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Coacher des juniors au golf: Quels sont les bons enjeux ?

Coacher des juniors au golf: Quels sont les bons enjeux ?

Nous avons sollicité deux professionnels afin d’animer un débat autour de plusieurs questions concernant l’entraînement des jeunes golfeurs. Rémy Bedu (Golf de Sully Sur Loire) et Jean-Philippe Serres (Golf d’Etiolles), deux enseignants parmi les plus expérimentés ont donc accepté le débat pour jeudegolf.org

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Les temps ont changé ! Les nouvelles générations ont de nouvelles aspirations, de nouveaux modes de communications, et de nouvelles contraintes.

Un enseignement à poigne n’est clairement pas au goût du jour. Si vous avez appris le golf dans une école de golf ou avec un pro, vingt ou trente auparavant, vos enfants quant à eux ne vivront certainement pas aujourd’hui la même expérience.

Alors qu’aux Etats-Unis, les pros veulent parler de développement du joueur, de gratification, de technologie, de maîtrise du plan de swing, et enfin de challenge, nous avons voulu savoir ce qu’en pensent des pros français dans la réalité des écoles de golf françaises.

Les américains ont certes souvent des concepts très tournés vers la performance, et parfois à outrance, dans ce sujet, nous voulions donner la parole à la réalité en France.

Comment aborder l’enseignement des jeunes ? Quels sont les premiers objectifs à définir ? A quel âge doit-on spécialiser les jeunes ? Comment trier les groupes dans les écoles de golf ? Par Niveau ? Par âges ? Par affinités ? Garçons ou filles ? Quelle importance pour le matériel ? Quelle place pour les parents ? Et enfin, quel état d’esprit et quelles valeurs sont à transmettre ?

Comment aborder l’enseignement des jeunes ?

R. Bedu : Il faut construire la relation au jeu de manière pyramidale. Si on veut plus de champions, il faut déjà avoir plus de jeunes qui jouent au golf.

La priorité, c’est de donner envie ! Ce n’est pas toujours d’aller sur le parcours. Vous avez des jeunes qui s’éclatent au putting. Il faut les mettre sur un putting-green. Il y en a d’autres qui veulent taper loin et droit. Il faut leur mettre un driver dans les mains. Il faut d’abord commencer par donner envie, et après faire passer les messages.

J-P Serres : Je suis à 200% d’accord sur l’approche pyramidale. Il faut faire monter l’intérêt pour le jeu de manière progressive. Il faut commencer par mettre en avant l’aspect ludique, et le jeu. Laisser progresser les enfants à leurs rythmes. Il ne faut surtout pas les forcer à faire ce qu’ils n’aiment pas.

On peut ensuite parler des valeurs du golf comme l’étiquette.

R. Bedu : Il faut appliquer les consignes, respecter les camarades, respecter les installations, se faire plaisir…

A quel âge, peut-on débuter le golf ?

R. Bedu : On peut commencer très tôt. Je constate d’ailleurs un réel rajeunissement chez les jeunes avec des enfants qui commencent dès 5 ans.

Cela se voit dans les regroupements liés aux compétitions types U10 et U12 (internationaux).

J-P Serres : En dessous de 7 ans, c’est plutôt du Babygolf. J’ai des groupes qui ont entre 8 et 13/14 ans.

Quels sont les premiers objectifs à définir ?

R. Bedu : La première question à se poser est « Comment faire pour qu’ils s’intéressent au golf ? » En fonction des enfants, il peut y avoir des stratégies différentes.

Un jour, j’ai eu un enfant qui voulait créer un parcours de golf dans son jardin ! Il voulait y mettre des boules de départs, des obstacles, un bunker…Il avait vu du golf à la télé et c’est le parcours qui lui avait plu.

Chaque enfant peut avoir un projet différent.

A Sully, j’ai une petite fille qui vient au golf parce qu’on autorise les chiens tenus en laisses. Elle vient jouer au golf parce que c’est le seul endroit où elle peut voir des chiens, et puis se faire des amis.

Le moteur du golf pour des enfants, cela peut être de rencontrer des amis, et d’évoluer dans des grands espaces de libertés.

Ce qui me permet ici de réagir sur le fait qu’on a changé à tort le nom de notre discipline.

