Plus de 5000 pages pour votre jeu de golf. Matériel, technique, parcours, voyages...
Posté par le dans Golf en France

Le Golf de Seignosse passe sous pavillon Open Golf Club

seignosse-mini.jpg

Finalement, aux termes d’une nouvelle délibération du conseil municipal de la commune de Seignosse, et une âpre bataille, c’est la société Open Golf Club qui a été choisie pour reprendre l’exploitation du golf municipal de Seignosse. Retour sur les moments clés de ce dossier sensible pour la région, et la commune de Seignosse.

Découvrez nos formules d'abonnements

Le 19 septembre dernier, le conseil municipal de la commune de Seignosse rendait son arbitrage en faveur de la société Le Touquet Syndicate, pour le contrat de concession du golf de Seignosse.

Jusqu’alors il était sous pavillon Blue Green, et ce, depuis trois décennies, pour un golf considéré comme l’un des plus beaux joyaux du numéro un de la gestion de parcours en France.

De son côté, Le Touquet Syndicate est une filiale basée à Londres avec une structure en France du groupe Open Golf Club, une chaîne qui regroupe une trentaine de parcours associé à des hôtels ou resorts organisés par destination, soit la Côte d’Opale, l’Alsace, Paris, la Côte Basque et les Landes, et enfin la Provence.

Seignosse représentait une cible de premier choix pour sa localisation, et son histoire, par rapport aux activités de ce groupe qui ambitionne de valoriser des offres de golf et hôtels correspondant exactement à ce profil.

La concession de 30 ans arrivant à échéance en 2017, le sujet s’est donc imposé à toutes les parties.

Dans cet environnement, que ce soit Open Golf Club, Blue Green ou même Golfy, tout le monde se clame le numéro un de son activité, à tel point que pour le client, c’est difficilement lisible, et même relativement secondaire.

Ceci étant, cela témoigne d’une filière structurée en plusieurs grands acteurs qui tentent de rationnaliser la gestion des parcours sur l’ensemble des territoires, sans parler des golfs encore indépendants.

Le cas du golf de Seignosse est intéressant, car il confronte des visions et des stratégies différentes dans un secteur golfique français sous tension.

Selon la dernière étude BIPE crédible sur le sujet, et de 2007 (un peu ancienne), la filière golf faisait état d’un chiffre d’affaires d’1,5 milliards d’euros pour 713 structures golfiques en France, et par an.

Quand on ne prend en considération que l’activité « golf » d’un parcours, une grande partie des structures tournent plutôt autour de 1 à 2,5 millions d’euros de chiffres d’affaires annuel, selon la taille et le nombre de 18 trous.

Actuellement, après une année 2017 contrastée, et toujours très météo-dépendante, il se murmure dans les cercles informés que 20% des structures sont en situation de déficit, et même relativement préoccupant.

Cette information est difficile à vérifier, et nécessiterait une étude d’ampleur.

Avant la crise des années 2013-201… du golf en France, la Fédération était plus prompte à commander ce type d’analyse.

A quelques mois de la Ryder Cup en France, on peut imaginer que ce ne serait pas la meilleure publicité que de constater une forte baisse de la filière sur 10 ans, mais c’est un autre sujet.

Faisant suite à la décision du conseil municipal de Seignosse d’octroyer la DSP (délégation de service public) à Open Golf Club ou Le Touquet Syndicate, selon l’appellation que l’on veut bien lui donner, c’est ouvert une procédure de contestation auprès du tribunal administratif de Pau, et à la demande de Blue Green.

En effet, à bien y regarder, le dossier est loin d’être simple, et sans donner tort ou raison aux différentes parties, le conflit « à trois bandes » présente toutes les caractéristiques d’une situation inextricable, mêlant accord du passé, du présent et du futur, ancienne municipalité, nouvelle, et interlocuteurs d’hier et d’aujourd’hui.

Il faut se garder des conclusions simplistes.

seignosse2-mini.jpg

Le Golf de Seignosse est un gros enjeu pour la municipalité de cette commune de 3500 âmes, située dans les Landes à une heure trente d’autoroute depuis Bordeaux.

Le jour de la délibération du premier avis donnant la DSP à Open Golf Club, la salle du conseil était inhabituellement pleine, selon nos confrères de Sud-Ouest, signe que le sujet passionne au-delà de la question politique ou immobilière.

