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Posté par le dans Insolites sur le golf

L’importance du design dans la conception des clubs de golf

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Des salons automobiles, nous retenons souvent plus facilement les concepts cars pour leurs formes futuristes, et quelque peu anti-conformistes. Dans le domaine du golf, les cabinets de design sont eux-aussi amenés à intervenir pour sortir des produits qui surprennent, et trouvent très souvent des applications concrètes.

Les concepts clubs comparables aux concepts cars

Les concepts clubs existent de la même façon que les concepts cars pour permettre aux marques de rêver, et de sortir une fois de temps en temps des contraintes régaliennes, pour démontrer leurs savoir-faire, et même leurs talents.

Aux Etats-Unis, le cabinet de design – Priority Designs – s’est fait un nom en redessinant des machines à laver, des outils à mains, des vélos, mais aussi des drivers, et notamment le TaylorMade MOAD, un prototype de driver futuriste.

Ce cabinet n’a pas seulement travaillé pour TaylorMade, mais est aussi directement à l’origine du driver Nike Covert, qui à défaut d’être le driver le plus vendu du marché, est le driver à la forme la moins conventionnelle.

Le phénomène des concepts clubs n’est pas tout à fait nouveau.

Ils font totalement partie de l’environnement depuis des années, car à partir de ces produits, les ingénieurs des plus grandes marques dessinent finalement des versions simplifiées que l’on retrouve dans les rayonnages de nos magasins de golf.

Le fait de repousser les limites, se défaire des contraintes, permet aux ingénieurs de se challenger, et finalement trouver l’innovation visuelle qui fera qu’un nouveau club sera unique.

En plus des performances, en matière de clubs de golf, le look est un élément majeur dans le choix d’achat d’un golfeur.

Au niveau de prix de ces objets, et d’attachement du joueur pour son driver, il ne serait pas concevable que ce soient de vulgaires casseroles.

Le golf est un sport qui suscite de la passion, et le matériel n’y échappe pas. Les concepts clubs ont pour but d’alimenter cette passion.

Comme pour les voitures, il ne s’agit pas des clubs que vous allez acheter cette année, mais bien des clubs que vous pourriez acheter dans dix ans.

Dans le cas de TaylorMade, il est amusant de constater que le nom choisi pour le concept driver est MOAD, soit Mother of all driver…Un nom pas si anodin qui signifie bien l’importance de ce club, et son rôle d’inspirateur ou de modèle pour les futurs produits de la marque.

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Et ce qui compte quand on parle de concept club, c’est surtout l’innovation.

Parfois, l’innovation est le fruit d’itération, une série de petits pas qui mènent à quelque chose d’inimaginables.

A ce titre, le MOAD n’est pas en fait un driver qui annonce le futur de TaylorMade, mais en fait, il a déjà largement influencé le présent, car ce produit a déjà été créé cinq ans auparavant, ce qui signifie que le R1, le SLDR ou le JetSpeed sont des descendants de ce club au look férocement futuriste.

Cette histoire nous permet d’insister sur le fait que les marques travaillent sur des plans de sorties de clubs planifiés sur cinq à dix ans, ainsi un driver mis sur le marché en 2014 a été pensé entre 2004 et 2009 !

Les cabinets de designs très influents sur les marques

Pour certains observateurs du golf mondial, il y aurait fort à parier que TaylorMade ou Nike ne seraient pas des marques aussi influentes dans le monde du golf sans l’influence de leurs cabinets de designs.

Et parmi ces célèbres cabinets se trouve Priority Designs, une petite société de conseil basé à Colombus dans l’Ohio, et à qui on prête la conception des séries 300, et R7.

Priority Designs a accompagné TaylorMade pendant plusieurs années, et jusqu’en 2009.

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Concernant leur dernier projet, le MOAD, les designers se sont posés plusieurs questions :

  • Que serait un driver si ses composants étaient amovibles ?
  • Que serait un driver s’il pouvait avoir des ouvertures et des trous ?
  • Que serait un driver s’il n’y avait pas de réglementations ?

En réalité, le but de cet exercice de style est de pousser en avant la réflexion sur le matériel de golf. 

Pour autant, de manière concrète, le MOAD qui a été présenté au PGA Show 2014 n’a pas réellement de potentiel pour être un club performant d’un point de vue de la distance ou de la tolérance, dans la mesure où vous pouvez déjà à peine taper une balle de golf avec. 

Ce prototype a pour le moment très peu de chances d’être un jour commercialisé. 

Encore une fois, le but des concepts clubs n’est pas d’être vendus mais bien de défier les conventions, et repousser les limites de l’imagination. 

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TaylorMade et Priority Designs ayant mis fin à leur collaboration, le cabinet de design travaille depuis quelques années avec l’autre géant du sport mondial qui rêve de détrôner TM : Nike Golf. 

