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Les 5 paramètres qu’il faut réunir pour gagner à Augusta

Les 5 paramètres qu’il faut réunir pour gagner à Augusta - Crédit photo : Mark Newcombe

Quand les meilleurs golfeurs du monde évoquent le parcours de l’Augusta National, ils ne vous parlent pas seulement de putting, et de la difficulté des greens. Anciens champions comme Johnny Miller, qui par ailleurs a redessiné un trou, ou futur champion comme Brooks Koepka qui s’apprête à jouer pour la troisième fois au Masters, relatent un cumul de qualités nécessaires pour performer sur un parcours et un événement sans comparaison. A quelques heures du début du premier majeur de golf de la saison 2017, qu’est-ce que le futur vainqueur devra parfaitement résoudre pour porter la veste verte dimanche ?

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Préambule : Dominer ses émotions et la pression

Pour les meilleurs joueurs du monde, maîtriser les coups à produire pendant la semaine du Masters n’est qu’une partie de l’équation. Comme l’évoque, Jean-Louis Tourtoulon dans son sujet sur Dustin Johnson, la deuxième grande partie de l’équation est affaire de contrôle de ses émotions.

A Augusta, le monde entier a les yeux sur vous, et bien au-delà des seules frontières habituelles du golf. La pression est à son comble.

Début avril, la saison vient à peine de commencer, et le dernier grand rendez-vous majeur s’est terminé depuis déjà huit mois.

Le Masters est non seulement un majeur, mais c’est le premier de l’année. Pour ceux qui ambitionnent la victoire, il n’y a pas de tour de chauffe.

Deux ans en arrière, pour l’édition 2015, McIlroy alors au sommet annonçait que le Masters était son objectif numéro 1.  Il ne vivait, et ne se préparait que pour Augusta. Malheureusement pour lui, Jordan Spieth allait tuer très vite toute forme de suspens.

Les dix meilleurs golfeurs du monde se mettent une pression terrible pour gagner ce tournoi.

C’est d’ailleurs difficile de bien jouer dans de telles conditions. Ce n’est pas si surprenant quand parfois le vainqueur est un outsider, comme l’an passé en la personne de Danny Willett, loin d’être un cas unique.

C’est même très rare que le favori arrive à s’imposer, même quand il domine le tournoi après trois tours. Souvenez-vous de la défaillance de McIlroy, encore lui, en 2011.

Mike Weir, Angel Cabrera, Trevor Immelman, Charl Schwartzel… sans leur faire offense, quand ils ont remporté le Masters, ils n’étaient pas dans les cinq meilleurs du monde, et personne n’imaginait une semaine avant qu’ils pourraient gagner.

Plus d’une fois sur deux depuis 2002 et la fin du règne de Tiger Woods, c’est bien un outsider qui a empoché la mise, justement parce qu’il est difficile de supporter la pression dans la peau d’un leader.

C’est une chose de bien jouer au golf, et d’y parvenir dans le contexte du Augusta National.

Pour gagner, il faut rester maître de ses émotions.

Et quand le pro y parvient, il doit encore relever au moins cinq autres challenges propres à ce parcours…

1 - Savoir jouer en draw est un avantage difficilement contestable à Augusta

Beaucoup de tee-shots sont adaptés à un coup en draw à Augusta. A l’inverse, pour des gauchers tels que Phil Mickelson, Bubba Watson ou Mike Weir, un puissant fade peut très bien faire l’affaire.

Entre 2003 et 2014, les gauchers ont d’ailleurs bouleversé les statistiques.

Si vous prenez par exemple le trou numéro dix, un par 4, ou le numéro treize, un par 5, vous avez deux départs où il est absolument critique de parvenir à faire tourner la balle de droite à gauche (pour un droitier).

Pour Johnny Miller, célèbre chroniqueur de golf à la télévision américaine, et surtout grand champion de golf, le trou numéro treize est justement incroyable de ce point de vue.

Sur le tee de départ de ce trou long de 510 yards (466 mètres), le premier coup ne nécessite justement pas d’être long, mais au contraire de parfaitement gérer le draw, d’autant que le point de chute est en contrebas d’une butte prononcée, qui contribue elle-aussi à ramener la balle sur la gauche du fairway.

