Plus de 5000 pages pour votre jeu de golf. Matériel, technique, parcours, voyages...
Posté par le dans Interviews

Golf du Gouverneur: Entretien avec le directeur Hugues Fournier

Hugues Fournier, directeur du golf du Gouverneur

Nous démarrons avec cette interview, un nouveau cycle consacré aux directeurs de golf. Objectif : Vous faire découvrir les missions, les contraintes, et les enjeux de ceux qui font fonctionner au quotidien vos clubs. Rencontre passion avec Hugues Fournier, directeur du golf du Gouverneur ! 

Situé Monthieux dans l’Ain, à 30 minutes au nord de Lyon, le Gouverneur est l’un des plus beaux et plus renommés golf de la région Rhône-Alpes.

Propriété de la famille Dalloz, le club a la particularité de proposer deux parcours : le Breuil et le Montaplan, sachant que les membres peuvent aussi accéder au golf de la Bresse.

A la tête d’un golf « ouvert », Hugues Fournier a donc pour principal enjeu d’amener un niveau de service, et de qualité au maximum, dans une région où finalement l’offre golfique est assez concurrentielle.

Quel a été votre parcours ? Comment devient-on directeur de golf ? 

J’ai découvert le golf à l’âge de 8 ans dans un club en Gaspésie (Fort Prével*) où mon père était jardinier.

En 1992, je suis devenu pro de la PGA du Canada. J’ai alterné enseignement et compétitions pendant six ans.

A cette époque, les directions de golf au Canada cherchaient de plus en plus des pros-directeurs qui géraient l’ensemble de la prestation golf.

Pour moi, cette opportunité représentait la meilleure solution, à partir du moment où je voulais faire une carrière dans le golf.

Le rêve de jouer sur le PGA Tour n’était pas réaliste.

A un certain moment, il a fallu faire un choix. Je me voyais mieux gérer un golf que de faire de l’enseignement toute la journée. En fait, mes ambitions ont été plus fortes que le fait de jouer ou enseigner le golf.

Au contraire, être « manager » m’intéressait beaucoup plus… Gérer un budget, la publicité, des flottes de voitures électriques, des boutiques pour vendre vêtements, clubs, balles.

Avant de travailler au golf du Gouverneur, j’étais « manager » du Golf de Montebello au Canada. Une structure très à l’américaine où le service apporté aux golfeurs est très important, avec par exemple des personnes qui vous accueillent sur le parking, prennent les sacs de golf dans les coffres… C’est ainsi qu’en janvier 2011, Monsieur Dalloz a justement eu l’idée de me recruter pour apporter une partie de ce type de fonctionnement au Gouverneur, sachant que le club a en plus un Hôtel. 

*Le Fort Prével a été construit pendant la seconde guerre mondiale pour défendre le Saint-Laurent d’une éventuelle intrusion des Allemands. 

Quelles sont vos principales missions ? Quels sont vos objectifs ? 

Mon principal objectif est d’amener le golf du Gouverneur au maximum en termes de service et de qualité, tout en m’appuyant sur les infrastructures déjà très importantes à ma disposition.

Le but, c’est de pouvoir apporter le maximum de satisfaction, aussi bien à nos clients membres (70% de la clientèle) qu’aux clients extérieurs et les touristes qui viennent de l’étranger (notamment Suisse). 

Comment s’est passé l’acclimatation entre le Québec et la France ? 

Ça s’est plutôt bien passé. Il n’y a pas une grande différence entre le Québec et la France.

C’est plus simple de travailler en France qu’au Mexique par exemple. Il y a bien sûr des différences dans la mentalité entre le golfeur canadien, et le golfeur français.

Mais, après plusieurs mois d’observations, j’ai commencé à apporter ma vision par petites touches. Je pense que cela s’est vraiment bien fait. 

Quelle organisation ou organigramme sous votre responsabilité ?

Tout d’abord, le principal enjeu pour un parcours de golf, c’est le parcours et son entretien. C’est même un réel challenge pour tous les jours, surtout quand tu as 600 ou 700 membres.

