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La face cachée du développement du golf en Chine

Explosion du golf en Chine : de 2 à 20 millions de golfeurs d'ici à 2020

Qui aurait-pu imaginer vingt en arrière que la Chine, pays communiste (dépend de la définition) serait une place forte, et bientôt centrale du golf dans le monde ? Aujourd’hui, c’est une question que la banque HSBC ne se pose plus, et même supporte pour pousser ce développement.

Pour replacer les choses dans leur contexte, rappelons que les Etats-Unis restent, et de très loin, la première puissance golfique mondiale avec près de 30 millions de pratiquants, juste devant le Japon avec 15 millions de joueurs, et le Canada avec 4 millions de joueurs et joueuses.

Dans ces grands pays de golf, les deux dernières années ont été plutôt récessives, en grande partie à cause de la crise économique.

A contrario, la Chine connait un développement à deux chiffres du nombre de joueurs, mais cette progression est à mettre en rapport avec le développement de la classe moyenne chinoise, dont le pouvoir d’achat a parallèlement fortement augmenté.

Dans les entreprises du domaine privé, les salaires des cadres ont bondi de 17% en 2013, confirmant les hausses des années précédentes.

De la même manière, le salaire minimum offert dans certaines régions a été revu à la hausse (186 euros dans la province du Guangdong).

En réalité, le premier terrain de golf moderne a été construit en 1984, et depuis, c’est près de 300 parcours qui sont accessibles dans les grandes zones urbaines.

A ce jour, on estime qu’un deux millions de chinois jouent au golf, mais les prévisions tablent sur 20 millions de golfeurs chinois en 2020 (2% de la population).

A quelques jours du prochain WGC-HSBC Champions, prestigieux tournoi de golf qui va accueillir pas moins de 40 des 50 meilleurs joueurs du monde sur le Sheshan International Golf Club du 31 octobre au 3 novembre, penchons-nous sur les raisons d’un tel développement, et les motivations de la banque HSBC, qui aurait tout aussi bien pu investir en Ecosse, terre d’origine du golf ?

Les meilleurs golfeurs de la planète font le long déplacement

Alors qu’il est très difficile de faire venir des golfeurs américains ou des membres du PGA Tour en Europe, Jordan Spieth, Henrik Stenson, Rory McIlroy seront bien présents à Sheshan pour tenter de remporter les 8,5 millions de livres de dotations mises en jeu par la banque sur ce tournoi.

WGC signifie championnat du monde de golf ! Pourtant, on a surpris les organisateurs à parler de Majeur de golf asiatique à propos de l’épreuve…

Sans doute un lapsus révélateur du désir profond de certains de voir le centre de gravité de la planète golf se déplacer des Etats-Unis vers l’Asie !

Il est très amusant d’écouter les golfeurs professionnels parler de cette épreuve.

A commencer par Phil Mickelson, deux fois vainqueur, et en quête d’un troisième chèque…pardon titre.

« Je ressens quelque chose de spécial à propos du WGC-HSBC ».

On aurait bien envie de lui répondre que cela doit être lié aux 8,5 millions de livres…

Plus sérieusement, au même titre que les autres épreuves du championnat du monde, ce rendez-vous est incontournable pour les meilleurs golfeurs du monde, dans la mesure où il est co-sanctionné par les séries finales de la Race To Dubai (tour professionnel européen), et par la Fedex Cup, qui compte sur le PGA Tour.

Dans la bagarre que se livre les 100 meilleurs golfeurs du monde, autant dire que ce tournoi est important.

Tout comme son homologue féminin, le HSBC Women’s Champions qui est disputé depuis 2008 à Singapour.

HSBC : Une banque qui cherche à redorer son blason par le golf

A l’été 2012, souvenez-vous, HSBC était sous le feu des critiques et de plusieurs scandales financiers.