Directement à l’origine du Nike Covert et du Nike Covert 2.0, il y a fort à parier que les produits que proposera Nike en 2015 seront directement inspirés de cette collaboration, et quand on connait le succès rencontré par les drivers TaylorMade jusqu’à présent, on peut imaginer l’avenir des produits Nike, à ceci près que le design ne fait pas tout… 

Le design peut être internalisé par les marques 

Si TaylorMade et Nike font appel à des designers externes, d’autres marques comme Ping, Adams ou Callaway n’hésitent pas à internaliser cette compétence. 

Par le passé, il s’agissait surtout d’inspirations spontanés, comme quand Barney Adams, à l’origine de la marque Adams Golf a dessiné le premier prototype de son bois de parcours Adams Tight Lie sur un napperon d’une compagnie aérienne. 

Plus récemment, une société comme Callaway a confié toutes les questions de design à son expert, Alan Hocknell, qui confie pour sa part que le dessin des clubs de golf a beaucoup changé depuis quelques années. 

« Combien de clubs sont d’abords dessinés sur le papier de nos jours ? Aucun ! » 

En seulement quinze ans, l’industrie du matériel de golf a connu une croissance créative fulgurante.

Utilisation de meilleurs matériaux, de meilleures techniques de productions, et de meilleurs ingénieurs…tels sont les principaux moteurs de cette croissance.

Mais il ne faudrait pas minorer l’importance des ordinateurs et des logiciels de design spécialisés (CAD) qui permettent d’identifier si un club peut ou ne peut pas fonctionner.

« Nous sommes désormais capable de créer des designs que nous ne pouvions même pas concevoir quelques années auparavant. De ce fait, nous avons sans doute réduit par dix nos cycles d’itérations. Sans la CAD, nous ne pourrions tout simplement pas créer des clubs de 460cc qui poussent au maximum les limites d’un club de golf. »

Ainsi, le rôle des ordinateurs dans l’innovation est aussi important que le rôle de la balle dans le jeu lui-même.

La mutation des outils à l’origine d’une accélération de la recherche de performance

Avant les années 90, la conception des clubs de golf étaient un mélange d’art et de science.

A partir du milieu des années 90, l’utilisation de nouveaux logiciels a fait entrer la profession dans une nouvelle ère, ce qu’a pu observer l’actuel dirigeant de PING Golf, John A Solheim « Nous sommes passés des planches à dessins aux superordinateurs. Au début, nous avons expérimenté la courbe d’apprentissage de ce nouveau métier. Parfois, nous faisions deux pas en arrière pour faire un pas en avant. Il fallait être courageux, mais au final, nous avons vraiment trouvé un grand bénéfice d’usage.»

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Dans le passé, changer le centre de gravité d’un club aurait pris des semaines de travail à un ingénieur, alors que de nos jours, ce travail ne prend plus que quelques heures avec n’importe quel logiciel de CAD basique. 

Conséquence, entre 1993 et 1998, Callaway mettait cinq ans pour lancer quatre drivers, alors qu’en 2007, la société lança quatre drivers en une semaine ! 

Benoit Vincent, responsable de la R&D chez TaylorMade confirme qu’actuellement, les capacités de conception permettraient de sortir 500 produits par an sans aucun problème. 

Pour autant, ce n’est pas le but, et il admet qu’au contraire, cette puissance d’analyse est surtout utilisée pour itérer plus souvent, avant le lancement d’un nouveau produit. 

De nos jours, impossible d’être une marque de golf de référence, sans ce type de logiciels de CAD, qui font que la conception d’un driver est aussi complexe que les équipements les plus compliqués d’une navette spatiale. 

Mais plus important, ce nouveau processus de conception d’un club de golf permet de suivre cet adage très américain « Echouez tôt pour apprendre rapidement ! ». 

Par le passé, il fallait parfois jusqu’à six mois pour que les ingénieurs se rendent compte qu’ils faisaient fausse route sur un développement, alors qu’aujourd’hui, en une semaine, ils peuvent corriger le tir. 

Dans le domaine de l’ingénierie, le club de golf est un des cas les plus complexes 

D’une certaine manière, les ingénieurs qui travaillent pour les grandes marques de matériel sont un peu des virtuoses. 

La plupart des ingénieurs qui arrivent dans le golf en provenance d’autres industries n’imaginent pas la complexité des clubs de golf, des formes souvent très déstructurées. 

Et pourtant, le golfeur, utilisateur final est très exigeant en termes de précisions et de performances. 

Pour le satisfaire, les marques doivent donc travailler des détails qu’il ne pourra même pas percevoir à l’œil nu. 

Etant donné le niveau de compétition entre toutes les marques, chaque gramme de la tête d’un driver peut se révéler décisif, car revers de la médaille, toutes les marques et tous les ingénieurs, utilisant tous les mêmes outils, l’écart entre les différents produits se resserrent considérablement, rendant de plus en plus difficile la possibilité de se démarquer. 

Alors dans certains cas, la créativité humaine ou le génie spontané peut encore faire la différence par rapport à la machine…

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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