Plus de 5000 pages pour votre jeu de golf. Matériel, technique, parcours, voyages...
Posté par le dans Golf féminin

Gwladys Nocera : Je suis prête ! J’ai envie de transmettre !

Gwladys Nocera : Je suis prête ! J’ai envie de transmettre !

Gwladys Nocera vient de mettre un terme à sa carrière de joueuse professionnelle. A l’occasion de la conférence de presse de la FFG consacrée au haut niveau, la voilà déjà impliquée dans un tout nouveau projet, toujours dédié au golf, et à la performance. A 42 ans, après 14 victoires sur le Ladies European Tour, 85 top-10 sur 255 tournois disputés pour 16 ans de présence sur le circuit, nous avons voulu dresser avec elle le bilan de sa carrière, au cours d’un entretien exclusif. Une inspiration pour toutes les jeunes golfeuses...

Découvrez nos formules d'abonnements

La golfeuse originaire de Moulins tire sa révérence

Le golf masculin français se rêverait certainement une « leader » avec un tel palmarès. De 2002 à aujourd’hui, personne n’a fait mieux.

Avec 14 succès sur le circuit féminin, elle dépasse le plus grand palmarès masculin, Jean Garaialde.

En avril dernier, à l’occasion de la Lalla Meryem Cup, elle a annoncé deux événements majeurs pour sa vie de sportive, et sa vie de femme.

Elle a mis un terme à sa carrière sur le circuit, après avoir atteint son dernier gros objectif (Participer aux JO à Rio), et s’apprête à découvrir les joies de la maternité.

On se devait de rendre hommage à la première partie de sa carrière professionnelle, avant qu’elle n’entame la suivante dans le domaine du coaching, et l’accompagnement des meilleurs golfeurs français de demain. Ils auront une sacrée mission en essayant de faire aussi bien…

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Déjà, j’ai « zéro regret ». C’est la première chose qui est très importante. Je pense que j’ai pas mal réussi. J’ai surtout réussi à évoluer, à faire face à des difficultés multiples pendant ces 15 années.

Surtout, j’ai su me remettre en cause, continué à travailler quand j’étais au fond du trou. J’ai réussi à revenir. Il y a plein de moments dans ma carrière qui m’ont fait dire que j’avais fait le bon choix en passant pro.

J’ai aussi fait des bons choix pendant ma carrière. Finalement, le regard, c’est qu’aujourd’hui, je suis épanouie, et que je peux arrêter en toute sérénité. Pour moi, c’est hyper important.

Quel a été le meilleur moment ou celui que vous retenez des 15 dernières années sur le tour ?

Je ne peux pas en garder qu’un seul. Il s’est passé tellement de choses. Je garderai forcément ma première victoire. Les Solheim Cups restent aussi des grands moments magiques. Les Jeux Olympiques font forcément partie de mes meilleurs souvenirs, et enfin, ma dernière victoire au Maroc.

J’ai aussi vécu des moments fabuleux aux Etats-Unis en 2010, quand j’ai fait une super saison.

Mais il y a eu aussi des moments où cela n’allait pas du tout. Ça aussi ça compte car quand cela ne va pas, il faut savoir trouver des solutions pour revenir.

En 2011, j’ai passé une saison très difficile où j’étais au fond du fond. En 2012, j’ai réussi à revenir, et gagner en 2013. Ce moment est important dans ma carrière, et dans ma vie personnelle.

J’ai touché le très haut niveau. Je suis descendu très bas. Le fait de revenir, c’est la preuve d’une force dont je suis assez fière.

Comment justement on rebondit après un moment difficile ?

J’ai eu la chance d’être soutenu par un coach australien, Ian Triggs, l’un des meilleurs au monde. Il m’a dit qu’il ne me lâcherait pas tant que je n’aurai pas retrouver mon niveau.

Cela a été hyper important pour moi. Et puis, il y a eu aussi mon encadrement familial, mes parents, mes amis, ils ont continué à croire en moi.

Il faut aussi dire que personnellement, je suis une vraie tête de mule. Par définition, je dirai même troupeau de mules plutôt qu’une seule mule (rires).

C’est cette force de caractère que j’ai eu, cette envie de toujours mieux faire, cette envie de gagner… je me suis beaucoup appuyé dessus pour rebondir.

C’est cette force de caractère que j’ai eu, cette envie de toujours mieux faire, cette envie de gagner… je me suis beaucoup appuyé dessus pour rebondir.

Vous vous leviez tous les matins avec l’envie de gagner ?

