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Bryson DeChambeau: La quête d’un swing de golf consistant

Bryson DeChambeau: La quête d’un swing de golf consistant

« Tout le monde est unique à sa façon. Certaines personnes travaillent plus dur pendant plus de temps que les autres. Vous pouvez dire que ce que je fais est insensé ou même fou, mais à la fin de la journée, je suis le gars qui tient le trophée du vainqueur ! » Par ses mots, Bryson DeChambeau, le nouveau phénomène du golf américain a voulu répondre à ceux qui, semaines après semaines, années après années, commentent les choix étonnants ou loufoques d’un golfeur qui cherche tout simplement à percer le mystère de la consistance au golf…

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La consistance… c’est la clé du succès au golf, que ce soit pour un amateur en pratique loisir ou pour un golfeur professionnel en quête de succès en tournois.

Ce californien de 24 ans a une histoire singulière avec le golf.

On peut souvent déduire que nous jouons au golf tel que nous vivons ou nous nous exprimons.

C’est peut-être encore plus vrai avec Bryson DeChambeau, tout juste vainqueur du Northern Trust Open 2018 disputé sur le parcours du Ridgewood Country Club, un terrain situé dans le New Jersey et remarquable pour ses greens très vallonnés.

En l’espace de moins de deux ans, il a tout simplement remporté trois tournois du PGA Tour, l’élite du golf dans le monde.

Avec cette dernière victoire sur un tournoi comptant pour les play-off de la Fedex Cup 2018, il faut se remémorer sa victoire acquise un peu plus tôt dans la saison, dans l’antre de Jack Nicklaus, qui l’a véritablement adoubé « Vous verrez que si Bryson continue à gagner des tournois, les gens vont acheter de plus en plus de clubs d’une seule longueur » à l’occasion du Memorial Tournament début juin.

Gagner deux tournois du PGA Tour la même année, ce n’est ni anodin, ni donné à tous les golfeurs professionnels.

L’an passé, il avait déj gagné le John Deere Classic, un autre « gros » tournoi du calendrier pour commencer à se faire prendre au sérieux sur le circuit.

Au sérieux ?

Depuis son arrivé chez les professionnels, et même un peu avant, Bryson s’était déjà un fait nom dans l’environnement du golf américain.

Il s’était fait un nom en dominant la catégorie amateur, et aussi parce qu’il affichait déjà de sacrés convictions, n’hésitant pas à vouloir paraître aux antipodes du golf traditionnel.

Surnommé le « savant fou », DeChambeau n’a rien fait pour se départir de son image d’original.

Et cela ne tient pas seulement dans ses fers d’une longueur unique Cobra parce qu’il aime son fer 7 plus que tout.

Il donne des noms à tous ses clubs, comme par exemple son fer 6 nommé « Juniper » en hommage à un trou du Masters d’Augusta ou son wedge 60 degrés « The King » en hommage à Arnold Palmer.

On retrouve un brin d’excentricité dans sa tenue vestimentaire sur les tournois avec notamment le port d’une casquette style Ben Hogan quand les autres professionnels adoptent uniformément une casquette logotée.

Cette casquette n’est pas simplement un accessoire dans l’univers de DeChambeau.

Elle ne signifie pas seulement « Je suis différent », un statut qui est parfois lourd à porter aux yeux des autres, surtout pour un jeune homme.

Elle symbolise son attachement à l’héritage des anciens. Cette référence à Ben Hogan n’est pas feinte.

Bryson tire une partie de sa philosophie pour le golf dans sa connaissance du jeu des glorieux anciens, culture qu’il a notamment développé en lisant le livre « The Golfing machine ».

Dimanche, avec une dernière carte de 69, Bryson DeChambeau  n’a pas simplement gagné le « énième tournoi de golfe ».

Il nous a envoyé un nouveau message : « Il n’est pas un phénomène de mode. »

Et plus qu’une victoire, et la perspective de plus en plus proche de disputer la Ryder Cup à Paris, en étant sélectionné par Jim Furyk, capitaine américain, et adoubé par Tiger Woods « Nous avons besoin de gars comme lui, aussi combatif et passionné », DeChambeau nous montre qu’il arrive de plus en plus fréquemment à atteindre son objectif ultime : La consistance.

