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Bilan Seve Trophy 2013: un bide médiatique et sportif

Seul au monde sur le green de Saint-Nom-La-Bretesche

Qui a entendu parler du Seve Trophy 2013 ? Avec un nouveau sponsor titre, Golf +, prenant la suite de Vivendi pour faire vivre cette compétition de golf par équipes, entre d’une part les Iles Britanniques, et d’autre part, le vieux-continent, on aurait pu espérer que l’épreuve ne sombre pas dans l’anonymat.

Pourtant, c’est bien ce qui s’est passé le week-end dernier sur les greens de Saint-Nom-La-Bretesche, en région parisienne.

Personne autour des greens pour suivre les meilleurs golfeurs européens…

Enfin, pas tout à fait, puisque l’épreuve, qui essaie de se faire une place dans le calendrier mondial de golf, a tout simplement été séchée par les meilleurs européens évoluant notamment aux Etats-Unis, sur le PGA Tour.

On aurait presque pu entendre les écureuils dans les arbres, tellement ils étaient plus nombreux que les spectateurs assidus.

A force de vouloir être élitiste, et de fonctionner en faveur de VIP triés sur le volet, les événements golfs qui se tiennent en France n’intéressent personne !

  • Certainement pas les non-golfeurs, qui n’ont que faire d’un environnement prétentieux.
  • Certainement pas les golfeurs eux-mêmes, qui ont mieux à faire à jouer le week-end sur leurs parcours que de venir regarder des pros inaccessibles dans un environnement très cloisonné.

Félicitations aux dirigeants, médias, agences de relations presses, pros, et l’ensemble de la filière !

La mission qui consiste à ne rien faire pour changer l’image du golf en France est parfaitement atteinte.

Le Seve Trophy sacrifié pour au moins deux raisons

La première, c’est une compétition très récente qui ne passionne pas les golfeurs professionnels eux-mêmes (McIlroy, Westwood, Rose et Poulter n’ont même pas fait le déplacement).

Le Seve Trophy ne peut pas prétendre à occuper la même place que la Ryder Cup dans le cœur des fans de golf, sans une histoire séculaire et des exploits retentissants.

Ajoutons aussi une certaine forme d’hypocrisie de ses mêmes pros, qui passent leurs temps à rendre hommage Severiano Ballesteros, mais qui une fois l’occasion de réellement faire quelque chose pour sa mémoire, se défilent.

A leurs décharges, le calendrier mondial de golf devient de plus en plus anachronique.

La volonté récente de l’European Tour d’ajouter des play-offs à son calendrier pour essayer de donner de l’intérêt à un circuit, qui n’en a de toute façon pas, n’arrange rien.

Les meilleurs européens qui viennent à peine d’en finir avec la Fedex Cup ont besoin de souffler, et c’est ce qu’ils ont exprimé à travers leurs absences.

La deuxième raison tient dans le fait que  cette compétition se déroule tout simplement en France !

Un pays où le golf est verrouillé par une poignée de décideurs, qui ont une conception archaïque, et dépassé de ce sport, protégeant ainsi leurs seuls intérêts personnels.

Une conception qui s’apparente à du golf de salon, où on croit faussement que les affaires que l’on ne fait pas dans un bureau, vont pouvoir se faire sur un golf ou au club-house.

De mon expérience, je peux vous dire qu’il n’y a rien qui n’agace plus un pd-g ou un entrepreneur que de parler de travail sur un parcours, alors que c’est parfois le seul endroit où il ne sent pas harcelé, et peut enfin se détendre.

La France, ce pays où malgré la fin de la monarchie, perdure « la culture de la cour », trouvant dans le golf, un nouveau terrain d’expression.

De grâce, libérez le golf de vos fausses courbettes sous prétexte que le golfeur a de l’argent !

Finissons-en avec ses raccourcis stupides, et développons enfin la pratique du golf au-delà d’une vision sectaire et réductrice.

