Plus de 5000 pages pour votre jeu de golf. Matériel, technique, parcours, voyages...
Posté par le dans European Golf Tour

Alexander Levy : Le coup de moins bien

Alexander Levy : Le coup de moins bien

Finalement 65eme du HNA Open de France, Alexander Levy se savait dans un moment creux de sa saison avant d’arriver sur son tournoi national. Il ne pensait pas pour autant finir dernier des joueurs ayant passé le cut. Il a beau tout tenter, essayer de changer d’approche, rien n’y fait, le Golf National reste un dilemme pour son jeu.

Découvrez nos formules d'abonnements

En matière de sport, et surtout de haut niveau, la vérité d’un jour peut être contredite le lendemain.

Il faut se garder d’émettre des commentaires définitifs au sujet d’une performance, ou d’une contre-performance.

Simplement, si on devait tirer un bilan de ce 102eme Open de France pour le numéro un français, il ne pourrait pas être autre chose que négatif.

Passer le cut ne peut pas être un objectif absolu pour lui. Se battre contre l’adversité ne suffit pas toujours.

Le résultat, comme la manière de fabriquer ce résultat, repoussent le joueur dans le doute, et peut-être une forme de tristesse.

Levy avait annoncé la couleur en début de semaine « J’ai zéro chance de faire partie de l’équipe européenne de Ryder Cup. »

Plus que la presse française, il semblait être un temps en avance sur les raisons d’un échec à venir.

Et le pire, c’est que Levy a tout fait pour bien faire.

Il voulait vraiment atteindre cet objectif ultime que tout le monde fixait pour lui : Participer à la Ryder Cup à Paris.

Le pire, parce que pour cet objectif, il a essayé d’accélérer sa mutation, sa progression vers le plus haut niveau des 50 meilleurs joueurs du monde.

Entre la 100eme et la 70eme place mondiale, sur une grande partie de 2017, et le début 2018, sa victoire au Maroc lui a permis de rentrer dans le top-50, synonyme de participation automatique aux plus gros tournois de golf de la planète.

Entre la 100eme et la 70eme place mondiale, sur une grande partie de 2017, et le début 2018, sa victoire au Maroc lui a permis de rentrer dans le top-50, synonyme de participation automatique aux plus gros tournois de golf de la planète.

Au lieu de marquer une étape de progression vers son objectif d’intégrer le top-12 européen, cette victoire a signé le début d’un cycle négatif pour le français.

Il s’est peut-être dit à ce moment-là qu’il pouvait le faire, que l’objectif était en fait atteignable.

Trop de pression ? Trop envie de bien faire ? Trop envie de gagner du temps sur le temps ?

Le français a changé sa structure d’entraînement pour privilégier la frappe de balle intensive sous le contrôle du Trackman.

La première alerte est venue du Player’s Championship où il n’a pas passé le cut.

Ce tournoi qui réunit l’élite mondiale ne pouvait alors pas encore servir de référence suffisante. C’était trop tôt pour établir un diagnostic.

La sanction est en fait tombée à l’US Open, où fatigué, malade, et amoindri, Levy s’est fait tailler par le parcours.

Cela dit, ce fut le cas de tellement de bons joueurs, et de joueurs ayant peut-être plus de certitudes.

Mais dans le cas du français, en plus, coule le sablier, et le fait qui lui manque une grosse performance dans un gros tournoi, pour au moins créer le doute dans l’esprit du capitaine de Ryder Cup.

Sur les quatre derniers tournois, le BMW PGA, l’Open d’Italie, l’US Open, et donc l’Open de France, le bilan est proche du zéro pointé.

Sur les quatre derniers tournois, le BMW PGA, l’Open d’Italie, l’US Open, et donc l’Open de France, le bilan est proche du zéro pointé.

Quand il passe le cut, il est tellement loin qu’il ne peut pas peser sur les débats et prendre de la confiance.

Pour l’avoir suivi sur les deux premiers tours à Paris, j’ai pu observer l’écart technique qui le sépare de Fleetwood ou Justin Thomas.

Quand le numéro deux mondial est à 150 mètres de la cible, il pose la balle à moins de 5 mètres. Dans la même situation, Levy est à plus de 8 mètre (exemple l’attaque du green du 12 sur le premier tour).

Attention, cette affirmation est à prendre avec des pincettes. Comme évoqué plus haut, la vérité d’un jour ou d’un trou n’est pas celle du lendemain ou du trou suivant, en particulier au golf.

