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Golf du Beaujolais: Entretien avec le directeur Gil Eyraud

Golf du Beaujolais: Entretien avec le directeur Gil Eyraud

Nous poursuivons notre série de portraits consacrés aux directeurs de golf avec Monsieur Gil Eyraud, directeur du Beaujolais depuis 1996. Gil Eyraud a la particularité d’être le directeur, et le propriétaire de ce golf situé dans la très belle région de la Calade, connue pour ses bâtisses en pierres dorées, et la proximité des vignobles du Beaujolais. Rencontre dans un terroir qui marie passion du golf et convivialité.

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Situé à dix minutes de Villefranche-sur-Saône, le golf du Beaujolais se veut un club ouvert aux golfeurs, et aux non-golfeurs désireux de découvrir l’activité.

Non rattaché à une chaîne ou un groupement, et donc parfaitement indépendant, le golf du Beaujolais revendique la même ambition de création de nouveaux golfeurs à travers des journées porte-ouvertes, et des initiations.

Le parcours n’a pas la réputation d’être l’un des plus difficiles de la région, mais comme le directeur l’indique, c’est un parcours qui cache bien son jeu. Arriver en régulation sur les greens, ne signifie pas automatiquement faire le PAR !

Le club mise avant-tout sur la convivialité, et l’organisation d’événements pour créer du lien entre les membres.

Le magnifique club-house, cadre du restaurant est un des éléments clés de la vie du golf.

Découvrez  l’histoire de son directeur, et à travers lui, le club du Beaujolais…

Quel a été votre parcours ? Comment êtes-vous devenu directeur de golf ?

Titulaire d’un baccalauréat G3 « technique commerciale », je m’orientais au début de mon parcours professionnel vers la vente.

Comme je voulais aussi parler anglais, je suis parti six mois aux Etats-Unis.

J’ai été séduit par le système scolaire américain. De retour en France, j’ai cherché une école qui pouvait me permettre d’intégrer le système américain.

J’ai donc intégré le CEFAM à Lyon, une école qui m’a permis de faire deux ans en France, puis deux ans et demi aux Etats-Unis.

Au cours de ce cursus, j’ai obtenu un Bachelor, et un MBA….je veux dire un Master…un vrai Master pas une équivalence passé en France.

A l’époque, cela n’existait pas. Pour passer un Master, il fallait automatiquement aller aux Etats-Unis, ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui.

J’ai fini mes études en 1992 en passant le MBA en seulement un an au lieu de deux.

Malgré mon équivalence Bac+5, j’ai eu du mal à trouver un emploi immédiatement.

J’ai eu une proposition pour travailler à Londres dans la finance, mais je n’ai pas donné suite pour finalement partir dans une direction opposée : la grande distribution et le bricolage.

Je suis rentré comme Chef de Rayon chez Leroy Merlin, en visant une place de contrôle de gestion par la suite.

Au bout de quatre ans, j’aspirais à autre chose, et en particulier, gérer une entreprise.

Comme mon père avait l’habitude de reprendre des entreprises, et que mon frère, était dans la région (Nous sommes originaire de Saint-Etienne), nous avons entendu parler de la vente du Golf du Beaujolais.

Après avoir regardé les bilans, nous avons fait une proposition au tribunal de commerce. L’affaire était alors en dépôt de bilan.

Nous avons fait la meilleure proposition… en tout cas, celle suivie par La banque qui était le créancier principal.

J’ai d’abord pris en charge tout ce qui était commercial, la gestion du restaurant et les achats.

Le golf était géré par un directeur qui était un ancien de la maison. Un monsieur qui avait fait une grande partie de sa vie professionnelle au club, d’abord comme greenkeeper, puis comme responsable du terrain. Cela m’a permis d’apprendre le métier du golf.

Au bout d’un an et demi, j’ai repris toute la gestion, restauration et golf.

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Vous étiez vous-même joueur de golf ?

