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Interview Renaud Gris, entraîneur des équipes de France de golf (1ère partie)

Interview Renaud Gris, entraîneur des équipes de France de golf (1ère partie)

Rencontré au golf de Mionnay quelques jours après Noel, Renaud Gris, l’entraîneur des équipes de France de golf et du pôle France Messieurs nous a accordé un entretien exclusif pour aborder son parcours, ses missions, son regard sur les dernières générations de golfeurs formés dans les pôles, et la différence du modèle de formation français par rapport aux autres grandes nations du golf. Au cours de cet entretien, nous avons aussi abordé ce qui pourrait inspirer les golfeurs amateurs à travers l’expérience des meilleurs golfeurs.

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Première partie : Du jeune espoir de Salon-de-Provence au coach de la FFG

Trois jours après Noel, beaucoup de golfs étaient fermés en France, essentiellement pour permettre aux équipes de prendre des congés bien mérités après une saison plus longue qu’à l’accoutumée, à la faveur d’une météo particulièrement clémente dans l’hexagone.

Le 28 décembre, un beau soleil réchauffait l’atmosphère et le parcours du golf de Mionnay qui était verdoyant, alors que quelques saisons en arrière, il aurait été couvert de givres ou même de neiges.

Dans ce calme relatif, Renaud Gris était pourtant sur le pont.

Peu de répit pour l’entraîneur des équipes de France, à pied d’œuvre douze mois sur douze pour sa passion, entraîner les meilleurs à devenir encore meilleurs.

Après avoir rencontré Jean-Jacques Rivet au golf de Terre-Blanche, interviewé Pascal Grizot, l’occasion de rencontrer Renaud Gris nous a permis de creuser encore un peu plus les questions concernant le présent, et l’avenir du golf français au plus haut niveau.

Depuis quelques saisons, nous découvrons le talent de golfeurs tels que Victor Dubuisson, Alexander Levy, Romain Wattel, et en fait de plus en plus de jeunes talents.

Sébastien Gros, Thomas Linard, et bientôt Clément Sordet ou encore Romain Langasque vont aussi arriver sur le tour.

De plus en plus de quantité et de qualité pour le golf français de haut niveau, cela ne peut pas être seulement le hasard ou un effet de mode.

Pas plus que c’est un phénomène de pic sans lendemain, au contraire, le travail entamé plus de dix ans en arrière au niveau de la FFG commence à livrer ses premiers résultats.

Justement, Renaud Gris est au cœur de cette fabrique à champions.

Bonjour Renaud, pour démarrer cet entretien, pouvez-vous nous expliquer comment on devient entraineur des équipes de France ? Quel a été votre parcours ?

J’ai démarré ce sport à l’âge de 10 ans en prenant tout simplement une leçon. Ma famille n’était pas du tout dans le domaine du golf.

Suite à cette leçon, cela a été une véritable révélation !

Alors que je faisais déjà beaucoup d’autres sports à cette époque, j’ai adoré la sensation de frappe de balle.

Et passé cette première leçon prise conjointement avec mon père, nous nous sommes immédiatement rendus dans le premier Go Sport du coin pour acheter du matériel.

Après avoir déménagé de Clermont-Ferrand pour habiter à Salon-de-Provence avec mes parents, la première année, je n’ai pas eu accès immédiatement au golf de la base militaire.

Je me souviens avoir commencé à taper des balles dans un champ à côté de chez moi, après l’école, le week-end, et dès que j’avais un moment de libre.

J’ai passé une année à me faire mes premières armes tout seul avec un bouquin, un club, et quelques balles.

Ensuite, j’ai pu rentrer au club de la base de Salon-de-Provence. J’ai vraiment commencé à jouer régulièrement, et à faire des compétitions pour progresser très rapidement.

Par la suite, j’ai intégré le club d’Aix-Marseille à l’âge de 13/14 ans pour jouer dans les équipes de ligues, et être repéré dans les stages nationaux.

Mes premiers entraineurs ont été Bernard Cotton et Roger Cotton (ce dernier pendant les stages de ligues) qui m’ont donné les premières bases avant que je ne sois véritablement coaché par Patrice Amadieu à l’académie du Golf de Montpellier-Massane, mais finalement sur le tard par rapport à mes débuts dans le golf (autour de 17 à 20 ans).

J’ai participé à quelques belles compétitions fédérales comme le trophée Gounouilhou, des compétitions de clubs au niveau national et international jusqu’à me classer +1 fédéral et dans les 25/30 meilleurs français.

J’étais de la génération des Greg Havret, Olivier David, Georges Plumet…

Suite à cela, et en pleine progression de mon golf, je me suis blessé assez gravement au foot…une grosse fracture du fémur qui a été infectée par un staphylocoque.

J’ai eu deux années très noires qui m’ont empêché de jouer alors que j’avais 18/19 ans au moment où c’est un tournant entre je vais jouer, être golfeur professionnel ou réfléchir à faire d’autres choses.

