dans la journée de vendredi.

Et je dois bien avouer, surtout parce qu’il jouait avec le très photogénique, Mike Lorenzo-Vera, « un client » dans le jargon.

Lorenzo-Vera aux côtés du futur vainqueur

Cette année, Mike n’a pas connu la même réussite que l’an passé. Je suis certain qu’il aurait bien fait de ne pas monter dans les tours sur l’histoire avec François Illouz. Certain que cela lui a coûté de l’énergie et de l’émotion.

Moins lunaire que l’an passé, il a surtout été le témoin de la maîtrise du futur vainqueur.

Un Jaidee impassible en toute circonstance, qui n’est pas le golfeur le plus impressionnant, loin des canons de beauté type Kaymer, Wiesberger, Wood, Cabrera-Bello ou McIlroy, ces athlètes golfeurs qui jouent dans un autre monde que nous.

Jaidee, c’est plutôt la gestion fine du parcours et des événements. Le père tranquille qui sait qu’il ne frappe pas aussi loin, et aussi fort, mais qui mentalement, a été, au moins ce week-end, au-dessus de tout le monde.

Open de France 2016: Jaidee vainqueur mais pas seulement…

Il n’a pas été le golfeur le plus long, ni le plus précis, en revanche, il a économisé son énergie et ses émotions pour commettre le moins d’erreurs.

Car, au National, le vainqueur n’est pas forcément celui qui joue le mieux, mais celui qui joue le moins mal…

Dans les prochains jours et les prochaines semaines, nous allons vous proposer tout le bénéfice de ces journées passées sur le terrain au plus près de l’action, avec pas moins de 160 vidéos tournées, et plus de 3000 photos pour créer de nouveaux sujets…

Pour ma part, mon meilleur souvenir de cet Open restera la question que j’ai posé en conférence de presse à Gregory Bourdy concernant sa performance à Oakmont, quinze jours plus tôt dans le cadre de l’US Open.

Gregory Bourdy en vedette américaine à Paris

De toute sa conférence de presse, c’est la question où sa réponse a été la plus longue, et la plus argumentée, tout simplement parce que lui et moi, avions envie de valoriser et de ne pas oublier ce qu’il avait accompli…

En matière de sport, trop souvent, un exploit en chasse un autre, et nous ne prenons pas assez le temps de savourer ce qui a été accompli…

Point de vue d'un Insider à l'Open de France 2016...

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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