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La FFgolf adapte sa stratégie sportive pour viser le top-20 mondial

La FFgolf adapte sa stratégie sportive pour viser le top-20 mondial

Jeudi 17 mai 2018 – Conférence de presse à Levallois-Perret au siège de la Fédération Française de golf, Jean-Lou Charon, et Pascal Grizot, entourés de Gwladys Nocera et Thomas Levet présentent les contours d’une nouvelle stratégie pour le développement du haut niveau en France. Une ambition : Propulser un, une ou plusieurs joueurs vers le top-20 mondial dans les 5 prochaines années. Un constat : Le haut niveau est toujours le meilleur moyen de doper la pratique d’un sport par le grand public. Une problématique : La FFG fait le constat d’un niveau de performance actuellement insuffisant, et se livre au passage à un début d’autocritique. La fédération veut hausser le niveau d'exigence avec les aspirants professionnels. 

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La salle de conférence du 68, rue Anatole France à Levallois-Perret en banlieue parisienne était comble ce jeudi. La plupart des médias nationaux et spécialisés ont répondu à l’invitation de la Fédération Française de Golf, curieux d’apprendre qu’elle allait-t-être la prochaine politique sportive de cette maison qui entend fédérer plus de 400 000 pratiquants au niveau amateur, et une centaine de professionnels.

Avec près de 25 millions d’euros de budget de fonctionnement, la FFG n’a certes pas les moyens de sports collectifs plus populaires, mais elle dispose tout de même d’un effet de levier conséquent, notamment sur l’aspect purement sportif.

A ce titre, le budget consacré au sport est de 7 millions d’euros répartis entre 3 millions d’euros pour l’organisation de tournois professionnels et amateurs, 3 millions d’euros pour le développement du haut niveau amateur, et 1 million d’euros pour soutenir les professionnels.

C’est bien de ce budget, et son utilisation dont il a été question aujourd’hui.

A périmètre constant, la FFG en veut plus pour son argent !

Clairement, il a été annoncé que ce budget n’avait pas, et n’allait pas être revu à la hausse, considérant que d’autres fédérations européennes allouent moins, pour plus de résultats.

Sans les nommer, on pense à l’Espagne ou la Suède.

Si la politique sportive de la FFG est au cœur du débat, les tenants de cette conférence de presse étant aux commandes de l’institution depuis plusieurs années, ils ont habilement présenté une insatisfaction, et donc une ambition pour le futur, sans trop égratigner le passé, leur passé.

En gros, pas besoin de se faire tirer les oreilles, le compte n’y est pas, et la Fédération prend les devants plutôt que d’attendre les coups de bâtons.

Il y a deux éléments à prendre en compte pour comprendre le contexte de cette conférence de presse.

La sortie médiatique de François Illouz qui deux ans plus tôt avait démissionné avec fracas de son poste de patron du développement du haut niveau, arguant qu’il n’avait pas les moyens de ses ambitions, et ne voulait pas assumer seul un échec annoncé.

L’autre élément clé étant l’état actuel de la carrière de Victor Dubuisson, absent ce jour, non directement cité ou visé, mais dans toutes les têtes.

On a tendance à l’oublier, mais cinq ans auparavant, si un nom devait incarner la figure de proue de l’élitisme français aujourd’hui, ce devait être Victor Dubuisson.

Sans chercher à polémiquer, la FFG a tout de même été bien obligé de se rendre à l’évidence.

Trop de golfeurs professionnels français ne démontrent pas assez d'appétits et d’ambitions pour rejoindre le dernier carré des meilleurs golfeurs du monde.

L’heure est grave.

Si vous partez du principe que Martin Fourcade porte à lui seul le développement du Biathlon.

Sans aucun golfeur français dans le top-20 mondial, ou alors de manière trop épisodique (Dubuisson a atteint le 17eme rang mondial en 2014, déjà une éternité), le golf français n’a pas actuellement suffisamment de qualité exprimée au plus haut niveau, et sans faire offense à Alexander Levy.

