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Les nouvelles règles de golf 2019 vues par un arbitre fédéral

Les nouvelles règles de golf 2019 vues par un arbitre fédéral

A l’occasion de nos derniers sujets consacrés aux règles de golf, et notamment leur évolution, Joel Mathieu, arbitre fédéral français, a eu la gentillesse de nous faire part de précisions utiles. Cela nous a donné l’idée de lui donner la parole, et de l’interviewer, afin qu’il nous livre plus en détail sa vision des nouvelles règles, et de la fonction d’arbitre de golf.

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A 70 ans, Joel Mathieu est retraité de son activité professionnelle, mais pas de sa passion pour le jeu de golf (18 d’index), et en particulier, comment jouer au golf, ce qui est le rôle des règles.

Ces dernières n’ont d’ailleurs pas un rôle de censure, mais plutôt un rôle de guide pour bien jouer.

Très investi dans le golf, sport qu’il pratique depuis 30 ans, et encore plus assidûment depuis quelques années au golf d’Houlgate en Normandie, il se propose dans un premier temps pour donner un coup de main à l’école de golf.

Il commence par une formation d’A.S.B.C., soit animateur sportif bénévole de club.

De là, son formateur lui donne envie de faire en plus une formation d’arbitre au Golf National, pour justement aider le pro de l’école de golf.

Le golf n’avait pas alors d’arbitre.

La formation lui a tout de suite plu, étant naturellement une personnalité attirée par le fait de connaître précisément et complètement les attendus d’un sport comme le golf.

Il démarre ainsi une formation d’arbitre de ligue sur deux ans, ce qui suppose au moment de passer l’examen, de connaître les règles par cœur.

Depuis qu’il exerce, il estime arbitrer en moyenne 12 fois par an, avec une rythme plus soutenu sur la période printemps/été.

Joel Mathieu intervient principalement sur des Grands Prix, et des championnats de France par catégories.

Chaque arbitrage ne se résume pas à une partie de 18 trous, mais bien de 3 à 5 jours d’investissement personnel, en amont, et pendant l’événement à arbitrer.

Il faut évaluer le terrain. Il y a aussi la partie administrative, ou encore l’aspect sécuritaire.

Il faut être sur place au moins un jour avant le déroulement de la compétition.

Pour Joel Mathieu, il s’agit bien plus d’un acte de bénévolat et pas nécessairement l’ambition d’une nouvelle carrière. Il admet bien volontiers ne pas assez bien parler l’anglais pour envisager un échelon international, tandis que l’arbitrage au niveau professionnel, se fait beaucoup par cooptation.

Bien qu’il soit bénévole, l’arbitre fédéral est tout de même défrayé pour ses déplacements.

« Bénévole mais pas mécène » précise-t-il avec humour.

L’arbitre est effectivement défrayé des trajets, des hébergements et des repas selon un forfait fixé par la Fédération Française de golf.

Pour Joel Mathieu « C’est du vrai bénévolat et parce que c’est une passion. »

Si le départ d’une compétition a lieu à 8 heures du matin, il doit déjà avoir fait son tour du terrain à 7 heures, pour être certain de donner le premier départ.

Le tour du matin permet de vérifier l’état général du parcours. S’assurer que pendant la nuit, il ne s’est rien passé, comme une attaque de sanglier sur un green. Il peut arriver de signaler des zones ou même de supprimer des trous.

En fait, la préparation du terrain a commencé deux mois en amont avec un premier rendez-vous avec le GreenKeeper, et le directeur du golf.

Ensemble, ils ont déjà fait un tour du parcours, et éventuellement demandé à tondre un sous-bois pour accélérer les temps de recherches des balles, ou au contraire, faire pousser un rough en bordure d’un fairway en pente pour arrêter les balles…

De ce premier rendez-vous, l’arbitre rédigé un pré-rapport.

Huit à dix jours en amont du tournoi, selon ce rapport, il recontacte le greenkeeper pour suivre l’avancement en vue du tournoi à venir.

