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ANA Inspiration 2016, le 1er majeur de golf féminin de la saison

ANA Inspiration 2016, le 1er majeur de golf féminin de la saison Crédit photo ; Getty Images

ANA Inspiration, ce nom ne vous dit sans doute pas grand-chose pourtant c’est la nouvelle appellation du premier majeur de golf féminin qui aura lieu ce week-end, et quelques jours avant le premier majeur de golf masculin, le Masters. Alors que le sport féminin de haut niveau est souvent le parent pauvre du sport professionnel, faute d’un public de masse, et de médias, le golf féminin professionnel tente de se développer avec charme et ambition.

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Le parallèle entre le golf professionnel féminin et le tennis

Tout juste quelque jours après une polémique sur le tennis féminin, le directeur du tournoi d’Indian Wells, Raymond Moore a été contraint de démissionner.

Cet épisode est assez révélateur du malaise qui peut exister dans le sport de haut niveau entre hommes et femmes.

Moore avait déclaré « Si j’étais une joueuse, je me mettrais à genoux chaque soir pour remercier dieu d’avoir donné naissance à Roger Federer et Rafa Nadal, parce qu’ils ont porté ce sport…Vraiment ! » et ajoutant ensuite, à propos de la WTA qui organise les tournois féminins « Ils ne font que profiter du succès des hommes. » 

Ces propos maladroits révèlent au-moins deux choses : le public ne vient pas automatiquement pour voir des joueuses de tennis, et le tennis féminin serait encore plus en souffrance si les tournois n’étaient pas co-organisés avec les hommes.

Dans le cas du golf, les choses ne sont pas complètement comparables, cependant…

Les calendrier masculins et féminins ne sont pas connectés ! Pourtant justement, c’est un sujet qui est sur la table.

Connaissant le PGA Tour, et son goût pour l’argent, Tim Finchem, son directeur ne serait pas enclin à aller dans cette direction, s’il n’y voyait pas au contraire un gain potentiel pour le circuit masculin, et pour le développement du golf qu’il soit masculin ou féminin.

Le problème qui se pose dans le tennis est un problème de « très riche ».

Novak Djokovic, numéro un mondial et vainqueur cette année d’Indian Wells a qualifié les propos de Moore de maladroits, mais a tout de même abondé dans son sens, arguant que le public venait pour le voir jouer, et à ce titre, il estime même qu’il devrait être payé plus que le vainqueur du tableau féminin.

Pour cette victoire, en-dehors des sponsors, Djokovic a touché plus d’un million de dollars.

En plus d’être disputé la même semaine, le tournoi reverse les mêmes primes aux joueurs et aux joueuses.

Là-aussi, le golf est très loin de cette situation d’équité, même si les meilleures golfeuses au monde ne sont pas à plaindre.

La question se pose plus pour les joueuses des circuits européens, de première ou surtout deuxième catégorie qui peinent à financer leurs saisons, fautes de sponsors généreux, et surtout de dotations élevées sur les tournois féminins.

A titre d’exemple, l’actuelle leader de l’ordre du mérite du Ladies European Tour culmine à seulement 46 000 euros de gains contre à période équivalente déjà 1.3 millions d’euros pour le leader du circuit masculin européen.

Dotation, intérêt du public, et tentative pour se démarquer de la part du premier majeur féminin

Le problème est moins flagrant au sujet du premier tournoi majeur de golf féminin, le ANA Inspiration, disputé sur le célèbre parcours de Mission Hills à Rancho Mirage en Californie, un haut lieu de la cause féministe aux Etats-Unis.

Le champ de joueuses va réunir les 111 meilleures au monde dont les françaises Gwladys Nocera et Karine Icher, cette dernière jouant à plein temps aux Etats-Unis sur le LPGA Tour.

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111 joueuses qui vont se battre avec le parcours pour tenter de se partager 2.5 millions de dollars de gains, soit un des tournois les plus dotés sur le circuit féminin.

Tournoi qui accueille par la même occasion toutes les joueuses du top-15 mondial !

Autrement dit, ce tournoi vit parfaitement sa vie sans avoir besoin de l’appui des hommes, et présente une dotation qui avoisine celle de l’Open de France masculin.

