Plus de 5000 pages pour votre jeu de golf. Matériel, technique, parcours, voyages...
Posté par le dans Interviews

Jean-Jacques Rivet, biomécanicien de l'équipe de France de golf

jjrivet_20151226-161116_1.JPG

Jean-Jacques Rivet, un des premiers biomécaniciens à s’être intéressé au golf, nous a reçu dans son centre d’entrainement basé sur le Golf de Terre-Blanche. Fondateur de Biomecaswing, de très nombreux professionnels ont eu recours à ses services, dont Mike Weir, vainqueur du Masters 2003, Ian Woosnam, Lydia Ko, ou comme chaque année, les membres de l’équipe de France de golf. Entretien avec un français qui contribue à l’évolution de notre sport bien au-delà des seules frontières de l’hexagone.

Découvrez nos formules d'abonnements

Ayant passé une demi-journée à ses côtés, pour une facilité de lecture, nous avons décomposé cet entretien en plusieurs articles au sein d’un dossier spécial consacré à la biomécanique dans le golf.

  1. Ci-dessous, le début de l’entretien consacré à la présentation de son parcours et sa vision du golf pour les années à venir.
  2. L’article suivant va traiter spécifiquement de la biomécanique du swing, et du putting qu’elle soit sous forme de recherche ou appliquée.
  3. Le troisième sujet sera consacré à l’application de ce savoir pour les amateurs, qu’ils soient juniors ou seniors.
  4. Le quatrième sujet sera consacré la formation des jeunes golfeurs français, et la différence de modèle entre les Etats-Unis et L’Europe.
  5. Et enfin, le cinquième volet de cet entretien sera consacré au fameux A-Swing développé par David Leadbetter sur la base des données recueillies par Jean-Jacques Rivet.

Jean-Jacques Rivet : Une référence française dans le domaine de la biomécanique appliquée

Tout comme Benoit Vincent, directeur de la production de TaylorMade à Carlsbad en Californie, Jean-Jacques Rivet fait partie de ces très rares français à s’être imposés comme un ultra-spécialiste de son domaine à l’international.

C’est à souligner tant le golf est une activité dominée par le monde anglo-saxon…

En arrivant au golf de Terre-Blanche, nous avons été saisis par le caractère privilégié des lieux…Privilégié pour offrir aux plus passionnés des golfeurs, un cadre d’exercice exceptionnel…Bien entendu le parcours est un must de la riviera, mais le centre d’entrainement et le practice font sans doute partie des meilleurs endroits pour améliorer le swing, et tout ce qui touche à la performance.

Ce n’est pas un hasard si la Fédération Française de golf a choisi d’y délocaliser une partie de ses structures d’accueils en faveur des jeunes espoirs.

Le practice couvert et à deux niveaux s’étend sur 200 mètres (Albatros Performing Center).

Au bout du bâtiment, Jean-Jacques Rivet a installé son centre Biomecaswing à l’invitation de Dietmar Hopp, le propriétaire des lieux, désireux d’installer sur son Resort une offre d’exception entièrement pensée pour la performance sportive.

Installée depuis 2005, Biomecaswing s’étale sur plusieurs pièces qui ont chacune une fonction bien spécifique pour analyser les mouvements du corps, et chercher l’optimisation du swing de golf que l’on soit amateur ou professionnel.

Tous les équipements concernant l’analyse de swing sont ultra-modernes (plaque de forces, radars, capteurs 3D...) de même que les outils plus spécifiques au corps, comme par exemple, une machine pour faire des semelles sur-mesure pour chaussures de golf.

Le centre Biomecaswing est à l’image de son fondateur

Jean-Jacques Rivet n’est pas seulement biomécanicien.

A bientôt 60 ans, Monsieur Rivet a déjà eu plusieurs vies, souvent en rapport avec le sport.

Bien avant de découvrir le golf, il était très impliqué dans les sports de voiles, et en particulier la planche à voile et le windsurf.