Une activité qui peut générer, 1, 2 ou 3 millions d’euros, et apporter au rayonnement de la ville à l’étranger n’est pas anodine. Le golf de Seignosse est un des éléments clés d’attractivités de la commune.

On est souvent prompt à discriminer les golfs pour l’empreinte écologique ou sur des questions de clichés sociaux, pourtant, le cas présent, c’est bien l’enjeu économique qui prend toute son importance.

Après le recours de Blue Green, le tribunal a annulé la procédure de passation le 10 octobre dernier, et renvoyé les acteurs dos-à-dos.

Il faut admettre que cette annulation a surtout freiné le dossier plus que changé le cours de l’histoire.

Même si les élus de tout bord ont regretté cette décision, elle paraissait inévitable.

Il y avait fort à parier que Blue Green conteste, et ne s’avoue pas vaincue si facilement, à en juger par le long historique entre les parties.

Lionel Camblanne, Maire de Seignosse se montrait pourtant confiant quant à l’issue de ce dossier.

Pour le Maire interrogé par le journal Sud-Ouest, il ne faisait pas de doute que le golf de Seignosse disposait d’un réel attrait, du fait des différents classements du golf à l’échelle européenne, et justement la bataille menée entre Le Touquet Syndicate (Open Golf Club) et Blue Green pour en avoir la gestion.

La question la plus intéressante est de savoir pourquoi nous en sommes arrivés à une telle situation.

Du point de vue de la mairie, le golf de Seignosse avait besoin de nouveaux investissements pour conserver son statut de référence, et même l’améliorer.

Pour une grande partie des golfeurs habitués sur ce parcours, l’entretien était pointé du doigt, ce qui n’était pas raccord avec les ambitions, et la position du golf comme l’un des parcours préférés des français.

C’est d’ailleurs le nœud de toute cette affaire.

Car, à l’inverse, du point de vue de Blue Green, des investissements ont justement été réalisés en contrepartie d’une concession prolongée jusqu’en 2022 par… l’ancienne majorité municipale.

Les points de vue se confrontent, et chacun avance ses arguments.

De son côté, Le Touquet Syndicate a proposé un projet mieux disant dès le départ, et toujours selon les termes des membres du conseil municipal.

La nouvelle décision rendu fin février ne devait donc pas vraiment laisser de place au suspense, sauf coup de théâtre.

Blue Green n’a pu finalement que retarder l’échéance de quelques mois.

Si la deuxième décision sur ce sujet a encore tourné en faveur d’Open Golf Club cette semaine, la signature ne pourra pas toutefois intervenir avant la fin mois de mars, pour une mise en application au 1er avril.

Sur la page Facebook de Monsieur le Maire, Lionel Camblanne commentait la première décision du conseil, apportant aussi des explications sur la nature du projet Le Touquet Syndicate « En novembre 1987 la commune avait signé un Traité de concession pour la construction d’un golf public avec la société Golf Espace d’une durée de 30 ans. A l’issue de celui-ci, le golf est remis à la collectivité. Afin d’assurer la gestion du golf municipal, la commune a opté pour une Délégation de Service Public (DSP), et cela pour plusieurs raisons : tout d’abord, car le golf de Seignosse est vétuste comme cela a été souligné par un audit mandaté par la commune ; il nécessite de lourds investissements et de nombreux travaux de rénovation que la commune n’est pas en mesure de supporter en direct ; ensuite, il s’agit de confier la gestion à une société spécialisée, plus à même de gérer ce type d’équipement; enfin, une DSP offre un droit de regard à la collectivité sur la gestion, lui permettant ainsi de garantir que le golf demeure un équipement de qualité dans les années à venir. La commune a fait le choix de retenir la société Le Touquet Syndicate qui a proposé une offre ambitieuse de gestion d’un équipement touristique, et pas simplement d’un équipement sportif : à cet effet, la société propose une politique marketing haut de gamme valorisant Seignosse en tant que marque et en tant que destination golfique. Au-delà d’une proposition financière crédible, elle propose la création d’une entreprise dédiée, la SAS Golf de Seignosse, dont le capital est de 1M€, preuve s’il en est de l’ambition du groupe pour le Golf de Seignosse. L’offre propose également un programme d’investissements de 3,5 M€ planifiant une rénovation quasi complète de notre golf, afin de permettre d'accueillir des compétitions professionnelles très prestigieuses, dont le Ladies European Tour. Cette offre ambitieuse va permettre de rénover en profondeur le Golf de Seignosse, de valoriser la commune en tant que destination touristique majeure, et ainsi accroître l’attractivité et le dynamisme de la commune. »

seignosse3.jpg

Courant 2016, la commune avait interrogé les usagers, et mandaté un audit auprès de l’architecte Stuart Hallet, qui avait pointé du doigt le besoin de rénovation.

