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A quand un seul circuit professionnel de golf ?

A la fin...il n'en restera peut-être plus qu'un ?

C’est un peu la question du moment à mesure que toutes les semaines un golfeur professionnel européen annonce son intention de ne plus jouer sur l’European Tour ou sur le PGA Tour. La lisibilité du golf au plus haut niveau souffre du manque de compréhension des classements des meilleurs joueurs du fait de la coexistence de circuits qui ne sont pas mondiaux mais se revendiquent comme tels. 

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Sommaire de ce dossier consacré aux circuits professionnels de golfs

  1. Le golf professionnel : un gros bazar illisible ! 
  2. Un classement mondial, et un numéro un mondial pas légitime ! 
  3. Aucun tour ne peut prétendre avoir une audience internationale 
  4. La Ryder Cup au centre de la rivalité USA-Europe 
  5. L’incohérence commence à poser des cas de consciences 
  6. Jouer aux USA ou en Europe, un mauvais choix pour le golf ? 
  7. La seule bonne solution : un seul tour international !  

Le golf professionnel : un gros bazar illisible !  

Pour ce sujet, clairement en faveur d’un seul grand circuit mondial organisé sur le même modèle que celui de l’ATP Tour dans le domaine du tennis professionnel, nous allons évoquer le cas de trois joueurs qui se sont exprimés sur la suite de leurs carrières, et les choix parfois radicaux qu’ils ont été contraints de prendre : Paul Casey, Rory McIlroy, et Danny Willett, soit trois golfeurs parmi les meilleurs mondiaux. 

Pour bien comprendre le dilemme du golf à haut niveau, il faut déjà illustrer le fait qu’il n’existe pas un circuit professionnel mondial unifié, mais un circuit par régions du monde. 

Le plus célèbre, le plus développé, et le plus richement doté étant le PGA Tour nord-américain qui réunit chaque semaine de décembre à septembre les 100 meilleurs golfeurs du monde dont une majorité de joueurs américains. 

Ce circuit prétend être le meilleur du monde, profitant du fait d’accueillir trois des quatre tournois majeurs de golf (US PGA, US Open, et Masters). 

Le plus célèbre, le plus développé, et le plus richement doté étant le PGA Tour

Pourtant, les golfeurs américains n’osent pas souvent…voir jamais se frotter à la concurrence des golfeurs du reste du monde, hors de leurs terres. 

L’autre circuit qui ambitionne de couvrir le golf mondial est l’European Tour qui se dispute de décembre à novembre, en Afrique du Sud, en Asie, en Europe, et au Moyen-Orient. 

Le circuit européen organise un majeur, le British Championship. 

Le PGA et l’European Tour se disputent le rayonnement du plus haut niveau golfique, mais chacun avec des faiblesses, qui ne les rendent pas crédibles pour délivrer le titre de meilleur joueur du monde. 

Le circuit européen souffre du fait que ses meilleurs joueurs le quittent pour céder aux sirènes des dollars, et il faut bien l’avouer, d’un niveau d’adversité supérieur. 

Un classement mondial, et un numéro un mondial pas légitime ! 

Au classement mondial, et bien que quatre européens font régulièrement partie du top-onze mondial, ils jouent tous aux USA, et très peu en Europe (Rory McIlroy, Henrik Stenson, Justin Rose et Sergio Garcia). 

Ce qui permet d’introduire le fait que certains joueurs tentent pourtant de faire la jonction, et jouer les deux tours. 

Exclusivement des européens, car les américains ne s’y risquent pas, sauf à jouer l’Open d’Ecosse, et l’Open Britannique sur seulement quelques jours au mois de juillet. 

Sauf que les européens qui tentent cette double participation s’y usent physiquement et mentalement. 

En seulement une année, un golfeur comme Rory McIlroy, numéro un mondial en début de saison, avoue avoir visité 120 aéroports, et passé 287 nuits dans un hôtel sur 365 jours. 

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Pour lui, la tentation de choisir un seul circuit, le PGA en l’occurrence s’est posée pour limiter ses déplacements, et surtout réduire l’amplitude qui peut rentrer en ligne de compte dans la fatigue, et la préparation des tournois. 

Surtout quand l’actuel numéro un mondial, Jordan Spieth, n’a quitté les Etats-Unis qu’une seule semaine à l’occasion de l’Open Britannique ! 

Et on ose parler de numéro un mondial ! 

C’est totalement incohérent…et la résultante d’une incapacité des organisateurs, l’USGA d’une part pour les USA, et le R&A pour l’Europe d’autre part, de convenir d’organiser un seul grand tour mondial avec des divisions pour se répartir les 300 meilleurs golfeurs du monde. 

Qui plus est, il ne s’agit pas des deux seuls circuits professionnels. 

L’Afrique du Sud a son propre circuit : le Sunshine Tour. L’Asie a développé son propre circuit à mesure que le golf a connu une croissance à deux chiffres dans cette partie du monde (L’Asian Tour), sans parler du Japan tour, et une pléiade de petits circuits. 

