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La vitesse des greens au cœur du débat sur le jeu de golf

La vitesse des greens au cœur du débat sur le jeu de golf

Quand vous discutez avec des golfeurs, des directeurs de golf, des enseignants, des greenkeepers, tous sont unanimes pour vous dire que le plus important sur un parcours, c’est la vitesse des greens ! Est-ce que pourtant cette logique ne serait pas l’origine de tous les maux du golf moderne ?

Dans ceux qui vous disent que le plus important au golf, c’est la vitesse des greens, vous avez deux catégories :

  • d’une part, les golfeurs qui sont convaincus qu’un bon parcours se juge sur les greens rapides,
  • et d’autre part, les professions du golf qui sont convaincues que les golfeurs vont les juger sur la vitesse des greens.

Autrement dit, les greens sont au centre des attentions, mais cela n’implique pas les mêmes choses pour tout le monde.

D’une certaine façon, la vitesse des greens est devenue au fil des années un diktat pour le jeu de golf, et sans que nous nous en rendions compte, cela commence à avoir des conséquences négatives à la fois sur le jeu de golf, et sur l’économie des parcours de golf.

Trop de vitesse de green tue le golf !

Aux Etats-Unis, l’initiative Hackgolf dont nous vous parlons régulièrement depuis son lancement en janvier 2014 a planché sur différentes théories.

Certaines sont farfelues comme le fait d’augmenter la taille des trous par deux !

En revanche, ils ont actuellement lancé un débat intéressant sur le véritable enjeu du golf : le putting qui représente en fait plus de 40% du jeu et du score au golf.

Comme le score au golf est intimement lié au plaisir de jouer, ce n’est pas anodin quand on parle de la difficulté du jeu de golf.

Bien que très souvent, les amateurs passent l’essentiel de leur temps d’entraînements à travailler les grands coups, c’est bien sur les greens que la réelle difficulté du golf se matérialise.

Rentrer une petite balle dans un petit trou sur une surface qui peut faire plusieurs centaines de mètres carrés, est un réel défi.

Et bien plus que d’envoyer un drive à 250 mètres sur un fairway étroit…Bon, c’est vrai, j’exagère ! Ce n’est pas simple d’envoyer un drive tout droit à 250 mètres, mais vous avez compris le principe. Le putting, ce n’est pas si simple.

Et visiblement, ce n’est pas tant la taille des trous qui rend la tâche compliquée, mais bel et bien la vitesse des greens, liée à la coupe du gazon.

Le golf professionnel a déteint sur le golfeur du dimanche

Sur le PGA Tour, tout se joue sur les greens qui sont de véritables patinoires !

A tellement vouloir caler le jeu de golf des amateurs sur celui des pros, de nombreux parcours ont été obligés de travailler leurs greens en conséquences.

Sauf qu’à la différence des pros, les amateurs n’ont pas tout à fait les mêmes compétences techniques, et résultat, le golf est confronté à un nouveau défi : le jeu lent !

D’ailleurs, c’est aussi le cas sur le tour professionnel, qui est lui-aussi confronté à ce dilemme.

Plus les greens ont été travaillés pour être rapides, et plus le jeu de golf a eu tendance à ralentir.

La logique étant que la vitesse accrue a accentué la difficulté du putting, et donc son caractère stratégique dans une partie.

Pour les pros, le travail de visualisation et de calcul des pentes sont devenus de plus en plus longs à effectuer.

Au niveau des amateurs, cette difficulté liée à la vitesse des greens (déjà que ce n’est pas toujours simple d’arriver en deux sur les greens) a fait que pour les parties de trois ou quatre golfeurs, nous pouvons véritablement assister à des mini-réunions de 15 minutes sur les greens, à tourner et tourner autour du drapeau !

mini-réunion de golfeurs sur le putting-green

Pour un par-4, il est généralement convenu qu’une partie de trois golfeurs, doit jouer en dix minutes.

