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Le grand boom de la pratique du golf en France est-il encore possible?

Le grand boom de la pratique du golf en France est-il encore possible?

Au moment d’obtenir la Ryder Cup en France en 2018, la Fédération française de golf avait émis un vaste plan de développement de l’activité golf dans l’hexagone pour viser 700 000 licenciés à horizon 2022. Cet objectif rêvé par tous les acteurs de la filière n’est pas en passe d’être atteint, même à trois ans de la Ryder Cup, un événement qui ne dure que 4 jours. Au regard des dix dernières années, le golf français peut-il encore rêver d’un grand bond en avant dans son développement ?

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Un effet de levier qui tarde à venir…

Une partie de la réponse est dans la question ! « Rêver » n’est pas un verbe d’action consistant à agir directement sur les événements.

Par boom ou bond en avant, nous estimons l’ambition de passer de 400 000 à 700 000 licenciés en dix ans, un chiffre jamais vu en France !

Alors que dans certains sports en France, rien n’est réellement fait pour développer l’activité, la fédération française de golf ne peut pas être accusée de ne pas essayer de développer son modèle.

Cependant, les aspirations ont peut-être été un peu fortes ou les idées d’actions pas nécessairement réalistes, et atteignables.

Depuis l’attribution de la Ryder Cup à la France, la majeure partie des acteurs de la filière économique du golf, parcours, resorts, enseignants, fabricants, prestataires ont rapidement émis des doutes quant à la capacité de la FFG à tirer en avant tout le secteur pour doubler le nombre de golfeurs en dix ans.

Des doutes liés au fait que sur le terrain, ces mêmes acteurs n’ont toujours pas sentis d’effets de leviers directs et notables.

Des doutes aussi quand on regarde la réalité du développement du golf en France depuis 30 ans, et plus particulièrement ces 5 dernières années.

Si 2015 s’annonce comme étant une meilleure année, en particulier en raison d’une bonne météo, et peut-être d’un effet « fond de piscine atteint » après deux années particulièrement moroses, l’idée d’atteindre 700 000 licenciés en 2022 ne semble plus réaliste, alors qu’au contraire de croître, le nombre de licenciés à reculer pour la première fois en vingt ans.

Selon une étude menée par Stéphane Serra, directeur de 7ème green, qui a bien voulu nous faire parvenir ses chiffres sur le golf en France à horizon 2015, il est intéressant de se rappeler que le nombre de licenciés golf a connu une progression régulière depuis 30 ans, atteignant un premier palier de 100 000 licenciés en 1988, puis 200 000 en 1993, 300 000 en 2002 et enfin 400 000 en 2009.

Le golf se situe au huitième rang des sports les plus pratiqués en France, en recul d’une place, et au quatrième rang pour les sports individuels.

Comment la FFG a-t-elle pu imaginer atteindre 700 000 licenciés entre 2011 et 2022 quand il lui faut en moyenne entre 7 à 9 ans pour gagner 100 000 nouveaux pratiquants ?

Comment-a-t-elle pu imaginer multiplier son score d’attraction par trois dans ce laps de temps ?

La FFG a-t-elle trop misé sur la relative médiatisation de grands événements internationaux ?

La Ryder Cup est un très bel événement qui a de quoi rendre fier pas mal de golfeurs et de golfeuses françaises.

C’est la plus belle des gratifications pour un pays de golf non anglo-saxon.

Ceci dit, la Ryder Cup ne dure même pas une semaine.

Il est donc difficile d’imaginer qu’en 4/5 jours, la population française change radicalement d’idée à propos du golf.

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D’autre part, un sujet reste toujours inquiétant. Qui va diffuser du golf à la TV ? Qui va diffuser la Ryder Cup ? Golf + ?

Dans ce cas, l’audience risque de rester confidentielle, et concerner seulement ceux qui s’intéressent déjà au golf.

Aucune chance d’attirer des non-golfeurs qui pourraient découvrir cet événement au premier abord un peu compliqué à suivre par rapport à d’autres compétitions de golf.

A l’heure du pay-per-view, seul modèle économique viable pour produire du contenu vers un public restreint, il est difficile d’imaginer France Télévisions s’engager sur cette épreuve, et comme a pu le faire la BBC par le passé, allant jusqu’à retransmettre des heures de direct, notamment lors du British Open.

De ce point de vue, le dernier espoir du golf français réside dans les prochains Jeux Olympiques de Rio en 2016…toujours sur France Télévisions, à condition que le groupe diffuse une bonne partie du golf, et à une heure d’audience appropriée.