Pour gérer le terrain, j’ai un greenkeeper avec une véritable formation de greenkeeper, et avec lui, une dizaine de jardiniers, mécaniciens, fontainiers.*

Tout le monde ne voit pas le parcours de la même façon ! Il faut penser qu’il y a des golfeurs d’index 54 ou 0.

Il faut donc faire en sorte que tout le monde trouve son compte. Que le parcours soit aussi intéressant pour le débutant comme pour le golfeur expert.

Et cela veut dire penser à la  vitesse des greens, la longueur des roughs, la longueur des fairways, la qualité du sable dans les bunkers, avoir une vigilance quant à la position des trous sur les greens, surveiller l’aménagement des départs, mais aussi penser à l’entrainement…comment on fait nos zones d’entraînements ? Quelles balles de practice on veut ?

Par exemple, je viens de réceptionner des nouvelles balles de practice (700 douzaines) car nous savons qu’au bout d’un certain temps, les balles s’usent, et n’ont presque plus d’alvéoles. Le bon golfeur, ça l’emmerde un peu de payer 8 euros pour taper des cailloux.

C’est donc quelque chose qu’il faut budgéter. Savoir quand il faut changer les balles.

Ensuite, toujours concernant l’équipe, et au niveau de l’accueil, nous avons quatre personnes dont une adjointe principale qui s’occupe de l’administratif, et trois commis d’accueil. 

L'équipe d'accueil du golf du gouverneur autour de son directeur

*Les fontainiers s’occupent du système d’irrigation. 

Justement, combien de temps peut-on utiliser une balle de practice ? 

Je vous dirais que même si une balle de practice n’est pas perdue au bout d’un an, elle commence à s’user à force de passer de manière répétée dans l’eau, et dans la machine, car cette dernière produit un frottement sur les balles. 

Rappelons que la particularité du Golf du Gouverneur est d’avoir un practice sur l’eau. 

D’ailleurs, comment faites-vous pour récupérer les balles ? 

Nous utilisons un système de quais qui fait que les balles sont aspirées à des endroits bien précis du plan d’eau, à l’aide de grillages, et en fonction du vent, pour que nos deux caddymasters aillent les ramasser deux à trois fois jours, à l’aide de grands filets.

Même si ce n’est pas très long, cela reste une opération de manutention assez fastidieuse. 

Le practice sur eau du golf du gouverneur

Pour en revenir au challenge du terrain, quelles sont les autres contraintes ? 

Il faut savoir que nous travaillons avec la météo, et devons vivre avec la température. Par exemple, l’an passé, il a plu du mois d’avril au mois de juin…un temps horrible, ce qui a impliqué de devoir gérer les chemins pour les voiturettes.

L’autre enjeu du parcours est de bien manager l’accès au parcours entre d’une part les membres, et d’autre part les visiteurs, sans oublier les compétitions extérieures.

Il peut arriver que nous soyons obligés de privatiser un parcours pour une compétition, ce qui restreint l’accès de nos membres.

Nous ne sommes pas un club totalement privé. On laisse les clients de l’hôtel jouer. Mais globalement, comme nous avons deux parcours plus la Bresse qui est partenaire, cela se passe toujours très bien.

Finalement dans l’année, des journées où les parcours ne sont pas accessibles pour jouer, cela n’existe presque pas.

Même pour notre plus gros événement de l’année, le Valgreen, les membres peuvent toujours jouer très tôt le matin ou alors en fin de journée. 

Comment se passe la relation avec l’hôtel ? 

Il peut arriver que l’hôtel organise des sessions de découvertes. C’est alors nous qui sommes en charge de les accueillir avec notre staff de professionnels, dont Corinne Soulès. 

hugues-fournier.JPG

Quel budget gérez-vous pour faire fonctionner le golf ? 

Nous savons que nous sommes dans des années pas forcément faciles d’un point de vue du business, sachant qu’en plus, il y a beaucoup de golf dans la région, et que le bassin de golfeurs est un peu limité. Le challenge est d’aller chercher la clientèle.

