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Eddie Pepperell : Un golfeur libre qui n’est jamais aussi fort que dans les pires conditions

Eddie Pepperell : Un golfeur libre qui n’est jamais aussi fort que dans les pires conditions

« Je suis sur la Lune » Eddie Pepperell vient tout juste de remporter son deuxième titre sur l’European Tour, à l’occasion du British Masters disputé sur un parcours spécial pour lui, Walton Heath. Dans des conditions extrêmes, l’anglais de 27 ans a justement démontré qu’il était peut-être bien un des meilleurs golfeurs dans un temps typiquement britannique. Lundi 15 octobre, il fera partie top-35 mondial, le meilleur classement obtenu jusque-là, et qui va le propulser vers le prochain Masters à Augusta. Découvrez un golfeur avec du caractère, et qui n’a pas peur d’exprimer ses opinions.

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Dimanche, avant de s’élancer pour le dernier tour du British Masters, Pepperell comptait trois coups d’avances sur ses poursuivants.

Un dernier tour en 72 dans des conditions éprouvantes aura suffi à tenir le suédois Alexander Bjork à deux coups. Finalement son incroyable eagle au 10 avec un coup de fer à 100 mètres dans la boîte aura fait toute la différence et son pesant de cacahuètes.

Il dédiera ce coup à sa mère qui lui avait prêté des mitaines au départ du 10 afin qu’il se réchauffe.

« Je n’avais pas bien dormi depuis deux nuits. C’est difficile de garder son esprit concentré sur le golf quand on mène un tournoi toute une semaine. »

Au cours du premier tour, il avait effectivement réussi un trou en un qui avait fait le tour du monde.

Au départ du 9, un par-3 de 203 mètres, son coup de fer propulsa la balle sur le green pour qu’elle réalise un rebond curieux pour finalement sauter dans le trou.

Ce coup va l’envoyer en tête du tournoi. Il parviendra justement à la conserver jusqu’au bout.

Eddie empoche un chèque de 571,000 euros.

Une belle somme d’argent pour un golfeur qui se vante de ne pas avoir de sponsor, et y trouve une plus grande liberté pour s’exprimer sans filtre.

Natif d’Oxfordshire, Pepperell aime écrire.

Son blog est extrêmement instructif pour comprendre sa personnalité qui n’a rien d’ennuyeuse. Au contraire, Pepperell se dévoile comme un livre ouvert.

Il partage ses peines, ses joies, et surtout ses peines, ce qui donne de la profondeur à son personnage.

Physiquement, il ne paraît pas charismatique. Il n’a pas la mâchoire d’un Brooks Koepka ou la nonchalance d’un Dustin Johnson.

Ce n’est pas non plus un play-boy à la Jordan Spieth. Il n’est pas aussi antipathique que Patrick Reed mais ne cherche pas non plus à être aimé pour ce qu’il n’est pas.

Désormais dans le top-10 de la Race to Dubaï, Pepperell ne peut plus se cacher.

Il fait partie des meilleurs joueurs de la saison, pas seulement parce qu’il est double vainqueur sur le tour cette année.

L’anglais a plutôt bien figuré dans les majeurs qu’il a pu disputer, et notamment une sixième place à Carnoustie pour The Open.

Depuis sa première victoire au Qatar Masters, l’Europe a réellement découvert la carrière de ce pro de 27 ans, sur le tour depuis 7 ans avec des hauts, et pas mal de bas.

Depuis sa première victoire au Qatar Masters, l’Europe a réellement découvert la carrière de ce pro de 27 ans, sur le tour depuis 2011 avec des hauts, et pas mal de bas.

Pepperell n’est pas le premier golfeur à se confier sur un blog et à écumer les réseaux sociaux, en particulier Twitter.

En revanche, à la différence de beaucoup de ses confrères, Pepperell n’hésite pas à coucher sur le papier ses aspirations profondes, tout comme ses craintes.

Jusqu’à présent, Pepperell n’a pas eu une carrière avec une ascension rapide et sans ratés.

Pourtant, plus jeune, il a collectionné les victoires à tous les échelons pour arriver jusqu’au monde pro dont une place de second au Boys Amateur Championship en 2009.

Quand il est passé pro en 2011, il n’a pas été capable de se qualifier pour l’European Tour et le Challenge Tour. Il a du prendre des chemins de traverses pour finalement monter dans le train.

C’est d’ailleurs en France qu’il a réalisé son premier fait d’armes à l’occasion de l’Open des Côtes d’Armor 2012.