A l’instant T, Levy souffre de la comparaison avec le numéro 2 mondial, et bien entendu, il n’est pas le seul.

Au lieu de renforcer sa confiance, cette association avec un tel joueur n’a peut-être pas fait du bien au français.

Quand vous êtes dans une phase de moins bien, c’est peut-être mieux de jouer l’AJ Auxerre plutôt que d’essayer de se remettre en selle contre le FC Barcelone !

Quand vous êtes dans une phase de moins bien, c’est peut-être mieux de jouer l’AJ Auxerre plutôt que d’essayer de se remettre en selle contre le FC Barcelone !

Il y a des défaites qui font mal. La campagne de Paris va laisser des traces.

A un cruel manque de forme, va maintenant s’ajouter un gros coup de spleen, car le joueur est persuadé d’avoir tout essayé pour que cela marche.

C’est sans doute le sentiment le plus frustrant pour un sportif.

Ces derniers mois, Levy s’est astreint un entraînement pour lequel il n’était peut-être pas assez préparé. Il a perdu le sens du combien pour le comment. Avant l’Open de France, il l’avait compris, et tenté de corriger le tir en vain.

On aimerait le voir plus combatif, et finalement assumer qu’il a un jeu d’attaquant. On aimerait que face aux questions des journalistes, il se « zlatanise » !

Après tout, un sportif de haut niveau devrait toujours considérer qu’il est le meilleur.

Même si c’est faux, le fait de se gonfler le moral à bloc, et clamer des ambitions serait entendu par tout le monde, et surtout par lui-même.

Quand le joueur français se « caliméroise », il s’entend dans un coin de sa tête se dire « je ne suis pas bon. Je ne suis pas en forme… », et ce message infuse lentement dans le subconscient pour finir par s’installer de manière concrète.

A court terme, il a surtout besoin de s’envoyer des ondes positives et de la méthode Coué.

A long terme, oui, Levy a besoin de franchir des caps techniques, et notamment d’améliorer encore assez nettement sa précision sur les fers longues distances (à plus de 120 mètres).

A court terme, il a surtout besoin de s’envoyer des ondes positives et de la méthode Coué.

La Ryder Cup était un objectif court terme qui ne pouvait se gérer qu’au mental. Le principal problème du moment pour le français, c’est qu’il n’a visiblement pas le moral en ce moment, ni même un peu la foi.

Sans se mentir à lui-même, un petit côté Zlatan Ibrahimovic, avec une confiance exacerbée ne lui ferait pas de mal. La confiance appelant la confiance.

Il reste des gros tournois à disputer. Il ne faut surtout pas l’enterrer, à commencer par lui-même. Chaque saison, il prouve qu’il peut gagner un à deux tournois.

Il n’est pas prophète en son pays, et ne le sera peut-être jamais, à force de ne pas être compatible avec le Golf National.

En revanche, il a déjà démontré, notamment au Porsche European Open l’an passé, qu’il pouvait sur une semaine hisser très haut son niveau de jeu, et balayer des lacunes.

Quand Levy affirme qu’il est encore jeune, je suis moins d’accord avec cette affirmation en comparaison de joueurs plus jeunes qui sont plus performants. En revanche, quand il sous-entend qu’il a du temps pour progresser, et s’améliorer sur le moyen terme. C’est tout à fait juste.

A 27 ans, et déjà 5 victoires chez les pros, il sera très certainement demain le plus grand palmarès du golf français.

La Ryder Cup 2018 arrive certainement trop vite pour lui. Il y en aura d’autres derrière.

En 2022, il sera peut-être un des leaders de l’équipe européenne en Italie ?

En 2022, il sera peut-être un des leaders de l’équipe européenne en Italie ?

La route sera encore longue, et parsemée d’embuches, de coups de moins bien, d’apprentissages douloureux, mais pourvu qu’il reste en attaque, qu’il ne se satisfasse pas d’une défaite, et qu’il vise toujours plus haut.

En tant que fan de l’OM, il ne doit pas aller droit au but. Il doit aller bien au-delà du but qu’il se fixe, et rêver plus grand.

Franchement, qui lui tiendra sérieusement rigueur de ne pas être à Paris en 2018 ?

Si un français avait une chance raisonnable à défendre pour en être, c’était Victor Dubuisson. Pas parce qu’il serait supposé meilleur, mais parce qu’il en avait déjà joué une.

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 552
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le

Restez informé

Recevez notre newsletter

Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.