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Tom Ayling: Les missions et les outils du caddy de golf professionnel

Tom et José-Filipe en plein échanges sur un coup à jouer

Deuxième partie de notre interview exclusif et exceptionnel avec Tom Ayling, caddy professionnel sur le tour européen, actuellement sur le sac de José-Filipe Lima. Tom nous dévoile le travail sur un tournoi de haut niveau, la relation avec le pro, le parcours de reconnaissance, les outils de mesures, la météo, le carnet de parcours…

La collaboration entre Tom et José-Filipe Lima a démarré fin 2013 sur les deux derniers tournois de l’European Tour, puis sur les championnats du monde, et au moment de l’interview, Tom disputait avec son pro, le Nelson Mandela Championship en Afrique du Sud.

Jeudegolf.org : Aujourd’hui, tu travailles avec José-Filipe Lima qui est Portugais. Tu es Anglais. Dans quelle langue se déroulent vos échanges sur le parcours ?

Tom Ayling :   Comme José vit à Paris depuis de nombreuses années, sur le parcours, nous parlons en français.

Jeudegolf.org : Comment se passe le parcours de reconnaissance, la première étape de ton travail auprès d’un golfeur professionnel ?

Tom Ayling :   J’arrive sur le parcours avant le joueur. Je vais « marcher » le parcours.

Je vais étudier le parcours. Voir là où il faut jouer, et où ne pas jouer. Etre prêt à répondre à n’importe quelle question du joueur. Il m’arrive de le faire seul ou de rejoindre d’autres caddies.

En fait, j’ai horreur de ne pas connaitre le parcours avant de le jouer, donc quoi qu’il arrive, je repère toujours le parcours avant le joueur.

Le caddeyage et la stratégie de parcours, c’est surtout se poser des questions, et y répondre le mieux possible.

Pourquoi l’architecte du parcours a conçu le trou de tel ou telle façon ?

Par exemple, au golf national, un parcours relativement long, où il faut très bien driver pour scorer.

Sur chaque trou où il faut sortir le driver, je vais me poser la question du pourquoi doit-on utiliser le driver ? Quelle difficulté veut-on éviter ? Ou au contraire, dans quelle difficulté veut me mettre l’architecte ?

Sur le trou, on se demande, si en fonction du vent, c’est un trou difficile ou au contraire, on peut imaginer faire un birdie ou pas.

S’il y a un bunker à gauche, c’est qu’on veut nous forcer à l’éviter, donc quel est le piège à droite ?

Définir où c’est mieux de rater !

Jeudegolf.org : A ce propos, comment conseilles-tu à ton joueur, l’endroit où il est préférable de rater ?

Tom Ayling :   Ça se fait par rapport à des marges d’erreurs. On sait qu’avec un certain club, le jouer a une marge d’erreur de distance à peu près récurrente.

Par exemple, sur un coup à 100 mètres, on prend une marge d’erreur de cinq ou six mètres en distance, et une petite marge d’erreur sur un côté ou un autre, en fonction de la tendance du joueur.

Il faut savoir que l’année où Luke Donald a terminé premier sur les deux tours (2011), j’ai mesuré sa moyenne de distance par rapport aux coups sur 100 mètres pour prendre le green, et sa marge d’erreur (la meilleure à l’époque) était de 6%.

Malheureusement, du fait de la télévision, les amateurs ont une idée fausse du golf de haut niveau.

Comme les gens ne voient que les coups d’exceptions, c’est-à-dire le coup qui atterrit à moins de deux mètres du trou, ils peuvent finir par penser que c’est la norme.

Or ce n’est pas le cas.

On essaie de prendre en compte cette marge d’erreur pour se mettre dans les meilleures conditions pour scorer sur le trou.

Jeudegolf.org : La veille du tour à disputer, j’imagine que tu surveilles la météo ?

Tom Ayling :   Toujours ! Pourtant, quand j’étais amateur, je ne me préoccupais jamais du vent.

En revanche, depuis que je suis caddy, et c’est justement une des grandes différences entre le monde amateur et le monde pro, je prends toujours en compte le vent, et j’essaie de le quantifier en permanence.

La météo… le vent va tout déterminer sur la partie de golf.

Quand je suis chez moi, j’ai la chance de pouvoir travailler avec Kenny Subregis, qui a un trackman, et donc je peux mesurer avec lui, l’impact du vent sur les trajectoires et les distances de balles.

Bien sûr, il faut le faire sur le moment présent. C’est vraiment déterminant dans le travail du caddy sur un parcours de compétition.