Finalement, ne va-t-on pas vers une désillusion sitôt ces événements passés ?

Jeux de vases communicants entre licenciés et pratiquants occasionnels

Si ces opportunités de croissance liées à la médiatisation existent mais sont encore difficilement quantifiables, la FFG peut se baser sur un autre chiffre pour envisager une chance pour le boom du golf en France : Le nombre de pratiquants non licenciés !

Selon une étude sportlab de 2012, le nombre de golfeurs en France serait en fait de 780 000.

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Stéphane Serra mentionne un fait que beaucoup de directeurs de golf ont constaté ces deux dernières années : La baisse du nombre de licences observées en 2013 et 2014 tient autant dans la conjoncture économique que dans le changement d’habitude des golfeurs.

Une grande partie des pratiquants sont passés de joueurs réguliers à occasionnels, ne prenant pas forcément une licence à l’année.

Tout n’est pas perdu pour le golf en France. Un grand vivier de joueurs ou d’affinitaires existe !

Pour développer le nombre de licenciés, il faut donc déjà augmenter cette base de personnes en affinités avec le golf pour petit à petit les amener à pratiquer plus souvent.

Ci-dessous, nous allons développer les éléments de stratégies qui nous semblent être mis en place pour permettre à la France de passer de 0,64% de la population qui joue au golf à 1,2%, l’objectif initial de la FFG, soit tout proche du niveau d’un pays comme l’Angleterre (1,50%)…et devant le seul pays d’Europe en croissance golfique, l’Allemagne qui compte plus de 600 000 golfeurs pour 0,50% de sa population.

Les structures sont-elles adaptées pour générer le boom des licences ?

Dans ce cadre, la FFG s’était engagée dans un programme de construction d’une centaine de structures urbaines adaptées aux besoins de citadins en manque de temps, et de mobilités.

A bien y regarder, dans le projet initial, la FFG a en fait compté certaines structures déjà existantes ou en cours de lancement avant son annonce de 2011.

A titre d’exemple, à Lyon,  troisième plus grande ville de France, une seule structure de ce type et d’initiative privée a vu le jour : le GolfOnly de Tassin en proche banlieue.

Structure montée en 2015 avec pas mal de retard sur la date initiale d’ouverture, et qui n’a pas encore assez de recul pour valider l’attraction de nouveaux golfeurs par le biais de ce type de concept moins coûteux, plus proche, et plus rapide.

A ce stade, le boom du développement du golf en France manque toujours cruellement d’un effet « bœuf ».

Pas étonnant que les acteurs terrains ne constatent pas de réel changement au quotidien.

Un deuxième élément nous a aussi interpellé quant au réalisme du projet de croissance en France : le nombre de golfeurs en moyenne par structure 18 trous.

Au cours des entretiens que nous menons avec les directeurs de golf, nous avons pu relever le fait qu’un 18 trous à besoin d’un certain nombre de joueurs membres pour tourner, et aussi un potentiel maximum pour ne pas perdre en capacité d’exploitation pour causes de saturations.

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Il est difficile de donner un chiffre précis, mais il semble qu’au-delà de 700 à 800 membres par parcours de 18 trous, l’organisation des départs devient plus stricte, et oblige à faire partir des parties de quatre, le tout avec une cadence très soutenue.

Le contraire d’une pratique détendue et conviviale du golf, un leitmotiv pourtant important quand il s’agit de vanter l’activité, surtout auprès des membres qui s’abonnent à l’année.

Alors à nouveau, comment la FFG pouvait elle imaginer doubler le nombre de pratiquants licenciés quand une structure 18 trous (la majorité) ne peut pas réellement accueillir plus de 700/800 membres par an, et alors qu’actuellement, selon les chiffres de 7ème Green, la moyenne des 648 golfs 18 trous de France accueillent déjà 630 joueurs en moyenne !

Il convient donc de considérer que les 18 trous n’ont pas réellement la capacité d’accueillir beaucoup plus de golfeurs  sans avoir besoin de faire des investissements de structures.

Après deux années de récessions, comme vous avez sans doute pu le constater par vous-même, la plupart des golfs Français ont surtout cherché à « serrer les comptes » plutôt qu’envisager des travaux d’extensions !

Or, en admettant que chaque 18 trous prennent 100 joueurs de plus en moyenne, la capacité totale d’accueil ne pourrait en fait monter que de…65 000 nouveaux golfeurs !

Sans tirer de conclusions définitives, simplement en posant la question, comment peut-on fixer un objectif à 700 000 licenciés, et donc plus 300 000, quand la structure d’accueil est relativement stable, et les actions de développement à la marge ?