C’est donc ce que j’ai fait pendant mes deux années d’arrêts en suivant un DUT de gestion golf commanditée par la Fédération à Nîmes.

J’ai ainsi passé et obtenu mes diplômes, tout d’abord le BE1 puis dans un second temps le BE2.

Pendant cette période, j’ai commencé à travailler tout en me remettant à jouer, et à disputer des compétitions nationales, et internationales.

Ma première mission est intervenue au golf d’Etretat où pendant 2 ans et demi, j’ai pu mettre en place mes idées envers les jeunes.

J’y réfléchissais déjà beaucoup gamin, étant donné que j’avais un peu appris tout seul, et que j’étais intéressé par tout ce qui touchait à la pratique.

Comment ressent-on un swing de golf quand justement on s’entraîne tout seul ?

A l’époque, j’étais très sportif. Je pratiquais beaucoup de sports comme le judo ou le foot depuis tout petit.

J’avais une bonne coordination et un bon équilibre corporel.

Bien que petit gabarit, j’avais une très bonne vitesse, ce qui me permettait de taper la balle fort par rapport à ce gabarit.

J’avais un rapport poids/puissance intéressant, tout du moins à l’époque (rires).

Sinon, j’ai effectivement appris en regardant dans un livre tout ce qui étaient les fondamentaux comme la posture, etc. et aussi en regardant quelques cassettes du Masters.

Notamment le Masters 86 remporté par Nicklaus ou une cassette de Faldo avec Leadbetter que je me repassais en boucle.

C’est vraiment le côté technique de ce sport qui m’a passionné. Je voulais vraiment comprendre comment fonctionnait le swing…comment la balle partait….comment créer des trajectoires ?

Quel que soit le sport, j’ai toujours été attiré par le côté technique.

Après cette première expérience d’enseignement à Etretat… ?

Suite à Etretat, j’ai eu une proposition pour être responsable de l’enseignement au golf du Mans à nouveau pour 2 ans. J’avais entre 22 et 24 ans.

A la fin de ce cycle, mon ancien entraîneur, Patrice Amadieu m’a appelé pour intégrer l’académie Leadbetter de Montpellier-Massane pour créer et développer un sport-étude.

J’ai immédiatement accepté cette proposition.

La première année, j’avais quatre joueurs, et au bout de trois ans, nous étions plus d’une vingtaine.

Les dernières années, je m’occupais du groupe élite du campus golf de Montpellier où j’ai notamment coaché Clément Berardo (3 ans) et Jérôme Lando-Casanova.

Concernant Jérôme, je l’ai pratiquement initié au golf car il avait à peine un an de golf quand il est arrivé à Massane. Je l’ai coaché ensuite pendant cinq ans pour l’amener à Alain Alberti et au niveau qu’il a atteint aujourd’hui.

Dans cette même période, j’ai aussi coaché d’autres pros comme Bruno Lecouna, Olivier Chabaud, Maxime Demory, et aussi des jeunes golfeurs qui ne sont pas passés pros, mais qui sont devenus enseignants à leurs tours, et avec de belles réussites.

renaud-gris-coach.JPG 

Je pense notamment à Emmanuel Meimoun au golf de la Sorelle, Jonathan Bidault, Pierre-Antoine Rat qui sont tous aujourd’hui des entraineurs confirmés.

Et puis en 2005, j’ai eu l’opportunité de rentrer à la Fédération pour s’occuper du pôle espoir de Montpellier en binôme avec Cyril Gouyon pendant la première année, puis seul pendant deux autres années.

Dans la foulée, on m’a confié en plus la responsabilité de l’équipe de France Boys de 2006 à 2009, ce qui m’a fait rencontrer pas mal de joueurs de la jeune génération.

J’avais notamment Alexander Levy, Romain Wattel, Damien Perrier, Erwan Vieilledent, Joel Stalter, Clément Sordet, Julien Brun…les 91/92/93.

A cette même époque, j’ai eu aussi Victor Dubuisson et Edouard Dubois en Boys.

Patrice Amadieu quittant son poste pour devenir directeur du coaching à la fédération en 2009, j’ai pris sa place au pôle France Messieurs et aussi pour coacher l’équipe de France Messieurs.

Depuis 2009, je m’occupe des plus grands, et de la grosse majorité des joueurs.

Rares sont ceux qui ont encore un coach personnel comme Edouard Espana ou un garçon comme Gary Stal qui lui était plutôt dans son système et à qui on apportait d’autres choses.

En général, quand les joueurs rentrent dans la structure, ils utilisent nos ressources.

Quelles sont vos principales missions ?

J’ai trois grandes missions !

La première, c’est la responsabilité du Pôle France qui est en fait une structure d’entraînement que l’on met à disposition des meilleurs joueurs qui sont eux-mêmes déterminés sur sélection.