En s’imposant en play-off, il a enfin gagné ses galons pour le Challenge Tour, et véritablement lancé sa carrière pro. Il n’avait pas encore passé le plus difficile, s’y maintenir.

Il réalise sa meilleure saison chez les professionnels en 2015, entrant même dans le top-100 mondial.

A partir de là, il va connaître une longue descente aux enfers, et sortir des 500 premiers mondiaux. Il s’est pourtant qualifié l’US Open 2017 en passant par les qualifications disputés à Walton Heath, un golf qui lui réussit bien.

En 2016, à l’occasion du dernier tournoi de la saison, le Portugal Masters, il était à la lutte pour garder sa carte sur le grand tour.

Il réalise une superbe première journée en 64 pour occuper la tête du tournoi, mais malheureusement pour lui, le lendemain, il anéanti tous ses espoirs avec un 76 éliminatoire dont un double bogey sur le dernier trou.

« Je n’ai pas souvent pleuré dans ma carrière, mais quand je suis retourné dans ma chambre d’hôtel, là, j’étais vraiment en panne. Ce fut un moment écœurant pour moi et ma famille. »

Le golfeur n’avait pas de plan B. Il ne voulait pas en avoir. « Cela peut arriver à tous les golfeurs de se perdre, de perdre leurs cartes, et finalement de revenir. Je n’ai jamais eu de plan B. Être pro de golf sur le tour a toujours été le plan A. »

Il ajoute « Dans mon esprit, il y a une peur inhérente de l’échec. Je n’ai donc pas d’autres choix que de réussir. Si ma carrière devait prendre fin, je serais triste, mais j’ai assez appris dans ma vie pour être capable de faire autre chose. »

En se tenant justement à son plan A, il connaîtra son premiers succès en début de saison à l’occasion du Qatar Masters pour son 129eme départ sur un tournoi professionnel.

En se tenant justement à son plan A, il connaîtra son premiers succès en début de saison à l’occasion du Qatar Masters pour son 129eme départ sur un tournoi professionnel.

Entre ce premier succès et cette nouvelle victoire en Angleterre, le parcours de Pepperell n’a pas été un long fleuve tranquille.

Alors qu’il réalise la meilleure saison de sa vie, Eddie Pepperell a dévoilé ses points forts et surtout ses difficultés.

« Mon blog a toujours été une occupation par intermittence. J’ai tendance à écrire uniquement lorsque j’ai envie ou que j’ai l’impression d’avoir quelque chose à dire. J’écris surtout lorsque je me bats, que je joue mal ou que je lis davantage. Si tout va bien, au contraire, je ne pense pas à autant de choses. »

A la différence de beaucoup de ses confrères, il avoue ne pas être obsessionnel avec le golf, et au contraire, avoir de nombreux autres centres d’intérêts comme la politique, mais surtout l’économie.

Il est fasciné par les flux autour de l’argent, comment les phases de croissances et de récessions se succèdent de manière irrémédiable.

Il en fait d’ailleurs une sorte d’analogie avec une carrière de golfeur professionnel avec ses inévitables hauts et bas.

Est-il cynique ?

Il répond « Je le suis. Ce qui ne veut pas dire que je suis pessimiste à propos de tout ou que je désire que le monde s’écroule. Toutefois, je pense que trop de gens attendent la perfection de nos jours, et cela, ce n’est pas réaliste. »

Est-il perfectionniste au sujet de son jeu de golf ?

Là-encore, sa réponse ne manque pas de relief.

Pepperell ne se définit pas du tout comme un golfeur capable de répéter les coups à longueur de journée. Il ne sait pas si c’est du talent ou l’inverse, mais il préfère être un créatif, car justement il se sent bien incapable de taper deux fois le même coup.

Il explique finalement les ressorts de sa nouvelle victoire sur un terrain complètement différent de celui d’Oman, et dans des conditions qui n’avaient vraiment rien à voir.

« J’aimerais aller sur un parcours dans des conditions faciles, et rendre une carte très en-dessous du par, mais je ne pense pas être assez bon pour cela. Je l’avoue sans rougir. Je n’ai pas le driving ou le putting pour. En revanche, je suis créatif. Je peux m’adapter à différentes conditions. C’est ma compétence. »

Il poursuit « Nous sommes tous différents. C’est le plus important à réaliser quand on joue au golf. C’est pour cela que j’espère que le tour va continuer à englober autant de parcours différents pour que je puisse continuer à être moi-même, avoir une belle carrière, et gagner beaucoup d’argent avec mon jeu. Si cela change dans les 5 prochaines années, il faudra que j’arrête pour essayer autre chose, car je ne sais pas jouer autrement. »

Quand les choses ont commencé à se compliquer sur le parcours de Walton Heath, finalement, cela a plutôt servi ses intérêts. Alors que le français Julien Guerrier a finalement perdu le fil de la partie, il s’est accroché pour tenir le suédois Bjork à bonne distance.