Pouvait-on faire autrement ?

A contrario, et malgré la crise, un sport individuel et plus coûteux que le golf connait actuellement une croissance plus importante, tout en souffrant de la même sous-médiatisation : l’équitation !

A la différence de la Fédération Française de golf, son homologue pour l’équitation a décidé de miser sur le grand public, et en particulier les juniors pour renouveler sa base de licenciés.

Chaque année, en septembre, moment où les parents réfléchissent le choix d’une activité pour leurs enfants, la FFE finance un spot publicitaire sur les médias nationaux pour faire la promotion de l’équitation.

Résultat, l’équitation est le troisième sport français en nombre de licenciés, et même le premier sport féminin.

On compte près de 2,3 millions de cavaliers en France par rapport aux 780 000 golfeurs pratiquants, et ce malgré la hausse de la TVA en 2013, ce qui avait fait grand bruit, et causé beaucoup d’émois à une filière qui emploie 45 000 personnes en France.

Les passionnés d’équitations appartiennent majoritairement à la classe moyenne, et admettent la même recherche de contact avec la nature que les golfeurs.

Il y a bien donc quelque chose à creuser de ce côté pour réfléchir le développement du golf en France.

Surtout qu’à contrario, la relative résistance du nombre de golfeurs par rapport à la crise doit être analysée plus finement que simplement constaté le nombre de licenciés total.

En effet, il existe de fortes disparités entre hommes, femmes, et juniors.

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Sur les cinq dernières années (2010-2014), la part des juniors jouant au golf a considérablement reculé (-10%) alors que les femmes ont plutôt bien résisté (seulement -1%), et les hommes progressé (+2 ,5%).

Même si c’est la plus petite partie du nombre de golfeurs, la baisse des juniors est extrêmement préoccupante.

De ce point de vue, il convient de se réinventer, et de trouver de nouveaux moyens de toucher et fidéliser les plus jeunes.

Face à ces constats, la problématique de comparaison entre l’équitation et le golf, met aussi en lumière l’inadéquation de l’action de la FFG par rapport à ce que sont les golfeurs !

La majeure partie de l’action fédérale est tournée vers la compétition, l’open de France masculin, l’open de France féminin, et donc la Ryder Cup, alors qu’il est avéré que 80% des golfeurs jouent…en  loisirs, et se sentent très loin du golf compétitions ou de l’actualité des professionnels.

La FFG tape-t-elle à côté du sujet ?

A contrario, il existe des actions comme Tous au Golf, ou le Pass Go For Golf qui sont des réponses pour toucher les amateurs.

Dans le cas de Tous au golf, il semble que cette opération soit en bout de course. Elle a besoin d’un sérieux renouveau.  L’opération s’est trop banalisée, et sa portée est discutable. Ses résultats sont disparates en fonction des régions, et des golfs.

Enfin, le Pass Go For Golf n’est pas non plus sorti de la confidentialité.

Finalement, les actions de développement les plus spectaculaires, et les plus prolifiques sont celles menées par des acteurs privés comme par exemple NGF qui n’hésite pas à installer des postes de practice provisoires dans les rues de Paris pour interpeller les passants.

Conclusion : Le grand boom est-il encore possible ?

En théorie, oui, il ne faut pas désespérer puisqu’il existe une base assez forte de joueurs occasionnels qui dans un contexte économique différent et avec une offre adaptée pourrait rebasculer du bon côté.

En théorie, oui, car la FFG n’est pas démunie, et peut compter sur un budget annuel de près de 25 millions d’euros liés aux recettes de la licence golf.

En théorie, oui, car la majorité des acteurs est plutôt intéressée au développement du golf. Les clubs fermés sont désormais minoritaires, et la plupart cherchent une croissance économique à travers la croissance du nombre de parties jouées par an.

En théorie, oui avec le retour du golf aux JO, et la Ryder Cup à condition que ces événements soient suffisamment relayés et expliqués au grand public.

En pratique, non, passer à 700 000 d’ici 2022 paraît néanmoins irréaliste par rapport aux éléments historiques et quantitatifs illustrés tout au long de ce sujet.

D’ici 7 ans, si le nombre de licenciés golf atteint 500 000 personnes en France, ce sera déjà un chiffre très positif.

Pour créer un boom plus important, il semble qu’il faille faire d’autres constats, et mettre en place d’autres actions.

A débattre…

Merci à Stéphane Serra pour son étude sur le golf en France entre 2005 et 2014

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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