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Masters: McIlroy-Spieth, un duel avorté ou reporté au dernier tour?

Masters: McIlroy-Spieth, un duel avorté ou reporté au dernier tour? - Crédit photo : Mark Newcombe

Le troisième tour du Masters d’Augusta nous promettait un match au sommet entre deux des meilleurs golfeurs du moment. Rory McIlroy, ambitieux de faire son premier grand chelem en carrière à seulement 26 ans, et Jordan Spieth, tenant du titre, leader du tournoi depuis deux tours étaient opposés dans la dernière partie. Le golf n’est finalement pas un sport comme les autres. Une rivalité sportive est toujours nuancée ou contrecarrée par un troisième élément majeur : le parcours ! Alors que le dernier tour se profile, tout reste ouvert.

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Le contexte du duel : Augusta et le vent

La journée de samedi a été particulièrement difficile pour les joueurs. Augusta est sans doute l’un des parcours les plus impitoyables pour les golfeurs professionnels, et ce n’est sans doute pas un hasard, si le tournoi se dispute aux premiers jours du Printemps.

La météo est certes clémente, mais ce qui ne se voit pas à la télévision, c’est la présence du vent, les pentes sur les fairways, et sur le greens.

Ah ces fameux greens ! Ils sont fermement défendus !

Prenons l’exemple du premier trou.

Pour avoir suivi les parties d’Adam Scott, Charley Hoffman, Hunter Mahan et Henrik Stenson, quelques-uns des meilleurs golfeurs de la planète, sur les quatre tentatives pour atteindre le green en régulation, aucune n’est arrivée sur l’objectif, et pourtant le green  n’est pas un point minuscule sur le fairway.

Ce premier par-4 de 406 mètres de long (Tea Olive) se joue en montée ce qui allonge encore la distance.

Sur le premier coup, il faut sortir le driver.

Adam Scott au départ du 1

Prenons l’exemple d’Adam Scott qui a tapé une merveille de drive à 234 mètres…au carry, car à la tombée de drive, la balle ne roule pas. Elle s’arrête dans la pente ascendante.

Il reste donc 183 mètres à parcourir pour attraper le green.

L’australien a beau avoir parfaitement joué le coup. Il s’est placé sur la gauche du fairway. Au moment d’attaquer le green, il sait que le meilleur endroit pour rater est à droite, là où il y a de la place, et surtout pas de bunker.

Le green est sur un léger monticule. L’australien n’a pas de problème pour trouver la distance. D’ailleurs sa balle va finir sa course à hauteur du drapeau…mais à 26 mètres sur la droite, en dehors du green.

Derrière, il doit approcher le drapeau de 26 mètres avec une visibilité réduite (le green est toujours surélevé). Il va finir par sauver le par sur une approche-putt réussi.

Ce premier trou n’est qu’un exemple parmi 18 de la difficulté qui attend les pros.

Imaginez un deuxième coup où vous êtes au mieux à 180 mètres en montée avec un green sur un monticule !

Deuxième coup de Scott sur le 1

Sauf que début avril à Augusta, le vent peut jouer une importance capitale, et ce samedi, cela a été le cas.

A la lecture des scores du troisième tour - McIlroy en 77, Dechambeau en 77, Lee en 79, Piercy en 79, Lowry en 79, soit la majorité des leaders après deux tours – on peut constater que la journée a été difficile pour les parties de fin de journée.

Et encore, Garcia, Poulter, ou Langasque ont été encore plus en difficulté avec des scores au-delà de 80.

Cela fait relativiser la question de l’index quand un amateur essaie de jouer à un chiffre sur son parcours du dimanche !

A Augusta, les meilleurs du monde peuvent jouer plus de dix par partie. C’est d’ailleurs pourquoi après trois tours, rien n’est joué en tête.

Jordan Spieth, l’extraterrestre d’Augusta a beau avoir joué 74 dans un contexte extrêmement difficile, conservé un avantage d’un coup sur Smylie Kaufman, et deux sur les surprises Langer et Matsuyama…dimanche, il aura encore beaucoup de travail pour résister au parcours.

Il s’agit bien de résistance !

Le match n’a pas eu lieu au troisième tour

Tout semblait réuni pour que la dernière partie de samedi, le match dans le match entre Rory McIlroy et Jordan Spieth soit un sommet de golf.

Dans l’histoire récente, il a été finalement assez rare de retrouver le numéro deux et le numéro trois mondial en tête du même tournoi avec un écart de score dérisoire.

Indéniablement, cela ajoute du sel à la recette.

Woods et Mickelson ont souvent été rivaux ou tout du moins opposés par la presse. Ils ne sont quasiment jamais retrouvés dans une même partie pour décider du futur vainqueur d’un tournoi majeur à l’image d’un Nadal-Federer en finale de Roland-Garros.

D’un côté du ring, Jordan Spieth le virtuose du wedge, et du putting, et de l’autre, Rory McIlroy, le cogneur au drive, et le producteur des plus beaux coups de fers possibles…deux adversaires avec des histoires radicalement opposées pour nous proposer un superbe match.

En 2015, Spieth a remporté le Masters et l’US Open avant de manquer de très peu de remporter les deux autres majeurs, le British et le PGA.

McIlroy a de son côté remporté l’US Open avec le score le plus bas de l’histoire.

Mis à part, Jason Day, le golf actuel ne peut pas proposer un duel aussi spectaculaire.

Cependant, samedi, malgré tous les ingrédients…il n’y a pas eu de match.

McIlroy derrière Spieth, le scénario du match

McIlroy a perdu quatre coups sur Spieth, et son 77 n’a pas été diminué du moindre birdie.

