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Masters Augusta 2018 : Sergio Garcia d’une nouvelle stature à un improbable doublé?

Masters Augusta 2018 : Sergio Garcia d’une nouvelle stature à un improbable doublé - crédit photo : Getty Images fournie à Jeudegolf par Callaway

C’est peu dire que Sergio Garcia a changé de statut depuis sa magnifique victoire au Masters d’Augusta en avril dernier. C’est aussi peu dire que gagner deux fois le Masters consécutivement est très difficile. El Nino est devenu grand. Son parcours rappelle que le Masters est plus qu’un tournoi de golf, c’est LE tournoi.

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Ils ne sont que trois à avoir récemment conservé leur veste verte : Jack Nicklaus, Nick Faldo et Tiger Woods. Jeudi, Sergio Garcia entamera la défense d’un titre qu’il a longtemps attendu.

Au travers de sa victoire au Masters 2017, Sergio Garcia a gagné ses lettres de noblesses. A jamais, il sait désormais que son nom restera dans l’histoire, la grande, celle des vainqueurs d’un tournoi majeur.

Pour relativiser la difficulté du nouveau défi qui se présente à lui, Sergio Garcia a fait remarquer que l’essentiel était déjà d’avoir gagné un Masters.

« La simple réponse à cette question, c’est que gagner un Masters est difficile. Cela n’est pas très important d’en gagner deux de suite. Il faut déjà en gagner un. »

Pour enlever la pression de ses épaules, il a poursuivi son argumentation « Les gens ne réalisent pas à quel point c’est difficile de gagner un tournoi de golf, et un majeur, c’est encore plus difficile, alors Augusta et le Masters… je vous laisse imaginer. »

Et oui, Garcia est aujourd’hui dans la peau de celui que tout le monde scrute avant le début de la compétition. Le diner des champions est une belle occasion de lui rendre hommage, afin que l’actualité ne fasse pas oublier qu’il y a eu une édition avant celle qui vient.

Souvent, en matière de sport, tout le monde se focalise sur l’événement à venir, oubliant un peu, le scénario passé.

Jeudi matin, dès le premier drive, l’édition 2017 et son vainqueur ne seront plus qu’un vague souvenir. Ne primera que le prochain coup, et la dramaturgie qui va avec !

Garcia ne sera plus le tenant du titre. Il sera un compétiteur au même titre que tous les autres. Sa victoire ne l’aidera pas à taper son drive ou rentrer un putt.

« Ce n’est pas facile de gagner une fois, alors imaginez deux ! Et en plus, le faire coup sur coup ! Attention, cela ne veut pas dire que je ne vais pas donner mon meilleur, et que je ne vais pas essayer de toutes mes forces. Simplement, ce n’est pas facile à faire. »

Si Zlatan Ibrahimovic jouait au golf, et se trouvait dans la position de Sergio, en conférence de presse, parlant de lui à la troisième personne, sans se démonter, au contraire de Garcia, il ne chasserait pas la pression, sans avoir peur de passer pour un arrogant.

Le golf n’est pas le football. Garcia a attendu 37 ans avant de gagner un majeur. Il n’a pas encore l’habitude d’en gagner un tous les ans. Sa posture raisonnable tient forcément compte de cette longue attente.

Inversement, si l’espagnol n’avait pas gagné, aujourd’hui, plus anonyme, il ferait encore partie de la longue liste des meilleurs joueurs du monde à ne pas avoir encore gagné un majeur. Les années passant, à l’image d’un Lee Westwood, cette attente se serait faite moins pressante, pour ne plus du tout être attendue.

A la fin de sa carrière, on aurait pu dire « encore une victime de Tiger », un de ses golfeurs talentueux qui a eu la malchance d’être de la génération du Tigre.

Oui, c’est peu dire que le Masters 2017 a changé la vie de son vainqueur. Elle a changé son destin, et sa trace dans l’histoire du jeu. Il est désormais le successeur de Ballesteros et Olazabal. Il est le nouveau dépositaire du précieux héritage ibérique.