Oui ! Et c’est aussi pour cette raison que j’ai eu envie d’arrêter. L’envie de gagner n’était plus un moteur pour me lever le matin. Cependant, j’ai connu cela pendant toute ma carrière.

Quand je plantais le tee au départ du 1, c’était pour gagner, et pas juste pour jouer au golf.

Si c’est pour jouer au golf, il faut faire de l’amateurisme.

Pour moi, être professionnel, c’est gagner ! J’ai bâti ma carrière sur cette idée.

Bien entendu, quand je suis passée pro, je ne me suis pas dit « je vais gagner 14 tournois » et faire tout ce que j’ai fait. Je ne le savais pas au départ, mais j’ai toujours géré mes entraînements, et mes tournois avec cet objectif.

A l’inverse, quel a été le moment le plus délicat de votre carrière ?

Cette saison 2011 aux Etats-Unis qui a été vraiment difficile, et puis le fait de revenir. Cela a été vraiment dur.

Je me souviens aussi de ma première année sur le tour qui a été difficile. Il n’y avait que neuf tournois à disputer sur le circuit.

C’est difficile de partir faire un métier en se disant que je n’aurai que neuf opportunités pour l’exercer, et prouver ce que je vaux.

J’ajouterai aussi une non-sélection à la Solheim Cup en 2013 que je n’ai pas trop comprise. Je ne l’ai pas très bien vécu, car, à cette époque, je jouais vraiment très très bien.

Je venais de gagner un tournoi. J’étais de nouveau au top.

Quand j’ai dit que j’étais en forme, c’est que je l’étais vraiment beaucoup. A l’époque, je disais « Je suis bien. Je joue bien. Je suis bien physiquement ».

Ne pas avoir été sélectionné, cela a été un peu dur.

Après, c’est comme ça ! C’est un tournoi par équipe… quand on n’est pas dans les points, c’est difficile d’attendre une wild-card.

In fine, c’était ma faute. Il fallait que je sois dans les points, et je ne l’ai pas été.

C’était 100% ma responsabilité, mais on m’avait donné beaucoup d’espoirs en me faisant essayer les tenues officielles, en me proposant des horaires de billets d’avions pour aller là-bas.

C’est vrai que l’on finit à croire en quelque chose, et puis, finalement, cela ne tombe pas. Sur ce moment, j’ai été hyper déçu.

Si vous deviez décrire vos forces et vos faiblesses concernant le jeu de golf, quelles seraient-elles ?

Les forces... c’étaient mon jeu de fers et le driving. Je touchais énormément de greens. J’étais très régulière.

A l’inverse, dans les moments difficiles, c’était plutôt mon putting, et un chipping que je qualifierai de trop stéréotypé, et pas assez « funky » comme certains garçons sont capables de faire.

C’est finalement ce que j’ai travaillé en fin de carrière avec Benoît Ducoulombier.

Même en fin de carrière, je continuais à apprendre des choses, mais ma grande force, c’était mon driving, et mon jeu de fers. J’étais capable de toucher 15, 16, 17 greens par partie.

Quand le putter était chaud, j’étais capable de jouer très bas (son score le plus bas en carrière : 62).

Les forces... c’étaient mon jeu de fers et le driving. Je touchais énormément de greens. J’étais très régulière.

Plus haut, vous avez indiqué qu’au début de votre carrière, il n’y avait que 9 tournois pour vous exprimer. Quel sentiment vous inspire le fait qu’aujourd’hui, près de 16 ans après, ce soit encore le cas ?

Je ne suis pas rentrée dans le staff du LET (Ladies European Tour), car j’ai d’autres choses à faire, mais clairement, le tour ne va pas bien. Je dirai idem pour le sponsoring, et l’argent dans le sport féminin en général.

Je pense que là, le circuit a touché le fond. Maintenant, il ne peut que cheminer vers le meilleur.

Il faudra attendre l’année prochaine pour voir les évolutions. Cette année encore, le calendrier est très maigre, ce qui est super difficile pour les filles qui commencent.

Elles ne savent pas trop sur quoi s’appuyer. Faire un tournoi tous les deux ou trois mois, ce n’est pas du boulot.

Le tour est présentement au creux de la vague, mais j’ai bon espoir sur le fait que les choses n’en restent pas là, et qu’il rebondisse.

Il y a quand même des événements comme l’Evian Championship, le British ou la Solheim qui font que l’on parle du golf féminin, mais ce n’est pas encore assez.

C’est un débat plus culturel.

Est-ce que ce contexte a participé à votre décision de retraite sportive ?