Le golf est un loisir. Le golf est un sport, et c’est déjà pas mal.

Acteurs du secteur ! Arrêtez de reprocher aux golfeurs de ne pas venir vers vous, et allez vers eux, c’est votre travail, c’est votre devoir !

Par nature, le golf est un sport qui se joue plus qu’il ne se regarde.

Par nature, le golf est un sport qui permet de tisser des relations sociales, plus que de réaliser un challenge sportif.

La compétition n’est pas dans l’ADN du golf, et encore moins dans celle du golfeur français qui cherche en fait un moment de détente et de loisir.

On ne cesse de le répéter, mais c’est au golf de tout faire pour intéresser les non-golfeurs et les golfeurs à son sujet.

Seve Trophy : un match de niveau international ?

Partout où nous allons, tout ceux que nous rencontrons, acteurs du secteur, golfeurs, enseignants, beaucoup doutent que la Ryder Cup apporte réellement quoi que ce soit au golf en France.

Ce qui tend à démontrer que l’ensemble du secteur est à l’arrêt.

De la fédération jusqu’au plus petit club public, le lien ne se fait pas !

Chacun reste dans son coin, et l’adjectif qui caractérise le mieux le golf est : confidentiel.

En attendant, même si personne ne veut l’admettre, le nombre de golfeurs a baissé de 20% en France en 2013. Ce n’est plus une hémorragie, c’est un effondrement.

Le Seve Trophy est aussi témoin de ce phénomène.

Les français ne sont pas naturellement sportifs

La France n’est pas un pays de golf.

Pas plus qu’elle est un pays de football comparativement aux Italiens, aux Espagnols ou aux Britanniques.

Certes, la France est un pays où 65% de la population est passive (étude faite par Joseph Messinger au sujet des comportements sociaux).

Oui, les français préfèrent passer leur dimanche dans un fauteuil à regarder des séries TV avec une bière dans une main, et la télécommande dans l’autre.

Malgré cela, il reste 35% de la population qui peut être sensibilisée au golf, et non pas seulement quelque 500 000 golfeurs, sachant qu’un sur cinq arrête le golf à la fin de sa première année.

Pourquoi ?

Tout simplement, parce que rien n’a été entrepris pour accompagner réellement le débutant dans sa difficile première année.

Rien n’est fait pour l’encadrer, l’accompagner, le rassurer, le motiver…

Le golf est un sport individuel difficile, ce qui nécessite des réponses sur-mesure de la part des clubs et de la fédération, qui ne peuvent plus se contenter de seulement rentrer des cotisations ou des abonnements.

Dans les clubs, on manque réellement de directeur sportif qui font vivre la communauté, l’alimente et maintienne la flamme allumée.

SI les gens sont passifs, il faut savoir les réveiller. C’est un métier !

Les Pros aux abonnés absents

Gregory Bourdy a réussi un 5/5 ! Et alors, c’est passé complètement inaperçu, alors que ceux qui jouent au golf, ou qui ont eu l’occasion de jouer quelques match-plays peuvent imaginer la difficulté que cela peut représenter.

Greg Bourdy remporte ses cinq matchs. Trop peu de golfeurs se souviendront de cet exploit

Mais si vous avez l’occasion de côtoyer des golfeurs professionnels français, combien sont disponibles ou tout simplement accessibles ?

Le public est toujours prêt à suivre ceux qui lui rendent un peu de son amour.

Mise à part Thomas Levet ou Christian Cevear, très peu de nos pros français sont en fait susceptibles d’échanger avec le public et même parfois avec les médias.

Pire, les nouvelles générations de pros s’enfoncent dans un certain mutisme/autisme, poussées par des parents fanatisés, à se prendre pour des starlettes de cinéma.

Milieu du golf, redescend sur terre ! Personne ne te regarde, ni t’écoute !

