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Faillite, redressement judiciaire, le difficile hiver 2013 des parcours de golf français

Rendez-vous au prochain trou ?

Chaque semaine, on peut découvrir dans la presse régionale, un nouveau parcours de golf en redressement judiciaire. La crise économique commence à avoir des conséquences dramatiques sur le secteur du golf, qui générait avant la crise 1,5 milliards d’euros de chiffres d’affaires par an pour 13 000 salariés en France.

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Et c’est peut-être une démonstration supplémentaire que le golf en France n’est pas nécessairement un sport élitiste, et en dehors de la réalité économique.

Sur les 400 000 licenciés à la FFG, ils ne sont pas nombreux à arriver au club-house Porsche Cayenne avec dans le coffre, un sac de golf Louis Vuitton contenant des clubs sertis de diamants.

Avec la démocratisation du golf, accéléré par les 35 heures au milieu des années 2000, artisans, professions libérales, cadres, fonctionnaires, employés, etc. ont tous été attirés par les valeurs du golf, au-delà du cliché fric.

Ils ont passé les portes des clubs-house pour pratiquer un sport adapté à ceux qui cherchaient une activité de plein air, que l’on pouvait pratiquer avec ou sans partenaire, et à toute heure de la journée ou de la semaine.

Entre 2000 et 2010, on estime que le nombre de golfeurs pratiquants est passé de moins de 300 000 à plus de 400 000, soit la plus forte progression jamais enregistré en France pour ce sport.

En 2013, revers de la médaille, les cadres sont sous pression, et rares sont ceux qui arrivent encore à s’octroyer un vendredi après-midi de RTT pour aller taper des balles au practice.

Les professions libérales luttent avec l’accroissement des charges. Le moral des fonctionnaires est en berne. La fin des heures supplémentaires pèse sur les revenus des employés, et les artisans commencent à compter les clients, plus que les balles de golf dans leurs poches.

Rien d’étonnant à ce que de nombreux parcours de golf commencent à ressentir les effets de cette crise, qui touche toutes les couches de la population.

Il paraît bien étonnant que dans ce contexte, les stations de ski, une activité plutôt très chère, semblent encore mieux résister à la très forte diminution du budget loisirs des français.On peut imaginer que les familles se serrent la ceinture pour préserver « la semaine en famille » à la montagne.

A contrario, le "papa golfeur" ou la "maman golfeuse" doit sans doute beaucoup plus culpabiliser à l’idée d’aller jouer seul au golf, et s’offrir une fois par semaine un green-fee entre 45 et 70 euros, un prix, pourtant très comparable au forfait journalier dans une station de ski des Alpes !

L’état de santé des parcours de golf français en 2013 est-il préoccupant ?

Avec plus de 650 parcours en France,  et une moyenne de 600 licenciés par clubs de golf, tous les parcours n’arrivaient déjà pas à équilibrer les comptes avant la crise.

Les coûts de structure, d’entretien (entre 80 et 130 K€ par an), de masse salariale (60% des charges annuelles d’un golf), et parfois les investissements consentis pour construire les parcours (entre 800 et 1,500 k€) sont tels que l’équilibre financier en temps normal est relativement difficile à atteindre !

Pour les charges annuelles, un parcours de golf 18 trous peut avoir à dépenser entre 450 000 et 750 000 euros, ce qui peut représenter en termes de ventes pour la tranche maximum, plus de 10 700 green-fees à 70 euros, ou une moyenne de 29 parcours vendus par jour !

Charges d'un parcours de golf (source Ffgolf)Or le golf est une activité saisonnière, et sur 365 jours d’une année calendaire, il faut enlever les mois d’hivers ou les jours de semaines pour les actifs.

Bien sûr, les golfs ont mis au point différents systèmes de revenus comprenant les abonnements à l’année (cotisations), les revenus du practice, la vente de matériel de golf dans les pro-shops, les commissions sur les leçons des enseignants, et des prestations annexes comme de la location de salle.

