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L’entretien du parcours du Golf Dolce Frégate Provence

Golf Dolce Frégate Provence

Jean-Marc Gohard, 39 ans travaille depuis maintenant 20 ans sur le domaine de Frégate. C’est peu dire que ce greenkeeper, diplômé en agronomie avec spécialisation sportive, connait le parcours comme sa poche.

D’ailleurs, il serait plus en accord avec la langue française de lui donner son titre formel « d’intendant de parcours de golf ».

Jean-Marc Gohard dirige une équipe de 12 jardiniers dédiés, et collabore depuis 4 ans avec Dominique Gillot, 41 ans, fontainier, dont la mission consiste à veiller – comme le lait sur le feu! - sur l’eau et l’arrosage.

L’entretien d’un terrain fait appel à bien des techniques, un outillage spécifique et demande une précision d’orfèvre que le golfeur connait souvent mal.

Ne sommes-nous pas souvent en train de pester contre une machine ou de l’arrosage ?

Car si le moment est peut-être mal choisi pour le joueur, pour le gazon c’est justement le bon ! Si le golfeur doit plier devant la nature, le jardinier lui la dompte en douceur pour faire du parcours un lieu de jeu alliant beauté des paysages, gazon parfait, roule maitrisée… pour nous donner une seule envie : y revenir !

Interview croisée du greenkeeper et du fontainier du golf DOLCE FREGATE PROVENCE

Du fait de sa situation géographique, quelles sont les particularités en termes d’entretien du golf de Frégate ?

JMG : Ce golf très vallonné, a été construit trou par trou (pas de retour à proximité avec le club-House au 9) avec 5 départs sur chaque trou, il a vraiment une architecture particulière, surplombant la mer, une situation géographique qui ravit le golfeur, mais qui complique notre travail.

Nous subissons le mistral, les entrées maritimes, un air salin, et un ensoleillement très fort.

Le fait que ce soit escarpé vous a-t-il obligé à adapter le matériel ?

JMG : Oui, nous avons choisi du matériel équipé de roues motrices. La tonte, c’est un travail important et précis : il y a six hauteurs de tontes différentes en moyenne sur un golf. Un green sera tondu environ 330 fois dans l’année…

Le gazon est-il spécifique à ce climat ? Vous avez du ajuster les variétés ?

JMG : Il n’y a pas de gazon particulier à DOLCE FREGATE PROVENCE, mais en revanche des graminées spécifiques, car ces dernières sont les meilleurs filtres à pollution dans les sols. Nous avons mis du temps avant de trouver les graminées parfaites !

Un terrain cela se surveille au quotidien. Il faut un bon équilibre général, pallier le stress de la tonte, les coups des joueurs, la sécheresse, le piétinement….

Et du côté des greens ?

JMG : Sur les greens, implantations de graminées spéciales pour une hauteur de gazon de

2 à 3 millimètres. Il y a beaucoup de joueurs toute l’année sur le golf de DOLCE FREGATE PROVENCE, environ 51. 000 joueurs. Cela veut dire que le golf doit être propre toute l’année et les greens agréables à jouer malgré toutes les contraintes de maladie et de température.

On les travaille pour une « bonne roule ». Le plaisir du golfeur, est notre objectif quel que soit son niveau de jeu. Un passage sur notre golf doit rester un bon moment, dont on se souviendra. On évite de manière générale de créer des pièges insurmontables, des pentes trop difficiles à jouer….

Vous semblez beaucoup oeuvrer pour le paysagisme, l’esthétique des parcours. Il y a un souhait dans ce sens ?

JMG : Oui, l’esthétique est importante. Nous passons 4 mois en débroussaillage sur 18 hectares autour du golf pour embellir le parcours (c’est le travail de forestier). Mais aussi pour prévenir les incendies. On se protège des sangliers qui font des ravages; on vient d’installer pour cela 30 km de clôtures électriques autour du golf.

Les sous-bois doivent être propres, ce qui rend le golf plus agréable à jouer, plus accueillant lorsque la balle s’égare et donc moins décourageant.

Notez aussi qu’un budget de 70.000 € est alloué à la décoration et à l’embellissement chaque année. C’est un joli budget. Tous les 3 ans, nous faisons un tour du propriétaire avec un oeil neuf pour améliorer, embellir, mieux agencer ce qui peut l’être.

Notre priorité est que le golf vive et évolue pour garder tout son attrait.

La végétation méditerranéenne se laisse-t-elle facilement dompter ?

JMG : Ah non ! La végétation méditerranéenne ne se laisse pas dompter ! Elle fait comme elle veut. Après 3 jours de mistral, c’est 10 jours de récupération pour le végétal…..

Vous semblez avoir une politique d’entretien très écologique. Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de cette gestion la plus verte possible d’un golf ?