Avant, nous passions un brevet d’état d’éducateur sportif. Aujourd’hui, c’est un brevet d’état professionnel…Notre rôle, ce n’est pas seulement d’apprendre à taper loin, mais aussi, d’enseigner sur le comment se comporter.

Dire bonjour, au revoir…Apprendre à respecter les autres.

J-P Serres : C’est tout à fait vrai. Nous devons transmettre des valeurs tout en inculquant un esprit ludique.

Par exemple, c’est aider son camarade à rechercher ses balles sur le parcours, lui tirer son chariot quand la situation le demande, lui tenir le drapeau au putting. Finalement, c’est un esprit sportif qui n’est pas très loin des arts martiaux.

Le moniteur agit un peu comme un second parent.

Nous observons tous et partout une forme de déclin des valeurs. Dans ce contexte, les enfants sont eux aussi de plus en plus individualistes. Il faut donc leur apprendre à penser plus collectif.

Au Racing, c’était un peu une grande famille. A l’école de golf, c’est vraiment à partir de 12/14 ans que les choses commencent à devenir plus difficiles. La morphologie et la psychologie changent. Les repères sont plus difficiles à trouver.

J’ai noté des différences entre les jeunes qui étaient ou n’étaient pas dans les équipes.

Celui qui n’est pas dans l’équipe a tendance à s’isoler. Il perd progressivement les valeurs.

Pourtant, nous ne sommes pas à l’école, il ne doit pas y avoir de sentiments d’échecs.

A quel âge doit-on spécialiser les jeunes ?

R. Bedu : Je suis assez d’accord avec les principes enseignés par TPI (Titleist Performance Institute). Je dirai le plus tard possible ! Au-delà de 7/10 ans…

Faire que du golf pourrait être dangereux, et cela priverait l’enfant de découvrir autre chose. Le golf ne fait pas tout travailler, et en tout cas, pas toutes les compétences athlétiques.

Au contraire, quand un enfant pratique d’autres sports comme le lancer, le saut, le tennis, l’équitation, on va pouvoir récupérer tout ce qu’il a appris par ailleurs très rapidement.

J-P Serres : Au Racing, on avait des enfants qui jouaient au hockey. Ils avaient moins de cours de golf, et plus de cours de hockey. C’est comme cela que nous avons eu un garçon comme Antoine Rozner qui est devenu un des meilleurs amateurs. Le hockey lui a permis de développer plus de coordination, et plus de vitesse.

Jean-Philippe Serres au milieu de ses élèves

J’essaie en permanence de les connecter à d’autres sports. On ne perd jamais du temps à leur faire faire d’autres choses.

Tous les sports qui sont similaires (lancer) sont très bons.

A Paris, j’avais des jeunes qui passaient tous les mercredis devant notre petit practice (Stade Georges Carpentier), et qui s’y sont mis alors qu’ils jouaient au rugby. Je trouve très bien d’associer un sport d’équipe avec le golf. D’ailleurs, Thomas Levet a commencé à jouer au hockey avant de se mettre au golf.

R. Bedu :Il y aussi Greg Norman qui était un surfeur, et avait pratiqué beaucoup d’autres sports avant de se mettre au golf. Il s’y est mis à 18/19 ans pour faire plaisir à sa mère !

Dans les années 90, Leadbetter avait réuni plusieurs champions dans différentes disciplines pour voir quel sportif était le plus complet. Nick Faldo avait réussi à obtenir les meilleures performances au cumul des différentes disciplines.

Comment trier les groupes dans les écoles de golf ? Par Niveau ? Par âges ? Par affinités ? Garçons ou filles ?

J-P Serres : Il y a plusieurs écoles ! Autour de 10 ans, les enfants peuvent avoir des tailles très différentes les uns des autres. Au niveau de l’école de golf, vous pouvez avoir des enfants qui veulent être dans esprit plus ludique, et d’autres dans la performance. On établit alors des tests.

Personnellement, j’aime bien mélanger les filles et les garçons.

Les garçons sont rapidement pollués par ce qu’ils voient à la télévision, et en particulier, le fait de taper loin.

Alors que pour les filles, le jeu n’est pas le même. Elles n’ont pas le même comportement. Les filles sont plus calmes, plus attentives, et elles travaillent plus.

A l’inverse, les garçons préfèrent joueur plus vite. J’aime bien l’idée de mélanger un peu des deux.