Une fois sur place pour le tournoi, l’arbitre revérifie la hauteur des roughs, les colliers de greens, et s’entretient encore avec le directeur du golf, et le greenkeeper.

Il lui revient enfin d’écrire ou de réécrire les règles locales.

La plupart du temps, il repart des dernières règles locales écrites, et si pas de changement, il ne les modifie pas. Si changement, elles sont donc modifiées au dernier moment.

Avec souvent 130 à 140 joueurs sur un tournoi l’été, les journées sont longues.

Selon les événements, il est seul ou à deux ou à trois avec d’autres arbitres pour contrôler le set-up du parcours.

Il arrive qu’à plusieurs, ils se répartissent le terrain en deux avec un troisième arbitre « volant » pouvant aller de trou en trou.

L’enjeu est surtout de pouvoir intervenir le plus rapidement possible sur une partie quand nécessaire.

Se diviser le terrain en deux permet justement de réduire les temps de déplacements.

Il arrive qu’à plusieurs, ils se répartissent le terrain en deux avec un troisième arbitre « volant » pouvant aller de trou en trou.

Les arbitres sont les seuls à être autorisés à se déplacer en voiturette. Un panneau les identifie au départ du parcours.

Pour communiquer rapidement, ils utilisent des talkies-walkies. Le starter et l’accueil sont aussi capables de communiquer rapidement avec les arbitres.

L’arbitre doit être toujours et facilement joignable.

Sur le début de la compétition, les arbitres suivent les premiers trous, non pas pour embêter les joueurs mais pour se faire identifier par eux, surtout en cas de besoin.

Joel Mathieu tient à préciser que la fonction d’arbitre est surtout faite pour aider les joueurs, et pas pour les sanctionner.

« Mon rôle principal, c’est de faciliter le jeu. »

Il ajoute « On ne va pas chercher la faute. En général, c’est le joueur qui fait appel à nous, pour par exemple, savoir où droper ou bien pour savoir s’il a le droit à un drop gratuit selon la situation. »

Plus qu’un rôle répressif, le rôle principal d’un arbitre est préventif.

« Si je suis près d’un joueur et qu’il va commettre une erreur, j’essaie d’intervenir rapidement pour le prévenir. »

Joel Mathieu tient à préciser que la fonction d’arbitre est surtout faite pour aider les joueurs, et pas pour les sanctionner.

La plupart du temps, il ne constate pas des tricheries mais plus des erreurs par méconnaissances d’une règle, y compris chez des joueurs à un chiffre.

Joel Mathieu se remémore l’anecdote d’un joueur qui vient le voir à la fin d’une partie, et lui indique qu’il a un doute sur un drop qu’il a réalisé pendant la partie.

Le joueur lui indique finalement qu’il a dropé au mauvais endroit, ce qui lui vaut deux points de pénalités.

Ce n’était pas une tricherie du joueur, qui finalement a regretté d’en avoir parlé. Pour l’arbitre, quand il y a doute, le bon réflexe est en fait de jouer deux balles jusqu’au trou, de marquer le score des deux balles, et de faire le point à la fin de la partie avec l’arbitre, pour finalement tirer au clair, le bon choix.

Jouer deux balles est souvent la meilleure solution quand vous n’avez pas d’arbitre à proximité.

Depuis qu’il est arbitre fédéral, Joel Mathieu n’a pas réellement constaté beaucoup de cas de tricheries.

Il peut arriver qu’il y ait des dénonciations. Dans ce cas, il faut faire une enquête auprès des joueurs. Selon les témoignages, les vus/pas vus, il faut prendre une décision en âme et conscience.

Il est très rare qu’une décision d’arbitrage engendre des tensions.

D’une part, insulte ou menace sur un arbitre, c’est automatiquement six mois de suspension.

