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Le driver de Mickelson : Un choix embarrassant pour Callaway ?

Phil Mickelson au drive !

Dans le milieu du golf professionnel, c’est un secret de polichinelle ! Bien souvent les pros ne jouent pas réellement avec les clubs fournis par leurs équipementiers, et pour lesquels ils touchent une partie de leurs revenus. Dernier exemple en date, Phil Mickelson au centre d’un nouvelle polémique après la President’s Cup !

Le héros de la saison 2013 pour la marque Callaway a été pris en flagrant délit de jouer, non pas avec un driver de la marque, mais bien avec le tout dernier modèle du concurrent : le SLDR de TaylorMade !

Adepte du draw, Mickelson a sans doute été séduit par les facilités de réglages proposées par le dernier né des drivers TaylorMade.

Il n’en demeure pas moins que c’est la grosse polémique qui émerge de la President’s Cup 2013, dont le résultat sportif a encore accouché d’une victoire américaine, dans un match qui peine justement à trouver de la crédibilité, tant l’écart de niveau des USA avec l’équipe du reste du monde ne laisse pas de place au suspense.

Mickelson, principal porte-drapeau de la marque Callaway…l’homme qui avait visité le siège de Callaway au lendemain de sa victoire au British Open, Claret Jug en mains pour saluer tous les employés et les ingénieurs, s’est fendu d’une infidélité pour jouer le driver de l’équipementier d’en face…l’ennemi juré que Callaway cherche par tous les moyens à détrôner de la place de numéro 1 des ventes de bois et de drivers !

Mickelson, ce joueur qui affirmait que sans son bois 3 X Hot, il n’aurait pas pu gagner le troisième majeur de l’année.

Visiblement, ce qui était vrai pour le British Open, n’était plus vrai pour la President’s Cup…

Le fait que les joueurs pros s’affranchissent de certaines contraintes de sponsoring pour jouer à leurs guises le driver de leurs choix était déjà un secret de polichinelle, mais là, Mickelson, de par son rang, son statut sur le PGA Tour ne pouvait pas passer inaperçu.

Polémique ? Vous avez dit polémique ? Nous répondons stratégie !

Ce début de polémique ne semble pas créer une si grande déconvenue à Callaway. Pourquoi ?

Parce qu’il y a déjà eu un préalable.

Quelques mois plus tôt, en début de saison, Mickelson a utilisé un bois 3 TaylorMade RocketballZ en lieu, et place de son bois Callaway.

C’était avant la sortie du X-Hot, et même les ingénieurs Callaway admettaient à l’époque, ne pas pouvoir proposer un produit comparable au RBZ.

Bien sûr, ils se sont rattrapés par la suite.

Interrogé sur le sujet Harry Arnett, responsable Marketing Callaway Golf affirmait «  Nous lui avons dit : Joue ce que tu veux. Nous avons un prototype qui arrive dans quelques semaines. Si tu penses réellement que c’est pour toi la meilleure façon de jouer et de gagner, alors vas-y ! »

Le calcul ne fut pas si mauvais, car quelques semaines plus tard, Mickelson remportait brillamment le Waste Management Open avec justement un X-Hot dans son sac.

Bénéfice pour Callaway, les ventes aux USA ont explosé, et à tel point que la marque a comblé une grande part de son retard sur TaylorMade pour pratiquement égaler la meilleure part de marché.

Le bois de parcours X-Hot est même aujourd’hui la pierre angulaire du retour de Callaway au top des ventes.

Peuvent-ils refaire ce coup avec le driver SLDR ?

Cela parait très risqué !

Bien qu’en France, l’intérêt des golfeurs amateurs pour la President’s Cup soit très relatif, aux USA et dans les autres grandes puissances du golf (Royaume-Uni, Scandinavie ou Asie), la compétition a été plus suivi qu’un tournoi de seconde zone, et le choix de Mickelson n’est passé inaperçu.

