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Bubba Watson : Un golfeur tout en émotion qui renoue avec la victoire au Genesis Open

Bubba Watson : Un golfeur tout en émotion qui renoue avec la victoire au Genesis Open - Crédit photo : Mark Newcombe

Après chaque grande victoire, Bubba Watson a tendance à laisser échapper quelques larmes. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas le gaucher de Bagdad (Floride), il reste une figure du PGA Tour, et surtout un golfeur qui ne dissimule pas ses émotions. Sur le parcours du Riviera Country Club, Bubba a obtenu sa dixième victoire en carrière sur le circuit. Un objectif qu’il s’était fixé quatre ans plus tôt, et qu’il a bien cru ne jamais pouvoir atteindre. Plus que les observateurs, il est probablement le plus surpris par son propre palmarès, lui qui n’a jamais pris de cours de golf, et a toujours fait les choses à sa manière… la méthode Bubba qui est tout sauf orthodoxe.

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Comment imaginer qu’un golfeur qui hook autant la balle, la slice parfois, ne putt pas toujours comme un maestro puisse devenir l’un des meilleurs joueurs du monde ? Cette question, c’est Bubba lui-même qui se la pose.

Détenteur de deux Masters, le plus suprême des tournois majeurs qu’un golfeur puisse remporter, Bubba Watson n’est pourtant pas là par hasard.

Pendant des années, il a été le plus long frappeur de drive sur le circuit professionnel avec des moyennes au-delà des 315 yards (288 mètres).

Gaucher, il a justement parfaitement tiré partie de sa puissance depuis le tee de départ pour illustrer comment Augusta pouvait sourire à son style, et à sa façon de travailler la balle.

Quelques jours après avoir consacré un sujet au fait de taper droit, Bubba Watson est justement le parfait exemple du golfeur qui donne systématiquement un très gros effet latéral à sa balle (sidespin).

Ces derniers mois, la machine Bubba semblait s’être grippée. Il a tenté de monnayer son image et son talent avec les balles Volvik, pour finalement vite revenir à son amour de toujours, la Pro V1.

On pourrait croire que la balle a été la cause de tous ses tourments. En réalité, après deux ans sans résultats, Watson a lâché ses larmes, et laisser transpirer son émotion dans les bras de son cadet, car peut-être plus qu’un autre, il sait la valeur de cette victoire.

Il vient d’en gagner une dixième lors du Genesis Open. Il sait qu’il peut se passer beaucoup de temps avant la prochaine.

Par le passé, il lui est arrivé d’être très arrogant, et même antipathique, sous ses faux-airs de garçon sympa, décontracté, et bravache.

Bubba n’est pas la plus grande star du jeu, mais c’est une grosse star qui jouit d’une belle cote de popularité aux Etats-Unis. Il n’hésite pas à se mettre en scène, se déguiser et prendre le contrepied du côté élitiste et guindé du golf.

Il a utilisé sa notoriété de double vainqueur du Masters pour laisser libre cours à son moyen d’expression préférentiel : la loufoquerie.

Pourtant, en réalité, dans la vraie vie, il est aussi taciturne qu’il ne peut être drôle devant une caméra.

Il peut lui arriver de se prendre pour quelqu’un d’autre, de se prendre pour un être à part,… soit le mauvais côté du star-system, à la fois méprisant pour ceux qui voudraient l’approcher justement séduit par son côté fanfaron, et forcément surpris par la réalité, et aussi mauvais joueur à ses heures, quand la partie devant lui prend trop de temps, ou que le parcours ne lui convient pas.

Bubba est aussi sympathique qu’antipathique, en bref, c’est un acteur capable de jouer des rôles de compositions.

Sur le green du 18 au Riviera Country Club, théâtre du Genesis Open 2018, Bubba n’a pas joué la comédie.

Cette fois, il a apprécié le prix de la victoire, sa dixième, et même sa troisième sur ce parcours qui lui réussit particulièrement.

Il rejoint d’ailleurs Ben Hogan au palmarès des triples vainqueurs sur ce parcours.

Au cours de ces deux dernières années, BW a chuté du top-10 mondial au-delà de la centième place mondiale. L’an passé, sur quatre majeurs, il a manqué trois fois le cut.

