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Masters: Danny Willett braque Augusta tandis que Spieth s’effondre

Masters: Danny Willett braque Augusta tandis que Spieth s’effondre - Crédit photo : Mark Newcombe

Un scénario que personne n’a venu venir et digne des plus belles tragédies grecques, l’anglais Danny Willet, le golfeur le plus en vue du circuit européen depuis 18 mois a signé la meilleure carte de score dimanche à Augusta (67) tandis que l’américain, Jordan Spieth, leader depuis trois jours, et surtout particulièrement insubmersible sur ce parcours a coulé au moment où plus personne ne pouvait s’y attendre. Le Masters 2016 ressemble étrangement à celui de 1996 !

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Le scénario du Masters 96 s'est reproduit au cours du Masters 2016

Vingt ans plus tôt, Greg Norman qui possédait une avance confortable de six coups avait lui-aussi connu un scénario aussi cruel. Sur quelques trous, en vue de la victoire, il s’était totalement désagrégé, et laissé la porte grande ouverte à un anglais : Nick Faldo.

Dimanche, par une très belle journée, moins insurmontable que les deux précédentes, Jordan Spieth avait pratiquement tout fait pour se succéder à lui-même : écarté et même dégouté Rory McIlroy, tenu à bonne distance Jason Day, endormi son partenaire du jour Smylie Kaufman, et bien entendu dominé les deux tiers du parcours.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’un anglais qui n’aurait même pas dû être présent sur ce Masters, allait jouer le golf de sa vie, et se retrouver au bon endroit au bon moment pour profiter de sa seule faiblesse en 72 trous.

Ah que le golf peut être cruel, difficile et tordu !

Il est de coutume de dire que tant que le dernier putt n’est pas au fond du dix-huitième trou, rien n’est fini.

Alors qu’à mi-parcours sur ce dernier tour, Spieth comptait une confortable avance sur tout le monde, le seul signe qui commençait à poindre le bout de son nez, était une éventuelle deuxième place de Danny Willett, tout juste papa depuis une quinzaine de jours d’un petit garçon.

D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’il pensait devoir manquer le 80 eme Masters. Zacharia, son fils devait naître initialement pendant le week-end du Masters, mais il a voulu être sympa avec son papa, et est arrivé à quinze jours du terme.

Résultat, bien présent, il a réalisé le casse du siècle, et ce à tel point que la réalisation tv n’a pratiquement jamais retransmis la partie de l’anglais pendant trois jours et demi de Masters.

Il a fallu l’effondrement soudain du leader Jordan Spieth pour voir émerger le futur vainqueur.

Du trou 10 au trou 12, en l’espace de quinze-vingt minutes, le chouchou du public, le favori à sa propre succession va brutalement toucher terre après avoir tellement survolé les débats depuis l’an passé à Augusta.

Sept tours et demi consécutifs en tête sans jamais vaciller, et voilà que celui qui rêvait d’être le premier à faire le doublé au Masters depuis Tiger Woods en 2001-2002 allait voir son train passer.

Une première approche manquée au 10 allait finalement attraper le bunker pour un bogey plutôt anodin, le deuxième de sa journée.

Sur le trou suivant, son drive alla complètement se fourvoyer dans les arbres à droite du fairway avec pour conséquence, un nouveau bogey.

Jusque-là, pas encore de quoi sonner l’alerte générale.

Et puis le drame s’est produit sur le trou 12 juste devant ou plutôt dans Rae’s Creek où Spieth a mis consécutivement et de manière inexpliquée plusieurs balles dans l’eau pour un quadruple bogey aussi brutal que dévastateur de tout le travail accompli à six trous de la fin du tournoi.

D’une avance de cinq coups, Spieth s’est retrouvé avec un retard de trois

Le drop qui a changé la face du Masters 2016 - Crédit photo : Mark Newcombe

De ce Masters, il ne faudra sans doute retenir que ce court moment car jusque-là, le tournoi n’avait pas vraiment été très palpitant. Il était même difficile de ne pas s’endormir.

Des trois meilleurs golfeurs du monde, seul Spieth a été au rendez-vous.