Sur le parcours, savoir déconner est aussi primordial

Jeudegolf.org : Sur le parcours, comment se passe la relation caddy-pro ?

Tom Ayling :   Comme j’ai repéré le parcours, j’ai une idée de comment jouer le parcours. Le joueur a bien sûr son idée de comment jouer, et nous en discutons.

En amont,  on a mis en place des choses pour essayer de jouer le parcours du mieux possible.

Pendant la partie,  on prend en compte le vent et la température du jour, qui sont des gros facteurs et qui peuvent influer sur les distances, et pas mal changer le jeu sur le parcours.

Du coup, on en discute pendant le déroulé de la partie, et on avise si on doit changer de stratégie, par rapport à ce que l’on avait pu définir pendant la partie de reconnaissance.

Jeudegolf.org : Comment ça se passe au départ d’un trou où vous avez beaucoup de vent latéral ? Comment-vous vous organisez stratégiquement ?

Tom Ayling :   Tout dépend ce qu’on veut faire quand on a un vent latéral, (il est rarement seulement latéral).

Prenons un exemple : Avec un vent droite-gauche, on est obligé de la faire sortir la balle à droite pour que celle-ci revienne dans la bonne trajectoire.

Finalement, elle va être vent contre, donc on va jouer plus que la distance affichée au sol.

Ce qui est important, c’est de mesurer l’angle que la balle va prendre par rapport au vent pour voir, si ce vent sera vent « avec » ou « contre », et dans quelle mesure, cela va jouer en plus ou en moins sur la distance totale de la balle.

A l’inverse, dans cet exemple, si la balle sort plus à gauche. A la fin de sa trajectoire, le vent sera avec, et donc la balle va prendre de la distance en plus.

En fonction de la façon dont on veut jouer le trou, on va savoir si on doit s’aligner plus à droite ou plus à gauche.

Sur un vent droite-gauche, finalement on peut choisir de jouer « avec droite-gauche » ou « contre droite-gauche » !

Avec un vent très fort (plus de 30 km/h), le démarrage de la balle est très important.

Finalement, on est en permanence dans l’anticipation de ce qui pourrait se passer en fonction du vent, de la position du drapeau, de la distance à parcourir… On essaie de tout calculer pour émettre un avis, et échanger avec le joueur sur le parcours sur lequel on se trouve.

C’est vraiment une obligation. Le cadet peut aider le joueur, en lui disant ce qu’il faut faire, mais c’est surtout le joueur qui doit comprendre ce qu’il faut faire.

Ce qui est bien avec José, c’est qu’on a tous les deux un avis, et après on échange beaucoup.

Jeudegolf.org : Sur le parcours, qui utilise le carnet ?Le tandem cadet-pro à la manoeuvre

Tom Ayling :   Nous avons tous les deux un carnet, mais c’est vraiment fonction de chaque joueur. José aime bien voir sur le carnet, mais par contre, j’ai travaillé avec d’autres joueurs, qui eux n’aimaient pas forcément s'en servir. 

Il n’y a pas de règles.

Certains aiment le visuel, et d’autres préfèrent jouer en regardant ce qu’il y a devant eux.

Jeudegolf.org : Comment mesures-tu le parcours ? On voit souvent des cadets marcher le parcours pour mesurer, est-ce ton cas ?

Tom Ayling :   Effectivement, j’ai mesuré mon pas pour être sûr de la distance que j’effectue sur le parcours.

Pour ma part, je sais que mon pas initial est de 85 centimètres, et donc  je sais que je dois étendre un peu mon pas pour faire un mètre.

C’est vrai que beaucoup de caddies utilisent encore cette méthode aujourd’hui.

Jeudegolf.org : Est-ce que tu utilises un outil de mesure pour les distances ?

Tom Ayling :   J’utilise un télémètre laser Nikon, le même que celui qui a été utilisé pour noter les distances sur le carnet de parcours du tour, donc je suis complètement à l’aise avec les repères. J’ai juste à prendre les distances que je veux.

Pendant une partie, après être arrivée sur la balle, si nécessaire, pendant que le joueur s’échauffe, je contrôle la distance avec mon télémètre, et lui donne l’information, le tout dans un temps assez limité.

Je dois marcher le plus vite possible pour arriver à la balle justement suffisamment tôt pour me préparer, et donc avoir le temps pour être prêt très vite.

A suivre la troisième et dernière partie de notre entretien avec Tom Ayling, cadet professionnel sur le tour européen : L’équilibre et la force du tandem caddy/pro sur le tour  

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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