Oui, cela faisait quelques temps que je commençais à tirer la patte.

Après les jeux olympiques, j’étais fatiguée. J’ai considéré que l’année des JO n’avait pas été une année de trop, mais je commençais à fatiguer.

Je me suis battue énormément pour cette qualification, car elle me tenait vraiment à cœur.

En 2017, nous avons eu vraiment très peu de tournois à disputer. Aller s’entraîner pour disputer très peu de tournois, c’est difficile.

On se dit qu’on a le temps. On repousse. Et puis, finalement, on ne s’entraîne pas de la même façon. J’ai commencé à sentir que cela ne servait pas à grand-chose.

Moi, personnellement, humainement, je n’en tirai plus de positif. J’ai préféré arrêter.

Dans ces conditions, quelles sont les chances d’une golfeuse européenne, et même française de percer dans ces conditions ?

Je pense aujourd’hui qu’il y a une chose qui est nécessaire : C’est d’avoir une envie très forte. En France, finalement, on a peut-être trop tendance à être trop discret sur ses ambitions.

Je trouve que quand on a envie de faire quelque chose, il faut le dire.

Pour percer aujourd’hui, cela devient inévitable : Il faut partir aux Etats-Unis.

Pour partir aux Etats-Unis, il faut un encadrement solide. Il n’y aucune joueuse européenne ou française qui a réussi en partant seule.

Les exemples de Karine ou Patricia parlent d’eux-mêmes. Elles ont tout quitté en France pour cela.

Par exemple, moi, c’est ce qui m’a manqué. Je suis parti toute seule. C’est difficile de tout gérer.

Les chances… c’est une organisation. C’est une volonté de partir. Une envie de partir pour les bonnes raisons. S’entourer de personnes de confiances pour pouvoir performer.

 S’entourer de personnes de confiances pour pouvoir performer.

S’agissant des Majeurs, est-ce que vous avez un souvenir qui vous a marqué en particulier ?

Les Majeurs ont toujours été difficiles pour moi. C’était ma faute. Au golf, on est le seul responsable de son jeu.

Le fait d’avoir peu confiance en moi, m’a obligé à travailler trois fois plus pour tenter de faire des choses extraordinaires.

C’est ce qui m’a parfois freiné dans ma réussite pendant les majeurs.

J’en ai fait sans doute un peu trop, en me disant que c’était le top du top, et que pour cela, il fallait que j’augmente mon niveau de jeu.

Finalement, avec mon niveau de jeu, j’aurai peut-être pu faire quelque chose.

Avec des Si, on peut refaire le monde.

Après j’ai vécu des British Open fantastiques, et notamment à Birkdale en 2014 où j’ai fait un super tournoi. Je me suis retrouvée en haut du tableau sur le parcours. C’était des supers moments.

Le British a toujours été mon tournoi préféré.

C’est vrai que les majeurs m’ont souvent fait un peu de peine, mais j’en garde de merveilleux souvenirs, car pendant pas mal d’années, j’étais sur tous les majeurs. Il y a peu de français qui peuvent le dire.

Quelles sont les joueuses qui vous ont inspiré ?

Au tout début, je dirai De Lorenzi. J’avais une grande admiration pour cette joueuse. Elle m’a montré le chemin du travail et de la volonté. C’était fort pour moi.

Après j’ai rencontré Karrie Webb, une joueuse australienne que j’adore, qui a une attitude sur le parcours qui me parle.

Je pense aussi à Helen Alfredsson qui a une attitude encore complètement différente, et à laquelle je me suis identifiée.

Il y a en fait pleins de joueuses chez qui j’ai pris des informations. Meg Mallon a aussi été une grande inspiration.

C’est difficile de prendre des inspirations chez certaines joueuses, et s’occuper aussi de soi. Il faut penser à soi avant-tout.

Il y a évidemment plein de joueuses qui m’ont inspiré.

Au tout début, je dirai De Lorenzi. J’avais une grande admiration pour cette joueuse. Elle m’a montré le chemin du travail et de la volonté. C’était fort pour moi.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Transmettre ! Transmettre tout ce que j’ai pu apprendre au cours des 15 dernières années. Il y a les années pros, mais il y a aussi les années amateurs, équipe de France, et aux Etats-Unis à la FAC où j’ai aussi appris des choses.

L’objectif, c’est donc transmettre, mais aussi apprendre ce nouveau métier (coaching), et puis donner un maximum. Je suis prête !

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 325
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le

Restez informé

Recevez notre newsletter

Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.