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Argent et golf: Les golfeurs professionnels sont-ils trop payés ?

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En 2014, les dotations des tournois du Players Championship et du PGA Championship vont crever le plafond pour dépasser les 10 millions de dollars. Des sommes astronomiques pour un tournoi de golf rendent-elles le spectacle meilleur ?

Evolution des dotations versées sur les tournois de golf professionnel aux Etats-Unis

Rétrospectivement, de 1934 à 1963, si on regroupe les gains des leaders de la money list pour chaque année, on obtient un chiffre de 958 000 dollars de gains sur une période de 29 ans.

De 1964 à 1987, soit la période d’avènement de Jack Nicklaus sur le PGA Tour, 24 saisons en tout, pour le même calcul, on obtient une dotation de 7,96 millions de dollars !

Ce qui représente un développement des dotations sur les tournois de golf nord-américain multiplié par près de dix.

Ce phénomène s’explique en partie par la popularité de Jack Nicklaus, Arnold Palmer et Gary Player, mais aussi par les débuts d’une compagnie de sponsoring, IMG, qui va particulièrement œuvrer pour valoriser les sportifs, et en particulier les golfeurs auprès d’un nouveau média : la télévision.

A partir de cette époque, et dans l’imaginaire collectif, quand on interroge une personne dans la rue, le premier sportif à être cité comme étant celui qui gagne le plus d’argent devient le golfeur, loin devant le pilote de formule 1, et le footballeur.

Pourtant, l’argent dans le golf professionnel n’en est qu’à ses premiers pas !

De 1988 à 1998, sur seulement dix ans, les gains cumulés de chaque « money leader » vont s’élever 16 millions de dollars, soit deux fois plus que sur les 25 années précédentes.

Ces années sont marquées par Fred Couples, Nick Price, et surtout Greg Norman, l’australien au chapeau qui en termes de popularité prendra le relais de la génération précédente, et contribuera tout comme Severiano Ballesteros à ouvrir les frontières du golf au-delà du seul continent nord-américain.

Mais en réalité, la période qui nous intéresse est celle dont nous sommes contemporains !

De 1999 à 2013, soit les années Tiger Woods, les dotations perçues chaque année en cumulé par les meilleurs golfeurs de chaque saison, dont neuf sur quinze pour le tigre à lui tout seul, les gains distribués se sont élevés à 123 millions de dollars !

Soit dix fois la somme versée par rapport à la période précédente !

Pas étonnant qu’après chaque victoire de Tiger Woods en majeur (14 à ce jour), la bourse de New York (Wall Street) grimpe en flèche !

L’argent dans le golf en débat

Interrogé par golf.com, site internet du Golf Magazine américain, Alan Shipnuck, journaliste pour Sports Illustrated commente l’arrivée massive de l’argent dans le golf comme le fruit de l’exposition TV qui n’a cessé de croître, mais aussi comme un élément, qui a largement contribué à faire du golf, un événement suscitant la curiosité et l’intérêt de millions de personnes dans le monde.

En revanche, le journaliste pointe du doigt les effets négatifs de ce développement trop rapide de l’argent dans le golf, et notamment le fait que de trop jeunes joueurs ont gagné des sommes trop importantes, trop rapidement, atténuant leurs motivations, et leurs capacités à réaliser pleinement leurs potentiels.

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De son point de vue, ces dernières saisons, mis à part Tiger Woods, très peu de golfeurs de la nouvelle génération feront un jour parti des légendes du golf qui justement réussissent à durer de nombreuses années au top.

Pour Gary Van Sickle, un autre journaliste de Sports Illustrated, le public n’a pas réellement conscience des montants joués sur les tours professionnels.

Pour sa part, il regrette que les joueurs d’aujourd’hui jouent moins que par le passé pour gagner plus d’argent, ce qui finalement ne va pas dans le sens du développement du spectacle, car au contraire, on attendrait des professionnels qu’ils jouent devant nous le plus souvent possible.

En réalité, il faut bien admettre que l’argent dans le golf est sans doute sans rapport avec l’économie réelle, et c’est encore plus marqué depuis 2008 avec le début de la crise économique mondiale, et la baisse ou la stagnation des revenus du travail dans les pays de l’OCDE, alors que dans le même temps, les revenus des golfeurs professionnels ont continué à croître.

Pourtant, la polémique n’est pas propre au golf, et peut exister aussi bien dans le football, le tennis ou tous les autres grands sports planétaires comme la Formule 1 et d’autres sports à très forte audience télévisuelle.

L’augmentation des dotations sur les tournois de golf peut être prise comme un indicateur de la bonne santé du golf, qui ne cesse d’attirer les sponsors, prêt à payer de plus en plus pour être partie prenante de cet univers.

Quand le golf professionnel perd en bon sens

Que dire des tournois de fin de saison sur le PGA Tour qui distribuent plusieurs millions de dollars, alors que la plupart des meilleurs golfeurs sont en vacances ou en train de jouer un peu partout dans le monde sauf aux USA ?

Si tout le monde a les yeux rivés sur les meilleurs joueurs ou les plus emblématiques, il ne faut pas oublier que les gains mis en jeu sur les circuits professionnels sont si importants qu’un joueur moyen peut très bien empocher de grosses sommes d’argents, en se contentant de jouer des épreuves de seconde zone, comme par exemple, le récent McGladrey classic, gagné par Chris Kirk devant un champ de joueurs très affaibli par l’absence des meilleurs.

A l’inverse, sur l’European Tour ou sur des circuits intermédiaires, il devient de plus en plus difficile de faire carrière.

Le niveau des gains mis en jeu n’est parfois pas suffisant pour permettre à de jeunes joueurs en devenir de financer leurs saisons, ce qui comprend les déplacements, l’entrainement, et les frais liés à l’encadrement, dont on peut estimer qu’ils sont véritablement décisifs pour faire la différence.

Ainsi, au-delà des 150 premiers mondiaux, et même si les revenus peuvent encore paraître élevés, le reste à vivre après les dépenses indispensables pour jouer au niveau professionnel n’est souvent pas suffisant pour assurer au joueur une certaine pérennité de son activité.

Dans ce cas, on ne peut vraiment pas dire que les golfeurs professionnels sont trop payés !

En conclusion, la réponse à notre question initiale est en réalité contrastée

Est-ce que l’argent améliore la qualité du spectacle golfique ? Oui et non !

Oui, car le simple fait d’annoncer verser des millions de dollars sur un seul tournoi créé automatiquement un intérêt et une excitation importante des médias et du public.

Non, car finalement, trop d’argent tue le spectacle dans la mesure où les meilleurs golfeurs ne sont pas obligés de jouer beaucoup pour gagner d’importantes sommes d’argents.

Trop d’argent ? Est-ce mauvais pour l’image du golf ? Oui et non !

Oui, car ces dernières années, le très grand décalage du golf avec l’économie réelle peut créer une déconnection entre la sphère golfique et le monde réel.

Le public peut même avoir une image négative de ce sport, et le rejeter, ce qui peut avoir pour conséquences de faire baisser les dotations.

Toutefois, cela ne se vérifie pas à l’heure actuelle.

Non, car le public ne prête finalement pas tant que cela attention aux sommes mises en jeu, et au contraire, les investissements consentis par les sponsors révèlent la bonne santé du secteur.

Le phénomène de l’argent dans le golf va-t-il prendre de l’ampleur dans les années à venir ?

A la lecture des chiffres du passé, on peut répondre oui avec certitude ! 

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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