En revanche, question intérêt du public, il y a deux façons de voir les choses. Soit le verre à moitié plein, soit le verre à moitié vide !

Si pour un tournoi de golf disputé aux Etats-Unis, l’intérêt du public, surtout californien ne se dément pas (le tournoi organise de très belles animations pour faire découvrir le golf à un public élargi), en-dehors des frontières des USA, et de quelques pays d’Asie, avec en particulier la Corée du Sud, le public se sent déjà beaucoup moins concerné, à commencer par la France.

L’intérêt des golfeurs étant déjà limité pour les tournois masculins, c’est encore pire avec le golf féminin, et ce au détriment des fans, et du développement plus général du golf.

Ce sujet nous préoccupe d’autant plus que la France a obtenu récemment l’organisation du cinquième majeur de golf féminin, l’Evian Masters étant devenu l’Evian Championship, un fleuron de notre industrie sportive.

Certes, Evian n’est pas Paris, et ne peut pas prétendre réunir un public extrêmement important du fait de son isolement géographique.

Pour autant, il y a un élément qui est intéressant concernant la promotion du ANA Inspiration, et qui démontre que le circuit LPGA essaie de sortir des sentiers battus pour mettre en avant les sportives.

Pour lancer l’événement, et susciter l’intérêt des médias, les organisateurs rivalisent d’ingéniosités.

Cette année, ils ont fait appel à des personnalités du monde du sport féminin, bien connu aux Etats-Unis, à commencer par la skieuse Lindsay Vonn, l’ancienne star du golf, Annika Sorenstam, Amy Wambach et Missy Franklin. Certains noms ne vous diront pas grand-chose.

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Amy Wambach est une joueuse de football professionnel double médaillé d’or aux Jeux Olympiques.

A l’occasion du lancement du tournoi, elle va disputer un match de…footgolf en compagnie d’une de ses coéquipières, contre une doublette de joueuses japonaises, parmi les meilleures footballeuses au monde.

Tout est fait pour attirer l’attention, et repousser les frontières du golf féminin professionnel.

La situation économique et médiatique du LPGA Tour

Le circuit LPGA n’est pas en crise, ni à plaindre. Au contraire, il se développe et trouve un écho très particulier en Asie, surtout du fait du succès de joueuses comme Lydia Ko, Inbee Park ou plus loin dans le temps Grace Park.

Aux Etats-Unis, premier pays au monde pour le nombre de golfeurs, et terre d’origine du LPGA Tour, le golf est le sport féminin le moins populaire selon un sondage Harris Interactive qui classe ce sport derrière le tennis, le football, et le basket-ball.

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Par le passé, la LPGA a fait plusieurs tentatives pour booster son audience, avec par exemple l’ajout d’un cinquième majeur (Evian) ou la mise en place d’un play-off en fin de saison. A chaque fois, des tentatives qui se sont avérées vaines.

En 2014, un premier rapprochement avec la PGA a été initié, et a conduit à la création d’un nouveau tournoi majeur féminin, le KPMG doté de 3,5 millions de dollars, et dont les deux dernières journées sont intégralement diffusées sur NBC.

Cet accord a été mis sur pied pour permettre au circuit féminin de bénéficier de toute l’expérience du PGA Tour en matière de négociation commerciale avec les partenaires.

En faisant intervenir NBC comme diffuseur, la LPGA devrait toucher potentiellement 112 millions de foyers aux Etats-Unis.

Un an plus tôt, une autre étude menée par Nielsen avait démontré que le circuit féminin n’était en fait accessible que par seulement 400 000 téléspectateurs par jour.

A notre époque, la télévision joue un rôle majeur dans le développement d’un sport et de son intérêt aux yeux du grand public.

Sans oublier l’impact sur les sponsors, ce qui faisait défaut à la LPGA avant cet accord.

Ainsi, dans la foulée de NBC, KPMG s’est engagée pour devenir sponsor titre. Quand on sait qu’elle donne 30 millions de dollars par an à Phil Mickelson pour une place sur sa casquette, on imagine qu’elle a sorti le chéquier pour le golf féminin.