Soit approximativement six minutes pour effectuer deux coups du tee au green, et quatre minutes pour le putting !

En réalité, cette logique est de moins en moins respectée, et même a tendance à s’inverser, et à déraper.

Problème de temps de jeu, difficulté pour faire un score, stress au putting…plus les greens sont rapides, et moins les golfeurs prennent de plaisir, mais personne n’ose rien dire puisque tout le monde a accepté l’idée qu’un bon parcours de golf se juge sur cette fameuse vitesse.

Le golf moderne perd de son attrait à mesure qu’il ralentit

A l’heure où les grands gourous du golf réfléchissent à comment relancer l’activité dans le monde, la vitesse des greens est donc au centre du problème !

J’ajouterai que l’autre problème lié à la vitesse  des greens, c’est que d’un golf à un autre, elle n’est jamais la même !

Putter sur un green très lent ou carotté n’est pas plus agréable que de putter sur un green trop rapide !

Pour quantifier le débat, un chercheur américain de l’université de Columbia a calculé que pour chaque vitesse de green ajouté d’un pied, vous augmentez le temps de jeu moyen de dix à quinze minutes par tour.

Il faut admettre que la vitesse des greens est un élément clé quand nous parlons de temps de jeu sur le parcours.

Pour faire simple, considérez qu’un parcours de golf propose généralement des vitesses de greens comprises entre 9 et 10 pieds.

Pour des compétitions un peu significatives, ils peuvent monter à 12 ou 13 pieds, et dans ces conditions, le temps de jeu moyen peut monter d’une heure par rapport à l’habitude des membres.

Sur les greens, il est convenu que nous jouions toujours à peu près deux putts, et ce quel que soit l’endroit où nous nous trouvons par rapport au drapeau.

Sur des greens d’une vitesse de 8 à 9 pieds, cet objectif est à peu près tenable pour des amateurs.

En revanche, sur des greens très roulants de vitesse supérieure à 10, très peu d’amateurs sont en fait capables d’arrêter la balle près des trous.

La peur du trois-putts donne une tournure dramatique au jeu, et implique plus de concentration de la part des golfeurs, et donc plus de temps de jeu.

Quand nous évoquons la difficulté de la filière golf à recruter de nouveaux golfeurs, la problématique des greens ne peut pas être occultée.

Le golf moderne coûte de plus en plus cher

Pour les parcours de golf, le fait de générer des greens à la surface la plus lisse possible, et pour certains proposant même une vitesse de greens à deux chiffres représente un coût non négligeable.

Toujours aux Etats-Unis, les architectes considèrent que le coût des greens a augmenté de 50% en quarante ans, principalement en raison de l’augmentation de la vitesse des greens.

le coût des greens a augmenté de 50% en quarante an

Une étude publiée en 2002 a démontré que le fait de maintenir en permanence la vitesse des greens à ce qu’elle peut être en championnat n’est en réalité possible économiquement que pour une minorité de parcours, et encore seulement dans des clubs où les membres vont être en accord avec cette philosophie.

D’un point de vue de l’entretien, les greens rapides impliquent des traitements chimiques beaucoup plus lourds qui d’ailleurs affaiblissent les greens, et les rendent plus susceptibles d’attraper des maladies.

Sans parler de l’entretien, les greens rapides sont aussi plus fragiles par rapport aux intempéries ou aux pics de chaleurs.

En conclusion, et contrairement à la majorité des idées répandues, la vitesse des greens qui aujourd’hui fait la réputation de nos plus beaux parcours de golf contribue activement à réduire le nombre de golfeurs qui prennent du plaisir à jouer.

En dehors du coût exorbitant, la sur-utilisation de produits chimiques et de pesticides, les greens rapides accentuent encore l’écart entre les très bons golfeurs, et les golfeurs du dimanche.

Finalement, ne faudrait-il pas changer de grille de lecture concernant les parcours de golf ?

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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