D’ailleurs, ce fut la première fois en 81 départs en majeurs que Rory n’a pas réussi à rentrer le moindre birdie.

Spieth, lui, n’a été en difficulté qu’au 17 et au 18, perdant trois coups en deux trous. Ceci dit, le match était déjà plié depuis longtemps.

McIlroy n’a eu besoin de personne d’autre pour planter le scénario du match. Certains observateurs commencent à se demander si McIlroy n’aurait pas un problème avec Augusta.

Il ne manque plus qu’une veste verte à McIlroy pour compléter son grand chelem, et il se sait plus fort que n’importe qui d’autre.

Jusqu’à cette année, il arrivait toujours très bien préparé, et même relativement tôt pour jouer un maximum de tours, tout en prenant soin d’étudier chaque mètre carré.

Cette année, il a décidé de changer de méthode, et d’être plus relax.

Dans un premier temps, ce changement d’attitude a semblé porté ses fruits puisqu’il s’est retrouvé dans la dernière partie de samedi à un coup du leader.

Cependant, cette nouvelle approche a touché sa limite.

Alors que la veille de cet affrontement, Spieth piaffait d’impatience, admettant que jouer contre Rory serait un grand challenge.

McIlroy a sans doute trop relativisé l’événement « Je ne regarde pas les noms sur le leaderboard. Je me contente de regarder les scores pour voir combien de coups je dois éventuellement remonter. »

En réalité, il y a fort à parier qu’il a dit ça pour tenter de s’en convaincre.

Samedi, cette stratégie n’a pas fonctionné, alors que Spieth a de son côté gagné son match 4 up, et sans trembler.

A croire que McIlroy sera peut-être plus à l’aise dimanche dans une partie derrière celle des leaders, et surtout pas dans un match contre Augusta et Spieth en même temps.

Concernant son troisième tour, McIlroy a admis avoir joué pour « tenter » des coups.

« Je n’ai jamais pensé que c’était perdu. J’ai joué en espérant pouvoir obtenir quelque chose de bon, mais cela ne s’est pas produit. »

Jordan Spieth : Dans une bonne ou une mauvaise position avant dimanche ?

Au départ du 17, Spieth était dans ses pantoufles vis-à-vis de son rival du jour. Il ne comptait pas moins de huit coups d’avances.

Rien ne semblait pouvoir lui résister !

Spieth dominateur ?

Pas une approche roulée à quinze mètres, et surtout pas un putt à moins de trois mètres…quand Dechambeau ou d’autres s’énervaient de rater de petits putts pour birdies.

Si vous voulez constater la force et la magie de Spieth par rapport aux autres golfeurs pros, il suffit de regarder un tour à Augusta.

Quand les autres luttent avec le parcours, Jordan paraît incroyablement facile.

En sortant du 18, McIlroy a tout de même senti qu’il avait frôlé la correctionnelle.

De huit coups, son retard a fondu en quelques minutes seulement à cinq, ce qui lui laisse la possibilité de rêver à un meilleur scénario pour dimanche.

Spieth a été tout bonnement fantastique pendant 16 trous.

Avant le 17, il avait non seulement tué son match contre McIlroy, mais au passage, toute forme de suspense avec quatre coups d’avances sur le plus proche adversaire.

Avec une telle avance avant de démarrer le dernier tour, Spieth se serait fabriqué pas mal de jokers. Le match et le tournoi semblait terminé.

Peut-être trop confiant, sur le tee du 17, il a choisi un driver alors qu’un simple bois 3 aurait suffi.

Après avoir nettement sorti sa balle sur la droite, la suite de son trou n’a guère été mieux inspiré.

Curieusement, il a complètement manqué son approche, et au final, il termina par un bogey un peu bizarre.

Rebelote au 18, il sort de nouveau le driver alors qu’il compte toujours une bonne avance. A nouveau, son drive va partir nettement à droite.

Son approche du green fut à nouveau beaucoup trop courte, et son premier putt beaucoup trop timide…Résultat : Un double bogey et trois coups de perdus en seulement deux trous, de sorte qu’il a remis sur pied ses concurrents.

Kaufman (un coup de retard seulement), Langer et Matsuyama (deux coups) sont proches mais surtout Jason Day et Dustin Johnson, les véritables rivaux du leader sont à trois coups seulement !

Avec moins de vent dimanche, n’importe lequel de ses très bons joueurs pourrait bien faire un « run » de birdies.

A la différence de McIlroy qui ne berne personne en faisant fi de la pression, Spieth n’essaie pas de se voiler la face.

Il reconnait volontiers que la nuit va être difficile.

Dimanche, les conditions météos, et le vent en particulier, seront plus clémentes. Les joueurs surpuissants au drive pourraient bien retrouver du gaz, et obtenir plus de birdies.

Rory McIlroy à la recherche du birdie

A commencer par McIlroy qui sera peut-être débarrassé de la pression. Absent de la dernière partie, il sera dans des conditions idéales pour tenter de revenir, laissant le soin à Spieth de mener le leaderboad, et focaliser toutes les attentions.

Jason Day bien discret depuis le début du tournoi, et son premier tour en forme de montagnes russes (-5 sur les neuf premiers trous, et +5 sur les neuf derniers) pourrait bien empocher la mise au dernier moment.

Verdict dans la nuit de dimanche à lundi pour savoir quelle stratégie va finir par battre le parcours…

Contrairement à l’an passé, Spieth domine mais n’écrase pas le Masters ! Le final promet d’être le plus spectaculaire depuis plusieurs années. 

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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