Conjointement au Seve Trophy 2013 se tenait le même week-end, le même type d’épreuve avec la President’s Cup à Muirfield aux Etats-Unis, et malgré la pluie, des milliers de fans se sont massés autour des greens pour suivre les exploits de Woods, Mickelson et compagnie.

Bien sûr, aucun autre média golf n’osera avoir le courage d’écrire la vérité sur le désintérêt profond qui entoure les compétitions de golf organisées en France, trop occupé à manger des petits fours, et cirer les pompes des quelques annonceurs présents dans les loges VIP, en espérant récupérer des miettes de budget publicitaire.

Aux USA, au Royaume-Uni, le golf est avant tout populaireEn France, on croit faussement qu’il est élitiste.

Partout dans le monde, on vante le fait que le golf nivelle positivement les écarts sociaux…le patron d’une société peut jouer avec son manutentionnaire, et le temps d’une partie, ils sont totalement égaux devant la balle de golf. Une fois la partie terminée, chacun reprend sa place.

En France, on refuse cette hypothèse, et c’est pourquoi persistent plus qu’ailleurs des clubs fermés comme Saint-Nom-La-Bretesche ou la Boulie.

Le football a longtemps été pris en otage par le hooliganisme sans que l’on puisse réellement incriminer ce sport d’être directement à l’origine de comportements sociaux violents.

Le golf français est quant à lui pris en otage par la pensée vieillissante d’une nomenklatura qui ne veut surtout pas voir que le monde change.

La meilleure chose qui puisse arriver au Seve Trophy serait de se délocaliser hors de France, et à une date plus propice.

Après l’échec du Trophée Lancôme, ce serait une nouvelle occasion manquée pour le golf français, qui s’entête pourtant à valoriser le golf ultra fermé de Saint-Nom-La-Bretesche.

Concernant le calendrier, c’est impossible de déplacer ce tournoi, car en année de Ryder Cup, personne n’oserait dénoncer la lourdeur du calendrier.

Le problème, c’est la légitimité d’une compétition où les meilleurs joueurs ne viennent tout simplement pas.

Gonzalo Fernandez-Castano a beau déclaré que le Seve Trophy devrait être obligatoire, et qu’aucun golfeur ne devrait pouvoir se désister, sauf avis médical, pas sûr que cela soit la bonne façon de faire d’un non-événement, un rendez-vous incontournable.

Pour la chaîne Golf +, c’est aussi un bide qui sanctionne sa stratégie de repli sur soi.

Certes, l’événement a été relayé par quelques médias sur le web, mais étaient-ce les bons ? La preuve que non !

Et encore, pour la majeure partie, il s’agissait plus de brèves que de vrais sujets de fonds publiés plusieurs semaines à l'avance.

Oui, le Seve Trophy 2013 est un bide !

Un double bide sportif et médiatique dans le désintérêt des golfeurs et des fans de sports.

Certains enseignants sont choqués par le désintérêt de ceux qui pratiquent un sport en amateur pour le haut niveau.

A mon sens, il se trompe de débat.

Si effectivement, le lien est cassé ou n'existe pas entre le haut niveau et les joueurs du dimanche, c'est uniquement à cause de l'élitisme exacerbée des mentalités de ceux qui au contraire devraient faire vivre ce sport.

Quand on est capable de faire les constats, il ne reste plus qu’à en tirer les conséquences, et mettre enfin une stratégie qui inverse durablement la tendance, même si cela doit prendre des années.

Force est de constater que le Seve Trophy et plus généralement, le golf français ont besoin d’hommes nouveaux et d’idées neuves.

...

Aux professions du golf... 

Mais savoir donner,
Donner sans reprendre,
Ne rien faire qu'apprendre
Apprendre à aimer,
Aimer sans attendre,
Aimer à tout prendre,
Apprendre à sourire,
Rien que pour le geste,
Sans vouloir le reste
Et apprendre à Vivre
Et s'en aller. 

Florent Pagny (philosophe français contemporain)

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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