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Gwladys Nocera : "Objectifs Solheim Cup 2015 et Rio 2016"

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Rencontrée au salon du golf à Paris, porte de Versailles, la numéro un française, Gwladys Nocera, en démonstration pour son sponsor, Mizuno Golf a accepté de nous accorder un long entretien. En exclusivité pour Jeudegolf.org, elle est revenue sur ses choix de matériel, son parcours, sa vision du métier de golfeur professionnel, et son après-carrière, tout en se fixant d’ambitieux challenges à court-terme. 

Abordée après une séance d’autographes avec des fans sur le stand Mizuno, Gwladys, détendue, s’est livrée sans fausse retenue avec beaucoup de simplicité, et de professionnalisme. 

Les questions ont été concentrées sur plusieurs thèmes : ses envies, ses choix en termes de matériel de golf, son rapport au jeu,  le circuit professionnel féminin et son évolution, ses ambitions, ses modèles et l’après golf. 

En ce moment, vous jouez beaucoup, l’occasion du salon est un moment pour faire un break avec le circuit. Est-ce que justement quand vous vous octroyez du temps pour vous... vous arrivez à oublier le golf ? Vous vous dites, je lâche les clubs trois semaines ?  

Oui, avant je n'y arrivais pas, mais c'est parce que du coup on déconnecte tellement bien, qu'au bout d'un moment, on a envie de reprendre...ça nous manque, et c'est là qu'on est meilleur. Plus ça vous manque, et plus vous avez envie d'aller vous entraîner. 

Vous avez toujours autant envie de reprendre les clubs ?  

Oui, plus je vieillis, et plus je me rends compte que j'aime ça.  

C’est ma passion qui est devenue mon métier, et mon métier qui est devenu ma passion.  

Par rapport à la suite de votre carrière, comment vous sentez-vous ? 

C'est de plus en plus physique ! Cette année, je vais avoir 40 ans… et les avions … (Elle se coupe) non mais le fait d'aller en Australie, en Chine, en Inde, à Dubaï, vous revenez de Chine, et vous repartez… 

Ce n’est pas tant les voyages en eux-mêmes, mais c'est d’être au top malgré les voyages, et quand je suis arrivée en tout début d'année en Australie, en même temps que des filles de 18 ans,  j’ai vraiment vu que je n'avais vraiment pas la même tête...  

La fatigue commence à se faire sentir. Mais c'est aussi pour ça que je fais de la préparation physique.   

Nous sommes sur le stand de Mizuno. Parlons de vos choix de clubs... Pourquoi avoir voulu changer de club ?  

J'ai voulu parce que Mizuno m'a proposé d'essayer  les clubs pour voir si on pouvait se mettre d'accord sur des clubs qui me conviendraient, et avec lesquels j'arriverai à sentir exactement ce que je fais quand je frappe la balle et avec lesquels j'arriverai à faire des effets. Parce que si j'ai des clubs avec lesquels je ne peux plus faire d'effets, ça ne me plait pas ! 

Et puis, j’avais aussi envie de changement. 

Je suis restée longtemps avec le même équipementier...c'était bien de changer. 

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Mizuno m'a aussi proposé de m'aider financièrement. Ce n'est pas négligeable ! Enfin, je dois dire que l’on a une relation humaine qui est vraiment chouette. 

On s'entend très bien et on discute ... j'ai besoin de quelque chose… c'est fait immédiatement, donc voilà, je trouve que c'est important de compter sur un équipementier avec lequel j'ai une bonne relation, et je suis ravie d'avoir signé chez Mizuno.  

Quelles ont été vos premières sensations ?   
 
J'ai beaucoup aimé l'aspect esthétique (qui est très important!!!) et la pureté des têtes. Ensuite, les sensations étaient différentes selon chaque club puisque tous sont bien différents.

Quels gains avez-vous constaté par rapport à vos anciens clubs ?  
 
Je pense avoir gagné quelques yards... très peu, mais suffisamment pour en être très satisfaite, et un toucher de balle plus franc.

Qu'est-ce qui est primordial dans le fitting de vos clubs ?  
 
D'avoir des clubs parfaitement équilibrés et adaptés a 100%... Le poids, la flexibilité du shaft, de bons grips.

Il semble que cela a coïncidé avec votre retour victorieux sur le circuit européen ? 

Je n'avais pas encore signé chez Mizuno quand j'ai gagné en Slovaquie et en Chine, mais effectivement, j'étais avec Mizuno quand j'ai gagné en Inde. 

Oui, je pense que c'est un concours de circonstance qui fait que ....  

Vous aviez envie de vous renouveler ? 