JMG : Oui, notre politique est «écologique. On travaille autant sur la faune que la flore.

Nous avons réimplanté des perdreaux et des faisans (maintenant nous sommes à la 2ème génération), des canards, des poissons (des truites, des carpes) et même des écrevisses, tout cela sur 100 hectares.

La faune locale comporte des tortues, des serpents, des lézards, des faucons, des buses, des cigales, des mouettes….. On fait vraiment attention aux produits utilisés afin de ne pas leurs nuire.

D’ailleurs, le golf de DOLCE FREGATE PROVENCE est attenant au parc du conservatoire du littoral, il doit donc respecter les même lois (pas de coupe d’essences nobles ; chênes, oliviers…) et conserver les essences de la région ; la bruyère, etc… La chasse est aussi interdite.

Comme le parc a une politique écologique, cela suscite une halte de migrations (cygnes, cigognes, canards, cormorans, héron).

Cet environnement magnifique est un paradis pour les golfeurs.

Parlez-nous de votre politique d’engrais, d’enrichissement du sol.

JMG : Un golf ne fait pas ce qu’il veut, il y a une législation et des homologations spécifiques. Nous cherchons à toujours faire mieux, à ne pas laisser trop d’empreinte. Ainsi, on utilise un engrais à libération lente pour qu’il ne soit pas perdu dans le sol et éviter la pollution. C’est très important…… !

La parole est au fontainier

Pouvez-vous nous donner votre point de vue sur les grandes lignes de cette gestion la plus verte possible d’un golf ?

DG : On parle écologie, donc économie, mon domaine ! L’eau, étant de l’or, on y fait plus qu’attention et on la gère comme un bien précieux. La charte sur l’eau signée en 2006 nous demande de baisser la consommation de 30%. Nous la respectons.

La consommation de Frégate est de 362.000 M3 à l’année avec une pluviométrie de 777 millimètres. Grâce à la surveillance et avec des talkies-walkies reliés à notre système informatisé de gestion d’arrosage par ordinateur, nous pouvons faire des choix d’arrosage zone par zone.

L’eau vient du Canal de Provence, on ne pioche pas dans la nappe phréatique.

Est-ce que tous les golfs vont dans le sens d’une meilleure gestion des phytosanitaires, de l’eau ? ou vous faites figure de pionniers ?

DG : C’est une attitude générale mais très couteuse, donc tous les golfs ne peuvent pas se le permettre. Frégate a commencé en 1998 avec une station informatique de gestion du parc et une station météo dédiée à l’irrigation. L’arrosage est compris par le gazon comme une pluie artificielle au même titre que la neige artificielle en montagne. Il a pour but d’offrir aux sportifs un terrain en état de jeu. A la différence des pistes de ski, la plante est le sujet de toutes les attentions. En plus de l’évaporation de l’eau du sol, le gazon transpire : il y a transfert de l’eau du sol vers l’atmosphère par une transpiration (« l’évapotranspiration »). Comme l’être humain il doit donc boire régulièrement.

Nous possédons une station de pompage dernière génération, pilotable à distance.

Nous savons ce que nous consommons ce qui nous permet de gérer très finement chacun des 1660 arroseurs. Le système règle l’arrosage selon l’évapotranspiration et la pluviométrie, car il est relié à une station météo (en cas de Mistral l’arrosage est stoppé).

On veille à arroser le soir pour limiter l’évaporation. S’il y a trop de vent, ce n’est pas la peine d’arroser. Nous faisons attention aux gaspillages (petite fuite, arroseurs bloqués génèrent des coûts et dégâts très vite astronomiques).

Nous avons nos astuces comme le « ressuyage », c'est-à-dire des petites séquences d’arrosage qui permettent d’attendre celui du soir. C’est un travail heure par heure, une grande surveillance, d’où l’importance de talkies-walkies pour déclencher l’arrosage tout en étant sur le terrain.

Est-ce que des zones s’arrosent de manière différente ?

DG : Le green s’arrose plus à cause de la coupe plus courte et du piétinement. Une petite zone de grands passages par définition…

Vous êtes dans une zone d’incendie. Le bassin de rétention pourrait être utilisé en cas de feu ? C’est prévu ?

DG : Nous possédons notre lac artificiel où l’eau est pompée. Oui nous sommes dans une région à risques et le bassin de rétention a déjà été utilisé lors de feu sur les localités voisines avec des prélèvements par hélicoptère.

LE SAVIEZ-VOUS

  • Lors d’une aération de green on fait 500 trous au m2
  • Lors d’un sablage de green on apporte 50 tonnes de sable à l’hectare
  • Dans un gramme de graines pour les greens il y a environ 12 000 « graines très fines »
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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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