Plus de 30 ans en arrière, il s’intéressait déjà au fait d’optimiser l’outil à l’humain, ce qui lui a valu de concevoir sa planche selon des critères propres à ses caractéristiques physiques.

Idée qui l’a suivi tout au long de sa carrière tout d’abord comme Ostéopathe, puis rapidement comme biomécanicien dans le domaine du sport automobile.

Il est même un pionnier dans ce domaine qu’il enseigne à l’université de la Méditerranée-Marseille dans le cadre d’un Master d’ingénierie du Sport.

Cette activité de biomécanicien se conçoit autour de deux axes : la recherche (il est en particulier chercheur à l’Institut des sciences du mouvement) et la pratique auprès des sportifs (Lydia Ko, Mike Weir, Ian Woosnam, Alexander Levy….).

Objectif : Maintenir un niveau de performance optimal et anticiper les blessures. C’est ainsi qu’il a créé les premiers dépistages biomécaniques.

Des entreprises telles que TaylorMade et SIDAS s’intéressent très rapidement à ces travaux sur la biomécanique appliquée au golf.

Au cours des années 90, il créé Biomecaswing pour répondre à une demande grandissante de compréhension et d’optimisation du swing de golf.

Près de dix ans plus tard, il crée avec Rob Hillman, l’European Tour Performance Institute pour accompagner plus particulièrement des joueurs professionnels sur le circuit européen, en parallèle d’être le biomécanicien de l’équipe de France.

Très impliqué auprès des champions, il intervient enfin auprès de certaines marques de sport, et en particulier Under Armour pour laquelle il est responsable du département Innovation.

Ses débuts dans le golf

Mon histoire avec le golf a d’abord commencé par la planche à voile !

Déjà à l’époque, et dans ce domaine, membre de l’équipe Fanatik, j’avais compris que la performance pouvait naître d’une meilleure adéquation entre le sportif et le matériel, et d’une meilleure connaissance de la gestuelle corporelle.

Nos planches étaient réalisées sur mesure pour chacun des membres de notre team, notamment pour favoriser une meilleure gestion des appuis.

C’est à cette période que j’ai commencé à travailler avec la société SIDAS en leur demandant des pads en carbone adaptés aux besoins de chaque coureur.

Leadbetter qui s’intéressait à beaucoup d’autres sports que le golf connaissait mon parcours professionnel dans le domaine de la vitesse et de la planche à voile. C’est ce qui l’a poussé à me contacter.

Dans les faits, on s’est rencontré à Mandelieu via Jean-François Remesy qui lui avait aussi parlé de moi.

Nous devions parler pendant une demi-heure, puis finalement, nous avons passé une demi-journée ensemble…

Bien qu’il enseigne principalement aux Etats-Unis, Leadbetter est de culture européenne, et déjà, il se préoccupait du développement du golf et du fonctionnement du corps.

« Plus le golf évolue, plus j’ai besoin de comprendre ce que chaque joueur est capable de produire. Je veux aller dans certaines directions, mais je ne veux pas que cela crée des problématiques physiques. »

Tel était le postulat de départ qu’il m’avait fixé au début de notre collaboration.

Fort de mon expérience dans la voile, j’ai demandé un visa scientifique pour partir aux Etats-Unis et explorer les questions de biomécaniques appliquées cette fois au golf.

Son expérience américaine

J’ai eu la chance de travailler avec des personnalités telles que Franck Nobilo (golfeur professionnel Néo-Zélandais qui depuis officie comme consultant à la télévision américaine) ou Nick Price qui m’ont posé des questions sur la mécanique humaine, surtout pour voir comment elle pouvait aller à l’opposé de ce pourquoi elle était faite.

Une des grandes questions qui m’a souvent été posée « Quels sont les risques d’interventions sur le corps humain ? »

David avait déjà pensé à cette question avec l’université de Pittsburgh, mais il n’avait pas obtenu toutes les réponses qu’il désirait.

Cette université en était toujours à la biomécanique fondamentale quand nous en France, nous étions déjà à la biomécanique appliquée.