Oui, envie de passer à autre chose et je suis ravie de ce choix. 

Au niveau de votre choix de club, qu'est ce qui préside vos orientations techniques ? Vous m'avez dit les effets… Est-ce que c’est la rigidité des shafts ?  La forme des effets ?  

Oui bien sûr, c'est un tout...Le club, c'est notre outil de travail...  

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Donc, il y a un trackman pour vous aider dans votre choix ?  

Oui, un trackman, mais, moi je fais aussi beaucoup au feeling ! 

En fait, je tape, et en règle générale, je ne regarde pas les chiffres du trackman, et puis je dis, ça j'aime bien, ça j'aime pas, et en général, ça colle avec ce que dit le trackman. 

Le trackman c'est un outil qui est génial, mais il ne faut pas non plus en faire l'outil numéro 1. 

Il faut s'écouter et écouter ses sensations quand on frappe la balle.  

J'imagine que vous connaissez votre trajectoire quand vous voyez la balle, vous savez si ça vous convient ?  

Je le sens ! 

Vraiment c'est le sentiment plus que le visuel ?  

Quand je tape, je sais où va la balle. Au practice, il m’arrive d’avoir une amie qui me suit, et qui se poste derrière moi. Je lui dit « celle-là, elle est allée à gauche ». 

Elle me répond, «oui, oui, elle est allée à gauche.»

Je le sens, après c'est plus la rigidité du shaft, le poids en tête, ça c'est des sensations qu'on a vite. 

On sent si le club est trop lourd, ou si, le shaft est trop souple, donc on sent.   

Et dans la saison vous ne changez pas trop de configurations ? Quand vous avez trouvé votre set-up, vous restez avec ça ? Vous êtes quelqu'un de fidèle en club ou vous changez tous les ans ? 

L'année dernière, j’avais les MP-59  avec lesquels j'ai très bien joué. 

J'ai pris les nouveaux cette année pour les essayer, mais je crois que je vais rester encore un peu avec les MP-59. 

Au salon, j'ai essayé les forgés que j'ai trouvé vraiment super…des super sensations, alors peut-être on va se faire une série, et voir ce que ça donne.  

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Comment jugez-vous l'évolution du matériel de golf depuis 10 ans ?  
 
Elle est énorme, peut-être d'ailleurs trop rapide et trop importante.   
 
Aujourd'hui les parcours deviennent trop courts (pour les hommes). Nous tapons beaucoup plus fort, et faisons moins d'écarts. L'évolution a été spectaculaire. 

Pour revenir au sportif, quels sont vos objectifs pour les échéances à venir ? 

L'objectif c'est la Solheim Cup, donc pour l'instant, je suis dans les points pour la jouer, il faut que je reste dedans.  

Vous n'étiez pas très loin déjà la dernière fois… 

Oui, j'étais tout près…Quatorzième 

Pour moi l’objectif de cette saison,  c'est la Solheim, et puis les JO l'année prochaine. 

Ce sont deux gros objectifs ! 

Par rapport à la concurrence, vous parliez des jeunes de 18 ans et je suis étonné de voir qu'une fille comme Lydia Ko, à seize ans , dix-sept ans arrive déjà à être numéro un mondiale. Qu'est-ce que cela vous inspire ? 

Le golf devient comme le tennis, comme tous ces sports à maturité plus jeune. 

Je pense que ça a beaucoup évolué.

Aujourd'hui effectivement, on voit des filles à 18 ans qui sont au top mondial dans tous les domaines. 

Non seulement qui jouent très bien mais qui ont la tête sur les épaules, qui savent...Lydia Ko, c'est une fille qui fait pas mal de physique. 

Une fille qui s'est entourée de gens qui la mettent dans les meilleures conditions. 

Je pense que tout cela, c'est mis en place dès leur plus jeune âge. Et c'est la route du très haut niveau dans tous les sports. 

C'est une question de moyens mis au départ par les parents, la fédération ?  

Oui, les parents, la fédération, la culture du pays aussi. 

En Corée, ils ont mis un ...argent monstrueux dans le golf pour les tous petits. 

Après on ne connait pas les déchets. On ne voit que les meilleurs. Mais c'est clair qu'il y a des efforts énormes qui sont faits dans certains pays pour les filles.  

Vous faites références à ces académies qui forment des golfeuses à la chaîne ? 

Oui, c'est une culture ! On ne pourra jamais faire ça chez nous ! 

Nous, on est latin, on ne peut pas avoir cette éthique de fonctionnement.  

Est-ce que c'est bon pour le golf professionnel féminin ?  

C'est bon... oui, il y a sûrement du bon à prendre. 