Son niveau de performance a drastiquement changé. Pas forcément son driving, mais bien l’ensemble de son jeu du tee au green, ses approches et son putting.

Sans qu’on le sache ou qu’il ne le claironne, Watson a été visiblement victime d’une maladie qui lui a fait perdre 20 kilos, passant de 95 à 74 en peu de temps.

Watson s’est fait peur, et a pensé à la retraite.

Arrêter le golf pour cet enfant de la balle était une hypothèse envisageable, capable de tous les coups de têtes… mais pas pour sa femme qui l’a poussé à ne pas arrêter dans un temps faible, mais au contraire, à chercher à rebondir pour s’arrêter comme une star, au sommet de la gloire.

A 39 ans, c’était un peu tôt pour envisager la fin.

Pourtant, c’est Bubba ! Il est loin des professionnels aseptisés, lisses, sans surfaces, sans histoires ! C’est un showman, et sur le parcours, avec lui, tout peut arriver comme une sortie de bunker qui rentre dans la boîte au meilleur moment pour se donner deux coups d’avances quand la liste de ses poursuivants perd justement du terrain.

C’est cette sortie de bunker dans la boîte au 14 qui a été déterminante.

Au cours des quatre tours de compétitions, on pouvait sentir qu’il était dans le coup. Pourtant, il n’a jamais joué de la même façon.

Lors des deux premiers tours, son driving était très moyen (sous la moyenne du champ de joueurs pour la distance et la précision), par contre, il s’est montré précis sur les attaques de greens (72% de greens en régulation au lieu de 63% pour le reste du champ de joueurs au cours du premier tour).

Dimanche, pour gagner le tournoi avec deux coups d’avances, il a drivé plus loin et plus précisément (320 yards au lieu de 304) que ses rivaux, mais s’est montré très imprécis dans les attaques de greens avec quelques coups le mettant très loin des drapeaux.

Finalement, son putting l’a à la fois porté et sauvé pour se défaire de Kevin Na et Tony Finau de deux coups. La sortie de bunker du 14 est en fait le coup qui a créé cet écart.

Bubba, c’est donc l’émotion de ce « gars un peu lambda » qui doué pour taper dans la balle sans trop savoir comment, comprend à l’âge de la maturité qu’il a une belle vie, et qu’il peut s’estimer heureux d’avoir gagné à dix reprises sur le tour.

C’est justement sa compagne qui l’a aidé à voir le positif quand la balle ne tournait pas dans son sens.

Plus tard dans la soirée, il dira de ce dernier succès qu’il est le plus beau.

Après deux ans de difficultés, lui qui n’en avait finalement pas eu beaucoup pour être au sommet, a pris conscience que le succès pouvait le quitter sans qu’il ne sache trop pourquoi. Il a donc appris à relativiser, tout en restant un type tout en émotion, ce qui le rend touchant.

Va-t-il prendre sa retraite sur cette victoire ? Certainement pas, il va simplement devoir se trouver un nouveau challenge, et visiblement, le fait de remporter une troisième veste verte est au programme.

En septembre 2016, il n’était pas dans l’équipe américaine de Ryder Cup, lui qui deux ans plus tôt était encore considéré comme un leader. Cette grosse claque l’a marqué.

A la différence d’un Dustin Johnson, il n’ambitionne pas d’être le numéro un.

Par contre, remporter un Masters tel un coup d’éclat est bien plus dans les gênes de celui qui s’est auto-diagnostiqué comme hyperactif avec des troubles de l’attention, et susceptibles de faire des crises de paniques.

L’histoire de Bubba Watson peut inspirer des millions de golfeurs amateurs.

Pas pour le fait de ne pas prendre des cours de golf, mais pour le fait de parfaitement se connaître, de connaître son swing, et d’avoir réussi à dompter ses faiblesses pour en tirer parti au meilleur moment.

Si une chose a changé avec Bubba, ce n’est pas sa tendance à parler de lui à la troisième personne, mais bien au contraire, le fait que d’une certaine manière, sa traversée du désert l’a rendue plus conscient qu’il pouvait réellement toucher du doigt l’échec, et ne pas parvenir à le surmonter.  Cela ne l’a pas rendu plus humble, juste plus reconnaissant.

Ce matin, il est de retour dans le top-40 mondial. 

Crédit photo : Mark Newcombe

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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