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Manassero : La désillusion d’un grand espoir du golf italien

Manassero : La désillusion d’un grand espoir du golf italien

Dix ans… c’est le temps qui sépare les débuts tonitruants de celui qui allait devenir le plus grand espoir du golf italien, et même européen, avec une 117eme place éliminatoire des Q-school de l’European Tour, disputés cette semaine en Espagne. En 2019, Matteo Manassero ne pourra compter que sur des invitations pour jouer des tournois du grand circuit, et devra construire sa saison à venir sur le Challenge Tour, l’antichambre de la première division européenne. Depuis plusieurs saisons, cette issue paraissait inévitable.

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Matteo Manassero : Un talent précoce

En 2009, à seulement 16 ans, le longiligne Matteo Manassero devenait le plus jeune vainqueur du British Amateur, ce qui lui ouvrait en grand les portes des plus grands tournois, et notamment les majeurs.

Numéro un mondial amateur entre 2009 et 2010, ses débuts professionnels ont été par la suite plus que réussis. Il va devenir le plus jeune joueur à passer le cut au Masters d’Augusta.

Manassero va se faire un nom, et marquer les esprits au travers d’une première victoire dans un autre tournoi appelé Masters, celui de Castello Costa Azahar, seulement quelques semaines après avoir disputé son premier tournoi pro en Italie.

On se dit alors qu’il suit sur une trajectoire digne d’un Tiger Woods européen.

Fin 2010, sacré logiquement meilleur rookie européen, et plus jeune vainqueur sur le circuit pro, il est lancé. Il n’a que 17 ans.

Les deux années suivantes, il gagne encore deux tournois, en Malaisie et à Singapour pour pointer au 13eme rang du classement du mérite européen.

Il ajoutera encore une victoire de prestige en 2013 avec le BMW PGA Championship, disputé sur le prestigieux parcours de Wentworth.

Cette victoire va justement lui offrir cinq ans d’exemptions pour jouer sur le circuit européen quels que soient ses résultats pendant cette période. Un répit qui a donc touché à sa fin cette année.

Dans ses jeunes années, fan de Seve Ballesteros dont il disait qu’il jouait un autre golf, Manassero, fan de football et du Milan AC, jouait beaucoup sur les links britanniques, surtout à l’invitation de son entraîneur Alberto Binaghi, responsable national du golf italien, qui voulait le préparer à la difficulté de jouer dans le vent.

Le jeune italien s’en était alors parfaitement accommodé avec une frappe de balles plutôt naturellement basse.

Ses résultats au British Amateur et au British Open entre 2009 et 2010 ont largement validé cette stratégie.

En 2011, en Italie, sur la base des prédictions d’IMG, on disait de lui qu’il rapporterait rapidement près de 20 millions de dollars par an de revenus publicitaires. Il était comparé à Rickie Fowler, alors un autre golfeur promis à un bel avenir.

Rien ne semblait prédire alors une lente perdition…

Après bientôt dix ans de carrière, celui qui vient tout juste de perdre son droit de jeu sur le circuit européen a créé autant de promesses que de désillusions.

Une rupture soudaine dans la progression

Après bientôt dix ans de carrière, celui qui vient tout juste de perdre son droit de jeu sur le circuit européen a créé autant de promesses que de désillusions.

De 2009 à 2013, Manassero joue avec les plus grands, il partage deux tours du British avec Tom Watson, gagne au moins un tournoi chaque saison, et pointe au 43eme rang mondial.

Champion du British Amateur en 2009, il dispute le Masters 2010 à 16 ans à peine. Tom Watson le prend sous son aile, le présente à Ben Crenshaw.

A Kevin Garside pour l’Irish Independent, il raconte « Je voulais tout garder en mémoire, voir la foule, profiter de ce lieu magnifique, profiter de ma partie d’entraînement avec Tom et Rory. C’était incroyable. Je jouais bien, et je pouvais pleinement profiter de tout ce qui se passait autour de moi. Je n’avais pas assez d’expérience pour me soucier de quoi que ce soit. »

Manassero, c’est l’histoire d’un garçon qui a remporté plus de titres que McIlroy ou Spieth à 21 ans, et qui se battait pour faire partie de l’équipe européenne de Ryder Cup en septembre 2014.

En 2014, il change d’équipementier, et opte pour Callaway tout heureuse d’ajouter un des golfeurs les plus prometteurs à son écurie.

