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Golf du Clou : Entretien avec la directrice Maria Monnet

Golf du Clou : Entretien avec la directrice Maria Monnet

« Si vous aimez la nature, si vous aimez la cuisine maison…c’est la bonne adresse ! » C’est par ces quelques mots que nous démarrons notre nouvel entretien consacré au golf du CLOU, et à sa fondatrice, propriétaire et directrice, Maria Monnet, une femme de tête et de cœur.

En plein cœur de la campagne Bressanne, dès que vous arrivez au golf du Clou, vous êtes effectivement saisi par la beauté naturelle des lieux, et la convivialité du club-house. 

L’ambiance « club » est cultivée, sans pour autant donner l’impression d’être fermé au monde extérieur. 

Au gré de mes déambulations, j’ai pu croiser des golfeurs souriants, et avenants. 

Pour avoir eu la chance de fouler les fairways, l’entretien du parcours est impeccable, et son dessin original avec même une petite touche de fantaisie. 

Situé à 40 minutes du centre de Lyon, dans la commune de Villars-les-Dombes, une région à recommander à tous les gastronomes, le golf du CLOU est l’un des plus anciens parcours de la région, et son histoire mérite d’être racontée, car elle met en lumière la volonté d’une femme qui a bravé toutes les difficultés pour faire vivre son golf dans une terre, qui à l’origine n’était pas encore acquise à cette cause. 

Entretien vérité avec Maria Monnet, une directrice de golf qui n’est pas adepte de la langue de bois ! 

Bonjour Madame Monnet, quel a été votre parcours, et comment êtes-vous devenue directrice de golf ?

Maria Monnet : Mes parents avaient ce domaine qui était un domaine de chasse où j'avais commencé de l'élevage pour mes chevaux. 

Un jour, mes copains me disent «  Mais pourquoi tu t'embêtes autant avec les chevaux? »  Parce que c'est vrai l'élevage, c’est quelque chose de très compliqué. 

C'est tombé à un moment où on commençait à parler du golf en France, et ces mêmes copains m’ont alors suggéré de monter une structure. 

J’ai entamé des démarches. J'ai appelé la Fédération. J'ai demandé: "comment on construit un golf?" car moi-même je n'avais encore jamais joué. 

Avec le recul, c’est amusant parce que j'ai des parents très sportifs. 

On a fait tous les sports…du ski, du tennis, de la chasse, du ski nautique, etc. et le golf, rien du tout. 

Et honnêtement, je vous le dis, quand j’ai commencé à communiquer avec la Fédé, à l’époque, c'était dissuasif de construire un golf. 

Heureusement, j’ai rencontré André Gontard, président de la ligue Rhône-Alpes qui m’a soutenu dans mon idée. 

Jeudegolf.org : C'était en quelle année? 

Maria Monnet : C'était en 1983 ! J'étais jeune, j'avais 24-25 ans. 

Et la chose a fait son chemin, aussi parce que j'étais quand même un peu terrienne avec mes chevaux, et je me suis dit: « on va monter un petit parcours, et essayer pour voir ! ». 

Et on a monté un petit practice, et deux trous sauvages. 

Il se trouve qu’à l’époque, j'avais une belle-sœur qui était au Figaro Magazine Rhône-Alpes à Lyon. 

Pour le premier numéro qui sortait dans la région, ma belle-sœur me dit: "tu vois ce que je vais te faire? 

Je vais te mettre un tout petit article, je vais le glisser au milieu, ce n'est rien du tout, c'est un petit truc comme ça intitulé « le petit parcours du golf du Clou…c'est parti aujourd'hui ». 

Et là, j'ai eu une foule de monde en deux week-ends. 

Les gens étaient très demandeurs parce qu’à cette époque, à 50 km autour de Lyon, on ne pouvait jouer qu’au golf de Villette d'Anthon, à Mâcon, et au golf du Verger. 

Villette, c'était impossible de rentrer à l'époque ! 