Le trou 13 à Augusta

C’est presque plus un hook qu’un draw qu’il faut savoir sortir à ce moment précis.

Pour Miller, le deuxième coup est généralement très sous-évalué ! Selon lui, les spectateurs ne réalisent pas à quel point ce coup peut être difficile.

D’autant que le green est redoutablement bien défendu par une rigole qui coupe le green du fairway, et quatre grands bunkers attendent les coups trop longs.

Pour Brooks Koepka, interrogé par les médias américains, au-delà du conseil classique pour générer du draw, à savoir aligner les pieds et les épaules vers la droite du fairway alors que la face de club doit viser le centre du fairway, le paramètre à réellement maîtriser est de démarrer plus lentement le downswing, après avoir fait une courte pause au sommet du backswing.

L’américain ne veut surtout pas ressentir de précipitation au moment d’amener le club vers le sol.

Par contre, il s’évertue à placer son poids sur sa jambe droite plus longtemps, pour justement parvenir à fermer sa face de club plus facilement.

« Si j’y parviens… si j’arrive à ralentir mon swing avec mes bras, je sais que je vais pouvoir générer une balle qui part à droite puis tourne à gauche, tout en contrôlant cet effet. »

Ce n’est pas une mince affaire.

Alors qu’il était l’un des meilleurs golfeurs du monde, déjà vainqueur en majeur, l’allemand Martin Kaymer, joueur naturel de fade a essayé en vain de transformer son jeu pour devenir un joueur de draw dans la perspective de gagner le Masters. L’histoire sait qu’il n’y ait pas parvenu, et pire, il a rétrogradé dans la hiérarchie mondiale après cette tentative avortée.

Pour Koepka, s’adressant à nous les simples amateurs « Si vous ne parvenez pas à le faire avec un driver, optez pour le bois 3 ! Le fait que le loft soit plus important couplé à un shaft plus court, rend l’exercice plus facile. »

A Augusta, réussir à placer un bon draw au centre du fairway est plus important que la distance dans l’absolu.

Cependant, pour être tout à fait complet, il y a un contre-exemple !

Pour Johnny Miller, Nicklaus et Woods ont plutôt bien joué au Masters parce qu’ils étaient tout à fait capables de taper des fades hauts. Bien entendu, il ne conteste pas qu’Augusta favorise le jeu en draw. Il ajoute seulement que le fait qu’un fade sur les coups d’approches peut être très utile.

Il prend l’exemple du trou numéro quatre, un par-3 assez piégeux où un beau bunker en avant sur la droite vous attend avec un possible double-bogey à la clé.

Miller recommande de jouer sur la gauche du green avec un fade en fonction de la position du drapeau. Sans aucun doute l’un des trous les plus difficiles de l’aller où il faut absolument éviter le bunker… Dans ce cas, le draw n’est vraiment pas la bonne solution.

2 - Savoir approcher avec n’importe quel stance

Pour beaucoup de pros, ce qui rend le parcours d’Augusta assez unique, c’est justement le fait d’avoir une très grande variété de stance (positions des pieds) à jouer, et souvent en opposition avec ce que l’attaque des greens pourrait demander.

En prenant l’exemple du trou numéro dix, la balle est au-dessus des pieds alors que le green tourne de sorte qu’il ne faut pas vraiment jouer un draw pour rester dessus !

Pour Koepka, un fade serait beaucoup plus approprié ou au pire un coup droit.

Parfois, la balle peut être si haute, qu’il a l’impression de frapper un coup de base-ball ! Et plus vous prenez un club fermé, et plus cela rend le coup difficile.

En dehors d’Augusta, il n’y a pas beaucoup d’endroits où vous pouvez vous entraîner pour ce type de coups.

Avoir un bon physique est important à Augusta, mais pour travailler la balle depuis n’importe quel stance, cela suppose de bien contrôler son swing.

Brooks Koepka et ses secrets pour performer à Augusta

Pour travailler la bonne sensation, l’américain vous recommande l’exercice des mains croisés sur le grip, ce qui revient à inverser la position de vos mains. La main droite tient le bout du manche alors que la main gauche est plus basse. Il suggère de taper des coups à moins de 100 mètres dans un premier temps.

