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Les dotations des tournois de golf professionnels sont-elles en relations avec les audiences ?

Les dotations des tournois de golf professionnels sont-elles en relation avec les audiences ?

Il y a quelques jours, se tenait l’avant-dernière manche de la Race To Dubaï, sur le parcours de Sun City en Afrique du Sud. Il s’agissait d’un des plus gros tournois du calendrier de l’European Tour, circuit de golf réunissant près de 200 des meilleurs golfeurs de la planète après le PGA Tour américain. Ce tournoi de fin de saison, moment crucial et même déterminant pour l’issue du classement final était doté, comme chaque année de 7,5 millions de dollars à partager entre les meilleurs, et notamment plus d’un million d’euros pour le vainqueur. Pourtant, à en juger par le faible nombre de spectateurs autour des fairways, on peut se demander si les dotations sont réellement en rapport avec l’intérêt suscité, et les retombées économiques pour les partenaires, surtout à une heure où les tournois européens, masculins comme féminins, peinent à trouver des sponsors. Fausse bulle spéculative ?

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Comme en politique, il y a les images que l’on montre, et les images de la réalité

C’est le problème des activités où le promoteur est juge et partie, organisateur et média.

Pour le final de Lee Westwood sur le parcours de Sun City, le cadre du réalisateur de l’European Tour avait choisi de zoomer sur les tribunes VIP installées autour du 18, pouvant laisser penser que la foule était nombreuse sur ce tournoi d’importance du calendrier européen de golf.

Avant-dernière épreuve des play-offs, il ne peut pas s’agir d’un petit tournoi, compte tenu des enjeux de la Race to Dubaï, censée consacrer le meilleur golfeur du circuit.

En réalité, à bien suivre les parties de la semaine et du week-end, on peut facilement constater que les joueurs ont pu dérouler leurs jeux dans un relatif calme, pour ne pas dire anonymat.

Alors que certains se plaignent parfois du bruit intempestif des spectateurs ou des appareils photos, ils ont vraiment dû apprécier la quiétude du parcours de Sun City, avec rarement plus de 20 spectateurs autour d’eux.

Le tournoi sud-africain, et ce n’est pas le seul exemple, délivre près de 7,5 millions de dollars de dotations aux joueurs, et c’est justement un élément qui lui permet de faire partie des tournois dit de fin de saison, juste avant la finale du DP World Championship, un nom bien démesuré sachant que pratiquement aucun golfeur américain ne joue cet événement.

Si peu de spectateurs autour des greens, on peut se dire que le sport a changé, et qu’il se regarde peut-être surtout à la télévision.

Or, peu de chaînes diffusent le golf en-dehors du pay-per-view, ce qui limite les audiences.

On estime par exemple qu’en France, moins de 20% des licenciés sont abonnés pour suivre les tournois aux quatre coins du monde.

Considérant les 56 000 vues sur Youtube de la vidéo récapitulative du dernier tour de Lee Westwood à Sun City et publiée par l'European Tour, en comparaison des plus de 3 millions de golfeurs en Europe, soit moins de 2% des potentiels amateurs intéressés, le Nedbank Golf Challenge ne semble pas avoir bénéficié d'une grosse couverture médiatique, pour compenser le manque de spectateurs.

D’ailleurs, fort logiquement, seul le Masters constitue un rendez-vous incontournable tous les ans, et la Ryder Cup est en fait à part dans l’univers golfique et médiatique.

Les audiences et dotations des majeurs sous-estimées ?

Le Masters culmine le dimanche autour de 13 à 16 millions de téléspectateurs sur CBS et aux Etats-Unis. Cette année, avec la présence de Tiger Woods dans le champ des joueurs, l’audience a grimpé de 18%.

A noter, la dotation totale du Masters à Augusta est de 11 millions de dollars, ce qui comparativement au Nedbank Golf Challenge n’est pas si élevé.

On parle d’un écart de seulement 3,5 millions de dollars entre un évènement vu par au moins 16 millions d’américains, et avec plusieurs centaine de milliers de personnes autour des fairways sur une semaine.

L’exemple du Nedbank Golf Challenge n’est pas à charge contre ce tournoi.

Il y a d’autres exemples de tournois avec une audience présumée faible, un champ de joueurs qui ne comprend pas les 100 meilleurs mondiaux, et peu de public autour des fairways.

C’est même la majorité des tournois de golf hors Etats-Unis.