Cette année, nous sommes passés Golfy pour la première fois, alors que Mionnay est NGF. C’est une motivation pour toujours faire mieux.

Au global sur le golf, nous réalisons un chiffre d’affaires de deux millions d’euros, avec une rentabilité convenable dans ce contexte.

D’une année sur l’autre, nous naviguons entre 1,7 et 2 millions d’euros.

Concernant la rentabilité, nous sommes plutôt à l’équilibre bien qu’il faille toujours réaliser différents investissements assez lourds.

Cette année, nous venons d’acheter 20 nouvelles voiturettes pour un budget de 100 000 euros.

Nous avons aussi en prévision d’acheter de nouvelles machines encore plus performantes pour l’entretien du terrain. Là-aussi, dans ce domaine, les progrès technologiques font qu’il est possible de moins stresser le gazon avec des techniques spécifiques.

En règle générale, quand on décide de carotter les greens, sachant que nous avons deux parcours plus la Bresse, il faut séquencer ce travail, tant et si bien qu’il faut quatre semaines pour que les greens retrouvent leurs vitesses. Avec ces nouvelles machines, nous pouvons considérablement réduire ce temps, presque à zéro.

Quand on carotte, on ne peut pratiquement plus vendre de green-fees, ce qui a un impact sur le chiffre d’affaires. On ne peut plus prendre de touristes à l’hôtel (majoritairement des Suisses)…

Dans le même domaine, il existe aussi des nouveaux rouleaux qui permettent d’éviter de tondre les greens. Plus on tond un green, et plus on risque de stresser le gazon, de l’exposer au soleil, à la sécheresse, et donc de le fragiliser.

Il ne faut jamais oublier que les golfs sont surtout jugés sur la qualité des greens. Les bons golfeurs remarquent en premier la vitesse des greens. 

Quelles sont vos actions pour aller chercher la clientèle ? 

Depuis septembre dernier, nous avons ouvert une école de golf pour les jeunes. A ce jour, nous avons entre 40 et 50 juniors qui s’exercent sur notre golf.

De plus, nous avons proposé l’an dernier des initiations gratuites au golf tous les jeudis.

Cette année, nous déplaçons ces initiations au samedi et dimanche matin de 10h30 à 11h30, toujours gratuitement.

Nous avons aussi un jeune élève en passe de devenir pro, qui visite les écoles de la région dans le cadre de son projet de moniteur.

Je pense vraiment que le golf devra passer par les écoles pour se développer, et si on veut refaire une clientèle jeune. 

Quelles sont vos principales contraintes ? 

Le plus difficile, c’est de plaire au plus grand nombre. Faire en sorte que les clients extérieurs tout comme les membres soient contents. 

Quel est le principal attrait de votre golf ? Quel atout selon vous ? 

Au gouverneur, les golfeurs peuvent trouver tout ce dont ils peuvent avoir besoin !

Tout d’abord, une vie sportive qui est assez riche.

Nous offrons probablement le meilleur rapport qualité/prix de la région, sachant que notre offre golfique se fait sur trois golfs (Montaplan, Breuil et la Bresse).

Des parcours très diversifiés qui ne se ressemblent pas.

Ensuite, nous avons une équipe d’enseignants très renommée avec notamment Corinne Soulès.

Et enfin, nos espaces de practices avec deux trous d’entraînements, le parcours école de la Soche, et un putting-green permettent aux golfeurs de tout niveau de progresser.

En résumé, je pense vraiment que le golfeur qui cherche une vie sportive va y trouver son compte, tout comme le petit couple, qui veut trouver une part d’intimité. 

Quels sont les prix des green-fees ? 

En basse saison, nos prix démarrent à 44 euros et en haute saison, le prix est de 70 euros.

Pour un abonnement, le prix peut aller de 1000 à 2100 euros en fonction du choix entre semaine ou week-end, et des choix de parcours entre le Breuil, Montaplan, et la Bresse. 

Quel est le profil type du golfeur dans votre club ? 

Nous avons une amicale sénior extrêmement active. Par exemple, le lundi matin, nous recevons entre 70 et 80 personnes sur différentes activités autour du golf.