Jason Day n’a jamais été très loin mais paradoxalement jamais en mesure de peser sur les débats.

Rory McIlroy s’est approché assez près, et même trop près puisqu’il a explosé.

Au final, les deux hommes sauvent l’honneur en terminant tous les deux top-10.

Dans les deux cas, pour les avoir longtemps suivi, du tee au green, ils ont très bien joué. McIlroy a surtout manqué de chance avec des coups de drivers, et de fers fabuleux. Il n’usurpe pas son titre de meilleur joueur du monde dans ce registre.

Il s’est procuré plusieurs occasions d’eagle sans jamais parvenir à en concrétiser une seule. Le putting ne lui a pas souri.

Au final, il repart d’Augusta avec plus de doutes qu’à son arrivée, et en particulier, concernant sa capacité mentale à se sublimer sur le parcours d’Augusta.

Sur ce terrain, il apparaît clairement que pour le moment, Day comme McIlroy sont un cran en-dessous de Spieth.

Et d’ailleurs, tout le monde devrait l’être.

Willett ne s’attendait certainement pas à gagner ce Masters. En marchant sur le fairway du 15, il a entendu la foule grondée. Spieth était en train de se saborder au douze.

Willett s’est vu dans la peau d’un possible vainqueur que dans les tous derniers moments du tournoi, une bonne façon de se protéger de la pression inhérente à un tel événement qui bouleverse votre vie, vous faisant passer de bon golfeur à celui de vainqueur en majeur.

Spieth a bien essayé de revenir. Après la catastrophe du 12, il signa des birdies au 13 et au 15.

Sur le 16, il s’est encore procuré une opportunité de birdie à moins de quatre mètres, mais cette fois, celui qui était pourtant magistral au putting, a failli.

Il aurait pu revenir à un coup de Willett avec deux trous à jouer.

Dustin Johnson, Jason Day, Rory McIlroy, les principaux challengers naturels de Jordan Spieth auraient pu avoir leurs chances. Au cours de ce dernier tour, ils n’étaient finalement pas si loin. Pourtant, ils se sont tous un peu autodétruits avec des bogeys mal venus quand il fallait faire une journée à la Willett, soit cinq coups sous le par, la meilleure carte de la journée.

Spieth n’a pas cherché à cacher sa grande déception, et même sa surprise comme un boxeur choqué après avoir dominé onze rounds aux points, et s’être pris un k-o dans les derniers instants par un adversaire supposé plus faible.

C’est un peu l’histoire de David contre Goliath

Danny Willett, vainqueur inattendu du Masters 2016 - Crédit Photo : Mark Newcombe

Et pour le coup, dimanche, Goliath était aux bords des larmes ou faible au point de manquer de tomber de sa chaise au moment de se lever pour passer la veste verte sur les épaules de Willett, tout heureux de se retrouver dans une telle position, sans avoir vraiment vu venir le plus grand moment de sa carrière.

Jordan Spieth pense qu’il va mettre du temps à s’en remettre. Cette défaite lui fait mal mais elle rappelle que pendant tout le tournoi, son jeu de fers n’a pas été à son meilleur niveau, et qu’il a compensé avec le talent qu’on lui connaît au putting.

Finalement, son jeu du tee au green a fini par le lâcher au pire moment. Ce qui démontre une nouvelle fois que le golf est un « Mind game »…c’est dans la tête !

Pour un seul très mauvais swing au douze, Spieth a perdu le Masters. Il n’est plus récipiendaire de la veste verte. Ce qui est d’ailleurs cruel, c’est qu’au moment de quitter le vestiaire, il n’a pas été autorisé à repartir avec celle de l’an passé.

Le nouveau possesseur est en fait Danny Willett, le braqueur du siècle qui presque timide n’avait rien demandé.

Sans rien enlever à la performance de Willett, l’histoire de ce Masters retiendra la faillite surprenante de Spieth qu’autre chose.

Sur le moment, Willett savoure, mais pour lui, le plus difficile commence…Justifier qu’il est bien à la hauteur de ce nouveau statut de champion en majeur. A chaque grand tournoi, il sera attendu comme un potentiel vainqueur, et en particulier au British Open sur ses terres.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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