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Interview Philippe Millereau…profession photographe de golf

Interview Philippe Millereau…profession photographe de golf

L’idée de faire un sujet original sur les photographes de golf m’est venu au fur et à mesure de mes reportages sur des tournois de golf professionnel. Sur une partie, vous avez bien-sûr les joueurs ou les joueuses, les commissaires, les caddies, les bénévoles, le public, ET les photographes qui seraient presque ceux que l’on pourrait remarquer le plus, tant ils adoptent parfois des positions acrobatiques en quête d’un cliché original. 

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Préambule sur les photographes de golf

Sans photos, pas de médias de golf, pas de clichés, et surtout pas d’images qui marquent…

Le poids des mots, le choc des images…la photographie de golf est un sujet à part dans le domaine de la prise de vue. Elle a ses codes, ses pratiques, ses anecdotes.

Comme la prose de Monsieur Jourdain, aujourd’hui avec les appareils numériques, et même les smartphones, tout le monde est un peu photographe à ses heures perdues.

Ceci dit, les amateurs jouent au golf, ce ne sont pas pour autant des golfeurs professionnels. Il en est de même dans le domaine de la photographie.

Pour autant, et c’est un peu l’occasion de le décrire, quand vous arrivez en salle de presse à Evian ou sur l’Alstom, vous n’êtes pas traités de la même façon, si vous êtes photographe ou rédacteur !

C’est même aberrant ! Quand le journaliste a un poste de travail convenable avec l’air conditionné, le photographe est envoyé dans une guitoune à l’extérieur du centre de presse avec pas assez d’espace pour entreposer son imposant matériel !

Les photographes de l'Open de France

Curieux paradoxe car il n’y a pas que les médias qui ne pourraient pas vivre sans photographes…

Alors que la presse golfique fond comme peau de chagrin, les tournois sont de plus en plus amenés à recourir aux services de photographes indépendants pour fournir les images. 

Passé ce petit préambule en forme de rappel sur ce que nous pourrions tous oublier…. « Nous, golfeurs avons sans doute découvert et aimé ce sport à travers une image, sans pour autant nous demander qui avait bien pu appuyer sur le déclencheur… »

Le sportif est celui qui fait l’histoire…le photographe est celui qui la retranscrit pour la postérité.

Quel a été votre parcours ? Comment avez-vous eu l’envie de devenir photographe de golf ?

Dès le plus jeune âge, j’ai toujours eu envie de travailler dans l’image de sport. Je crois qu’à 12 ans déjà, j’étais intéressé par ce métier. J’ai grandi avec des tas de posters de champions de tennis dans ma chambre.

Comme je jouais énormément ; j’ai eu envie assez rapidement, de devenir le photographe de Tennis Magazine qui à l’époque était Serge Philippot. Depuis, nous sommes d’ailleurs devenus bons amis, (et joueurs de golfs) et je ne lui ai jamais pris son travail (rires).

Après le bac j’ai passé un BTS Photo plutôt axer sur le laboratoire , ce qui m’a permis de décrocher mon premier emploi dans un labo argentique à Lille en 1987. J’avais alors 23 ans.

Par un concours de circonstance, et beaucoup de chance, j’ai été embauché un an plus tard chez DPPI, une grande agence de presse photographique spécialisée dans l’image du sport, en particulier les sports mécaniques.

Contrairement aux autres photographes de l’agence, les sports mécaniques ne m’intéressaient absolument pas. Ce que j’aimais avant tout c’était la performance humaine. J’ai donc tout naturellement développé la partie omnisports de la prise de vue parallèlement à mon travail de laborantin.

Ce job de laborantin était suffisamment rémunérateur pour financer les déplacements du week-end. Mais il est évident qu’il ne fallait pas compter ses heures. Je pense n’avoir pas pris de vacances durant les cinq premières années passées chez DPPI

Nous étions plusieurs jeunes photographes dans cette même situation, nous partions dans le monde entier pour shooter les événements sportifs, quel rêve pour un jeune homme de 25 ans !

Photographe à Evian

Concernant ma passion pour le golf, elle a commencé à l’âge de 18/19 ans…Comme je jouais moins au tennis, je me suis très rapidement passionné pour ce jeu.

J’ai d’ailleurs réalisé mes premières photographies de golf à Chantilly à l’occasion de l’Open de France 1989. Je me souviens très bien avoir photographié Nick Faldo et Bernhard Langer, les stars de l’époque.

Votre métier a évolué…

J’ai travaillé 22 ans chez DPPI. Comme dans d’autres secteurs, la photographie n’a pas échappé à la crise

En 2008, l’agence qui avait une grosse activité dans le domaine du sport automobile a perdu coup sur coup d’importants clients : le Paris Dakar (dont elle était l’agence photo officielle), Citroën et Michelin.

Le Dakar avait été annulée en raison de risques liés à la sécurité en Mauritanie.  Pour l’agence, le total de ces 3 clients représentait une perte de budget équivalant à 600 000 euros, et ce, en seulement 1 mois

DPPI n’a jamais réussi à remonter la pente et en 2011 a déposé le bilan.