Je planifie leurs entraînements. Je donne les contenus d’entraînements.

Je m’appuie sur un staff qui comporte deux préparateurs physiques, deux préparateurs mentaux, un kiné, un biomécanicien (Jean-Jacques Rivet), et puis de temps en temps de l’expertise de joueurs pros comme Alexander Levy, Raphael Jacquelin et Clément Berardo pour des discussions et des partages d’expériences.

J’ai aussi de temps en temps Christophe Pottier qui vient sur les pôles.

Quand on va aux Etats-Unis, on a aussi l’aide de Thomas Levet pour partager de l’expérience.

Je suis aussi responsable de l’équipe de France messieurs, où je suis aussi en même temps en charge des joueurs du pôle France, mais on peut avoir aussi des joueurs d’autres horizons.

C’est une mission de sélectionneur en plus d’être coach dans certaines épreuves phares comme les championnats d’Europe, les championnats du monde, la Nation Cup, le match France-Angleterre.

Pour ces équipes, on a des objectifs ciblés avec des ambitions de résultats assez élevés.

La mission est de détecter les meilleurs joueurs, et pas forcément uniquement ceux qui sont dans les pôles, en allant chercher par exemple ceux qui sont dans les universités américaines, les superviser…

C’est une deuxième mission au champ d’application assez large !

Il arrive que certains joueurs ne souhaitent pas intégrer un pôle pour diverses raisons ou tout simplement parce qu’ils ont leurs propres systèmes d’entraînements.

Par exemple, Romain Wattel n’a jamais intégré un pôle… en revanche, il a souvent été sélectionné dans les équipes de France.

Au travers de ce programme équipe de France, c’est aussi un rôle de coach, car on leur fait vivre une véritable expérience, que ce soit dans les compétitions par équipes ou dans les compétitions individuelles.

Sur chaque gros rendez-vous individuel, on sélectionne entre quatre et six joueurs.

On les accompagne à la fois physiquement et aussi financièrement dans un programme de jeu très dense. On les emmène en Afrique du Sud, en Amérique du Sud, en Asie, en Océanie…

On voyage sur tous les continents avec ces joueurs dans le cadre d’un programme équipe de France.

Enfin, ma troisième mission est un travail de responsable de filière.

Etant en haut de la pyramide, j’essaie d’avoir un regard très large et générationnel.

J’essaie de distinguer ce qui peut arriver dans les deux/trois prochaines années avec le pôle France Boys dirigé par Mathieu Santerre.

Je communique beaucoup…j’échange avec les autres entraîneurs et les joueurs…

Dans cette démarche, j’organise un stage troisième semaine de février en Espagne sur le site des cartes (le PGA of Catalunya) avec les 20/25 meilleurs joueurs français accompagnés par quelques bons joueurs étrangers pour un tournoi non-officiel.

Je vais pouvoir superviser les plus jeunes, les confronter à la difficulté, les comparer à mes joueurs.

Tout ceci dans le but d’avoir une vision la plus large possible de la filière, de ce qui s’y passe, de faire passer des messages aux autres entraîneurs des pôles ou des ligues.

Donner des indications sur ce qui serait bien de mettre en place dans les écoles de golf pour encore accélérer le processus, ou dire ce que nous nous attendons à mon étage concernant les meilleurs joueurs français.

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Dans votre métier, quelle est la part d’échange avec les autres pros, et en fait la place de l’apprentissage continu ou auto-formation ?

Pour l’aspect pédagogique, il y a une partie source d’inspiration qui est importante.

Comme je l’ai dit, pour ma part, j’ai commencé en regardant des cassettes vidéo de David Leadbetter.

Pour moi, il a vraiment lancé le métier d’entraîneur moderne au travers de sa collaboration avec Nick Faldo, Ernie Els, ou Nick Price.

Effectivement, au départ, je me suis beaucoup inspiré de sa pédagogie.

Puis par la suite, en intégrant son académie à Massane, j’ai eu l’occasion de le rencontrer, de faire des stages avec lui, et puis de me rendre aux Etats-Unis avec quelques joueurs amateurs pour avoir son expertise.

D’autres personnes comme Patrice Amadieu, Nicolas Armand ou Alain Alberti m’ont beaucoup aidé à avancer. Je me suis beaucoup inspirer de leurs façons de faire.

François Berthet m’a aussi apporté des choses dans le domaine de la formation.

Ensuite, effectivement, j’échange beaucoup avec les autres coachs et mes collègues des autres nations.

Au cours de mes voyages aux Etats-Unis, j’ai rencontré des coachs comme Hank Haney, le premier assistant de Butch Harmon, Mark Sweeney, le fondateur d’Aimpoint…

J’échange aussi de plus en plus avec Olivier Leglise, Alain Alberti et Benoit Ducoulombier que je côtoie très régulièrement à Terre-Blanche.

Cela paraît d’élargir ses connaissances sur le tas…

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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