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Pascal Grizot - Président du comité Ryder Cup 2018 (interview exclusif)

A gauche, Pascal Grizot, fier de représenter la France dans ce pari fou : accueillir la Ryder Cup à Paris

Modeste, engagé, rassembleur, professionnel, découvrez un entretien exclusif avec un homme qui fait avancer la cause du golf en France.

Pouvez-vous nous dire où vous en êtes actuellement dans le cadre de la préparation de la prochaine Ryder Cup 2018 ?

Pascal Grizot : Actuellement, nous tentons de convaincre les propriétaires des droits de la Ryder Cup, à savoir l’European Tour, et le PGA of Europe, du bien fondé d’un nouveau modèle pour l’organisation de la Ryder Cup.

Nous avons réalisé plusieurs benchmark, et ce n’est pas de la prétention, mais nous pensons pouvoir faire à Paris, quelque chose qui n’a jamais été fait ailleurs en Europe dans le passé.

L’actuel modèle de la Ryder Cup permet d’accueillir 40  à 45 000 spectateurs par jours.

Nous pensons pouvoir en attirer près de 80 000 au Golf National, soit le double, et près de 30 000 de plus que lors de la dernière Ryder Cup à Chicago aux USA.

C’est un très gros challenge car la Ryder Cup, c’est quatre matinées, et quatre après-midi de compétitions à organiser.

Nous pensons que la forme de stadium du Golf National permet justement d’offrir plus de visibilité à plus de public.

Les spectateurs qui assistent à la Ryder Cup, viennent pour voir du golf.

Il faut donc leur apporter une parfaite visibilité du jeu.

Mais ils viennent aussi pour vivre l’ambiance d’une Ryder Cup !

Les hospitalités (boutiques de souvenirs, jeux, découverte du golf, stands Vip) doivent être conçues pour permettre la meilleure expérience possible de la Ryder Cup à Paris.

D’autant que nous souhaitons offrir la possibilité aux spectateurs de continuer la fête à Paris.

Par exemple, au pied de la Tour Eiffel, on retrouvera un village Ryder Cup.

Au Trocadéro, on prévoit d’installer des écrans géants pour permettre aux touristes et aux golfeurs de suivre le déroulement des matchs.

On a déjà négocié des accords avec les principaux musées parisiens pour faire bénéficier nos visiteurs de tarifs préférentiels.

Pour les milliers de touristes golfeurs qui vont venir à Paris, c’est l’occasion de suivre une Ryder Cup mais aussi de profiter du charme de la capitale.

Pour toutes ces opportunités, nous tentons actuellement de convaincre les propriétaires des droits que le modèle actuel de la Ryder Cup est trop réducteur pour une ville de la taille de Paris.

- Quelles sont pour vous et votre équipe les prochaines grandes étapes à venir ?

Pascal Grizot : Le golf National disposant déjà de très bonnes installations pour accueillir un événement de ce type, nous prévoyons de n’y réaliser que des travaux d’aménagements.

Nous avons déjà franchi une étape décisive en 2012 quand nous avons enrôlé au Golf National un nouveau superintendant en charge de l’entretien du parcours.

De l’avis des joueurs, et bien que le parcours était déjà en bon état, il n’a jamais été aussi bon !

Bien sûr, on peut toujours améliorer l’entretien, et nos prochains investissements concerneront la rénovation du système d’irrigation, et la mise en place de nouveaux drains pour évacuer encore plus vite des pluies diluviennes.

Actuellement, en France, il est de plus en plus difficile de monter des nouveaux projets de golf. 

L’administratif est de plus en plus compliqué, et les questions environnementales plus fortes.

De ce point de vue, la fédération se devait d’être exemplaire.

- Pour développer le golf et le nombre de pratiquants en France, doit-on construire plus de parcours ?

Pascal Grizot : Il n’est pas nécessaire d’augmenter le nombre de parcours sous le format actuel.