Le Verger, c'était à l'autre bout de Lyon. 

Mâcon, c'était quand même un peu loin de Lyon, et cela attirait surtout les gens de Bourg. 

J'ai donc eu énormément de demandes, et je suis montée très vite. 

On a aménagé au fur et à mesure avec les moyens du bord. 

Ce n'était pas un golf…c'était un joli champ de patates, mais c'était amusant, et on avait une très bonne ambiance. 

Ambiance club au golf du Clou

Par la suite, on a grossi progressivement, et on a refait tout le parcours. On est monté jusqu’à 600 membres avec une liste d’attente de plus de 200 personnes ! 

On a continué à grandir…on a construit le club house qui au départ était un simple cabanon. 

En 1989, le parcours et le club-house était terminé. En moins de quatre ans, on a refait tout le terrain, et bâtît le club-house. 

Jeudegolf.org : Vous avez fait tout cela avec vos fonds propres? Avez-vous fait appel à des banques pour financer la construction du golf ? 

Maria Monnet : Oui bien sûr, j'ai fait appel à des banques pour emprunter. 

J'étais toute seule, donc, j'ai quand même pris des risques. 

Je n'ai pas eu froid aux yeux. 

J'y ai cru, et en 1985, j'ai ouvert ! 

J’ai tout construit et même reconstruit entièrement le parcours. On a tout retravaillé, et aujourd’hui, en 2015, le parcours est bien. 

Toute l'infrastructure est finie, et tout est parfait. (je suis prétentieuse!) 

Je veux dire qu'on est à la maturité, c'est exactement le mot ! 

Quand on dit qu'il faut 20 ans pour faire un golf, ce n'est pas très loin d’être vrai ...cela fait même 30 ans pour moi! 

Et comme j'ai fait les choses par moi-même sans investisseurs, sans personnes, sans projet immobilier derrière, mon chemin a été plus long parce qu'il a fallu que je sois un peu plus prudente aussi. 

Jeudegolf.org : Quelles sont vos principales missions aujourd'hui dans votre quotidien? Quels sont vos objectifs par rapport au projet économique de votre golf? 

Maria Monnet : Déjà, il y a un gros développement autour du restaurant que l’on est en train de mettre en place. Notre site est remarquable, et je crois beaucoup au restaurant dans les golfs. 

Au niveau des greens fees, on a déjà énormément de gens qui connaissent le parcours, et qui l'aiment beaucoup, donc, j'ai déjà une bonne assise.

Un parcours plaisir

On fait quand même déj près de 7000 green-fees par an chez nous. 

De toute façon, on travaille toujours beaucoup là-dessus. 

On a aussi de plus en plus de demandes pour des compétitions privées. 

Les gens aiment bien faire une rencontre ici ! D'abord parce qu'on mange bien, et ensuite, parce que c'est sympa et qu'on est bien accueilli. 

C'est un principe essentiel. 

Pour le golfeur, si on est bien arrivé, très bien accueilli, si on a bien mangé, et fait un beau parcours, alors on est comblé. 

Toutes les personnes qui travaillent avec moi au CLOU l’ont bien compris. 

Quant au terrain, pour l'instant, je pense que je vais me reposer parce que depuis trois ans, j'ai fait des investissements colossaux. 

Je voulais finir, et faire en sorte que tout soit tout parfait. Maintenant, je vais me calmer un peu. 

Jeudegolf.org : Quelle est l’origine de votre clientèle ? 

Maria Monnet : Chez moi, tous mes membres sont des Lyonnais ou des environs. 

Et au niveau des green-fees, j'ai beaucoup de gens de la région qui tournent, et qui viennent chez nous parce qu'ils aiment bien ce parcours. 

J'ai aussi beaucoup de gens qui viennent de loin, qui reviennent régulièrement… des gens qui sont du Midi, qui sont du centre de la France…et quand ils reviennent dans la région, ils s'arrêtent toujours au club.  