Selon le pro, cela aide à ressentir ce qui se passe au niveau de la tête à l’impact. Si votre release est trop tardif ou trop précoce, le grip inversé permet de ressentir justement la sensation inverse.

Au début, pour avoir essayé, vous tapez systématiquement vos balles basses à droite. Koepka conseille de ne pas se décourager, et de chercher un contact solide.

Franchement, ce n’est pas évident…

3 - Toujours dans le domaine des approches, la qualité du chipping est cruciale

Pour les téléspectateurs, les fairways d’Augusta peuvent paraître incroyablement beaux, mais pour ceux qui ont eu l’opportunité d’approcher les lies, ils peuvent être effrayants de difficultés.

Si vous manquez le green, il y a de grandes chances que le prochain chip à effectuer se fera depuis un lie où le sens de l’herbe vous sera défavorable !

N’importe quel coup autre qu’un shot parfait, et le gazon va attraper le leading edge du club ou le talon avec pour résultat une gratte ! Il faut littéralement chipper contre le sens de l’herbe.

Le bon conseil du pro consiste à se tenir plus debout que d’habitude, et de poser le wedge uniquement sur la pointe. Cela n’a rien d’esthétique, mais cela met le joueur à l’abri des grattes.

En soulevant légèrement le talon en dehors du gazon, peu de chances que l’herbe ne l’attrape pour fermer la face.

Le pro ferme en contrepartie un peu la face de son club, comme si elle pointait à gauche de la cible pour contrebalancer l’effet, mais c’est l’assurance de ne pas gratter le chip en bord de green quand le sens du gazon ne vous est pas favorable.

Performer au Masters suppose d’aller jusqu’à ce niveau de détail : le sens et la coupe du gazon !

4 - Bien entendu, le putting est plus que jamais déterminant sur les greens les plus difficiles au monde

C’est difficile d’affirmer à 100% que les greens d’Augusta sont les plus difficiles au monde, mais il est certain que putter au Masters est un challenge.

Les greens sont si rapides que s’en est presque indescriptible. Il faut les avoir joué pour s’en rendre compte, et constater à quel point c’est difficile, selon Brooks Koepka. Nulle part ailleurs, vous ne voyez des putts de 1,2 mètres avec autant de ruptures de pentes !

Il faut taper les putts courts avec fermeté et assurance, mais pour arriver jusque-là, il faut aussi parfaitement gérer les longs putts, ce qui est loin d’être simple.

Pour performer dans le contrôle des distances au putting, un pro comme Koepka a recours à un petit exercice.

Il place deux pièces à quelques centimètres d’intervalles. Son objectif est de putter en direction de la première pièce, de la dépasser, mais de ne pas dépasser la suivante. Il doit justement rester dans l’intervalle défini.

5 - Gérer un vent parfois imprévisible sur le trou numéro 12

Pour Johnny Miller, le trou douze peut s’apparenter à un trou « crazy ». Il faut parfois avoir un peu de chance pour réussir à bien s’en sortir sur ce trou.

Gérer un vent parfois imprévisible sur le trou numéro 12

Il arrive qu’un golfeur tape un excellent coup en direction du green, mais que sa balle se retrouve dans l’eau ou au milieu du pont à cause d’une rafale de vent venue de nulle part !

Souvent le vent vient du treize pour aller souffler autour du green du onze, de sorte que vous ne savez jamais vraiment ce qui peut arriver à l’avance.

Miller n’apprécie d’ailleurs pas trop ce trou imprévisible, préférant les trous qui demandent une véritable réflexion stratégique. En attendant, c’est bien ce trou qui a coûté la victoire à Jordan Spieth l’an passé.

Dimanche, parmi les leaders, celui qui passera sans encombre le 12 aura sans doute un petit avantage pour la fin, surtout quand la pression sera à son comble.

Pour gagner à Augusta, il faut donc beaucoup de qualité, et surtout soigner les détails pendant plusieurs heures, et plusieurs jours d’affilés.

Crédit photo : Mark Newcombe

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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