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Application des règles du golf: entre sévérité, justice et stupidité !

Téléphoner pendant une partie de golf ne coûte pas deux points de pénalité !

Au départ, il s’agit d’une banale disqualification d’un joueur professionnel du circuit européen de golf pendant un tournoi, et pour une erreur, un mauvais réflexe, une faute, une tricherie intentionnelle ou pas,  ce qu’il faudra encore déterminer, et aujourd’hui, l’affaire prend de telles proportions qu’elle frise le ridicule, et ternie l’image du golf.

Rappel des faits, lors du dernier BMW Masters disputé à Shanghai, pour le compte des séries finales de la Race To Dubai, événement qui consacre le meilleur golfeur du circuit européen, l’anglais Simon Dyson, un golfeur expérimenté, plusieurs fois vainqueurs sur le tour a commis l’irréparable en essayant d’effacer sur le green une marque de clou située entre sa balle et le trou.

Une marque de clou qui a probablement été faite par un autre joueur, et qui visiblement le gênait avant de réaliser son putt.

La télévision a capturé ce moment où Dyson marque sa balle sur le green, puis utilise rapidement sa balle pour écraser une marque de clou sur sa ligne de jeu.

Sur le moment, personne n’a rien vu. Et c’est en fait un spectateur qui regardait le tournoi à la télévision qui l’a signalé aux commissaires.

Dans cet article, on va revenir sur les faits, l'arbitrage vidéo, les possibles conséquences pour le joueur, se placer dans la position de tous les acteurs (joueur, législateur, golfeurs amateurs et non-golfeurs), et émettre quelques réserves sur l'intérêt de cette affaire pour l'image du golf.

Les faits reprochés à Simon Dyson et les conséquences

En-dehors de l’aspect collaboratif de cet individu, signalons au passage que le golf professionnel est un sport où visiblement la vidéo est autorisé dans l’arbitrage, et que même le spectateur peut se muer en arbitre.  Ce n’est bien sûr pas la première fois que cela se produit.

Au moment des faits, Dyson était deuxième du tournoi après 36 trous.

Une fois, découvert, une pénalité de deux coups lui a été infligée, avant qu’il ne signe une carte finalement erronée, ce qui entraîna sa disqualification pure et simple.

Dans cet article, on vous propose donc plusieurs lectures sur une affaire qui a, de notre point de vue, pris trop d’importance, mais révèle plusieurs grandes familles de réactions possibles :

  • Le point de vue du joueur
  • Le point de vue du législateur
  • Le point de vue potentiel d’un golfeur amateur
  • Le point de vue potentiel des non-golfeurs

Partons d’un seul postulat, Simon Dyson a commis une erreur. Personne ne peut le contester, même pas lui.

En revanche, ce qui est intéressant de commenter, ceux sont les conséquences et la tournure quasi-dramatique que cet incident prend depuis quelques jours, et l’image que cela renvoie du golf.

En effet, à l’heure où on écrit ses lignes, Simon Dyson est sous le coup d’une procédure disciplinaire, dont l’éventail de sanctions peut aller jusqu’à l’exclusion du tour européen, et de toutes compétitions professionnelles.

Ce jour, le tour européen a annoncé que Dyson devra faire face dans les prochains jours un tribunal composé de trois membres : un avocat indépendant, un ancien joueur, et un administrateur sportif.

Ce tribunal aura alors le choix des mesures à prendre à l’encontre de Dyson.

Les sanctions pouvant aller d’une réprimande, une censure, une suspension de sa carte de membre, une suspension sur un ou plusieurs tournois du circuit, ou une expulsion du tour européen.

Il faut savoir que par le passé, un joueur professionnel d’un circuit mineur avait été puni d’une suspension de trois mois pour des faits similaires.

Avant de donner un point de vue sur l’ensemble de cette affaire, nous admettrons que ce tribunal ne pourra pas se réunir avant fin novembre, ce qui n’est proprement pas acceptable vue l’étendue des sanctions possibles, et le fait que Simon Dyson devrait jouer dans quelques jours le Turkish Airlines Open, dernière épreuve qualificative avant le DP World Tour Championship à Dubai, dernière étape de la saison, et pour laquelle, Dyson qui est actuellement 68ème à la Race, bataille pour intégrer le top-60 des joueurs qui pourront y jouer.

Le fait de créer une telle affaire, et de la laisser en suspens bien après la fin de la saison démontre une nouvelle fois la totale incurie des autorités à l’égard des sportifs et du déroulement de compétitions de golf.

En somme, Dyson va pouvoir disputer des tournois qui sont potentiellement décisifs pour sa carrière sportive et sa vie professionnelle, tout en ayant une épée de Damoclès au-dessus de la tête !

