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Jean-Nicolas Billot : « Le tour asiatique…une autre ambiance »

Jean-Nicolas Billot en compagnie de Clément Morelle (US Golf Lyon)

400 000 licenciés, 700 000 golfeurs, et seulement une poignée de golfeurs professionnels français qui œuvrent sur les différents tours à travers le monde. Nous avons profité d’une période de pause dans l’agenda de Jean-Nicolas Billot, golfeur professionnel en partance pour passer les cartes du tour asiatique de fin janvier à mi-février 2014 pour l’interroger sur le métier et son actualité.

En novembre dernier, Jean-Nicolas nous avait déjà fait l’amabilité de participer nos tests de balles de golf, et nous avions convenu de nous revoir pour recueillir son interview, et aborder ensemble son parcours chez les pros, son regard sur le métier et les tournois, et enfin son actualité, avec notamment en fil rouge, le passage des cartes de l’Asian Tour, un circuit professionnel de golf en plein boom.

L’interview s’est déroulé au magasin US Golf de Champagne-Au-Mont-d’Or, où Jean-Nicolas a l’habitude de venir tester et faire monter ses nouveaux clubs, bénéficiant pleinement de l’atelier de fitting.

Jeudegolf.org : Bonjour Jean-Nicolas, merci de nous consacrer du temps. Peux-tu nous raconter tes premiers pas sur un golf et tes débuts chez les professionnels ?

Jean-Nicolas Billot : J’ai découvert le golf à l’âge de 13 ans un peu par hasard en avril 1991. Un golf (le golf de la Sorelle) venait de se monter à côté de chez moi, et bien que personne dans ma famille ne pratiquait ce sport, habitant à la campagne, je me suis mis à y passer tous mes temps libres.

Bac en poche, mon père m’a poussé à passer professionnel de golf. Selon lui, c’était le moment où jamais.

Après deux saisons en amateurs où j’ai essentiellement joué des grand prix, je suis passé pro en 1998 à l’âge de 20 ans.

Dès mes débuts, j’ai pu compter sur de fidèles sponsors qui encore aujourd’hui me soutiennent dans mes différents projets sportifs (Fiducial, Charles Rema  et Cleveland Golf).

A l’époque les budgets pour monter une saison de golf n’étaient pas forcément aussi élevés que ce qu’ils peuvent être aujourd’hui pour débuter.

Les premières années ont été difficiles. Je ne jouais vraiment pas comme je l’espérais.

Et surtout à cette époque, le golf professionnel français traversait une période de creux, notamment au niveau de l’organisation de tournois qui s’étaient faits plus rares après une période plus fastueuse.

J’ai beaucoup plus progressé à partir du moment, où j’ai pu jouer plus régulièrement des tournois.Jean-Nicolas Billot : Mon point fort - la régularité au drive !

Au bout d’un an, j’ai rencontré Benoît Ducoulombier avec qui j’ai pu commencer à mettre en place des choses, puis la fédération française de golf a commencé à mettre en place les premiers groupes d’entraînements de professionnels français.

Après sélection, j’ai intégré l’un des groupes, ce qui permettait d’être réunis plusieurs fois par an avec d’autres pros et d’autres coachs.

Jeudegolf.org : Quelles sont les caractéristiques de ton jeu de golf ?

Jean-Nicolas Billot : De par la formation que j’ai reçue et ma conception du golf, mon point fort a toujours été la qualité, et la régularité de mes mises en jeu.

Au golf, si on ambitionne de faire des pars ou des birdies, il faut pouvoir prendre les greens en régulations. Et pour y parvenir, c’est quand même plus simple en étant au milieu de la piste après son coup d’engagement.

Jeudegolf.org : Après quatre saisons de progrès réguliers, tu gagnes tes premiers tournois, quel a été le déclic ?

Jean-Nicolas Billot : J’ai tout simplement pris confiance en moi, et dans mes capacités. En 2004, je dispute 19 tournois, passe 14 cuts et je gagne deux tournois la même année.

En fin de saison, je passe les cartes européennes, mais ça ne s’est pas très bien passé. Je passe les cinq premiers tours, mais je cale au sixième et dernier. A ce moment, je constate qu’il me faut plus de constance au wedging de 0 à 100 mètres.