Mais ce que nous avions appris chez DPPI (mis à part d’être de bons photojournalistes spécialisés dans le sport) c’était qu’il fallait (puisque nous étions présents sur tous les terrains de sport du monde entier) rencontrer les personnes qui sponsorisaient ou organiser les événement sportifs.

Ces gens là avaient besoin d’images pour communiquer.

Tout naturellement  nous avons commencé à travailler en 1997 pour Reebok

La machine était lancée.

Le caractère scénique du golf d'Evian

Aujourd’hui, dans cette même logique, et au sein de l’agence que nous avons crée en 2011 (KMSP) avec un associé nous  travaillons pour le CNOSF (Comité National Olympiques et Sportif Français) pour des fédérations (athlétisme, natation, Canoë Kayak etc…) des équipementiers (Asics, Adidas, Arena etc…), des partenaires (EDF, BMW, FDJ,BPCE, Evian, Lacoste, etc…)

Vous jouez au golf ?

Je joue de manière épisodique.

Comme c’est surtout l’actualité et les clients qui dictent mon calendrier, certaines semaines je vais pouvoir jouer trois fois, et puis ne plus jouer pendant un mois complet.

Comment votre expérience de golfeur vous aide dans votre travail ?

Disons que pour faire de la bonne photo de golf, il faut bien connaître le swing des joueurs !

Ian Poulter, pour ne citer que lui, n’a pas un très beaux finish, donc on évite ce moment.

D’autres ferment les yeux à l’impact, certains font des grimaces à un moment du swing.

Il faut savoir tout cela pour faire des images correctes des joueurs et réussir à les mettre en valeur.

Philippe Millereau en discussion avec son sujet

Je pense qu’un photographe qui arriverait sur un tournoi de golf, sans avoir cette connaissance, aurait quelques difficultés.

Qu'est-ce qui est important quand vous couvrez un tournoi ? Quels sont les bons réflexes à avoir ?

En matière de photographie, le plus important, c’est évidement la lumière, surtout sur les photos de parcours. Cela implique de faire des clichés très tôt le matin ou en fin de journée.

Sur un tournoi, il faut connaître les us et coutumes de ce sport.

Par exemple, pour la Ryder Cup, il faut connaître le format de jeu, ne serait-ce que pour anticiper l’action, et se trouver au bon endroit quand un point décisif va se jouer.

J’ai particulièrement en mémoire un cliché que j’ai pris lors de la Ryder Cup 2006 au K Club où Darren Clarke qui venait de perdre sa femme, a fondu en larmes, et est tombé dans les bras de Tiger Woods.

Il faut connaître l’actualité, les joueurs, et les tournois pour savoir quand et où se placer.

Enfin, quand je travaille directement pour les organisateurs d’un tournoi, comme à Evian, les photos sont en fonction des besoins.

Les photographes au plus près de l'action !

En général, le premier jour, on me demande des photos de toutes les joueuses pour être certain d’avoir au moins un cliché de la joueuse qui mène le tournoi

Les jours suivants, c’est plus en fonction de l’actualité, du learderboard, du cahier des charges de l’organisateur

Quelque part, on suit le mouvement…

Quel est le meilleur spot pour faire un bon cliché ?

Il n’y a pas vraiment de meilleur spot. C’est surtout dicté par la situation et par la lumière !

Philippe Millereau au milieu du practice !

On peut très bien faire une photo magnifique à laquelle on n’avait absolument pas pensé car on arrive au bon endroit au bon moment, 1/10s plus tard c’était raté ! C’est cela aussi qui fait le charme de ce métier.

Quelle est le type de photo que vous préférez faire ?

Mon objectif favori est le 600 mm qui permet d’obtenir des arrières plan très flous ou le joueur se détache. On arrive à des résultats photographiques invisibles à l’œil nu.

J’aime aussi les photos de parcours. Un golf, c’est généralement très beau, et quand on attend la bonne lumière, on peut faire de très beaux clichés.

Je rêve de pouvoir un jour aller prendre des photos au Masters à Augusta. C’est peut-être un des seuls tournois que je n’ai pas couvert, faute d’accréditation.

Sur ce point, les organisateurs sont très conservateurs. Bien que Golf Européen ait souhaité m’accréditer il y a quelques années pour remplacer un précédent photographe, les organisateurs n’ont jamais voulu, je n’en comprends toujours pas la raison.

Phillippe Millereau

Sinon, pour moi, les plus beaux parcours sont les links comme Turnberry ou Kingsbarns…

La lumière, la mer, le côté scénique…tous les ingrédients sont réunis pour faire de belles photos. C’est sublime.

J’aime aussi en France le parcours de Sperone (en Corse), le parcours que j’ai le plus souvent photographié

A l’inverse, et bien que je sois membre à Chantilly et amoureux de ce grand parcours, je trouve qu’il est moins aisé de prendre des photos d’un parcours boisé.

Quelles sont les contraintes du métier ?

Il faut être en bonne forme physique pour crapahuter tous les jours sur près de 6 à 7 kilomètres avec 15 à 20 kilos de matériel sur le dos !