Jeudegolf.org : Vous m'avez dit que vous avez fait le parcours… c'est vous qui l'avez dessiné ou avez-vous fait appel à un architecte ? 

Maria Monnet : On a eu plusieurs intervenants. 

J'ai d’abord eu Hubert Sauzet… c’est un ami pro de golf qui m’a aidé dans ce projet. Il était au milieu des champs pour faire le tracé du parcours. 

Ensuite, on a aussi travaillé avec Frédéric Regard qui était joueur sur le circuit pro, et la société Green Concept. 

Jeudegolf.org : En termes d'organisation, combien de personnes travaillent avec vous sur le golf?  

Maria Monnet : C'est pareil, je suis un peu d'avant-garde. 

C’est-à-dire que cela fait 25 ans que je travaille avec une entreprise qui fait l'entretien du parcours chez nous. 

Jeudegolf.org : Vous avez donc externalisé? 

Maria Monnet : Je dis qu'il faut confier le travail aux professionnels. C'est mon état d'esprit. 

Tout le parcours est entretenu par la société Parcs & Sports basée à Chassieu. 

C'est une grosse entreprise qui fait l’entretien et la construction de terrains de sports, ainsi que les golfs. 

C'est une énorme structure, et c'est un projet que j'ai fait avec eux, parce que je n'avais jamais entretenu de golf auparavant, et comme il y avait une relation assez sympathique avec eux, je leur ai dit: « Pourquoi n'entretenez-vous pas des golfs? » 

On a donc commencé par étape. Ils ont d’abord entretenu les roughs, puis, par la suite, on leur a confié les fairways et les greens, et enfin la totalité, et ce depuis 1990. 

Ils sont devenus mes partenaires au golf du Clou. 

Le personnel de terrain du golf est attaché ici, et ils sont sous la responsabilité de Parcs & Sport, payés par celle-ci. 

Ce sont toujours les mêmes jardiniers qui sont là, sauf, quand il y a des grosses manifestations, et que l’on a besoin de personnel supplémentaire, auquel cas ils s’adaptent. 

L'entretien a été confié à la société Parcs et Sports

C'est un coût qui est peut-être plus important au premier abord, mais c'est un coût calculé. 

Je n'ai pas de catastrophe, je n'ai pas de problèmes d’arrêts maladies, je n'ai pas d'accidents du travail, je n'ai pas de problèmes de congés, je n'ai rien de cela, je ne m'en occupe pas. 

Par contre, je vais voir sur le terrain, et dès qu'il y a quelque chose qui ne va pas, je téléphone, on échange et le problème se règle rapidement. 

Jeudegolf.org: Et pour le restaurant, la structure administrative, vous avez ... ? 

Maria Monnet : J'avais tenté de mettre le restaurant en location-gérance mais cela n'a pas du tout fonctionné comme je le souhaitais, et donc j'ai repris toute la structure du restaurant. 

J'ai modifié tout notre mode de fonctionnement et mis en place une nouvelle équipe avec un nouveau chef.

Au niveau de l'accueil, il n'y a que deux secrétaires, Virginie et Elisabeth, très professionnelles, et surtout très accueillantes, et moi. 

Jeudegolf.org : Quel budget de fonctionnement avez-vous pour gérer votre club à l’année ? 

Maria Monnet : Ici, pour tourner et boucler, il me faut un million entre le restaurant et le terrain. 

Jeudegolf.org : Quelles sont vos principales contraintes? Quelles sont les problématiques auxquelles vous faites face? 

Maria Monnet : Les contraintes, c’est la gestion et le coût du personnel, car nous sommes ouverts sept jours sur sept. 

La nouvelle réglementation phyto-sanitaire des terrains qui devient trop pesante pour des petites structures comme les nôtres. 

Je suis surprise que toutes ces dispositions ne soient pas appliquées à toute l’agriculture française, et autre, de la même manière. 