Dire que huit mois plus tôt, seul dans sa chambre d’hôtel à Oman, il était malheureux d’être si loin de sa compagne et de son chien. Il jouait mal, adressait la balle au niveau du hosel.

Un sentiment de ne pas vouloir jouer qui n’est pas si rare chez ce joueur. Encore quelques mois plus tard, à l’occasion de l’Open de France, il ne voulait pas s’aligner.

« Il n’y avait pas une once de moi qui avait envie de jouer au golf en compétition à ce moment. »

Ajoutant « Je me suis retiré sur le champ sans rien dire à personne. J’ai menti à tout le monde, et pourtant je trouve le mensonge méprisable. »

Pepperell veut exprimer le caractère incroyable du golf où vous pouvez passer d’un état de déprime totale à un état de grâce. Quelques jours plus tard, il finit par prendre la sixième place à Carnoustie.

Pour expliquer ses moments de formes ou plutôt de retour en formes, le golfeur anglais explique qu’il a d’abord commencé à travailler avec un nouveau coach, Simon Shanks, et cela a eu un effet bénéfique immédiat sur son jeu.

Son mental a changé, mais il a admis que dans le même temps, sa consommation d’alcool n’a pas varié.

Après Oman, Pepperell a rendu visite à un adjoint de Phil Kenyon, le maître du putting au Royaume-Uni. Avec Mike Kanski, il a travaillé pendant deux heures pour corriger des défauts qu’il jugeait important sur son stroke de putting.

Et dire qu’il a failli manquer ce rendez-vous pour cause d’embouteillage ! Malgré deux heures de retard, le coach l’a attendu pour sa leçon la plus productive de l’année.

« Le succès dépend de tellement de détails. »

Quand on lui demande ce qui a changé pour lui après sa victoire au Qatar, il répond « La chose importante que j’ai apprise, c’est que j’étais capable de frapper la balle aussi bien sur un dernier tour que pendant les trois autres tours. »

Poursuivant « Quiconque a joué au golf sous pression sait que la tendance est d’aller de plus en plus vite, de plus mettre en action les gros muscles. Cette semaine a été différente. Je venais de commencer avec mon nouvel entraîneur. J’ai toujours pris en exemple Zach Johnson, notamment pour sa capacité à gérer un dernier tour. Il a plus gagné que Paul Casey ou Henrik Stenson. Il n’y a pourtant aucune chance qu’il soit meilleur attaquant ou meilleur golfeur, pourtant quand les choses se corsent, Zach Johnson peut frapper des coups droits quand c’est absolument nécessaire. »

Pepperell n’a jamais douté de pouvoir gagner sur le circuit élite. Il a simplement admis que le niveau de pression était autrement plus important.

Pepperell n’a jamais douté de pouvoir gagner sur le circuit élite. Il a simplement admis que le niveau de pression était autrement plus important.

Si loin du golf, il pourrait s’ennuyer. Il se définit comme un grand défenseur de la liberté et du sens des responsabilités.

Pour ces motifs, il lui arrive de s’écharper avec d’autres sur les réseaux sociaux comme par exemple avec son compte Twitter où il ne mâche pas ses mots.

« Les gens passent trop de temps à demander au gouvernement de subventionner leurs besoins ou leurs désirs. Bien entendu, les golfeurs professionnels ont bien plus de raisons de se trouver à droite de l’échiquier politique, et ce, en raison de la nature du golf. Pour réussir sur le tour, et c’est difficile de réussir sur le tour, vous ne devez compter que sur vous-même. Il n’y a personne pour vous tenir la main. C’est un environnement impitoyable. Cela a forcément une incidence sur ma façon de voir le monde. »

C’est l’histoire d’un golfeur qui peut apprécier la victoire après avoir connu des vrais moments difficiles dans sa carrière, tout en refusant d’attraper la grosse tête, et quand bien même cela arriverait, sa sœur serait là pour le ramener les pieds sur terre…

Crédit photo : David Kissman/Action Plus/Icon Sportswire et Getty Images

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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