Non pas vraiment, on va dire que j’étais débutant. J’avais tapé quelques balles, mais je n’avais pas un niveau de jeu. Bien sûr je me suis mis à pratiquer, mais je suis très vigilant sur un point : J’ai coutume de dire que je ne joue pas au golf, je gagne ma vie avec le golf.

J’ai appris ce qu’est le jeu et l’entretien d’un golf. Je suis tout à fait capable de détecter les différentes maladies qui existent sur un parcours, et d’en discuter avec les hommes de terrain.

Ma vocation, ce n’est pas d’être un joueur de golf, mais d’apporter le meilleur service aux golfeurs. Ce n’est pas pareil ! Je suis là pour gérer une entreprise.

Quelles sont vos principales missions ?

Aujourd’hui, c’est vraiment de mettre les comptes à l’équilibre ! On est dans un milieu qui n’est pas simple.

Surtout dans la région Rhône-Alpes où nous avons beaucoup de golf.

Rien qu’autour du Beaujolais, vous avez le Gouverneur, le Clou, Salvagny, Mionnay, et un peu plus loin, la Sorelle.

On est tous les uns à côté des autres. C’est vraiment une gestion serrée tous les jours pour regarder les frais d’une part, et d’autre part, apporter le meilleur service.

Notre cheval de bataille, et ma mission, ici, c’est de créer des golfeurs !

Nous en créons beaucoup par des formules de portes ouvertes, et  d’initiations…avec des gens qui viennent de Villefranche, Arnas, Anse, Pommiers…et aussi de Lyon. Ceci dit, la majorité vient de l’ouest Lyonnais.

Dans le choix d’un club, le premier critère pour les gens, c’est la proximité. Et après, il regarde l’ambiance, puis le tarif.

Quand les gens viennent découvrir un golf, ce qu’ils cherchent…c’est à être accueilli, à discuter, et en fait, trouver un club à leur image.

Le débutant va plus facilement aller là où ils trouvent des gens qui lui ressemblent.

Sur la question d’équilibrer les comptes, quelles sont vos principales contraintes ?

Ici, je ne suis pas propriétaire du terrain et des bâtisses qui sont en location. C’est donc le premier poste de dépenses, devant l’entretien du terrain, et le personnel.

Quels sont vos objectifs ?

Sur ce golf, nous avons cinq activités : le golf, le restaurant, le pro-shop, et l’accueil de mariage, et de séminaires.

Aujourd’hui, l’activité du pro-shop ne représente qu’un pourcent du chiffre d’affaires. En grande partie à cause d’Internet ou des clubs qui ont des supermarchés du matériel de golf.

Nous, on vend un petit peu…c’est surtout du dépannage.

Concernant l’activité du golf, on maîtrise assez bien la prévision de notre chiffre d’affaires à plus ou moins 10% en fonction de la météo, bonne ou mauvaise.

Le principal objectif serait de développer tout ce qui est mariage et séminaire.

Ce qui peut faire la différence au niveau de l’exercice, c’est une grosse saison au niveau des mariages, sachant qu’un événement se situe en moyenne entre 5000 et 8000 euros.

Enfin, le fait de dynamiser l’activité séminaire nous permet de bien remplir la période creuse du golf entre novembre et février, à causes des horaires, du temps, de la luminosité…

Ces activités hors golf sont très importantes pour continuer à faire tourner le restaurant, le bar, et proposer des initiations.

Le fait de ne disposer que d’un 18 trous limite forcément le nombre de joueurs. De mon point de vue, avoir 1000 abonnés sur un seul parcours, c’est impossible !

Ou alors, les gens doivent toujours réserver à l’avance, et pour des parties de quatre ! Ça ne joue pas !

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Quand vous avez repris le golf, avez-vous cherché à le modifier ?

Quand on reprend une situation, il faut déjà prendre le temps de bien analyser ce qui fonctionne, et ce qui peut être amélioré. Cela ne rime à rien d’arriver pour tout casser, et tout changer. Sur le parcours, nous avons fait très peu de modifications, sauf à réaliser un entretien parfait, ou améliorer des bunkers.

Je sais très bien que ce parcours a des qualités et des défauts comme tous les parcours. On essaie de l’améliorer au maximum.