En France, on dénombre environ 600 golfs avec une moyenne de 50 hectares ! Nous sommes une goutte d’eau ! 

Pourquoi cet acharnement sur les golfs ? 

Enfin, le « big problème », c’est surtout d’arriver à boucler son budget en tenant des prix relativement bas. 

Les gens peuvent venir toute la semaine. 

Une cotisation est comprise en moyenne entre 1000 et 1500 euros. 

Connaissez-vous un sport que vous pourrez pratiquer tous les jours avec une infrastructure impeccable ? 

Et de plus, profiter d’animations régulières telles que des compétitions ou des sorties amicales. 

Le terrain est parfaitement entretenu, ils ont une terrasse, des vestiaires impeccables, un bar qui est ouvert de 8 heures à 20 heures…une restauration soignée avec des attentes spécifiques aux golfeurs « vite, pas cher, à toute heure, et bon ! » Youpi 

Pour 1500 euros, je pense qu'on n'est pas du tout au tarif auquel on devrait être. 

Mais, que dire? C'est la loi du marché qui nous pousse à cela… on est tiré vers le bas… 

Des golfeurs qui peuvent arpenter le parcours sept jours sur sept

Jeudegolf.org : Quelle est votre perception de l'activité golf en France actuellement? 

Maria Monnet : Tous les différents modes de commercialisation du golf ne me paraissent pas très sains pour les golfs. 

Je pense que l’on va droit sur une politique de green-fees donc de golfeurs indépendants, et vers la mort des golfs de membres. 

C’est un peu inquiétant. Cela pourrait vouloir dire fin des compétitions, fin des clubs conviviaux, fin des équipes. 

Les clubs de golf sont des moteurs pour la fédé, pour les ligues, et pour le développement de l’activité en France. 

D’ailleurs, même la fédération française de golf contribue à créer des golfeurs indépendants au détriment des golfs de membres. 

Personnellement, dans mon club, j’ai toujours entretenu un état d’esprit très « club », et je pense que ceci a fait ma force.

Jeudegolf.org : Que faudrait-il faire, selon vous, pour développer le nombre de golfeurs en France? 

Maria Monnet : La communication de la FFG n’est pas assez percutante. 

La première chose à faire serait de créer de petites structures dans les villes ou communes avec practice et trois petits trous d’approches à petits prix. 

Après, je pense qu’il faut vraiment développer le golf famille, car le golf est le seul sport que vous pourrez pratiquer avec vos enfants et/ou votre épouse. 

Il faut donner une connotation « détente ». 

Il faut attirer des jeunes…je veux dire des moins de quarante ans. 

Enfin, il faut absolument qu’il y ait des spots télés percutants ainsi que des retransmissions de belles compétitions. 

Jeudegolf.org : Et au niveau du pass go for golf ? 

Maria Monnet : On a eu zéro retour depuis sa mise en place ! 

L'eau ! Le principal attrait visuel du parcours du CLOU

Jeudegolf.org : Quel est le principal attrait de votre golf?

Maria Monnet : D'abord, il y a beaucoup d'eau et c’est un véritable atout ...tout le monde le dit d'ailleurs. 

Ensuite, on est dans une région qui est quand même très jolie. Le mot qui définit le mieux ce parcours, c’est attractif, très attractif ! 

Jeudegolf.org : Quelles sont les attentes spécifiques de votre clientèle ? 

Maria Monnet : Ils sont très demandeurs de choses sympas, des compétitions amusantes. 

Chez nous, c'est vraiment la convivialité par excellence ! 

On a une équipe d'une centaine de personnes qui sont très "compets". 

Pour le sportif, on a déjà une bonne équipe de jeunes, et il y a une espèce de stimulation entre eux qui est très sympa, qui est très club ! 

Toutes les autres personnes, ce qu'elles attendent, c'est d'avoir des choses sympas, c'est de faire des parties amicales. 

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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