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Jordan Spieth en plein bad trip !

Jordan Spieth en plein bad trip !

Le grand bonhomme de la saison 2015 de golf sur le PGA Tour, double vainqueur de majeurs (Masters et US Open), en bagarre sur les deux autres (British et US Pga) traverse une mauvaise passe. Ephémère numéro un mondial, Jordan Spieth a manqué deux cuts consécutifs au Barclays, et au Deutsche Bank Championship, tournois des play-offs de la Fedex Cup, laissant penser qu’il est cuit mentalement !

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C’est la première fois de sa jeune carrière que l’américain Jordan Spieth manque deux cuts consécutivement.

A 22 ans, après avoir rendu des cartes de 75 et 73 à Boston dans le cadre du Deutsche Bank Championship 2015, deuxième épreuve sur quatre des play-offs de la Fedex Cup, une semaine après avoir déjà raté sa semaine au Barclays, Spieth est très loin du niveau de jeu époustouflant qu’il avait démontré en majeurs, un peu plus tôt dans la saison.

Et ce n’est peut-être pas si étonnant, compte tenu du niveau de préparation exigé pour triompher en majeur.

Pour les connaisseurs de courses cyclistes, il ne vous aura peut-être pas échappé qu’un coureur ne peut pas physiologiquement et mentalement gagner le Giro, le Tour de France, et la Vuelta, soit les trois plus grands tours cyclistes au monde.

L’espagnol Alberto Contador a bien tenté de réaliser le doublé Giro-Tour de France cette année, avant de rapidement déchanter, et déclarer qu’il ne le tenterait plus à l’avenir.

Il existe une similitude intéressante entre les coureurs cyclistes et les golfeurs. Ces deux types de sportifs de haut niveau doivent gérer des pics de formes dans une saison qui dure près de 11 mois.

Si Contador se prépare en amont de sa saison pour être en forme 4 à 5 semaines maximum par an.

Un Jordan Spieth ou un Tiger Woods ne sont pas loin d’en faire de même, et chercher à être au sommet de leurs compétences athlétiques, mais surtout mentales pendant 16 jours, soit réellement quatre fois quatre jours par an !

Quand Contador doit rechercher un mélange de fraîcheur physique et d’impact. Spieth et les principaux prétendants aux victoires en majeurs de golf, doivent travailler ce qu’ils appellent être en « contention ».

Difficile à traduire exactement en français, mais cela signifie globalement « être dans le coup ».

Jordan Spieth en "contention"

Une situation ou plutôt une zone de performance maximale qui ne peut pas être atteinte 100% du temps sur toute la saison, de la même façon que Contador ne peut pas pousser son corps à 100% pendant 52 semaines par an, et même pas la moitié.

Du temps de sa splendeur, Tiger Woods gérait déjà sa saison très en amont, et en prévision des majeurs, jouant finalement assez peu de tournois dans la saison pour se réserver, et chercher ce « momentum ».

A deux semaines de la fin de la saison 2015 qui restera de toute façon marquée par la domination de Jordan Spieth sur les majeurs, et en particulier, le Masters qu’il a pratiquement mené de bout en bout.

Le jeune américain n’a beau avoir que 22 ans, il n’a probablement plus de jus.

Et ce jus n’est pas physique comme pour un cycliste, mais bien mental, dans un sport où la concentration sur tous les coups est primordiale.

Son mental hors du commun a d’ailleurs été sa force à Augusta, à Chambers Bay, à Saint-Andrews, et plus récemment à Whistling Straits, théâtres des quatre majeurs.

Imaginez l’énergie nécessaire pour se mettre au plus haut niveau golfique pendant les quatre tournois les plus importants de la saison, là où s’écrivent les plus belles pages d’une carrière.

Gagner un majeur n’est pas donné à tous les bons golfeurs ! La technique, le physique ou la tactique ne suffisent pas. Rien d’étonnant à ce que des monstres comme Jack Nicklaus ou Tiger Woods en aient gagné autant.

Il faut quelque chose en plus pour être au rendez-vous le jour J. Et ce quelque chose, Jordan Spieth l’a indéniablement.

Sauf qu’en fin d’année, il est à court de pétrole.