« Au golf, on ne rigole pas ! » avant de préciser « Ce n’est pas aussi chaud qu’au foot, car les amateurs ne jouent pas leur vie ou leur paie. Le golf est un sport lent. Il n’y a pas le même niveau d’adrénaline. »

Joel Mathieu insiste « C’est le joueur qui a besoin de l’arbitre. On est plus là pour l’aider à jouer. »

Le sujet est naturellement venu sur la table : Quid des nouvelles règles ?

Quid des nouvelles règles ?

Avant d’être déployée auprès des joueurs, quelques mois en amont, les arbitres ont du passé un examen, une sorte de quiz avec 30 questions où le minimum requis de bonnes réponses était de 80%.

Un arbitre qui n’arrivait pas à ce niveau requis devait repasser l’examen jusqu’à atteindre ce score, pour pouvoir continuer à arbitrer.

Joel Mathieu, en fan de golf, suit aussi les tournois des professionnels à la télévision. Il constate que les nouvelles règles sont loin d’être entrées dans les mœurs, comme par exemple, le drop à hauteur du genou.

Même certains arbitres professionnels ne semblent pas encore tout à fait au point sur les nouvelles règles.

Il faut un petit temps d’adaptation à tout le monde.

Maintenant, s’agissant du bien-fondé des nouvelles règles, Joel Mathieu répond sans détour « Je juge positivement tout ce qui peut faire accélérer le jeu. »

Il prend en exemple le premier joueur qui est prêt. « Cela fait avancer le jeu. »

Il juge aussi positivement le fait qu’un amateur puisse sortir d’un bunker avec deux coups de pénalités.

Il rappelle que l’index moyen en France est supérieur à 25. Il faut faire attention à ne pas trop raisonner seulement selon les pros ou les meilleurs joueurs.

Pour un golfeur 35 d’handicap, cela peut être pertinent de sortir d’un bunker de cette façon.

Pour le drop à hauteur du genou « Cela ne me gêne pas si cela permet d’éviter que les balles ne roulent trop loin. »

En réalité, la seule règle qui lui pose un cas de conscience concerne la règle du club abîmé.

« Avant, on avait le droit de changer un club abîmé, et plus maintenant. »

Le changement du club ne peut intervenir que si influence extérieure.

« Si le joueur tord son shaft pendant la partie. Il doit finir de jouer sa partie avec. En revanche, il ne doit pas revenir avec le jour suivant sous peine d’être jugé non conforme. »

L’arbitre précise que c’est impossible à appliquer au niveau amateur. Il ne peut pas raisonnablement contrôler tous les clubs.

Le starter peut éventuellement contrôler que le joueur a bien 14 clubs au départ.

C’est difficile pour les arbitres au niveau amateur de contrôler les clubs et les faces non conformes. Cela dit, les amateurs achètent tous des clubs conformes.

S’agissant des clubs connectés, cela a été pris en compte dans les nouvelles règles. Si vous n’avez pas le droit d’utiliser des mesures pendant un tour, vous avez le droit d’en collecter pour les analyser après la partie.

Le driver Cobra Connect est ainsi parfaitement autorisé en compétition.

Pour les greens, il est toujours interdit d’utiliser des outils pouvant vous aider à prendre un niveau ou mesurer une pente. En revanche, la méthode Aimpoint est bien autorisée car il s’agit d’une aide liée à de la proprioception pure.

Bien qu’il se sente plutôt conservateur, Joel Mathieu estime que les nouvelles règles vont dans le sens d’attirer plus de nouveaux joueurs.

A l’époque du zapping, simplifier et aller plus vite, c’est la bonne direction surtout dans un sport où on a publié un livre pour expliquer les règles en complément !

Autour de lui, il ne constate pas encore un grand éveil autour des règles « Pour le moment, les gens n’en disent pas encore grand-chose »

Il va sans doute animer en début de saison une réunion avec l’équipe une du Golf d’Houlgate pour en faire l’explication.

Les amateurs ne sont pas réfractaires au changement des règles. Ils ne sont simplement pas toujours au fait de toutes les subtilités.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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