La banque britannique avait provisionné plus de 2 milliards de dollars pour couvrir différentes amendes suite à des manipulations sur le LIBOR, mais encore plus grave, il avait été aussi reconnu que la banque avait blanchi de l’argent aux Etats-Unis et au Mexique entre 2004 et 2010.

Ainsi, plusieurs millions de dollars en provenance de cartels de la drogue étaient passés par les comptes de la banque, avouant une négligence de son système de gestion, non-conforme aux dispositions en vigueur aux USA.

Malgré les révélations et les pénalités, la banque n’a pas renoncé à ses investissements dans le domaine du golf.

HSBC s’impose même de plus en plus comme le grand argentier du golf dans les pays en voie de développement golfique.

Chine, Singapour, mais aussi Brésil depuis l’annonce du retour du golf aux Jeux Olympiques à Rio

Voulant se racheter une image, cette démarche va même jusqu’au sponsoring de tournois juniors comme le HSBC China Junior Golf Program, un investissement qui devrait voir éclore dans la prochaine décennie plusieurs champions de golf chinois, à l’image du jeune Guan Tianlang, qui a participé à seulement 14 ans au dernier Masters d’Augusta.

Des golfeurs chinois de plus en plus talentueux

Le complexe d’infériorité du chinois par rapport à l’homme blanc ?

Il n’en fallait pas plus pour encourager la logique stakhanoviste des écoles chinoises qui trouvent là le financement de leurs méthodes de formation à coup de 14 heures de golf, sept jours sur sept auprès d’enfants de moins de dix ans.

Si d’un point de vue financier, l’obsession des chinois pour devenir la première puissance économique au monde leur a fait prendre des distances avec le communisme, dans le domaine du sport, certaines pratiques dignes de la RDA semblent subsister.

Dommage que la banque HSBC se félicite d’être avisé en la matière !

Sans parler des dommages irréversibles sur la santé psychique des enfants (voir les problèmes de sex addict de Tiger Woods suite à une éducation intensivement golfique), ces pratiques visent à profondément déséquilibre l’échiquier mondial du golf.

Pour preuve, le golf féminin est déjà très largement touché par le phénomène.

La Corée du Sud truste toutes les premières places du Rolex Ranking (classement mondial), car ce n’est pas seulement une joueuse, mais des centaines qui déferlent sur le circuit mondial.

D’une certaine manière, on peut parler de pratiques déloyales.

Les enfants en première ligne

Et enfin, toujours sans minorer la santé des enfants, quel intérêt pour nous adultes, de regarder des gamins de 14 ans jouer sur des tournois de golf, censés être les plus dures au monde. Cela constitue à démystifier la difficulté des épreuves…

Quand Lydia Ko, la néo-zélandaise de 16 ans manque de remporter l’Evian Championship 2013, pensons-nous que c’est un exploit de cette gamine, ou que le reste du plateau est très faible ?

Et le phénomène va en s’amplifiant !

Andy Zhang a remporté à seulement 14 ans le Masters Amateur et joué l’US Open en 2012.

Jing Yan a disputé à seulement 16 ans le Women’s British Open 2012.

L’avis de David Leadbetter, coach des stars est-il objectif ?

Entraîneur de Nick Faldo, Nick Price ou encore Ernie Els, David Leadbetter est une voix qui compte dans le monde du golf.

« Nous sommes conscients depuis un certain temps qu’il existe en Asie un grand réservoir de talents chez les femmes mais bientôt aussi chez les hommes. Dans les années 70, le golf masculin était dominé par des américains. Puis dans les années 80 et 90, ce sont les européens qui ont repris le flambeau. De nos jours, après la longue domination de Tiger accompagné par une nouvelle grande génération de golfeurs européens, je suis pratiquement certain que nous allons assister une nouvelle grande vague de talents en provenance d’Asie ».

Si le constat de Leadbetter semble juste, il nous semble qu’il omet quelques vérités.