R. Bedu : Je ne suis pas d’accord. Avant, après l’adolescence, il n’y a pas d’âge précis pour que je le définisse, mais il y a un moment, peut-être entre 12 et 14 ans où les filles te disent que les garçons sont stupides, etc…

Il y a un âge où ils ne comprennent plus. Les filles préfèrent rester ensembles. Les garçons préfèrent rester ensembles. Ils ne se mélangent pas.

Il y a un risque. Si dans le groupe des filles, une enfant ne se fait pas de copines ou ses copines arrêtent, elle arrête !

Au PIC, à l’inverse, j’avais un groupe de filles qui jouaient ensemble depuis quatre ans. Elles venaient par amitié les unes pour les autres. Sous la pluie, on ne laissait pas ses copines toutes seules !

Au tout début, il faut mélanger, les mettre par objectifs pour qu’ils s’amusent ensemble, mais après ils se séparent.

J-P Serres : Je suis d’accord sur le fond. 

Au Racing où nous avions une grosse école de golf, c’est vrai que pour les 13/14 ans, c’était plus compliqué.

Cependant, quand on regarde sur les réseaux sociaux (facebook), quand ils ont 20-25 ans, ils sont désormais tous ensembles quand ils font des fêtes et des soirées, alors qu’à un certain moment, plus jeunes, effectivement, ils ne s’entendaient pas très bien. On les retrouve après !

R. Bedu : Effectivement, vers 15 ans, on les retrouve les uns avec les autres. Au PIC, je les voyais se soucier des résultats des uns et des autres. Quand on se retrouvait au club-house après une compétition, ils étaient inséparables.

Quelle importance pour le matériel ?

R. Bedu : Pour moi, c’est primordial ! C’est même la question ! Il est absolument nécessaire que les enfants jouent avec du matériel adapté !

Le mot, c’est adapté ! adapté ! adapté !

Pour les enfants, il faut adapter le matériel, mais aussi l’enseignement, la pédagogie, et aussi le parcours.

Un enfant, ce n’est pas un petit adulte !

Il faut des grips plus fins, des manches plus flexibles, et même des balles plus grosses et plus colorées pour ajouter plus de fun.

J-P Serres : Je suis entièrement d’accord.

L’enfant grandit et à mesure qu’il grandit, il faut pouvoir lui proposer du matériel adapté.

Son squelette évolue, et il faut pratiquement se reposer la question tous les 3 à 6 mois. Les garçons veulent aller très vite vers des clubs d’adultes, et souvent, ils achètent des clubs trop lourds.

Idem pour le putter qui est souvent trop long et trop lourd.

R. Bedu : Il faudrait organiser les choses, un peu à l’image de ce que font les mamans au sujet des articles de puéricultures où elles organisent des sortes de bourses d’échanges. Il faudrait faire la même chose dans le golf avec la possibilité de trouver des clubs à petits prix.

D’occasion, on peut trouver des clubs pas chers et pas mal, notamment dans les marques US Kids Golf ou Boston. Après en dehors de certaines marques comme Ping ou Callaway, il n’y a pas beaucoup de choix.

Quelle place pour les parents ?

J-P Serres : Il faut laisser faire l’enfant !  En revanche, il faut se tenir informé de ce qui se passe. Favoriser la pratique d’autres activités. Respecter une forme de pratique libre, et accorder des périodes de repos.

Aujourd’hui, je les trouve très « poussif » ! Ils poussent à s’entraîner plus alors qu’il faudrait garder une distance avec l’enfant tout en restant toujours très positif.

Leur donner des notions de respect, d’humilité, de patience…Le golf est un jeu qui est long.

Aider dans le domaine du contrôle de soi, aider dans la persévérance (le golf est aussi un jeu difficile) et enfin les aider dans leur volonté de réussir.

R. Bedu : Je suis d’accord. J’ai toujours cette petite phrase sur ce sujet : « Quel est le problème avec les enfants ? C’est souvent les parents ! »

Justement, la FFG a édité un très bon guide sur le rôle des parents « Mon enfant joue au golf » C’est un fascicule pour prendre conscience des choses.

Laissez-nous faire notre métier ! Professeur de golf, c’est un métier particulier. Ne cherchez pas à faire de votre enfant, un futur centre de profit. Laissez de l’espace à la fois psychologique et géographique.

Sur le parcours, j’ai instauré une règle qui interdit aux parents de parler aux enfants. Pourtant, j’ai des parents qui se cachent dans la forêt pour faire passer des messages par mimes !