Le sac "officiel" de Phil Mickelson

A nouveau interrogé sur le sujet, la réponse d’Harry Arnett exprimée sur Twitter a été la suivante : « Effectivement, cette semaine, Phil ne joue pas notre driver. Notre nouveau driver destiné aux joueurs du tour avec des caractéristiques de centre de gravité bas n’est pas encore prêt, donc nous lui avons donné notre feu vert pour qu’il joue ce qu’il veut. »

Soit à peu près la même explication qu’en début de saison !

Est-ce une véritable stratégie de la part de la marque ou un aveu d’impuissance ?

Les dernières sorties de produits Callaway démontrent qu’il y a de grandes chances que ce prochain driver soit tout aussi bon que le modèle TaylorMade actuel.

Maintenant, pour une entreprise qui entend se repositionner comme leader en termes de technologie, et d’innovation, pas sûr que cette publicité soit vraiment profitable.

De cette façon, Callaway et Mickelson ont surtout validé la qualité du driver SLDR, ce qui n’est certainement pas bon pour Callaway, ni même pour le marché mis à part TaylorMade qui peut se frotter les mains.

D’ailleurs le porte-parole de la marque TaylorMade a reconnu se sentir flatté par le choix de Lefty !

L’autorisation de Callaway pour la bonne cause

Du côté de Callaway, cette situation révèle en fait la nature du contrat qui lie le joueur à la marque.

En effet, ce dernier peut contractuellement mettre dans son sac un club d’une autre marque s’il pense que celui-ci est meilleur.

Assurément pas une très bonne presse pour Callaway, mais cette dernière s’y est pliée de bonne grâce, car au demeurant, toute l’industrie peut mesurer le niveau d’engagement très fort qui lie Mickelson à son équipementier.

En dehors de ses incartades, peu de golfeurs s’impliquent autant que Phil dans le développement de nouveaux produits pour son équipementier.

Le temps et l’énergie qu’il accorde à son sponsor pour l’aider à redevenir numéro un lui est redonné par une forme de liberté pour tester les produits de la concurrence.

D’une certaine façon, on peut même imaginer que le fait qu’il utilise un driver TaylorMade va justement l’aider à mettre Callaway sur la bonne voie concernant le développement de leur prototype, un peu à l’image d’un pilote d’essai qui sort de sa voiture de course et discute avec les ingénieurs pour leur donner des indications sur les réglages optimums.

En fait, ce sujet voulait illustrer le choix du driver SLDR comme une incartade sévère de la part de Mickelson, mais en fait, c’est un principe de fonctionnement déjà maintes fois appliqué par Lefty dans le passé.

La marque ne cherche pas à cacher le fait que son joueur puisse jouer d’autres clubs dans la mesure où derrière, les ingénieurs préparent un nouveau produit qui va surpasser le club concurrent.

A la question posée plus haut, est-ce une stratégie ou un aveu d’impuissance, il semblerait bien que ce soit volontaire.

Et cette stratégie est validée au plus haut sommet de la direction de Callaway, soit par Chip Brewer, le patron, que Mickelson a appelé en personne une semaine avant la President’s Cup pour lui demander l’autorisation.

Mickelson a avancé comme argument que la pluie et les conditions humides avaient considérablement allongé les distances sur le parcours de Muirfield, et qu’il était intéressé d’utiliser un driver avec un centre de gravité abaissé et avancé.

Brewer a semblé comprendre le besoin de son joueur, et ne s’y est pas opposé, pensant que c’était la meilleure chose à faire pour que Phil tienne son rang dans l’équipe, tout en étant en adéquation avec la position de la marque au sujet de sa relation à long terme avec Mickelson.

Pour conclure, Harry Arnett en charge du Marketing de Callaway Golf a bien admis être embarrassé par les discussions et les articles qui sont parus sur ce sujet, mais a aussi immédiatement voulu affirmer être certain à 100% que le driver qu’ils vont mettre sur le marché va surpasser le SLDR, pour justement retrouver sa place dans le sac de Phil Mickelson.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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