On peut dire beaucoup de choses de son choix le plus clivant (les clubs d’une seule longueur). On peut contempler son swing en se disant que ce n’est pas le mouvement le plus conventionnel.

Son putting est aussi sous la forme d’une mécanique bien personnelle, tout comme son chipping.

Dans les chiffres, DeChambeau n’est pas de toute façon un golfeur exceptionnel autour des greens, et sur les greens.

Selon les statistiques du PGA Tour, pour un golfeur classé désormais dans le top-25 mondial, en nombre de coups gagnés, il n’est pas exceptionnel autour du green (63eme) et sur les greens (48eme).

En réalité, quand DeChambeau gagne, et même domine un tournoi tel qu’il a pu le faire ce week-end pour la première épreuve de la Fedex Cup 2018, il domine du tee au green.

Pour jouer 18 coups sous le par, prendre 4 coups d’avances sur le second, Tony Finau, un autre possible qualifié pour la Ryder Cup, sans être un grand putter ou un grand joueur d’approche comme un Mickelson, il faut faire tout le reste à la perfection.

Il faut être consistant… Capable de répéter le bon geste, coup après coup, situation après situation sur le tee de départ ou sur le fairway.

Sur une saison, il n’est pourtant pas le driver le plus précis avec seulement 60% de fairways en régulation.

Sur une saison, il n’est pourtant pas le driver le plus précis avec seulement 60% de fairways en régulation. Il se rattrape plus largement avec les fers, et notamment avec pratiquement 70% de greens en régulation.

Sur son excellente saison 2018, DeChambeau qui n’est pas là par hasard, est tout le même le 11eme meilleur golfeur pour la moyenne de birdie.

S’agissant du driver, quand on prend en compte, la distance et la précision, le PGA Tour le mesure dans les 18 meilleurs du circuit pour l’efficacité, un ratio qui nous rapproche du thème de la consistance…

Finalement, un drive peut être hors du fairway pour quelques centimètres sans que cela soit franchement un mauvais coup… L’efficacité au driving (distance combiné à la précision) est sans doute un bien meilleur ratio à analyser pour comprendre la performance d’un golfeur.

Comment mettre au même plan un drive d’un joueur sur la piste à 250 mètres, et un drive d’un joueur à gauche du fairway à deux mètres et long de 290 mètres… derrière, ce ne sera vraiment pas le même coup, et la même proximité au trou finalement.

Si DeChambeau n’est pas un putter génial… Pour rentrer 335 birdies en 81 parties, il faut qu’il se créé des occasions plus abordables.

Avec 29,1 putts de moyenne, DeChambeau n’est que centième sur le PGA Tour ! Il n’est franchement ni exceptionnel de près ou de loin.

Au-delà de 7 mètres sur un green, il n’a en moyenne de 4,5% de chances de rentrer le putt. Il est 148eme pour cette compétence sur le circuit.

Son petit jeu de manière générale n’est pas le socle de sa performance. Non, pour briller, DeChambeau doit planter du drapeau avec les fers !

Et il est même plutôt excellent dans ce registre, surtout quand la distance est importante.  Il fait partie des 7 meilleurs à plus de 180 mètres du green.

Ce dimanche, alors qu’il comptait déjà 4 coups d’avances avant le dernier tour, il a délivré une de ses fameuses performances où la consistance de son jeu du tee au green a été la clé.

Pour un dernier score de 69 émaillé de 4 birdies pour seulement 2 bogeys, DeChambeau a pris 89% de greens en régulation !

Mis à part le premier jour où son ratio n’a été que de 72%..., pendant les trois autres journées, il n’est pas descendu en-dessous de 83%.

Imaginez le nombre de coups parfaits que cela peut faire sur une semaine complète de golf !

Sur le dernier tour, il n’a même pas eu besoin de gagner des coups au putting sur le reste des autres joueurs, pour néanmoins gagner le tournoi.

La principale théorie avec le swing de DeChambeau consiste à répéter plus souvent et plus facilement le même geste avec un club toujours d’une seule et même longueur.