Ensuite, nous avons les cartes affaires achetées par les entreprises.

Et enfin, les couples « encore sur le marché du travail » qui sont nos clients du week-end.

Le point qui serait à améliorer concerne les jeunes, car il faut bien admettre que nous sommes un peu loin du centre de Lyon, surtout pour les parents qui ne jouent pas forcément au golf.

L’ouverture de l’école de golf qui accueille déjà 40 à 50 juniors est une première approche pour accueillir plus de jeunes. 

Combien de golfeurs, d’abonnées ou de parties de golf par an ? 

Pour 700 abonnés, nous estimons que nous sommes sur une base annuelle de 50 000 parties de golf par an. (Hors la Bresse). 

Pour les deux structures, Gouverneur et la Bresse, nous tablons sur 1100 membres par an. 

Quelle est votre perception de l’activité du golf en 2014 ? 

En 2013, on s’est maintenu « ok », mais on est plus optimiste pour cette année. L’année dernière, à cause de la météo catastrophique, nous avons été en baisse du nombre de parties jouées de l’ordre de 8%. Avec une meilleure météo, nous devrions largement reprendre cette baisse sur la période de lancement de la saison (avril, mai, juin). 

Que faudrait-il faire selon vous pour développer le nombre de golfeurs en France ?

Il faut absolument faire jouer les jeunes. Leur ouvrir l’accès aux parcours. Et surtout ne pas tout axer sur la compétition !

Tous les jeunes qui font de la bicyclette ne veulent pas nécessairement courir le tour de France.

Pourquoi les jeunes golfeurs devraient-ils tous rêver du PGA Tour ?

Je pense que ce n’est pas une obligation !

Au contraire, il faut qu’on les fasse jouer pour qu’après ils amènent leurs parents, leurs amis, leurs proches vers les golfs.

Souvent, j’ai remarqué avec l’école de golf que quand les juniors se font des copains, ils restent à l’école. Alors que si un enfant n’est pas trop intégré au groupe, il ne reste pas.

C’est pourquoi, cela doit être fait en petit groupe !

Ce qui est vraiment important, c’est qu’ils s’amusent !

Depuis que je suis en France, je suis  frappé de constater que les juniors qui jouent au golf ont toujours un objectif de travailler un coup, de se perfectionner…Je pense que c’est trop.

Bien sûr, il y aura toujours des enfants qui auront des aptitudes pour faire du haut niveau.

C’est valable au golf, au badminton, au tir à l’arc…

Ok, mais rendons cela aussi agréable pour ceux qui veulent tout simplement taper la balle avec leurs copains, et s’amuser.

Enfin, sans être contradiction avec ce que je viens de dire, j’espère quand même que le fait que Dubuisson performe, et l’arrivée de la Ryder Cup vont créer une émulation médiatique autour du golf.

Ici, quand tu prends le Progrès de Lyon, tu vois qu’on ne parle pas souvent de golf. C’est rare que tu aies une pleine page dans le journal, sauf  quand Jacquelin gagne ou avant le Masters.

Le golf n’a pas une place encore très ancrée en France.

De ce point de vue quelle différence avec le Québec ?

Au Canada, 6% de la population joue au golf. Ceci dit, il faut admettre que nous sommes un pays de Hockey !

Les joueurs de hockey jouent au golf l’été.

C’est un complément. Toutefois, comme aux Etats-Unis, le golf est en baisse, et on vit des fermetures de parcours.

Depuis 4 ou 5 ans, il y a même plus de fermetures de parcours que d’ouvertures.

Ce n’est pas banal. Cela va de plus en plus se produire, si les clubs ne sont pas capables de se rentabiliser ou que les propriétaires ne voient pas de possibilité de rentabiliser… 

green-gouverneur.JPG

Au Gouverneur, nous sommes chanceux, nous avons des propriétaires qui croient dans le produit golf. Dans les bonnes années, ils sont toujours capables de nous suivre pour investir. 

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 3393
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le

Restez informé

Recevez notre newsletter

Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.