En juillet de cette année, il se met en tête de tenter sa chance aux Etats-Unis. Il accepte un statut temporaire, dans l’espoir de marquer assez de points pour se faire sa place pour la saison 2014-2015.

C’est la suite logique de son début de carrière prometteur.

Quelques mois plus tard, c’est un tout autre scénario qui s’écrit. Sans qu’il comprenne trop pourquoi sur le moment, l’italien manque cuts sur cuts. La forme semble l’avoir soudainement abandonné.

En 2016, après deux saisons noires, il refuse encore de paniquer.

Pourtant depuis ans, il affiche une statistique inquiétante. En tournois, il ne réalise plus de bonnes performances, et pire, il manque au moins un cut sur deux.

Sur près de 100 tournois disputés en quatre ans, il n’obtient plus que deux troisièmes places en Ecosse en 2016, et en Inde en 2017.

Au sujet de ce dernier tournoi, il croit que c’est enfin le rebond. Le parcours dessiné par Gary Player est très exigeant. Rares sont les joueurs à descendre sous le par. Manassero semble retrouver lentement ses bonnes sensations.

 « J'ai bien commencé ce qui est important car je viens de passer trois semaines à la maison et de revenir sur un parcours difficile comme celui, ce n'est jamais facile. Ce qui est aussi très positif est que j'ai pu faire de nombreux birdies et je vais essayer des rester sur ce rythme. »

« Sur ce parcours, il faut vraiment bien mettre en jeu autrement, c'est la punition. Les doubles bogeys peuvent être légion. Il est facile de perdre des points sur ce type de tracé. »

L’épisode indien ne sera qu’une accalmie dans sa dégringolade. Derrière, les cuts manqués s’accumulent encore.

Il dégringole progressivement au-delà du 550eme rang mondial.

Au début de cette mauvaise passe, l’italien a commencé à se mettre plus de pression, et découvert que cela lui compliquait encore plus choses.

Lui qui ne voulait pas s’inquiéter en 2016, et espérait simplement remonter la pente naturellement, commençait à porter le masque.

« Je n’espère pas cela de manière désespérée, je veux juste que cela se fasse naturellement. J’essaie juste de me concentrer pour revenir sur la piste, et jouer du bon golf. »

Au début de cette mauvaise passe, l’italien a commencé à se mettre plus de pression, et découvert que cela lui compliquait encore plus choses.

Par moment, comme à l’occasion du BMW Championship 2015, il joue effectivement très bien et très bas, signe que son meilleur jeu n’est pas perdu.

Comme cette semaine à Lumine, il alterne pourtant très souvent le meilleur avec le moins bon. « Je n’arrive pas à sentir les bonnes sensations. Parfois, vous démarrez un parcours avec un mauvais feeling, et puis parfois les choses s’arrangent. » 

A partir de 2015, Manassero a commencé à rencontrer des difficultés avec son swing.

« Quand je ne me sens pas bien, j’ai tendance à bouger le corps trop rapidement, et trop tôt, de sorte que mes bras ne suivent pas. J’essaie trop de guider le swing. »

A l’époque, malgré les difficultés, il admettait que ses ambitions n’avaient pas changé.

2018 : La sanction tombe

Sa saison 2018 ressemble pourtant encore à une longue succession de cuts manqués jusqu’à cette première pour lui : Participer aux Q-School, sorte de dernière étape de rattrapage pour golfeur en mal de résultats.

Parmi les 156 joueurs en lice, il devait performer pour être dans les 25 à sauver.

En début de semaine, il déclarait « Ce n’est pas un tournoi facile à préparer. Vous devez être très patient, tout en sachant que cela va être long. Cependant, mon jeu est bon en ce moment. »

L’italien devait s’apprêter à jouer six tours de golf, et donc faire face à un marathon de difficultés.

Il finira par caler au bout de quatre tours. Son jeu ne devait pas être si bien en place…

Avec des cartes de 70, 68, 76 et 73 sur le Lumine Golf Club de Tarragona, il lui aura manqué sept coups pour continuer l’aventure sur deux tours de plus.

Dans ce terrible exercice où à chaque tour, vous jouez véritablement votre vie professionnelle, Matteo aura fini par craquer avant la dernière ligne droite.