Il n’y a pas de mystères. Si tu es performant dans ce secteur de jeu, c’est un peu un cercle vertueux. Tu peux te permettre de rater un peu plus de coups, et donc prendre plus de risques. Etre plus offensif sur ta façon de jouer les trous, et les drapeaux. Prendre plus le dog-leg à la corde…

Jeudegolf.org : En 2006, tu réalises une superbe saison sur l’Alps tour en remportant trois victoires, fait très rare à ce niveau, avec le recul qu’est-ce qui t’a permis de réaliser ce nouveau saut en avant ?

Jean-Nicolas Billot : Et bien justement, l’expérience des cartes européennes, j’ai beaucoup mieux approché. Mon wedging, mon putting…tout a progressé. Derrière la progression, les résultats ont suivi avec trois victoires, dont deux consécutives pour boucler ma saison la plus complète sur l’Alps Tour. Je me classe deuxième de l’Ordre du mérite, ce qui me permet de gagner mon droit de jeu pour le Challenge Tour.

Jeudegolf.org : Comment se sent-on quand on gagne deux tournois d’affilés, c’est tout de même assez rare chez les professionnels ?

Jean-Nicolas Billot : Tu te sens sur un nuage, mais surtout tu ne te poses pas de mauvaises questions. Tu te sens bien. Tu ne vois plus les côtés négatifs.

Jeudegolf.org : S’ouvre alors pour toi une période de quatre ans sur le Challenge tour, qu’est-ce qui fait le saut de difficulté par rapport à l’Alps Tour

Jean-Nicolas Billot : Des parcours plus compliqués, et puis, surtout de meilleurs joueurs. Je ne me suis jamais « éclaté* ». J’ai toujours réussi à peu près à garder la carte.

*Expression pour dire que Jean-Nicolas n’a pas explosé la carte de score de manière négative.

Jeudegolf.org : Et comment as-tu vécu cette expérience ?

Je n’ai pas vraiment apprécié les parcours, l’ambiance surfaite, et la construction du calendrier. Le choix des tournois à disputer est de plus en plus dirigé par les intérêts financiers plus que la logique sportive.

Tu joues parfois sur des parcours pas terribles, pas préparés, des « autoroutes » sans roughs. C’est d’autant plus frustrant que quand tu joues en Ecosse ou en Espagne, tu espères jouer sur d’autres parcours, et profiter d’un encadrement plus important.

Jeudegolf.org : Quel est le quotidien d’un golfeur professionnel sur le tour?

Jean-Nicolas Billot : D’un golfeur à un autre, il n’existe pas de méthode ou de formule absolue. Chacun fait un peu comme il veut, et surtout comme il pense qu’il sera le plus performant.

Sur le tour, c’est la performance qui préside à la façon d’aborder sa carrière, d’autant que la plupart du temps, nous sommes en auto-gestion.

Le planning d’entrainement est fonction du calendrier des tournois que je pense disputer.

Les cinq principaux axes de travail sont la technique, le physique, le mental, la nutrition et le matériel.

Bien sûr le physique a pris une part de plus en plus importante dans la préparation d’un golfeur, notamment avec l’arrivée de joueurs comme Tiger Woods qui ont élevé le niveau d’exigence de ce point de vue.

Au fur et à mesure, les ingrédients s’ajoutent pour complexifier le métier de golfeur professionnel.

De mon côté, j’essaie de me réserver trois sessions d’entrainements physiques par semaine, alors que je consacre moins de temps que par le passé à la préparation mentale, car j’estime que de ce côté, j’ai quelques outils qui me paraissent suffisants.

Maintenant, comme je ne vais pas gagner 30 kilos de muscle, et 20 centimètres, l’idée, c’est de surtout s’entretenir physiquement.

Pour gagner quelques mètres au drive,  le matériel a toute son importance. C’est pourquoi, je vais tester différentes configurations de clubs en vue d’optimiser mes choix.

Pour un joueur professionnel, en raison du très grand nombre de tournois, il existe de moins en moins de période de trêves, même pendant l’hiver.

En conséquence, dans la saison, il faut se ménager des périodes d’entrainements plus intensives que d’autres avec son coach.

Par exemple, cet hiver, je ne m’accorde que quelques semaines sans golf, pour justement être opérationnel en janvier pour les cartes asiatiques.

La trêve hivernale est terminée au golf. C’est le joueur qui décide de son temps d’arrêt.

Jeudegolf.org : A ce propos, dans une période de trêve, tu arrives à ne pas prendre les clubs, et comment se passe la reprise ?