Actuellement 46eme mondial, il peut à lui tout seul changer la lecture du tableau, mais pour l’instant, il a encore besoin de prouver, et notamment en majeur. Surtout, toute la stratégie de la fédération ne peut plus reposer sur un seul homme.

Levy incarne le présent.

La FFG ne sait travailler que sur le futur sans avoir de garanties de résultats.

Pascal Grizot prend le soin d’évoquer le management humain comme un facteur difficilement prévisible.

Pascal Grizot prend le soin d’évoquer le management humain comme un facteur difficilement prévisible. On pourrait ajouter la belle incertitude du sport pour admettre qu’en matière de stratégie sportive, vous pouvez être ambitieux, mais pas nécessairement couronné !

Pascal Grizot en charge de cette problématique justifie finalement une stratégie en deux temps.

Depuis 2005, la FFG a favorisé une augmentation de la quantité de joueurs français sur le tour, et effectivement, cette stratégie a fonctionné.

Sur l’European Tour, la France est actuellement un des pays qui compte le plus de représentants.

En moins de six ans, les choix de la FFG ont abouti à un titre de champion du monde amateur par équipe jamais remporté jusqu’alors.

Dubuisson, Wattel, Langasque, le golf français a sorti des potentiels.

La deuxième partie de l’équation consiste désormais à privilégier la qualité sur la quantité.

Sans admettre qu’elle repart de zéro, la situation actuelle l’oblige à relancer un nouveau cycle.

Par situation actuelle, elle entend le fait de ne pas être capable de placer un joueur régulièrement en capacité de gagner plusieurs tournois, et faire partie du top-20 mondial.

Le constat actuel n’est pas seulement d’admettre qu’il faut préparer une nouvelle fournée de champions.

Le constat, c’est aussi et il est plus gênant que les meilleurs français actuels ne prennent pas assez de risques, et n’ont tout simplement pas des projets assez ambitieux.

Au travers de cette conférence de presse, il fallait comprendre que les moyens mis en œuvre demain ne seront pas plus importants. La FFG a tranché sur l’allocation de ses ressources, et table sur une meilleure utilisation au travers de critères de sélections plus exigeants.

Aider, pas aider, consciente que l’on peut lui faire des reproches dans les deux cas, la fédération ne veut pas se poser cette question aujourd’hui.

La FFG veut continuer à aider les meilleurs amateurs, et les jeunes pros. Mais elle ne veut plus aider un golfeur dont le projet serait d’être seulement top-150.

Pascal Grizot prenant soin de préciser qu’il respecte un sportif dont ce serait l’ambition « Autour de moi, je ne connais pas beaucoup de personnes qui font partie des 150 meilleurs dans leur métier. »

Cependant, il prend aussi le soin d’affirmer fortement que ce n’est pas ou plus le projet de la FFG.

Les épisodes Dubuisson, et dans une moindre mesure Langasque semblent avoir échaudés la FFG, qui désormais, veut se soucier de l’état d’esprit long-terme des golfeurs et golfeuses qu’elle va soutenir.

La présence de Thomas Levet et Gwladys Nocera est alors mise en avant du haut de leurs 30 et 15 années d’expériences respectives.

Deux ans après le départ de François Illouz, les deux anciens meilleurs français sont une réponse au fait de piloter le secteur haut niveau.

On change le casting. On maintient les mêmes moyens. Est-ce que cela peut vraiment fonctionner?

La différence de taille, c’est que la FFG a évolué entre temps. Admis un échec à demi-mot, et désormais, elle tape du poing sur la table. Elle veut de l’ambition !

En résumé, elle devrait plus sérieusement accompagner 10 à 15 garçons par an, et 10 à 12 filles sur des critères de sélections plus exigeants.

Surtout, avec le concours de Patrice Barquez, il sera question de contrôler les projets des joueurs tout au long de l’année, et même suspendre les aides financières, si en cours de saison, après avertissement des intéressés, il y a trop d’écart entre la promesse, et la réalité.

La FFG en veut pour son argent, et tout de suite.