Il faut apprendre à se détacher de l’événement car cela transmet du stress à l’enfant. C’est contre-productif.

A la limite pendant une partie ou une compétition, je préfère que les parents s’en aillent. Les enfants n’ont pas besoin des parents pour gérer leurs émotions.

Quand les parents sont omniprésents, mettent trop de stress, cela pousse les enfants à tricher. Ils ne doivent pas être le miroir de ce que les parents n’ont pas pu faire.

Un jour au PIC, j’avais une petite fille qui pleurait parce qu’elle avait joué +8 « Maman ne va plus m’aimer ! » J’ai fait venir la maman, et elles se sont enlacées et effondrées en larmes. Bien entendu, l’amour d’un enfant ne se résume pas au score au golf.

J-P Serres : Laissez vos enfants s’amuser ! Ceci étant, c’est un peu un constat moral d’engagement des parents et des enfants les uns envers les autres. Les parents font parfois de gros efforts pour que leurs enfants jouent au golf. C’est un échange et il faut que chacun se donne à fond dans ce projet.

R. Bedu : Les parents comptent beaucoup dans la future performance d’un enfant, pourtant, ils ne sont pas nécessairement formés à encadrer un sportif de haut niveau.

Malheureusement, un très bon joueur n’arrivera à rien si ces parents ne sont pas derrière lui avec la bonne attitude, et même quand il a de bonnes dispositions. C’est essentiel dans la réussite de l’enfant.

Il faudrait presque coacher les parents.  A haut niveau, il faut aussi former les parents.

Les clubs devraient faire plus de rappel. C’était aussi le rôle des commissions sportives mais parfois dans les grands clubs, cela dévie, et les parents sélectionnent leurs enfants, ce qui créé des tensions.

Comment faire venir plus d’enfants dans les écoles de golf ?

R. Bedu : Tout le monde pense qu’il faut faire venir des enfants par le golf scolaire. Je ne suis pas du tout en accord avec cela, car tout simplement je n’y crois pas.

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J’ai des enfants qui ont découvert le golf à travers l’activité d’un centre aéré qui rentre chez eux le soir et disent à leurs parents qu’ils ont joué au golf. Et la réaction des parents est parfois très négative. Pour caricaturer, ils préfèreraient que leurs enfants trafiquent de la drogue !

Plus sérieusement, mon opinion, c’est que cela ne sert à rien tant que les parents ne sont pas convaincus.

Ce sont les parents qui amènent les enfants au golf. Ils doivent être convaincus du bien-fondé de la démarche.

En revanche, il est préférable de développer le golf de proximité pour faire venir les enfants en autonomie, et notamment ceux qui aimeraient bien jouer malgré un avis défavorable des parents.

Aujourd’hui, les enfants qui jouent sont ceux des parents qui jouent !

A ce titre, je ne crois pas du tout que la Ryder Cup va y changer quoi que ce soit. Cela n’aura pas d’effets sur le développement du golf en France.

J-P Serres : Pour ma part, en plein Paris, à Carpentier, nous avons des enfants qui arrivent à venir facilement. Certains arrivent même à faire du covoiturage.

Nous avons deux écoles à proximité. Je dirai qu’il n’y a que la rue à traverser pour aller au golf.

Concernant le golf scolaire, il ne faut surtout pas croire que cela se fait comme ça. D

epuis le changement des rythmes scolaires, on pourrait croire que cela facilite l’accès au golf, mais en fait, il faut faire des validations notamment au niveau des académies.

A la longue, c’est plus compliqué qu’il n’y parait, et sur 18 enfants que nous avons accueilli dans ce cadre, aucun n’a voulu continuer.

En revanche, nous avons un ou deux enfants qui sont venus d’eux-mêmes.

Tant que les parents n’auront pas la culture de ce sport, il ne se passera rien. Il faut du temps, et les golfs sont trop loin des centres-villes pour que les mentalités évoluent facilement.

R. Bedu : Il y a des partenariats qui se sont mis en place, notamment avec des sociétés comme McDonald ou Kinder. Sans doute, des idées à creuser pour faire découvrir le golf, et notamment d’inciter les parents à venir avec les enfants.

Si on fait adhérer des enfants, parents et même grands-parents s’inscrivent, mais rien en peut se faire sans les parents.

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