Effectivement, on aurait bien la possibilité de rajouter sept trous pour agrandir le compact. Cependant, aujourd’hui, économiquement, ce ne serait pas obligatoirement viable.

Pour cela, il faudrait que l’économie reparte, et que je dispose d’un « potentiel joueur » suffisant.

Proposer un 9 trous en plus, ne peut se faire que si je peux augmenter mon tarif green-fee.

Faire un trou, c’est très cher. Il faut au moins 200 à 300 000 euros par trou.

Réaliser un investissement de 2 à 3 millions d’euros sans augmenter le chiffre d’affaires, cela mettrait l’entreprise dans le rouge, même en amortissant sur dix ans.

Il faudrait vraiment une recrudescence du nombre de golfeurs pour que cela se justifie.

Or, avec les chiffres de la fédération, on se rend compte que le nombre de licenciés baisse. Ce n’est peut-être pas le bon moment pour le faire.

Quelle est l’organisation sous votre responsabilité pour faire fonctionner le golf ?

J’ai une comptable avec moi, sinon le personnel se sépare en deux entre golf et restauration.

Pour la partie accueil & restauration, nous avons une secrétaire, trois serveurs, et trois cuisiniers.

Pour le terrain, c’est sous-traité à la société Tarvel.

C’est beaucoup moins d’embêtements au quotidien, mais c’est beaucoup plus coûteux que d’avoir sa propre équipe de jardiniers.

Pour l’instant, économiquement, cela me convient, car je n’ai pas à gérer du personnel. Je n’ai pas à gérer des achats de produits phytosanitaires, ou même des formations sur ces produits.

Enfin, j’ai en face de moi, une grosse structure. Donc si un jour, j’ai une personne qui est malade, il me trouve rapidement quelqu’un d’autre.

Pour une semaine, c’est toujours possible de se débrouiller, mais pour de longs arrêts de travails, c’est déjà plus compliqué.

Ce choix avait été fait avant notre arrivée. On a regardé pour le changer, et puis finalement, on a conservé ce principe d’externalisation de l’entretien.

Quel est le budget du golf ?

On réalise un chiffre d’affaire de 1,5 millions d’euros par an. Cela varie d’une année sur l’autre, mais c’est toujours à peu près autour de ce chiffre.

L’idée, c’est d’arriver à équilibrer le bilan… « Fermer les comptes », et quand on y arrive, c’est déjà une satisfaction.

Bien sûr, il y a des années où c’est un peu mieux, d’autres, un peu moins bonnes. Mais de manière générale, vous n’avez pas beaucoup de golfs qui arrivent à équilibrer.

Sur la région, nous sommes seulement trois à vraiment y arriver.

NGF qui a repris le golf de Mionnay est sans doute sur le chemin d’y parvenir, justement à l’aide d’une gestion très fine, et du partage d’expériences entre tous les golfs de leurs réseaux.

De mon côté, je sais que j’ai encore quelques leviers possibles à exploiter si nécessaire et en cas de crise, comme le fait de reprendre l’entretien du terrain en direct, et mettre des pros salariés.

Ce n’est pas forcément simple, car cela veut dire plus de soucis, plus d’achats, plus de personnels…

Et plus le personnel est technique, et plus c’est compliqué.

Quand un serveur se met en arrêt, je peux me mettre derrière le bar ou servir les assiettes au restaurant. Par contre, quand c’est un jardinier qui réalise des traitements spécifiques, c’est plus possible. Je ne sais pas faire ou faire à la place de…

Quelles sont vos principales contraintes ?

On est toujours sur le fil du rasoir. Le fait de gérer du personnel et notamment les absences peut rapidement devenir très problématique.

C’est LA contrainte la plus compliquée, surtout que nous sommes ouverts sept jours sur sept.

Dans une société de 50 personnes, j’imagine que quand vous avez trois malades, vous pouvez répartir la charge sur les 47 restants.

Dans un golf avec six ou sept salariés, quand vous avez deux de malades, vous êtes tout de suite en difficulté. Vous ne pouvez pas dire à ceux qui restent, vous allez faire 60 heures dans la semaine !