Avant le début de la semaine, il déclarait que la gestion de l’énergie allait être un paramètre essentiel. Il s’était préparé pour résister et tout donner dans le sixième tour, le plus essentiel.

Les choses n’ont pas tourné comme il l’espérait.

Placé dans la catégorie 18, l’italien ne pourra disputer l’année prochaine que quelques tournois relativement peu dotés comme l’Open de Maurice ou le Joburg Open.

Il devra impérativement briller pour espérer obtenir une chance de revenir en 2020, ou alors disputer la saison du Challenge Tour, tout en visant une place dans le top-15, et ainsi espérer remonter parmi l’élite.

Manassero en est au point le plus bas de sa carrière, contraint de repartir pratiquement de zéro.

Mais comment un quadruple vainqueur sur le tour, un brillant espoir du golf européen a-t-il pu arriver à un tel accident industriel ?

Ceux qui avaient eu la chance de le voir jouer le British Amateur se souviennent que le garçon avait alors quelque chose de spécial. Ils n’ont pas été étonné par ses débuts professionnels.

Manassero devait devenir un des grands capables de rivaliser avec McIlroy, Spieth ou Thomas.

Manassero devait devenir un des grands capables de rivaliser avec McIlroy, Spieth ou Thomas.

Alors que la scène mondiale est actuellement dominé par les longs-frappeurs, Manassero va être paradoxalement une des victimes de cette course à l’armement.

Du haut de son mètre 83, on pouvait penser qu’au contraire, il avait ce qu’il fallait pour relever le challenge de la puissance.

C’est pourtant ce qui va conduire à l’autodestruction de son jeu naturel.

Au contraire de Brooks Koepka revendiquant le fait de taper plus loin sans réellement être obsédé par les fairways, stratégie qui semble fonctionner sur le PGA Tour, Manassero a dégradé ses résultats.

Entre 2010 et 2017, il va gagner plus de 12 mètres de longueur moyenne au drive, et dans le même temps, sa précision pour accrocher des fairways en régulation va tomber d’un excellent 72% à moins de 62%.

Sa moyenne de score va alors s’en ressentir, passant de 70 à 72 par parties.

Deux coups d’écarts qui vous projettent des meilleurs vers les moins bons du circuit, un écart cruellement faible au plus haut niveau, mais terriblement et diaboliquement discriminant.

La précision de ses drives n’est pas le seul élément à s’être dégradé dans son jeu.

Son putting est devenu erratique, et sans doute en conséquence d’une perte de confiance dans son jeu long, et des attaques de drapeaux plus difficiles depuis le rough.

Au lieu de 29 putts par parties, sa moyenne va monter au-dessus de 31.

Ses deux statistiques, fairways en régulations et putts suffisent à expliquer comment il est passé d’espoir majeur à golfeur éliminé du circuit.

A tellement focaliser sur les gains de distance au drive, l’italien a délaissé le putting, un domaine dans lequel il excellait pourtant.

Quand il a remporté le BMW PGA Championship à Wentworth, il était dans les 20 premiers pour le nombre de putts rentrés. Aujourd’hui, il peine à faire partie des 200 meilleurs.

L'occasion de rebondir

L’exemple de Manassero rappelle à quel point le golf est un sport difficile, et parfois cruel.

Cependant, à seulement 25 ans, certains golfeurs commencent à peine leurs carrières.

Manassero a beaucoup de temps pour remonter la pente.

Cette semaine, il accuse le coup, et arrive aux termes d’un chemin, celui qui l’a conduit de la 40eme place mondiale à la 550eme.

Avec la perspective de la Ryder Cup 2022 en Italie, il aura une belle motivation et un bel objectif à relever.

Aucune carrière ne ressemble à une autre, lui qui chérit l’exemple de Ballesteros a justement l’occasion d’écrire une autre histoire que celles qui sont trop linéaires, et pas nécessairement mémorables.

Manassero a encore le temps de devenir l’un des cinq meilleurs golfeurs du monde.

Il en avait le potentiel en 2009.

Quelque part en chemin, il a perdu la croyance dans cette histoire, et quoi qu’il puisse en dire, n’a pas fait les meilleurs choix. Il a l’occasion de changer de stratégie pour rebondir, en cherchant à retrouver les sensations de ses débuts, et peut-être un peu de l’insouciance qui lui avait permis d’être si bon.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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