Récemment, la PGA a commencé à développer un circuit sud-américain dans une partie du monde qui est encore assez en retard d’un point de vue développement du golf (PGA Latin-america tour). 

Au final, chaque continent à son circuit, mais aucun ne peut vraiment prétendre avoir une audience internationale. 

Aucun tour ne peut prétendre avoir une audience internationale 

Quoi qu’en dise les « impérialistes » américains, le PGA Tour ne passionne que les américains ! 

Les années 90-2000 ont été marquées par la domination de Tiger Woods qui sur sa seule personne a fédéré l’intérêt du monde entier pour le golf. 

Il restera sans doute un cas particulier. 

Golfeur de couleur et loin de l’image du golfeur blanc bedonnant qui dominait jusqu’alors, comme en atteste Gary Player, Tiger Woods a attiré à lui l’intérêt de partie du monde qui ne connaissait rien au golf, et son élite sportive, mais c’est intéressé à lui parce qu’il était noir, beau et fort… 

A la fin de sa carrière, il y a de fortes chances que l’intérêt qu’il a suscité pour le golf par des spectateurs non-avertis s’évanouisse avec sa retraite. 

En réalité, le golf au niveau mondial est dans une impasse totale ! 

Le classement des meilleurs joueurs est trop dépendant du circuit américain, et donc très déséquilibré. 

La Ryder Cup au centre de la rivalité USA-Europe 

Le problème qui se pose et limite un exode massive des joueurs européens vers les Etats-Unis est en fait la Ryder Cup. 

Pour les douze meilleurs européens, il n’est pas réellement possible de faire l’impasse sur le circuit européen pour ne jouer que le PGA Tour. 

De deux ans en deux ans, les meilleurs golfeurs se battent pour faire partie du classement des douze meilleurs. 

Or, le circuit européen ne qualifie que les joueurs qui jouent…sur son circuit. 

Le meilleur golfeur européen qui ne jouerait pas un minimum de treize tournois en Europe, ne pourrait pas prétendre se qualifier pour l’équipe de Ryder Cup. 

C’est bien pour cela que les européens sont pris dans un étau. 

D’une part, il est impossible de ne pas jouer aux USA pour obtenir un bon classement au niveau mondial. 

Et d’autre part, il est impossible de ne pas jouer en Europe pour participer à la plus belle épreuve de golf, la Ryder Cup. 

L’incohérence commence à poser des cas de consciences 

Certains golfeurs européens commencent à faire des choix radicaux. 

Dans le cas de McIlroy, même si ce dernier a hésité avant de se raviser, et continuera donc à jouer sur les deux tours (un handicap par rapport aux américains), l’anglais Paul Casey a décidé de ne plus jouer en Europe, faisant au passage une croix sur la Ryder Cup. 

Auteur d’une belle saison 2016, Paul Casey s’est clairement replacé comme un des meilleurs golfeurs du monde. 

Après avoir passé de nombreuses années à jouer sur les deux tours, le fait d’être nouvellement marié et père de famille l’a forcé à revoir son agenda.

Après avoir passé de nombreuses années à jouer sur les deux tours, le fait d’être nouvellement marié et père de famille l’a forcé à revoir son agenda. 

Il admet que le fait de ne plus jouer qu’aux Etats-Unis a contribué à son retour au premier plan, ne se dispersant plus dans les voyages. 

Au début de la saison 2015, il était 75ème mondial. A la fin de la saison jouée aux USA, il a terminé 23ème. 

A regret, il a donc confirmé qu’il ne jouerait plus en Europe à compter de la prochaine saison. 

Alors qu’il doit avoir un entretien avec le nouveau directeur du circuit européen, Keith Pelley, pour confirmer sa décision, Casey a livré son analyse sur le problème des déplacements fréquents entre USA et Europe. 

« J’ai réalisé une bonne saison parce qu’en réduisant les temps de déplacements, j’ai pu passer plus de temps à travailler sur mon jeu. » 

Casey pourrait encore reconsidérer sa position si l’European Tour descendait son quota de tournois obligatoires de 13 à 11. 

Mais admettons que le problème n’est pas à 13 ou 11. Ce débat n’est pas normal, ni juste ! 

D’autant que Casey n’est pas le seul à s’interroger. 

Rory McIlroy n’a pas encore imité Paul Casey mais cela pourrait bien finir par arriver. 

« J’y ai bien pensé. Je commence à en avoir marre de voyager autant, de traverser l’Atlantique tous les mois, et de jouer sur plusieurs tours. » 

Pour vous illustrer le problème, notez que McIlroy qui a joué seulement 12 semaines en Europe cette année contre 20 à 22 pour d’autres joueurs leaders en Europe, ce dernier est numéro un européen au bénéfice de sa victoire au championnat du monde de match-play disputé…aux Etats-Unis, et ses bons résultats en majeur…aux Etats-Unis, plus que pour ses relatives performances sur le circuit européen. 

Vous avez dit incohérence ! 

Tout comme Casey, McIlroy a rencontré Keith Pelley pour évoquer l’avenir du tour, et visiblement, le nord-irlandais a été convaincu…pour le moment. 