Le golf est devenu très important aux USA suite à la popularité et au charisme d’Arnold Palmer, et Jack Nicklaus, en fait, les premières figures du marketing sportif dans le monde, avec l’avènement d’une société du nom IMG, ce qui explique en partie pourquoi aujourd’hui 30 millions d’américains jouent encore au golf en 2013.

En Europe, on joue au golf depuis sept siècles !

En Asie, et en particulier en Chine, on joue au golf depuis une grosse décennie, et la classe moyenne chinoise ne compte pas encore 30 millions de golfeurs.

C’est donc un non-sens de faire croire que le golf en Chine va produire des centaines de champions de golf sans un produit dopant infligé à haute dose, d’où l’implication financière d’HSBC qui en fait vise un autre objectif, beaucoup plus commercial, avec la défense de ses intérêts en Chine, prochaine place forte financière, en se faisant bien voir par le gouvernement local.

Leadbetter apporte son crédit à cette stratégie en ajoutant que les jeunes golfeurs chinois étaient doués de swings si techniques qu’ils auraient leurs places sur les couvertures de n’importe quel magazine de golf.

« Leurs dévotions et leurs disciplines dans le travail est toujours évidente quand ils veulent atteindre leurs objectifs. Ajoutez à cela, le fait qu’ils soient extrêmement calmes, et vous avez l’impression que rien ne leur est impossible. »

Ce qui est effrayant avec ce type de propos, c’est que Leadbetter parle d’enfants de moins de dix ans

Les fans de golf chinois n’ont pas le monopole du cœur

A force de nous brosser un tableau idyllique, on finirait par croire que les fans de golf chinois ne sont pas des êtres normaux, mais totalement parfaits et sans aspérités.

Ce qui est évidemment parfaitement faux.

Dernièrement, lors du tournoi de Pékin (Reignwood LPGA Classic), l’américaine Stacy Lewis s’est plainte du comportement des spectateurs chinois, qui ont plus que poussé la victoire de leur compatriote Shanshan Feng au dépens de la numéro 3 mondiale.

Le golf, qui cherche par tous les moyens à se distinguer de sports populaires comme le football ou le rugby, n’encouragent jamais les spectateurs à se comporter comme des supporteurs (sauf peut-être pendant la Ryder Cup).

Pourtant, il faut bien admettre que Lewis n’a pas joué à armes égales sur ce tournoi.

Sur chaque putt manqué, l’américaine a véritablement eu la sensation que le public présent autour des greens se réjouissait de son infortune.

Rappelons qu’elle était en tête du tournoi au départ du trou 18 du dernier tour, devant Shanshan Feng qui frappa une balle qui heurta une pierre dans un plan d’eau pour rebondir, et se poser à côté du trou pour eagle et la victoire…

En clair, un coup pourri dont on aurait honte mais qui marque !

Depuis, Stacy Lewis qui avait fait part de ses commentaires sur son compte Twitter, l’a fermé, pour ne plus donner suite à cet incident, qui va sans doute troubler son image en Asie, et ne pas recevoir un flot d’insultes, se contentant de s’excuser de dire ce qu’elle pense.

A l’inverse, quand HSBC fait la promotion de son épreuve à Sheshan, c’est un tout autre aspect du comportement du fan de golf chinois qui est mis en avant.

Par le passé, un putt réussi ou manqué de la part de Nick Faldo n’aurait pas eu d’effet sur près d’un milliard de chinois.

Aujourd’hui, la situation serait très différente.

Les spectateurs à Sheshan sont désormais très cultivés sur les choses du golf.

Depuis neuf ans que le tournoi se dispute en Chine, HSBC souligne la qualité du public qui a les yeux grand ouverts pour suivre les exploits des champions de golf, louant son hospitalité, et n’hésitant pas à le qualifier d’état de l’art de l’expérience du spectateur ! (je cite)

Quelle est la part de vérité entre l’expérience récente de Stacy Lewis, et les commentaires élogieux d’HSBC ?

Ou plutôt qui a le plus gros intérêt commercial ?

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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