Mais avec une moyenne de 600 golfeurs par clubs, chaque parcours doit vendre au moins 10 000 green-fees par an (soit 17 greens-fees par an en moyenne par golfeur) ou alors 625 abonnements annuels à un prix moyen de 1,200 euros pour seulement équilibrer les comptes.

Dans ce contexte, une simple baisse de 10% des effectifs de golfeurs peut immédiatement plonger un golf dans la zone rouge !

Et il semble bien que cette zone rouge commence à être atteinte par plusieurs clubs français.

A commencer par le Golf Parc de Nantilly, en proie à une polémique qui concerne d’ailleurs plus les actionnaires (anciennement le groupe Hersant Média) que le golf lui-même, concernant son financement déficitaire depuis plusieurs années.

On parle d’ores et déjà d’un trou de 5 millions d’euros pour continuer le financement du parcours, véritable fleuron de l’industrie golfique française.

Ce golf, qui est au demeurant, un des golfs les plus beaux et plus agréables à 1h30 de Paris, est au bord de la faillite en raison d’énormes frais de structure en comparaison du faible nombre d’abonnés.

Beaucoup plus loin, on a récemment appris que le golf de Temae à Moorea (Polynésie Française) devrait être vendu aux enchères sur décision de justice.

Dans l’est de la France, le golf de Sarreguemines qui a été placé en redressement judiciaire au mois de décembre 2012, attend une décision de la chambre de commerce pour valider une offre de dernière minute de la part de l’association des golfeurs pour tenter de sauver le parcours.

En région Rhône-Alpes, des rumeurs bruissent quant à la possible mise en vente du golf de Mionnay, alors que le parcours vient de se doter d’un équipement extrêmement qualitatif pour son practice.

A Auxerre, le projet de construction d’un nouveau practice, à défaut d’un parcours 18 trous, a été finalement abandonné.

Et pour conclure cette triste liste, le golf de l’Ermitage dans l’Aube vient lui-aussi d’être placé en redressement judiciaire en janvier 2013.

La survie de ce golf était conditionnée à l’ouverture d’un parc touristique accueillant plusieurs hôtels dont un quatre étoiles, projet qui a été repoussé sans cesse.

Bref, chaque semaine, on apprend qu’un nouveau club de golf est dans le rouge.

L'entretien d'un parcours de golf coûte entre 80 000 et 130 000 euros

A la fin de l’hiver, et au début de la saison 2013 de golf pour les amateurs français, pas sûr qu’ils retrouvent tous leurs parcours habituels.

Si certains parcours s’appuient sur des actionnaires très solides (groupes financiers, familles, etc.) et pourront peut-être passer la crise, la plupart des autres parcours de golf vont devoir inventer de nouvelles solutions pour maintenir leurs activités.

Comme dans n’importe quelle économie, les deux principaux leviers à activer seront sans doute, les dépenses et les recettes.

L’hypothèse qui pourrait se dessiner consiste à imaginer pour l’avenir, un golf à deux vitesses :

  • Parcours « grand luxe et select » avec des prix très nettement relevés pour maintenir le niveau de services, en faveur d’une clientèle plus restreinte.
  • Parcours « open » avec des prix très nettement revus à la baisse pour maintenir un flux de golfeurs élevé, en contrepartie d’un niveau de services revus à la baisse.

Il ne s’agit que d’une hypothèse, les directeurs de parcours de golf ont sans doute une bien meilleure lecture de la situation, et des pistes de réflexion ou des clés pour répondre à cette crise, et préparer le golf des années 2020 en France.

Dans ce contexte difficile et dans un métier déjà en temps normal, particulièrement compliqué, souhaitons leur bonne chance pour continuer à nous offrir la possibilité de pratiquer notre sport favori.

Certains que la Fédération Française de golf pourra avoir un grand rôle à jouer pour aider le secteur à faire face à ce grand défi.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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