A ce titre, depuis un an, il a fait le tour du monde avec sa veste verte sur les épaules, à Wimbledon, dans les stades de foot, il a en quelque sorte fait la promotion du golf et du Masters, ce qu’aucun autre tournoi ne permet vraiment de faire.

Si on doutait encore de ce statut de majeur numéro un, ce défilé d’apparat qui dure une année suffit à comprendre ce qu’est le Masters dans le monde du sport.

Garcia s’est marié. Garcia s’est posé. Garcia attend un enfant (Azalea). Garcia s’est métamorphosé d’un joueur jeune, impétueux, nerveux en un joueur majeur, auréolé, parent….

Nous avons envie de le voir ainsi, mais lui aussi a tout fait dans sa communication pour dégager cette nouvelle sérénité du vainqueur, celui qui domine.

Pourtant, jeudi, sur le premier tee de départ, il ne sera peut-être pas moins nerveux qu’au Trophée Lancôme, vingt ans plus tôt quand il n’était qu’une « jeune prodige ».

« Je sens que mon jeu est solide. A l’évidence, les trois derniers tournois m’ont permis de monter en puissance, notamment avec trois top-10. »

Clairement, avec son nouveau statut, Garcia a programmé sa saison et son pic de forme pour ce Masters.

Il s’en défend. Pourtant dès qu’il a enfilé la veste verte, il a immédiatement pensé au déroulement des douze mois qui séparent l’édition 2017 de celle de 2018, avec une seule idée en tête : Défendre son titre au mieux.

Oui, il sait que ce sera difficile, mais cela ne l’a pas empêché de tout penser autour de cette nouvelle date. Il la joue modeste, mais il la joue…

« Chaque semaine est différente, et c’est juste une question d’état de son jeu, et de comment on se sent jeudi, comment on se sent nerveusement… et je sais que je serai nerveux. »

Et pour cause, ce sera la première fois qu’il aura à défendre un majeur, et au passage, une veste verte.

Quelque part, le prochain vainqueur aura un flambeau à porter, transmettre, défendre.

Sans doute que sans le vouloir, par obligation, le vainqueur du Masters ne peut pas être focalisé sur autre chose que la défense de ce titre, surtout quand c’est un top-joueur, et qu’il vit cette victoire comme un aboutissement.

Tiger Woods n’avait pour objectif de gagner un Masters ! Il avait en tête d’en gagner plusieurs. Il n’a jamais porté la veste comme un poids ou une responsabilité.

Danny Willett a gagné le Masters, mais n’était pas tout à fait préparé pour une telle responsabilité.

Chaque vainqueur du Masters vit l’expérience qui s’en suit à sa manière, en y conférant l’importance et le « storytelling » qu’il veut bien.

Dans le cas de l’espagnol, il y a eu un avant, et un après. Et il n’était pas question d’en faire un simple après.

Dimanche soir, si Garcia conserve son titre, il prendra une dimension supplémentaire.

S’il doit enfiler la veste sur les épaules d’un autre, il sera aussi libéré d’une responsabilité, et devra se fixer de nouveaux objectifs à court et moyen terme.

En réalité, depuis 12 mois, il vit pour cet objectif majeur.

Il doit être difficile de se projeter sur un autre objectif pendant ce temps. 

Le risque de décompression sera alors réel. Il appartiendra à l’espagnol de se relancer vers un nouvel objectif. Et selon son nouveau statut, il ne pourra pas viser moins qu’une autre victoire en majeur.

Quoi qu’il arrive, désormais, Garcia pourra assister tout le reste de sa vie au dîner des champions.

Cette année, il a personnalisé le menu avec une teinte d’Espagne (riz au homard), apporté un soupçon de sensibilité en choisissant une salade internationale pour rendre hommage à tous les anciens vainqueurs, et enfin, un zest d’amour avec la recette du gâteau de sa femme.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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