Ce n’est pas aussi simple, et surtout, il n’est pas arrivé à cette conclusion du jour au lendemain. Ce qui est passionnant avec DeChambeau, c’est qu’il ne cache vraiment pas ce que nous essayons tous de faire : Taper plus souvent de meilleurs coups de golf !

Lors du dernier US PGA Championship, Tiger Woods n’a pas terminé second du tournoi parce qu’il avait tapé des coups parfaits. Il a pris la deuxième place parce qu’à chaque fois qu’il a mis un drive hors de la piste, il a inventé un coup exceptionnel, et modèle même unique. C’est une façon de faire au golf.

DeChambeau cherche lui à répéter un coup parfait, quasiment sans aspérité. Après ses deux premiers birdies de la journée dimanche, le tournoi était déjà plié, et l’intérêt envolé.  La dernière journée s’est avérée ennuyeuse.

Quand Woods est flamboyant comme Ballesteros avant lui en créant des coups pour sortir des pièges du parcours, à l’inverse, le jeu de DeChambeau se voudrait plus ennuyeux… plus parfait… plus monotone.

Considéré comme un savant fou, l’américain est surtout une « tête ». Il a intellectualisé le swing de golf à l’extrême.

Pour la petite histoire, DeChambeau a abandonné les sports collectifs à l’université parce que ses coéquipiers ne répondaient tout simplement pas à ses attentes !

Plus jeune, et sans doute toujours aujourd’hui du haut de ses 24 ans, il était considéré comme une personnalité obsessionnelle. Il ne voulait rien faire d’autre que jouer au golf, et tout le temps.

A l’âge de 11 ans, il rencontre deux autres anticonformistes. Le clubmaker renégat David Edel qui concevra ses premiers clubs à longueur unique, et l’instructeur Mike Schy, connu pour ses théories complexes sur le swing.

C’est surtout la lecture du livre « The Golfing Machine » tout est dans le titre qui a été sa révélation, et a façonné la suite de sa personnalité à mi-chemin entre un scientifique du golf, et l’artiste parfois capricieux.

Si le but de DeChambeau est la consistance ultime à la limite de la monotonie pour les fans des tournois à suspense, dans son comportement sur le parcours, Bryson aime souffler le chaud et le froid. Il n’hésite pas à se mettre en scène, et ne dissimule pas ses sentiments les plus controversés, comme lors d’une furtive vidéo attrapée le soir du premier tour à Carnoustie.

Ce jour-là, DeChambeau auteur d’une prestation très moyenne (75) tape un drive au practice, paraît dépité comme s’il venait de perdre un parent, se prenant la tête dans les mains. Il répète le mouvement, et là part s’isoler comme s’il avait besoin de pleurer tout seul dans un coin, laissant son entourage, son staff dans la plus grande stupéfaction, ne sachant pas comment réagir au comportement aussi soudain qu’imprévisible du jeune homme.

Du livre Golfing Machine, il est clair que DeChambeau n’a plus eu qu’une seule obsession : Devenir une machine de consistance !

A 16 ans seulement, il pensait pouvoir à lui tout seul, changer le jeu de golf pour des millions de pratiquants.

A l’université, il s’est passionné et spécialisé pour la physique. A 22 ans, il était vainqueur de l’US Amateur comme Tiger Woods avant lui, et les images de son swing avaient fait le tour du monde.

Bien avant qu’il ne joue chez les professionnels, il était mondialement connu.

Dans le même temps, les américains s’émerveillaient de Jordan Spieth, considéré comme le fils spirituel du dieu Arnold Palmer, plus lisse, plus facile à comprendre, et moins alambiqué que le scientifique DeChambeau.

De 2013 à 2017, l’Amérique n’avait d’yeux que pour le phénomène qu’elle comprenait : Spieth, vainqueur de trois majeurs, et déjà numéro un mondial au sourire d’ange, soit l’image du gendre idéal si chère aux américains.

Pendant ce temps, DeChambeau fourbissait ses armes vers la perfection. Plus que de gagner, DeChambeau voulait être une sorte de Platon du golf, un visionnaire qui pourrait changer le cours du jeu. Les victoires ne servant qu’à appuyer ses théories imaginées avec Edel et Schy.