Levet et Nocera seront là pour aider, conseiller sur les bons choix, transmettre, et faire gagner du temps.

Levet et Nocera seront là pour aider, conseiller sur les bons choix, transmettre, et faire gagner du temps.

Le public ciblé correspond en fait à un talent repéré deux ans avant son passage dans l’univers professionnel, pour être ensuite accompagné les trois premières années de la carrière.

A la question si un talent venait à émerger plus tôt, Thomas Levet s’enthousiasme et répond que bien entendu, le programme pourra le prendre en compte plus tôt. A nouveau, l’exemple de Victor Dubuisson est évoqué, lui qui dès ses 14 ans, donnait des signes d’un niveau de jeu élevé.

Pour préparer cette conférence de presse, Christophe Muniesa et Maitena Alsuguren Ont visiblement planché tout azimut. Patrice Amadieu a réalisé un benchmark/audit d’autres fédérations.

La commission haut niveau a ainsi relevé les facteurs actuels qui ne permettent pas de placer régulièrement un français ou une française dans le top-20 mondial.

Elle a listé quatre réflexes qui selon elle ne contribue pas à la performance : Un réflexe territorial, un réflexe de stabilisation, un réflexe d’habitude d’entraînement, et un réflexe sécuritaire prédominant.

S’agissant du territoire, les responsables de la FFG évoquent la notion d’élastique à la patte.

A tort ou à raison, ils estiment que trop de jeunes partis faires des études et formations aux USA reviennent systématiquement en France, sans même tenter de percer là-bas, se contentant de jouer sur le Challenge Tour ou profiter de quelques invitations sur les tournois de la première division.

Sont cités, Julien Brun, Clément Sordet et d’autres qui sont irrémédiablement revenus à la maison.

S’agissant du besoin de stabilisation, la première ambition d’un jeune pro français est trop souvent de vouloir se stabiliser au début de la pyramide sportive, garder la carte, gérer sa situation fiscale, familiale, et souvent au détriment du projet sportif qui est oublié ou placé au second plan.

Sans le dire tel quel, le pro français manque de courage et d’ambition. Il ne rêve pas de top-20 mondial, mais espère seulement rester dans les 200 premiers.

S’agissant de l’habitude d’entraînement, les cadres de la FFG reconnaissent que trop souvent les jeunes pros français ne sont pas beaucoup plus ambitieux pour leur choix d’entraîneurs, et ne tentent pas assez de nouvelles méthodes d’entraînements.

Ils ne chercheraient pas assez en dehors du cadre fédéral d’autres expertises, et ne se mettent pas assez en danger.

la FFG semble faire le bilan de sa propre politique visant à fournir des entraîneurs fédéraux à un tarif attractif

Là-encore, la FFG semble faire le bilan de sa propre politique visant à fournir des entraîneurs fédéraux à un tarif attractif (selon ses dires), comme par exemple Benoit Ducoulombier ou Olivier Léglise.

Pascal Grizot détaille notamment le fait qu’un pro doit débourser 20 000 euros au début d’une collaboration, plus 5% de ses gains en saison, avec une borne maximum de 35 000 euros quand le joueur atteint ou dépasse les 750 000 euros de revenus sur le tour.

Autrement dit, la stratégie attractive de la FFG se retourne contre elle. Les pros se contenteraient de ce forfait plutôt qu’à l’image de Levy, prendre une pointure comme Pete Cowen, forcément plus cher, mais qui vous sort de votre zone de confort pour vous faire passer un palier.

Enfin, concernant le réflexe sécuritaire, peu de pros ambitionnent de jouer aux Etats-Unis.

Il faut remonter à 2007 pour trouver trace d’un français à plein temps sur le PGA Tour. Il s’agissait justement de Thomas Levet.

La nouvelle stratégie découle de cette analyse. La FFG veut casser ce plafond de verre qui fait que nous avons de bons golfeurs, mais pas de très bons golfeurs, à l’image de Jon Rahm en Espagne.