Le tournoi le plus difficile est assurément le British Open où je commence avec les premières parties à 6 heures du matin, pour finir très tard dans la journée (car les dernières parties partent vers 15h) aux environ de 20h

Sur ce tournoi, j’ai vraiment l’impression que la journée n’en finit plus…

4 jours de marches intensives avec 20 kgs de matériel !!!

Sur les tournois que je couvre tous les ans, la difficulté est de trouver de nouveaux angles de vues pour faire une photo qui n’a jamais été faite.

Par contre quand je découvre un parcours pour la première fois, je n’ai pas de problème de motivation pour faire des photos qui seront inédites pour moi.

Sur un nouveau tournoi, j’ai forcément un œil neuf, c’est ce qui est très agréable, alors qu’à l’inverse, sur certains tournois que je suis depuis des années, je n’ai plus ce sentiment de découverte.

Sur les tournois comme l'Open de France ou Evian, qu'est-ce qui vous marque le plus?

A l’Open de France rien ne me marque vraiment !

Sur le parcours de l’Albatros, on a tous du mal à faire de bonnes photos, surtout quand il ne fait pas  beau. C’est particulièrement difficile quand c’est un jour blanc…

Même si le parcours est parfaitement dessiné, et magnifiquement entretenu, ce n’est pas vraiment enthousiasmant de se rendre à Guyancourt ! C’est quand même mieux d’aller à St Andrews !

Mais avec les quelques changements qui sont intervenus sur le tracé de l’Albatros, et ceux à prévoir, j’ai la perspective de pouvoir trouver de nouveaux angles.

A l’inverse, à Evian, tout est léché ! Le parcours est beau et propose beaucoup de dénivelés ou des vues avec le lac en toile de fond. L’endroit est magnifique et les photos s’en ressentent

Quelle est votre perception sur l'évolution du métier, et l'information golfique en France?

La photo de presse et de sport est un marché en perdition ! La première chose qui me choque, c’est que l’on ne voit plus de jeunes arriver dans ce métier.

Or, un métier où les intervenants ne se renouvellent plus, est un métier qui est condamné à disparaître.

De temps en temps, nous avons des demandes de jeunes pour faire des stages, mais il faut bien dire que le métier n’attire plus comme avant.

Quand j’ai commencé en tant que laborantin, le traitement des films argentiques rapportait beaucoup d’argent car le prix de revient était très bas et le prix d’un développement facturé était élevé ,c’est ce qui nous permettait de partir en reportage le week-end , et de progresser en prise de vue

Aujourd’hui, les laboratoires argentiques n’existent pratiquement plus.

A l’heure actuelle dans la presse, les journaux ou magazines demandent de plus en plus aux rédacteurs de faire les photos, ce qui prive notre métier d’une partie de notre travail de photographe.

Jean-Jacques Le Moenne de GolfOuest à l'écriture et aux photos pendant l'Open de France

C’est là où je considère que les journalistes de ma génération ont eu beaucoup plus de chance que les jeunes d’aujourd’hui.  Quand j’ai commencé chacun était à sa place et faisait son job

Aujourd’hui c’est effroyable tout ce qu’on demande aux jeunes journalistes comme charge de travail pour gagner au final moins d’argent.

Cela créé de vives tensions au sein des rédactions

Un autre aspect du métier de photojournaliste est que les rédactions réduisent au maximum l’achat d’images

Je peux prendre comme exemple le cas de Teddy Tiner . Comme je suis son photographe attitré depuis 8 ans maintenant, j’ai souvent des demandes de la part des rédactions qui veulent des photos sans pour autant accepter de les payer.

Ce qui m’échappe, c’est que quelqu’un puisse penser que le travail est gratuit. Faire une photo implique forcément des frais !

Concernant les acteurs de la presse golfique papier, la situation décline également.

Golf Européen va diffuser son ultime numéro en décembre alors que c’est un magazine référence de la presse golfique

Je trouve aussi que dans le dernier Journal du Golf, la pagination est plus légère. On voit qu’il est difficile même pour un journal qui marche bien d’attirer des annonceurs toute l’année.

Quand à Golf Magazine qui a changé de mains dernièrement, et pour qui je travaille depuis quelques années, (notamment sur la section « Mieux Jouer ») nous sommes actuellement dans le flou et nous ne savons pas comment nous travaillerons dans le futur.

Le poids des mots, le choc des images...quelle serait celle qui vous a le plus marqué dans votre carrière?

C’est une image qui est affichée au-dessus de mon lit ! En très grand !

@Millereau-KMSP

Elle représente une plongeuse à la plateforme de 10m aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992.

Derrière elle on peut voir la ville de Barcelone…

C’était à l’occasion de mes premiers jeux olympiques d’été, et c’était un rêve pour moi qui devenait réalité.

A ce titre, les prochains jeux de Rio seront mes quatorzièmes olympiades, et je suis impatient de voir les meilleurs golfeurs de la planète en découdre pour l’or Olympique ! Ce sera un énorme moment de sport

Pour moi, le métier de photographe de sport et en particulier de golf est un métier fabuleux !

Pour rien au monde je n’aurai fait autre chose ! 

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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