Pour ne rien arranger à ce dossier complexe, la DSP du Golf de Seignosse ne couvre pas la question de l’hôtel lié au golf.

Blue Green en est effectivement le propriétaire.

La mairie reproche au gestionnaire de golf de ne pas avoir démarré les travaux de réhabilitation de l’hôtel, qui est aussi le théâtre d’un contentieux entre l’association des propriétaires et le promoteur du projet.

La décision du conseil municipal ne clôt donc pas pour autant de potentiels autres litiges.

La municipalité prenant soin de préciser que sa décision sur la DSP ne pouvait pas interférer avec d’autres problématiques, et par exemple, l’hôtel.

Toujours selon les journalistes de Sud-Ouest, Blue Green ayant perdu la concession, pourrait, et c’est au conditionnel, réclamer le paiement d’une dette estimée à un demi-million d’euros à la commune ou à Le Touquet Syndicate.

Selon Blue Green, la précédente équipe municipale avait pris des engagements pour l’extension de la concession jusqu’en 2022.

Engagements contestés par la suite, alors que selon l’exploitant, il avait réalisé les travaux et déjà versé des loyers plus élevés à la demande de la précédente équipe municipale.

Le sujet n’est donc peut-être pas clos entre les différents acteurs.

Pour les golfeurs, c’est probablement le début d’une nouvelle histoire, et sans doute avec beaucoup d’envie de voir se réaliser les projets proposés par le Touquet Syndicate, notamment pour la rénovation du terrain.

Le directeur du golf actuel, le très expérimenté Christophe Rondelé, ne sait pas encore de quoi sera fait son avenir.

Les membres lui reconnaissent d’avoir beaucoup fait progresser la structure depuis son arrivée.

BlueGreen devrait lui proposer un nouveau poste, à moins que le golf de Seignosse ne finisse par le conserver.

C’est au moins un point sur lequel tout le monde s’accorde, et laisse penser que tout n’était pas « noir » dans la gestion du précédent concessionnaire.

A en juger par les commentaires des golfeurs sur les réseaux sociaux, ce qu’il faut toujours prendre avec des pincettes, la nouvelle est plutôt bien accueillie.

Selon Thierry Mathon, un professionnel de golf dont l’avis peut être considéré comme crédible, ce dernier déclare « Excellente chose pour le golf qui a perdu sa valeur depuis quelques années. »

Pour Christophe Raillard, directeur du golf d’Hossegor, concerné par le sujet en tant qu’élu à Seignosse, mais n’ayant pas pris part au vote dans son devoir de neutralité sur le sujet, à déclarer à posteriori que la proposition retenue était cohérente, constructive, pragmatique et rationnelle.

Selon le Maire, les travaux vont s’étaler de 2018 à 2020, en commençant par la refonte du practice dès cette année, puis les berlinoises (1160 mètres), et enfin, la rénovation des chemins sur 3 ans.

C’est aussi un loyer annuel de 180 000 euros pour la commune, selon les termes de la nouvelle proposition.

Pour Blue Green, cette issue est un coup porté à son projet dans la région, et Swann Gueydan, en charge, avouait s’être beaucoup battu pour cette structure.

Cet épisode ne devrait pas pacifier les relations entre Open Golf Club et Blue Green, que l’on pourrait retrouver en opposition sur d’autres dossiers dans l’avenir.

Bien entendu, les golfeurs qui arpenteront le parcours demain n’auront sans doute pas cela en tête.

Blue Green ou Le Touquet Syndicate, il faut surtout retenir que dans un contexte difficile pour le golf en France, Seignosse, un fleuron du patrimoine golfique français va à priori se donner les moyens de relever les challenges imposés par la concurrence internationale, notamment en termes de classement des golfs en Europe.

Il ne vous restera plus qu’à apprécier ces changements lors de votre prochain passage sur le golf de Seignosse.

Crédit photo : Alexandre d'Incau

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 1235
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le

Restez informé

Recevez notre newsletter

Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.