En revanche, pour développer le tourisme golfique en France, oui certains projets comme Evian ou Terre-Blanche correspondent à ce phénomène.

La France n’est pas encore une grosse destination pour le tourisme golfique, car en plus du golf, il faut concevoir une offre complète de Resort.

En revanche, pour développer la pratique du golf en France et coller aux préoccupations actuelles des golfeurs ou futurs golfeurs, il devient nécessaire de construire des parcours plus courts, moins cher en entretien, plus proche des centres villes pour réduire au maximum le temps nécessaire pour jouer au golf.

On a bien identifié que le principal frein pour la pratique du golf est le temps nécessaire pour faire une partie : une heure pour aller au golf, quatre heures pour jouer, et une heure pour revenir…En fait, il faut une journée complète pour jouer au golf.

Dans ce sens, le développement de golfs compacts doit permettre de réduire ce temps passé, d’une journée à une demi-journée.

- Par rapport aux engagements pour accueillir la Ryder Cup, pouvez-vous nous faire un point sur l’avancement des dossiers ?

Pascal Grizot : D’abord, pour partie, il s’agit d’objectifs non contractuels.

C’est la fédération qui s’est fixée de construire au moins 100 nouveaux compacts d’ici à 2018.

A ce jour, 57 ont déjà été réalisés, et l’on pense que l’on sera même plutôt à 120.

Concernant les objectifs liés au golf professionnel, la France organise déjà deux épreuves de l’European Tour (Alstom Open de France et Open de Saint-Omer), une épreuve sur le Challenge tour, et une sur le Senior Tour à Terre-Blanche.

Concernant la politique sportive, nous menons depuis 2005 des efforts qui commencent à produire leurs effets pour sortir un « grand champion ».

L’équipe masculine chez les amateurs a remporté les championnats du monde en 2010, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant.

Lors des derniers championnats d’Europe, sur quatre titres possibles, la France a remporté trois médailles, se classant au premier rang des nations.

Il faut encore un peu de temps pour que cela se transcrive au plan professionnel.

Bien que tout le monde soit impatient, je suis confiant dans l’éclosion future de nouveaux talents français.

Pascal Grizot : Président de la commission Ryder Cup 2018

- Dans quelle mesure l’Alstom Open de France vous permet de préparer l’organisation de la Ryder Cup ?

Pascal Grizot : Cela n’a rien à voir ! L’écart entre un Open national et une Ryder Cup représente un écart de 1 à 5, et même 1 à 10. C’est extrêmement différent. 

Mais sans l’appui d’Alstom et Patrick Kron, nous n’aurions jamais pu présenter une candidature à la Ryder Cup 2018. 

Une Ryder Cup accueille les touristes du monde entier alors qu’un Open, aussi prestigieux soit-il, accueille surtout les spectateurs du pays.

En fait, l’Open de France nous pousse à l’excellence pour la préparation du parcours.

Au National, pour avoir une très bonne vue, il faut être en haut des buttes.

Pour la Ryder Cup et l’ambiance particulière qui y règne, nous aurons besoin de baisser les cordes qui délimitent l’espace des spectateurs en bas des buttes afin de les rapprocher du jeu.

Nous allons justement tester cette nouvelle organisation lors du prochain Alstom Open de France 2014.

Descendre les cordes implique un entretien du parcours différent, et donc des coûts supplémentaires.

- Chaque année, différents joueurs américains viennent en repérage au Golf National (Bubba Watson en 2011, Matt Kuchar cette année), pensez-vous qu’ils appréhendent ce parcours, réputé pour être un des plus difficiles d’Europe ? Peut-on s’attendre à voir Tiger Woods à Saint-Quentin-en-Yvelines ?

Pascal Grizot : C’est beaucoup trop tôt pour affirmer que les joueurs américains viennent à Paris en repérage du parcours.

Il s’agit plus d’une curiosité pour les meilleurs joueurs du monde, qui profitent de venir à Paris, quinze jours avant la tenue du British Open.