Les filles venues d’Asie font évoluer ce sport. 

Ça nous pousse nous aussi à nous poser certaines questions, et à essayer de comprendre comment elles travaillent pour essayer de choper des informations. 

Evidemment que c'est bon. 

Après j'espère qu'il y aura de plus en plus de jeunes filles françaises qui se mettront au golf, et qui feront bouger le golf.  

Comment expliquez-vous qu’il y ait un tel écart de ferveur pour le circuit professionnel entre l’Asie et le Vieux-continent ? 

Je ne sais pas. 

Il faudrait leur demander à eux pourquoi ils ont décidé de mettre autant d'argent et de s'investir autant dans le golf féminin. 

En tout cas, ça marche. 

Quand on voit le nombre de coréennes, de japonaises dans le top mondial, c'est assez effrayant, mais les moyens sont mis en place. Il faudrait aller voir avec eux comment ça se passe.   

Vous êtes la meilleure golfeuse française depuis 2005, quel est votre secret ? 

Sur le Tour Européen, oui je fais partie des meilleures mais il n'y a pas de secret! 
 
Le travail, la patience et la persévérance sont les clefs. Il y a parfois des moments difficiles, mais c'est le sport, et il faut savoir s'accrocher a ce qui est important.
 
C'est au retour des moments difficiles que l'on voit si un sportif est bon ou fort… C'est toute la différence.
 
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Dans ce contexte, le golf féminin français est avec vous et Karine Icher plutôt bien représenté au plus haut niveau ? La France est dans le top-10 mondial. Les filles étaient déjà plus performantes que les garçons avant l’arrivée des Dubuisson, Levy and co… 

Oui, il y a eu Patricia Meunier-Lebouc. Il y a eu Marie-Laure de Lorenzi, qui a été une grosse influence pour nous en France.  

Est-ce que Patricia Meunier-Lebouc vous a influencé ?  

Avec Patricia, on est quasiment du même âge mais pas de la même génération. Elle a été meilleure que moi plus jeune.  

Marie-Laure de Lorenzi ? 

Oui, quand j'étais petite, c'est elle que je voyais faire la couverture de Golf Magazine, de Golf Européen très régulièrement, et puis Marie-Laure, elle gagnait tout le temps. 

Et c'est drôle, parce qu'elle était aussi chez Mizuno. 

Elle a vraiment été une influence pour moi parce que je trouvais qu'elle représentait le sport féminin, la classe, l'élégance, et puis elle était vraiment forte… elle gagnait tout le temps.  

Sur le circuit professionnel, il semblerait que la prise de green en régulation est ce qui fait la différence. Quand on regarde toutes les statistiques du LPGA Tour, les meilleures mondiales sont à 80% en régulation. C'est vraiment la clé pour gagner ?  

Je pense plutôt que le putting devient la clé pour gagner, mais que ce soit sur LPGA ou sur le tour européen, c'est pareil. 

La différence entre un tournoi où on finit top-10 et un tournoi où on gagne, c'est que le tournoi où on gagne, on a mis quelque putts de plus… ça s'est bien goupillé… et après c'est un état d'esprit qui fait qu'on va toujours de l'avant, et que ...oui, il faut toucher les greens pour mettre les putts. 

Je trouve que le petit jeu a pris une ampleur considérable ces dernières années... on voit vraiment la différence ! 

Une fois votre carrière dans le golf terminée, ferez-vous d’autres sports comme par exemple du tennis ? 

Pas forcément du tennis ! Je ne peux pas parce que j'ai une épaule qui est en très mauvaise état, et je n'ai pas trop droit au tennis. Quand je vais arrêter je pense que je me mettrai à la course en montagne. 

Le Trecking ?  

Oui, ça j'adore ! C'est super dur mais j'adore ça. Il y a plein de trucs que j'ai envie de faire, je veux me remettre au surf parce que j'en viens un petit peu, et que j'ai complètement arrêté. Je veux faire des trucs sympas que je ne peux pas faire aujourd'hui.  

Du vélo, de la plongée ? 

Non, le vélo, je déteste. J’aime être sur la terre ou dans l'eau, mais pas sous l'eau ... Ah non !. Ça m'angoisse !

Pour les jeunes qui se lancent dans le rêve de devenir professionnel, quel élément vous parait essentiel pour réussir ?
 
Travailler, avoir son rêves, ses objectifs et s'y tenir, quel que soit le prix. LE golf est un sport merveilleux et très difficile. Garder la tête haute et froide!

Un conseil pour les amateurs qui vous tient à coeur ?
 
Aimez ce que vous faites!
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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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