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Pour prendre un autre exemple, et cette fois en Europe, le British Open qui est à la bataille avec l’US Open de golf pour être le deuxième plus grand événement après le Masters, l’édition de Carnoustie a marqué un nouveau record d’audience.

Toujours avec la présence de Tiger Woods, les organisateurs ont dénombré près de 235 000 personnes sur la semaine. Le précédent bon score d’audience datait de 2006 à Liverpool avec 230 000 spectateurs.

Sur 235 000 spectateurs, 15 000 jeunes avaient été invités sans payer de ticket. Au total, 13% des membres du public avait moins de 25 ans.

Le fabuleux British Open distribue 10,25 millions de dollars de dotations, soit légèrement moins que le Masters, et légèrement plus que les championnats du monde de golf (WGC) à 10 millions de dollars.

Au classement des dotations, l’US Open est numéro un avec 12 millions de dollars devant le Masters, et l’US PGA Championship, les trois majeurs américains restent les plus gros tournois en termes de dotations.

Comparativement à un majeur de tennis comme Roland-Garros, ces sommes ne sont pas extravagantes, ni même particulièrement élevées.

Le majeur de la Porte d’Auteuil en est bientôt à 40 millions d’euros de dotations. Le vainqueur du simple messieurs repart avec un chèque de 2,2 millions d’euros.

L’US Open de Tennis monte même à 53 millions de dollars de dotations alors que le champion repart avec un chèque de 3,8 millions de dollars, selon le site de l’US Open.

A titre de comparaison, le vainqueur du Masters 2018, Patrick Reed a empoché un chèque de 1,98 millions de dollars.

Tous les joueurs dans le top-24 du tournoi d’Augusta repartent avec un minimum de 100 000 dollars.

En France, la finale de Roland-Garros réunit environ 3,3 millions de téléspectateurs.  A noter, le court central qui accueille cette finale peut contenir plus de 14 000 spectateurs.

Un tournoi de tennis majeur réunit au moins 128 joueurs pour le tableau final. Un tournoi de golf comme l’US Open réunit sensiblement le même nombre de joueurs (156 en 2018).

Considérant l’exemple de Roland-Garros, quatre fois plus doté que le Masters, et pourtant avec une audience beaucoup plus faible en nombre de téléspectateurs ou de spectateurs dans le stade sur un jour de finale, la dotation des tournois de golf n’est pas excessive.

En part relative, 5% de la population française regarde la finale de Roland-Garros contre 6% pour la population américaine qui regarde le dernier tour à Augusta, ce qui tend à légèrement déminer l’argument lié à la plus grande population américaine.

Si les majeurs de golf ne sont peut-être pas assez dotés en rapport avec les audiences, et le nombre de spectateurs, en revanche, les autres tournois de golf le sont peut-être beaucoup trop.

Trop de tournois tue le tournoi ?

Il n’existe aucun chiffre concernant l’audience d’un tournoi comme le Nedbank Golf Challenge, et peut-être y a-t-il un intérêt pour que ces chiffres restent confidentiels.

Le sujet n’est pas d’induire que les golfeurs professionnels devraient gagner moins d’argents.

Le sujet, c’est plutôt de s’interroger sur la viabilité d’un secteur d’activité si les revenus ne sont pas en rapport avec les coûts. Si une forme d’inflation injustifiée ne finit pas par nuire à l’ensemble.

Si des tournois artificiellement dotés financièrement ne contribuent pas à tuer des tournois, et notamment sur le vieux-continent, qui eux n’arrivent pas à suivre, justement en prenant en compte le coût par rapport à l’exposition médiatique.

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On peut prendre notre exemple national avec l’Open de France qui réunit chaque année moins de spectateurs, et ne connait pas un bond fulgurant des audiences télévisés, mais c’est aussi le cas pour l’Open d’Espagne, l’Open d’Italie, ou le BMW International Open en Allemagne.

Partout, si on fait un peu attention, on peut constater une relative faiblesse du nombre de spectateurs autour des fairways des tournois de golf.

L’Open de France de golf doit-il réellement distribuer 3 millions d’euros de dotations au regard de son audience ?

En Rolex Series, il devait distribuer 7 millions de dollars, et pourtant, cela n’a pas eu d’impact significatif sur la fréquentation, ou les audiences.