La différence entre les deux, c’est que d’une part, on recherche et c’est important (j’en fais aussi constamment à Marseille), et d’autre part, on applique concrètement pour déterminer des deltas (avant / après) pour pouvoir optimiser ou pas une gestuelle.

C’est à cette époque que j’ai rencontré Ariel Gideon qui a été un des premiers concepteurs de systèmes d’analyses cinématiques 3D avec des marqueurs et des caméras vidéos haute vitesse.

A partir de là, nous avons commencé à analyser les joueurs en situation sur le parcours, et en particulier à Wingfoot près de New York.

Jean Van de Velde a été un des joueurs qui a participé à cette étude portant sur les chaînes musculaires, et notamment pour comprendre la différence entre le fade et le draw.

J’ai beaucoup travaillé auprès des joueurs de David comme Justin Rose, Ian Poulter, Charles Howell, Lee Westwood, Nick Price…

Nous n’avions pas encore des radars du type trackman tant et si bien que la balle devait été digitalisée pour déterminer des valeurs de spins.

Pour sortir des analyses, il nous fallait à peu près deux jours de traitements ! Pour le coup, nous imprimions des tonnes de papiers. Cela n’avait rien d’écologique !

C’est à ce moment que nous avons commencé à comprendre la place de la biomécanique dans le golf.

Nous avons influencé beaucoup de gens aux Etats-Unis, et notamment ce qui a conduit à la création plus tard de la Titleist Performance Institute.

De retour en France en 1994, j’ai créé le concept Biomécaswing pour pouvoir continuer à travailler sur ces questions avec David.

Sa vision de la pratique future du swing par les golfeurs amateurs

Avec un collège d’autres experts au niveau de l’european tour, j’ai le rôle de réfléchir à savoir comment rendre le golf plus performant, et le plus facile d’approche possible.

C’est une partie de ma mission actuelle !

La vision que j’ai du golf, sachant que je viens d’autres sports, c’est que je voudrai qu’il s’apparente plus à ce qu’on peut voir dans le ski, où, on va trouver du plaisir à optimiser du matériel, comprendre son matériel, et pouvoir avoir une gestuelle en fonction de son niveau, et en fait d’apprécier un jeu entre amis avec ce système d’handicap.

Actuellement, nous avons trop de gens qui viennent au golf, et qui s’arrêtent parce qu’ils sont bloqués.

Ils ne comprennent pas comment faire bouger leurs clubs !

C’est comme une personne qui viendrait faire du ski et au bout d’un moment, ne comprendrait toujours par comment fonctionne son ski avec des variantes dans la poudreuse ou sur la piste.

Par opposition, quand elle comprend ces différences, elle va prendre du plaisir.

Et si en plus ses propres enfants qui auront aimé cette approche à son contact, vont continuer dans cette direction, et même, pourquoi pas avoir envie de devenir des champions.

Pour moi, l’important, c’est d’avoir une prochaine génération de golfeurs qui arrive au golf par plaisir, même si c’est par la connaissance de ce sport au contact de leurs parents.

Parents qui transmettront du plaisir à aller jouer.

Avant toute chose, tous les moyens que nous mettons en place n’ont qu’une seule vocation, accélérer le plaisir que l’on peut avoir dans le jeu.

Moi, je suis simplement un matériel humain pour le joueur ou pour le coach. Je ne fais que donner des directions.

Dans le futur, il faut que le joueur soit capable de comprendre en premier ce que son corps est capable de faire, et qu’est-ce qu’il va devoir utiliser comme club pour pouvoir optimiser sa gestuelle.

Ma vision, c’est finalement d’avoir les moyens de se faire plaisir dans le golf.

Pour se faire plaisir, on n’est pas obligé de jouer zéro.

C’est comme si un surfeur se disait qu’il n’aura du plaisir que s’il devient champion du monde alors qu’il peut surfer une belle vague.

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 1426
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le

Restez informé

Recevez notre newsletter

Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.