Aujourd’hui, le plus gros circuit féminin de golf professionnel n’est sans doute pas une vache à lait d’un point de vue économique, mais arrive tout de même à générer 60 millions de dollars de revenus annuel selon le Wall Street Journal.

En réalité, et c’est tout l’enjeu d’un rapprochement du circuit féminin avec le circuit masculin, l’arrivée de KPMG pourrait entraîner d’autres sponsors bien connu chez les garçons comme AT&T ou Fedex pour doper encore l’attractivité.

Près d’un an après ce premier accord, début mars 2016, la LPGA et la PGA ont annoncé une accentuation de ce principe de rapprochement.

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Un acte qualifié de stratégique et de long terme pour assurer le développement du golf, selon Mike Whan, directeur de la LPGA.

Ce nouveau partenariat prévoit un rapprochement du calendrier, une fusion des actions dites de marketing pour mutualiser les coûts, associer les retransmissions télévisées, investir conjointement sur le digital, et enfin réfléchir à l’organisation de tournois communs.

S’il est aisé de comprendre le bénéfice pour la LPGA. Il y a bien un bénéfice pour le PGA Tour qui cherche à étendre son influence au niveau mondial.

Rien n’empêche de penser que le PGA tour prépare une future OPA sur le circuit européen pour organiser un calendrier mondial.

Le temps fort de la saison 2016 !

C’est peut-être le moment le plus marquant de la saison, et une image va faire le tour du monde : le plongeon du vainqueur depuis le poppie’s pond !

C’est même une tradition puisque la lauréate tient le trophée tout en étant vêtue d’un peignoir, une image qui est comparable à celle du vainqueur du Masters qui arbore une veste verte.

Précédemment appelé Kraft Nabisco Championship, le premier majeur de la saison est un tournoi avec une histoire riche.

Le parcours du Dinah Shore Course est plébiscité par les joueuses. L’an passé, l’américaine Brittany Lincicome l’avait emporté sur Stacy Lewis dans un play-off disputé en trois trous à la tombée du jour.

Précédement, Lincicome avait dû rendre un putt pour eagle depuis une position désespérée pour rattraper Lewis et accrocher ce fameux play-off.

Pour Stacy Lewis, la défaite fut très dure à avaler. A l’opposé Brittany Lincicome a admise qu’elle n’était pas certaine de pouvoir rentrer ce fameux putt à chaque tentative. De son propre aveu, c’était tout simplement sa journée !

Cette année, le spectacle promet encore d’être au rendez-vous avec les meilleures joueuses du moment.

Lincicome, la tenante du titre arrive avec une bonne dose de confiance sur ce parcours qu’elle affectionne. Sur les six tournois qu’elle a déjà disputé en 2016, elle a passé le cut à chaque fois bien qu’elle n’ait jamais été en mesure de se rapprocher de la victoire.

En réalité, tous les yeux seront braqués sur Lydia Ko qui a remporté dimanche dernier le Kia Classic avec quatre coups d’avances sur Inbee Park.

Ces deux joueuses seront sans doute les principales animatrices du leaderboard. Park ayant déjà gagné le tournoi en 2013, et remporté déjà sept majeurs dans sa carrière.

Pour contrer les joueuses asiatiques, deux américaines se détachent : Lexi Thompson qui a remporté le titre en 2014, et bien entendu Stacy Lewis, la numéro 1 américaine qui bien qu’elle avoue un léger manque de motivation actuellement, répond souvent présente dans les grands rendez-vous.

Michelle Wie, Morgan Pressel, Karrie Webb, Yani Tseng, Juli Inkster, Suzann Pettersen, et les deux françaises Karine Icher, et Gwladys Nocera seront aussi de la partie pour ce premier grand rendez-vous de la saison.

Reste à savoir si ce tournoi sera vraiment suivi par le public américain…et français.

L’exemple du tennis démontre qu’au 21eme siècle le sport féminin vit toujours dans l’ombre du sport masculin malgré quelques timides progrès.

Il y a sans doute mieux à faire, et des pistes encore inexplorées pour rendre le golf féminin plus attractif. 

Crédit photo : Getty Images

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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