Je suis obligé de faire beaucoup de choses par moi-même, de passer derrière le bar quand il le faut, de faire le service, ou d’aller ramasser les balles au practice, et en fait de jouer le pompier de service.

C’est mon entreprise, donc je cherche toujours à me débrouiller pour que le service soit là.

L’avantage, c’est que l’on finit par tout savoir-faire.

Quel est le principal attrait du parcours ?

C’est un parcours qui n’est pas très difficile physiquement. Ainsi, il est accessible à tous les joueurs, et tous les niveaux.

Pas physique, mais quand même très technique avec notamment de grands greens qui impliquent de bien doser les putts.

Ce n’est pas forcément suffisant d’être en régulation sur le green pour faire le PAR. Les deux putts ne sont pas donnés !

Le dessin du parcours est intéressant, et il met en jeu huit plans d’eaux, soit frontal, soit latéral.

Les gens le pensent simple, mais pour vraiment bien jouer, ce n’est pas si simple…

En plus, vous avez une jolie vue sur les vignes.

Le club-house vous marque par sa superficie imposante, et par son caractère et son charme. Pour le coup, ce n’est pas un club-house moderne.

Visuellement, c’est énorme.

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Quel est le profil type du golfeur qui vient au Beaujolais ?

Viennent chez nous des golfeurs qui recherchent une ambiance conviviale, pas guindée, familiale.

Nous avons beaucoup de clients qui viennent déjeuner avec leurs enfants… Nous avons beaucoup de séniors du fait que le terrain n’est pas très difficile.

Comme le terrain est plat, ils n’ont pas besoin de prendre une voiturette en plus du green-fee.

Nous avons aussi des jeunes qui viennent le week-end…En fait, c’est très convivial.

Quelles sont les attentes de votre clientèle ?

Les golfeurs veulent que le parcours soit beau, bien entretenu, qu’il soit jouable tout au long de l’année, été comme hiver !

Ils veulent qu’il y ait du sable dans les bunkers…et puis, en ce qui concerne le Beaujolais, ils veulent de la convivialité, et des animations.

Combien de parties par an ?

Nous faisons à peu près 5000 green-fees, et nous avons 600 membres toutes catégories confondues.

Quelle est votre perception de l’activité en 2015 ?

La météo n’a pas forcément été très bonne. Nous avons eu beaucoup de pluie en début de saison, puis une sécheresse pendant l’été... Au final, ce sera une année correct. Ce serait encore mieux si nous pouvions avoir un peu plus de reprise !

Ce qui est très compliqué, c’est de trouver des sponsors qui ont les moyens d’organiser des compétitions.

L’économie n’étant pas florissante, trouver des entreprises qui peuvent payer des cocktails, des remises de prix, des cadeaux pour les joueurs, ce n’est pas simple.

Les budgets ont beaucoup baissé, même dans l’automobile. Aujourd’hui, les marques préfèrent louer des mètres carrés dans des supermarchés pour garer leurs voitures.

Pourtant, pour un concessionnaire, toucher les golfeurs, ce n’est pas négligeable dans la mesure où c’est une population qui change plus souvent de voitures.

Si on pouvait voir l’économie repartir, et retrouver des entreprises qui participent aux manifestations des golfs, ce serait déjà très bien.

Que faudrait-il faire pour développer le nombre de golfeurs par an ?

En priorité, il faudrait attirer les enfants.  Ceci dit, ce n’est pas si simple, car la plupart des enfants qui jouent, c’est déjà parce que les parents ou les grands-parents jouent eux-mêmes.

Ce n’est pas comme le foot ou le tennis !

Et c’est encore plus compliqué quand les parents ne jouent pas au golf.

Ce qui motive les enfants, c’est d’avoir un ou deux copains qui pratiquent déjà.

C’est pourquoi, nous, à l’école de golf, on incite nos jeunes à inviter un ou deux amis à venir le temps d’un week-end, et nous, on prend en charge l’initiation.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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