L’argent n’est donc pas un vecteur qui attire les foules. Pour les potentiels annonceurs, il n’est donc pas non plus en rapport avec le bénéfice escompté.

Si ce n’est pas une question d’argent, c’est peut-être une question d’intérêt ?

A force de vouloir remplir les calendriers, n’arrive-t-on pas à une situation de désintérêt ?

Qu’en est-il de l’autre côté de l’Atlantique ?

Aux Etats-Unis, avant l’avènement de Tiger Woods, le PGA Tour distribuait un peu moins de 70 millions de dollars par an. Aujourd’hui, ce n’est pas loin de 300 millions.

Tiger a au moins contribué à doubler les revenus sur le circuit américain, signe qu’une figure sportive et médiatique d’envergure a bien un effet sur l’augmentation des dotations.

Sans Tiger, les dotations ont un peu baissé à partir de 2008 (3%).

Avec son retour en forme en 2018, elles pourraient peut-être repartir à la hausse, notamment à en juger par son impact sur les audiences des tournois qu’il a disputé, comme par exemple le Valspar Championship.

Selon NBC qui diffuse le tournoi, l’audience a atteint une moyenne de 7 millions de téléspectateurs par minute, soit une hausse de 201% par rapport à l’an passé pour un dernier tour.

La fin de partie a même atteint un pic de 8,8 millions de personnes selon le panéliste Nielsen.

Ce chiffre a alors largement dépassé les 7 millions qui avaient suivi Tiger Woods sur le final du Player’s Championship 2013.

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Woods est peut-être l’arbre qui masque la forêt.

Sans lui, l’économie des tournois de golf n’est pas la même et bien qu’il vienne juste de revenir, il serait peut-être temps d’imaginer une forme d’indépendance. A bientôt 43 ans, blessé ou pas, il ne va pas continuer à jouer pendant des décennies.

Et pour l’instant, aucun autre golfeur n’est capable de faire bouger les audiences à la hausse sur son seul charisme.

Ne rien faire pourrait conduire à l’explosion d’une bulle spéculative

En conclusion, pour un tournoi de golf aux Etats-Unis, et avec la présence de Tiger Woods, les dotations ne sont pas nécessairement exagérées, et peut-être même pas assez importantes, notamment en Majeur.

A l’inverse, pour des tournois européens, hors majeur, la question se pose vraiment de revoir l’adéquation des dotations avec les audiences.

Si elles sont trop élevées, elles vont décourager les annonceurs en manque de rentabilité, et du coup, cela explique facilement pourquoi un Open de France a aujourd’hui bien du mal à trouver un soutien durable.

Le problème se pose aujourd’hui en France, mais il pourrait se poser en Grande-Bretagne avec le British Masters, ou encore en Espagne ou en Italie où le nombre de licenciés est encore moins important qu’en France.

Si les tournois de golf ne passionnent pas les foules, peut-être faut-il s’interroger sur la nature du spectacle proposé ?

Peut-être faut-il généraliser le match-play ou trouver de nouvelles formules de jeu ?

Récemment, l’Australie a testé un tournoi réunissant garçons et filles sur la même semaine, et le même parcours.

Les deux tableaux donnant lieu à deux vainqueurs, comme c’est déjà le cas au tennis, et notamment sur beaucoup de tournois, majeurs ou Masters 1000.

Aux Etats-Unis, l’exemple du All-Star game qui réunit les meilleurs joueurs de la saison dans un match de gala prestigieux est aussi une piste à envisager.

La Ryder Cup est incontestablement la plus belle réussite du golf en termes de spectacles et d’audiences.

Ne faudrait-il pas s’en inspirer davantage, et créer d’autres tournois avec un capitaine qui sélectionne des joueurs, et des joueurs qui se battent pour faire partie d’une sélection ?

L’exemple du Knockout en Belgique est peut-être une formule à développer ?

Démarrer un tournoi par deux tours en stroke-play, et finir par des matchs pour organiser une dernière partie spectaculaire entre deux finalistes.

Si les choses restent en l’état, il faut craindre pour la pérennité du golf professionnel, un écart de plus en plus important entre les dotations, et les audiences, et finalement un effondrement du système, car plus de rapport entre les coûts et les revenus.

Les golfeurs professionnels en seraient alors les premières victimes.

Pour l’instant, les dollars en provenance du Moyen-Orient et d’Asie masquent artificiellement le problème, mais jusqu’à quand ?

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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