« Normalement, mon mental est ma force, et j’ai même l’impression que c’est un avantage sur les autres joueurs. Pourtant, ces deux dernières semaines, cela a été ma faiblesse. Je n’ai plus qu’à rentrer chez moi, et voir comment je peux reprendre le dessus, et être de nouveau positif. »

Pour entrer dans les détails, la force mentale d’un golfeur est un mélange de concentration, mais aussi de bien se parler.

C’est-à-dire qu’il faut savoir s’auto-encourager, s’auto-motiver, et s’auto-rassurer, en particulier dans les moments difficiles, tendus et cruciaux d’une partie de golf.

C’est toujours facile de s’envoyer des fleurs après avoir tapé un bon coup de golf. C’est une autre chose après un coup qui va dans le bunker ou dans un obstacle d’eau.

Pourtant, le golf est un sport d’enchaînements de causes à effets. Et c’est justement la capacité du joueur à rebondir d’une situation difficile qui permet de faire un score.

« Cette semaine, je me suis vraiment mal parlé. C’est quelque chose que je n’ai pas vécu depuis longtemps. J’ai tellement eu l’habitude cette année d’être dans le coup sur tous les tournois que j’ai disputé que peut-être, je n’ai pas su serré mon jeu et mon esprit dans les moments difficiles, ces deux dernières semaines. »

Cette fameuse zone de performance demande un tel effort de concentration, et de force mentale qu’il n’est pas rare qu’un golfeur de grand talent comme Woods, McIlroy ou Spieth écrasent la concurrence quand ils atteignent ce nirvana psychique, mais qu’à contrario, quand ils en sont loin, ils finissent par totalement lâché prise, voir exploser sur le parcours.

Cette semaine, je me suis vraiment mal parlé. C’est quelque chose que je n’ai pas vécu depuis longtemps.

Pour faire un parallèle avec Tiger Woods, peu de chroniqueurs de golf en ont parlé, cherchant à stigmatiser les problèmes de dos, ou surtout le swing de l’ex-numéro un mondial, plutôt que de se rendre à l’évidence.

A 39 ans, et après 20 ans passés à être dans la zone, Woods a tout simplement épuisé son crédit mental. Ce n’est pas son swing de golf qui est en cause, mais son énergie mentale qui vient à lui manquer.

Dans le cas de Jordan Spieth, bien entendu, il est très jeune, et son stock est sans doute encore assez élevé.

Néanmoins, pour lui, il est temps que la saison se finisse, qu’il coupe avec le golf, et recharge les batteries ailleurs, dans des activités non-stressantes, et non-captivantes d’un point de vue mental, histoire de se remettre en route pour le prochain Masters d’Augusta.

Un dernier élément confirme bien que le souci de Spieth se situe au niveau mental, plus que physique ou technique.
De son propre aveu, il frappe la balle aussi bien qu’il ne le faisait pendant les majeurs !

« Je tape la balle aussi bien qu’au PGA ou au British. Je contrôle ma balle comme il le faut. Mais pour une raison qui m’échappe, je ne score pas ! Aujourd’hui, c’était mon putter. Hier, mon jeu de fers et le contrôle des distances sur le fairway. Rien n’est parfait, et complètement bien réglé comme cela a été le cas une grande partie de cette année. »

Des symptômes qui ne trompent pas, ce n’est pas le swing de Spieth qui l’a lâché, mais bien sa capacité mentale à réunir ensemble tous les ingrédients de la performance.

Le fait d’être forcé à ne pas jouer les deux tours suivants du Deutsche lui serviront au moins à récupérer.

D’ailleurs, il a bien confirmé qu’il ne toucherait pas les clubs pendant le laps de temps qui le sépare du prochain tournoi, avant-dernière épreuve de la saison 2015.

Critiqué, Rory McIlroy avait quant à lui fait l’impasse sur le Barclays pour continuer à soigner sa jambe. Il fallait surtout y voir le souhait du joueur de se donner plus de temps pour récupérer mentalement, et préparer les derniers tournois de l’année.

Comme les cyclistes qui anticipent leurs pics de performances saisonniers, les golfeurs sont confrontés au même enjeu.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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