Sur ce chemin, comme beaucoup de golfeurs avant lui et après lui, DeChambeau a rencontré la frustration. La quête de la perfection est à ce prix.

Après sa première victoire au John Deere, il s’est empressé de crier au monde « Vous voyez qu’il n’y a pas qu’une seule façon de faire ! »

A l’occasion de The Open et de cette séance de practice devenue culte, DeChambeau était en échec. Ce qu’il faisait ne fonctionnait tout simplement pas. Il en a lancé ses clubs. Il s’est pris la tête dans les mains. Il a craqué.

Si vous jouez au golf, vous savez sans doute ce que c’est. Vous avez déjà vécu ces moments de frustrations intenses quand vous croyez toucher le but, et que vous semblez d’un seul coup, vous en éloigner.

DeChambeau, c’est ce type qui pense golf avec écart-type, et pression barométrique quand il faut parler de distance.

Il est intéressant de noter qu’il ne se décrit pas comme un golfeur talentueux ou le plus talentueux.

Pour lui, ce n’est pas la talent qui fait gagner durablement… c’est le dur labeur qui permet d’aller plus loin.

A Carnoustie, il s’est imposé de longues heures de practices, et finalement, elles ont semblé porté leurs fruits, au moins un temps, à l’occasion du Porsche European Open.

Il avait un coup d’avance à quatre trous de la fin. Il a craqué sous la pression, et perdu le tournoi.

Pour beaucoup d’observateurs, c’était la preuve que ses méthodes peu orthodoxes ne supportaient pas mieux la pression. DeChambeau a considéré au contraire que c’était une expérience, un apprentissage.

« Les gens sous-estiment le fait que c’est dans les moments les plus difficiles que vous apprenez le plus. »

Poursuivant « Si de temps en temps, j’ai des soubresauts, ce sont finalement des expériences formidables dont je peux tirer des leçons. »

Si quelque chose s’effondre, je pense que je serai mieux comment le surmonter, et c’est vraiment ce que j’ai appris de cette expérience

Et justement, ce week-end, leader avec 4 coups d’avances après 54 trous, les journalistes américains lui ont demandé si cela pourrait être un problème. Il a répondu simplement non.

« Si quelque chose s’effondre, je pense que je serai mieux comment le surmonter, et c’est vraiment ce que j’ai appris de cette expérience »

Sur le trou numéro 12, dans une situation délicate, après avoir perdu déjà deux coups, DeChambeau a sans doute sorti ce coup qui résume une victoire. Il a saisi l’opportunité de démontrer à tout le monde qu’il avait assez confiance en lui, et savait tenir la pression.

« Je voulais que les gens se disent que j’étais capable de réussir ce coup exactement comme je le voulais. C’est ce qui m’apporte de la joie, et pourquoi je travaille si intensément. »

Son chip donné lui a offert un birdie qui a définitivement mis fin à toute spéculation sur l’issue du tournoi.

La consistance d’un swing de golf, quel qu’il soit, est bien plus le fruit du travail que du seul talent…Il appartient à chacun de percer le secret de son propre swing.

DeChambeau comme les autres, sauf que lui, s’est mis en tête de démontrer une nouvelle façon de faire.

Au début, il suscite les moqueries. Après une victoire, il interpelle. Après trois victoires à seulement 24 ans, il dit quelque chose qui commence à s’entendre…

Crédit photo : Rich Graessle/Icon Sportswire

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.

Commentaires   

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philippe.beheydt@gmail.com
0 #1 Moe Normanphilippe.beheydt@gmail.com 29-08-2018 16:06
Il parait aussi évident, en regardant son swing sur un seul plan et son côté obsessionnel, qu'il s'est inspiré tout autant, voir plus, de Moe Norman que de Ben Hogan. Moe Norman, joueur canadien, considéré par beaucoup comme le meilleur frappeur de tous le temps et le plus droit, n'est malheureusement pas resté dans les mémoires car il a délaissé le PGA pour rester sur le circuit canadien professionnel. Auteur de 17 trous en 1 homologués, trois carte de 59, quatre cartes de 61, on l'appelait Pipeline Moe tellement il frappait droit. Des vidéos de son swing et de cet être aussi particulier qu'attachant sont à découvrir sur internet.
 

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