Nous avons une personne de SSPROD (filiale partagée entre ASO et la FFG) qui va toute l’année à la rencontre des joueurs sur les tournois.

Nous avons toujours eu une position qui n’était pas favorable aux  versements de primes d’apparitions sur l’Alstom Open de France.

En revanche, nous attribuons un budget pour faire de l’expérience d’une semaine à  l’Open et à Paris, un moment inoubliable pour le joueur et sa famille.

Il y a des choses que l’argent n’achètera jamais.

Lors du dernier Open de France, Antoine Arnault a offert la possibilité à Luke Donald, Graeme McDowell, Thomas Bjorn, et Paul McGinley, le prochain capitaine de Ryder Cup, de dîner un soir au Château Cheval Blanc.

Avec tout l’argent du monde, Tiger Woods ne pourrait pas se payer une telle soirée !

Nous nous misons vraiment sur le fait d’offrir le meilleur accueil possible, et une expérience unique de Paris aux joueurs.

- En termes de retombées économiques, comment évaluez-vous les retombées de la Ryder Cup sur le golf en France ?

Pascal Grizot : En impact direct, la Ryder Cup, c’est 80 000 spectateurs dont la moitié va assister aux quatre jours de compétitions, et l’autre moitié qui change tous les jours.

On peut donc tabler sur 200 000 visiteurs sur la totalité de la compétition.

En termes de création de richesse, et de valeur ajoutée, cela représente jusqu’à 250 millions d’euros pour la France.

- Doit-on s’attendre à une augmentation de la licence FFG en prévision de la Ryder Cup ?

Pascal Grizot : Non, les licenciés ont déjà été mis à contribution quand la licence est passée de 46 à 49 euros  avec les 3 euros pour la Ryder Cup.

En revanche, en 2014,  la licence va augmenter du coût de la vie pour passer à 51 euros.

Le coût de la Ryder Cup, c’est 40 millions d’euros pour la France, dont 20 millions d’euros payés par la FFG.

Les principaux coûts sont les droits, à hauteur de 18 millions d’euros en faveur de l’European Tour, 6 millions d’euros pour l’amélioration du terrain, et le reste concernant les dépenses d’organisations.

L’état apporte 10 millions d’euros, dont 4 millions de subventions pour améliorer les installations (drainage, irrigation et construction des plates-formes pour les tribunes).

Le changement de gouvernement n’a pas remis en question ce budget, au contraire, l’intérêt de développer le golf auprès du plus grand nombre est toujours d’actualité.

- Pensez-vous que cet événement va permettre d’atteindre 700 000 licenciés golf en France à horizon 2018 ?

Pascal Grizot : La France compte 800 000 golfeurs dont 425 000 licenciés.

Sans augmenter le nombre de golfeurs, mais en transformant 100 000 golfeurs de plus en licenciés, cela permettrait  déjà de générer un chiffre d’affaires supplémentaire de 5 millions d’euros par an au niveau de la Fédération Française de golf pour amortir le coût de la Ryder Cup. (Amortissement possible sur 4 ans).

Disons que si en 2022, on a réussi à augmenter de 100 000 à 150 000 le nombre de licenciés, à titre personnel, je serais très heureux.

- Passionné de golf depuis plus de 20 ans, que représente pour vous la Ryder Cup, et quels seraient vos prochains projets?

Pascal Grizot : Alors qu’au départ, la candidature française n’était pas réellement prise au sérieux, le fait de l’avoir emporté reste un souvenir extraordinaire, le fruit du travail de toute une équipe.

Ensuite, le fait de penser un nouveau modèle de Ryder Cup à 80 000 spectateurs au lieu de 40 000, est un très gros challenge, une lourde responsabilité et une fierté.

Après la Ryder Cup, et le fait d’avoir fait monter la sauce, j’aimerais participer et réfléchir au fait de conserver ce nouvel élan pour le golf français. 

Ce serait dommage de faire tous ces efforts et que le soufflé retombe.

Crédits photos : FFGOLF

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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