« On doit faire mieux » clame Pascal Grizot.

Pour cela, la FFG veut s’appuyer sur quatre piliers : Les structures permanentes (Améliorer la quantité et la qualité des pôles), Proposer toujours plus d’expérience à l’international pour former les jeunes plus rapidement aux difficultés qui les attendent, développer la filière américaine qui paraît incontournable dans un sport comme le golf, et aider la transition amateur/pro.

Sur ce dernier point, il semble qu’il y ait une véritable lacune chez les jeunes français. C’est ce qui explique ce délai de 5 ans imaginé pour aider les futurs champions, deux ans avant, et trois ans après.

Toujours concernant la transition, les nouveaux rôles de Gwladys et Thomas s’avèrent capitaux.

Evoqué par Illouz deux ans plus tôt, Thomas Levet doit justement mettre sur pied la structure d’accueil durable aux USA dont la France a besoin. Il a le double bénéfice d’être sur place, et légitime par rapport à ses connaissances des membres du PGA Tour.

Thomas Levet a le double bénéfice d’être sur place, et légitime par rapport à ses connaissances des membres du PGA Tour.

L’objectif est de créer ce que l’on appelle un site packagé, à savoir un lieu qui peut comprendre des facilités d’accueils sur un parcours, plus des solutions de logements.

Sur la question des structures, la FFG vient de signer avec le Golf Club de la Reserva en Espagne. Il s’agit de proposer une solution d’entraînement performante quand il fait trop froid au Golf National, et en plus de Terre-Blanche. Cet accord sera opérationnel dès l’hiver prochain.

Pour illustrer le fait que jusqu’à présent, la FFG ne s’est pas tournée les pouces, Maitena Alsuguren rappelle que sont organisées régulièrement des stages avec des pointures dans tous les domaines imaginables, comme par exemple Bob Rotella sur l’approche mentale, David Leadbetter sur le driving ou Aim Point et Dave Stockton pour le putting.

Paul McGinley ou Thomas Bjorn ont aussi été sollicités pour parler du haut niveau.

L’ancien capitaine de Ryder Cup a notamment parlé de l’effet miroir. Chaque matin, l’aspirant pro doit se demander s’il se connait, ses points forts et ses points faibles, et surtout il doit être honnête envers lui-même et son projet.

Sur ce point, la FFG semble vouloir mettre le doigt sur la motivation intrinsèque de ses joueurs.

Elle veut aussi se servir des échéances motivantes à venir, non pas la Ryder Cup, mais plus les Jeux Olympiques de 2024, et tente aussi d’organiser les championnats du monde amateur de 2022, garçons et filles.

En conclusion, la FFG croit toujours dans un modèle de développement basé sur l’exposition d’un grand champion. Les moyens mis en œuvre jusqu’à présent n’ont pas permis l’apparition de cet outil de promotion, en tout cas pas durablement, et surtout, il y a trop de trous entre chaque génération.

Jean Garaialde n’a pas eu de successeur immédiat. Il s’est d’ailleurs étonné qu’à l’époque, personne ne vienne lui demander de transmettre.

Quand il est arrivé sur le tour, Thomas Levet n’avait pas un modèle français ayant suffisamment performé pour lui faire gagner du temps, notamment lui apprendre à gagner plus vite. Cela lui a pris dix ans pour comprendre comment s’imposer.

Tout est donc une question de temps. Gagner du temps. Gravir les échelons de la performance sportive à l’échelle mondiale. S’appuyer sur les expériences des meilleurs pour non seulement les imiter, mais surtout les dépasser.

Quel sera l’issue de cette nouvelle stratégie ?

Difficile à prédire, il s’agit d’hommes et de femmes. Il s’agit de sport. Il n’y a donc jamais qu’un seul vainqueur pour beaucoup d’appelés.

Toujours est-il que la FFG semble aujourd’hui faire les bons constats, et sincèrement mettre tout en œuvre pour parvenir à son objectif.

Reste à savoir ce qu’en penseront les principaux intéressés… les joueurs.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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