D’une part, McIlroy est reconnaissant du fait que c’est grâce à son parcours sur le circuit européen qu’il est devenu un des meilleurs joueurs du monde, et d’autre part, il n’imagine pas manquer la Ryder Cup. 

Il existe un autre exemple à l’inverse de celui de Paul Casey. 

L’anglais Danny Willett, réellement le meilleur joueur du circuit européen cette année, surtout si on met de côté McIlroy.

Membre à temps plein de l’European Tour, Willett a annoncé qu’il déclinait toute participation au PGA Tour pour la prochaine saison. 

25ème mondial, il pourrait pourtant légitimement y participer. 

Cependant, Willett préfère consolider sa position en Europe, tenter de gagner quelques tournois de plus, et se concentrer sur les majeurs. 

Ceci dit, il n’exclut pas d’aller jouer aux Etats-Unis à moyen-terme. 

Jouer aux USA ou en Europe, un mauvais choix pour le golf ? 

L’âge d’un golfeur peut influer sur le choix. 

En début de carrière, un golfeur peut tout à fait préférer s’aguerrir en Europe. 

Alors qu’un golfeur qui a passé la trentaine comme Casey qui estime ne plus rien avoir à prouver en Europe peut choisir de privilégier le circuit le mieux doté financièrement. 

Lucide, Willett a aussi admis que pour bien jouer aux USA, il faut le faire à plein temps, et ce n’est pas forcément gage de succès, même pour les meilleurs européens. 

Jouer aux USA ou en Europe, un mauvais choix pour le golf ?

Dans un passé récent des talents comme Alex Cejka, Thomas Levet ou Nicolas Colsaerts se sont totalement perdus sportivement en allant jouer à temps pleins aux USA. 

Colsaerts était en 2012 l’un des douze meilleurs européens avant de partir jouer aux Etats-Unis, fort d’être le plus long driver du tour, un argument non-négligeable pour jouer sur le PGA tour. 

Malgré cet avantage, Colsaerts a totalement coulé. 

Sorti du top-50 mondial, et après avoir renoncé à jouer aux USA, le belge n’a plus retrouvé son niveau d’avant 2012, et n’a pas fait partie de l’équipe européenne de Ryder Cup en 2014. 

La seule bonne solution : un seul tour international ! 

En conclusion de ce sujet, vous l’aurez compris, nous militons fortement pour la tenue d’un seul circuit mondial unifiant tous les tours régionaux, et créant des conditions de compétitions équitables, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas. 

Les américains ne sont pas les meilleurs golfeurs du monde, même si le PGA Tour est le plus puissant financièrement, et si 25 millions d’américains constituent le panel de golfeurs le plus large au monde. 

En Ryder Cup, les golfeurs européens ont depuis plusieurs saisons, démontré que sur terrain neutre ou hostile, ils étaient plus forts. 

Certes, en 2015, Fowler a gagné l’Open d’Ecosse, et Zach Johnson a remporté l’Open Britannique. 

Ce n’est pourtant pas la même histoire quand il faut jouer en France, en Espagne, en Allemagne, ou même plus loin, en Afrique du Sud, en Asie ou au Moyen-Orient. 

Il ne s’agit pas de les dénigrer, mais il faut aussi arrêter de les mettre sur un piédestal. 

Dans l’exemple de l’Atp tour et du tennis, Nadal, Federer, Murray et Djokovic jouent dans le monde entier sur un circuit qui fonctionne 52 semaines par an avec des tournois qui sont relativement regroupés par zones, et par saisons. 

Le serbe Djokovic est un véritable numéro un mondial, car il joue dans le monde entier contre l’ensemble des meilleurs joueurs du monde. 

Cette proposition appliquée au golf n’impliquerait pas obligatoirement la suppression de tournois. 

Au contraire, pour une plus grande lisibilité, il serait possible de créer des tournois de catégorie 1, 2 et 3 qui donneraient des niveaux de points variés au classement mondial. 

L’organisation du calendrier pourrait permettre de jouer douze mois sur douze dans des régions propices au golf au niveau du climat. 

Afrique du Sud en hiver, Etats-Unis au Printemps, Europe en été, et Asie en Automne… 

Le fait de grouper des tournois par zone pourrait limiter l’amplitude des déplacements, en plus de créer plus d’équité entre tous les joueurs. 

Les meilleurs seraient forcés de jouer un peu partout dans le monde, et pas seulement aux Etats-Unis.

Dernier bénéfice, comme pour le tennis, ce grand barnum permettrait d’amener le golf à différentes populations, et ainsi favoriser le développement de l’image de notre sport. 

D’autant que les médias généralistes pourraient suivre plus facilement un sport devenu plus lisible, ne serait-ce qu’au niveau de son classement, et avec une réelle audience planétaire, et pas seulement locale. 

Il n’y a rien à inventer, il suffit de reprendre le système qui a fait le succès du tennis dans le monde depuis la fin des années 70. 

Quand on prétend vouloir développer le golf comme l’USGA et le Royal & Ancient, on agit en conséquence…et on ne fait pas semblant !

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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