Jean-Nicolas Billot : En route pour les cartes asiatiques !Jean-Nicolas Billot : Oui, j’arrive à m’accorder quelques jours sans prendre les clubs. C’est même nécessaire ! A la reprise, on se sent toujours un peu perdu. On a l’impression de ne plus savoir jouer.

Et puis finalement, au bout de 24 heures, tout revient très facilement.

Jeudegolf.org : Au niveau du putting, quand tu t’entraines, quels sont les exercices que tu privilégies ?

Jean-Nicolas Billot : Je travaille essentiellement le contact de la balle. Je me focalise plus sur le dosage que sur la direction.

Pour moi, le putting, c’est aussi une question d’état esprit. Il faut décider de bannir les trois-putts, car c’est vraiment un point de perdu.

Jeudegolf.org : Au bout de l’entrainement, l’objectif sportif…En janvier 2014, tu passes les cartes pour intégrer l’un des plus grands tours professionnels au monde, l’Asian Tour. Qu’est-ce qui motive ce choix ?

Jean-Nicolas Billot : C’est un tout ! Les parcours, le temps et l’ambiance.

Les parcours sont magnifiques et particulièrement bien préparés pour des tournois de haut niveau.

Ensuite, d’un point de vue climat, le temps est beaucoup plus propice à jouer au golf.

Sans jouer en bermuda, on retrouve des conditions beaucoup plus proches de ce que l’on peut voir en Amérique.

Une année sur le Challenge tour, toutes les semaines, les tournois étaient interrompus en raison d’intempéries. C’était très usant mentalement.

Jouer en bonnet au mois de Septembre à Toulouse-Seilh, c’est pas forcément le rêve d’un golfeur professionnel.

Enfin, comme sur un grand tour professionnel, le public est vraiment très nombreux autour des greens.

Par opposition avec certains tournois du challenge tour où tu as parfois l’impression de ne pas jouer une compétition de golf de haut niveau.

Enfin, si tu performes sur l’Asian Tour, c’est une porte d’entrée pour les plus grands tournois mondiaux.

Après, c’est aussi un choix qui m’engage, moi et ma famille, car cela représente plusieurs semaines loin des miens.

Pour pouvoir faire mon métier, l’esprit libre et ne pas se sentir coupable, il faut avoir un commun accord avec son épouse pour tenter ce genre d’aventure, et être absent de chez soi plus de 25 semaines par an.

Jeudegolf.org : Que représentent les frais d’inscriptions aux cartes asiatiques par rapport aux cartes européennes ?

Jean-Nicolas Billot : Pour le billet d’avion, il faut compter un peu moins de 1000 euros. Pour le logement, c’est nettement moins cher qu’en Europe.

Par exemple, pour les dix-sept jours que je compte passer là-bas pour passer les cartes, j’ai un budget de 330 euros.

Pour les droits d’inscriptions, il faut compter 1300 euros.  Au global, le coût peut être inférieur à 3000 euros. Sans doute ce qui explique pourquoi nous sommes de plus en plus nombreux à tenter notre chance sur ce tour.

(Précisons qu’une dizaine de golfeurs français passeront les cartes asiatiques en 2014 pour tenter d’imiter Lionel Weber qui avait justement réussi son examen de passage l’an passé)

Comme les pré-qualifications et qualifications s’enchainent, le coût total des cartes est deux fois inférieur à celles des cartes européennes qui-elles peuvent coûter jusqu’à 6000 euros, dont 2000 euros de frais d’inscriptions.

L’argent est un critère de sélection comme le talent ou le travail. Cela a toujours été comme ça au golf.

Jeudegolf.org : Pour un golfeur qui mène une carrière à l’international, quelle est ton opinion concernant les questions de fiscalité ?

Jean-Nicolas Billot : Pour un golfeur dont 80 à 90% des revenus proviennentde tournois disputés à l’étranger, je ne trouve pas forcément choquant qu’il ne réside pas en France.

Pour un Yannick Noah qui vit en Suisse, et qui tire l’essentiel de ses revenus de concerts réalisés en France, c’est un autre sujet, et encore…

Mais on peut prendre d’autres exemples. En Australie, les revenus gagnés en tournois sont imposés à 50% sans parler des impôts que tu vas déclarer dans ton lieu de résidence.

Personnellement, ma famille est à Lyon, mes partenaires sont à Lyon. Si je dois partir, c’est plus pour l’aspect sportif que représente l’Asian Tour plus que pour le seul aspect financier.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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