Le point de vue du joueur :

« Je n’ai jamais eu l’intention délibérer d’enfreindre les règles de golf que ce soit à cette occasion ou par le passé. C’est seulement après le visionnage des images que je me suis rendu compte du fait que j’ai marqué le sol avec ma balle sur le green du huit pendant ce second tour que je me suis rendu compte de ce que j’avais fait, et que c’était une infraction aux règles. J’ai immédiatement accepté la sanction et le fait d’être disqualifié. C’était simplement une erreur accidentelle. »

Simon Dyson, l'un des joueurs les plus sympas sur le tour

Le point de vue du législateur :

Pour traiter ce sujet de manière la plus honnête possible, il nous a semblé indispensable de présenter ce point de vue.

Au niveau amateur, le golf est un des rares sports où le joueur est à la fois partie prenante et arbitre de son propre jeu.

Qu’on le veuille ou non, et en fonction de la complexité de certaines règles de golf, notamment toutes les exceptions, beaucoup de golfeurs commettent des erreurs, et même pire, trichent.

On ne peut pas critiquer le fait que les golfeurs amateurs trichent, et ne pas sanctionner le geste, même anodin, de Simon Dyson.

C’est une erreur, c’est une infraction aux règles du jeu, et en tant que professionnel, il peut encore moins que d’autres ignorer le fait qu’il est strictement interdit d’améliorer sa ligne de jeu sur un green.

Si on peut écarter une feuille morte parce que c’est justement un élément mobile, non propre au green, il est interdit de modifier le green, même s’il s’agit d’une marque de clou, laissé par un golfeur indélicat, un autre fléau du golf.

Pour qu’un sport puisse exister, il faut un cadre et des règles.

Il est tout à fait normal que le législateur fasse respecter ses règles, et applique les sanctions appropriées, à minima pour protéger les autres joueurs de toute forme d’inégalité, et aussi pour protéger le jeu.

Le point de vue potentiel d’un golfeur amateur :

Pour une personne qui pratique le golf en loisir ou même en compétition, cette affaire est sans doute compréhensible, et sert de rappel sur le fait qu’il faut être le plus fidèle possible à l’esprit du jeu de golf.

Si on peut considérer que la disqualification en plus des deux coups de pénalités déjà accordés est sévère, elle est difficilement contestable.

A l’inverse, il ne serait pas admissible que Dyson ne soit pas sanctionné, au motif qu’il a sans doute fait preuve d’un mauvais réflexe plus que d’une volonté de tricher, et qu’à contrario, tous les week-ends sur les golfs amateurs d’Europe, il peut survenir des événements plus ou moins similaires qui entraînent des disqualifications.

Maintenant à bien regarder les faits, il ne semble pas que cette affaire, tricherie ou erreur, ne doive prendre plus de proportions.

Le point de vue potentiel d’un non-golfeur :

Le fait que cette affaire prenne autant de proportions, soit à l’origine de tant d’articles de presse, de commentaires de chroniqueurs et d’anciens joueurs, et que surtout le législateur se soit mis en tête de sanctionner encore plus lourdement le joueur que ce qu’il a déjà reçu comme punition, parait tout simplement stupide, et ne donne pas très envie de jouer au golf !

Comment défendre l’image du golf si un joueur professionnel commet une erreur incontestable, mais d’une portée très peu significative soit aussi lourdement sanctionné, par exemple en cas d’expulsion ou de suspension.

Est-ce que quelqu’un a pris le soin de revoir les images ?

Dyson n’a pas planqué une balle dans un rough, il n’a pas non plus substitué une nouvelle balle avec une balle perdue, il n’a pas déplacé sa balle sur le green pour la rapprocher du trou, il ne s’est pas enlevé des coups sur sa carte, il ne s’est pas oublié des coups avant de les noter sur sa carte, il ne s’est pas dropé de manière avantageuse et non-conforme….

Le geste de Dyson n’est pas bon ! Il méritait une sanction parce que tout simplement il n’y avait pas d’autres choix, et même si, on a envie de croire sa bonne foi.

En revanche, le suspendre ou l’expulser confine à la stupidité !

Cela contribuerait rendre le golf toujours aussi inaccessible au profane, car imaginez-vous inviter à discuter de cette affaire avec des non-golfeurs. Leurs présenter les faits, et leurs expliquer les sanctions possibles.

En face de vous, les gens auraient les yeux écarquillés entre la faute et la disproportion de la punition.

De notre point de vue, à trop alourdir la sanction, le tour européen finira par desservir l’intérêt du golf et son développement.

Oui - pour un cadre et des règles, oui - pour les faire respecter à la lettre, oui – pour lutter contre la tricherie dans le golf, et non à des sanctions disproportionnées, qui ne correspondent pas à l’esprit d’un sport, qui est aussi un jeu, et qui doit être promu comme tel aux yeux de tous ceux qui ne pratiquent pas encore, et qui pourraient être rebutés par un excès de sévérité.

Sur ce type de sujet, nous avons essayé d’être le plus juste possible, bien qu’il soit difficile de rester neutre.

Par expérience, nous savons pertinemment que certains golfeurs sont très à cheval sur les règles, et d’autres beaucoup moins.

Dyson a été pris, il a été puni, point cela devrait s’arrêter là. 

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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