WGC-Match Play 2021 : Une formule qui échappe rarement aux spécialistes!

Cette semaine se tient l’un des tournois de golf professionnel des plus passionnants, et pour cause, il s’agit d’une formule bien trop rare au plus haut niveau, le Match-play. Consacré championnat du monde (WGC), le Dell Technologies disputé à Austin au Texas, est toujours le théâtre d’un spectacle plus intense avec son lot de surprises. C’est surtout une formule qui rebat les cartes, et fait la part belle à des véritables spécialistes de la formule comme l’anglais Ian Poulter, qui dès le premier match a nettement battu Rory McIlroy, ou encore un autre vétéran Matt Kuchar, un ancien vainqueur, qui est sorti vainqueur de son groupe, malgré la présence de Justin Thomas ou encore Kevin Kisner. Ce championnat est aussi un bon souvenir pour le public français, puisque Victor Dubuisson y a écrit l’une des plus belles pages de son histoire golfique.

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Avec deux représentants, la France est à la fête en cette fin de mois de mars sur le PGA Tour. Le Français Antoine Rozner a sans doute signé l’exploit du premier tour en battant sans contestation possible, le phénomène du moment, l’américain Bryson DeChambeau.

Avec moins de biscotto, mais sans doute plus de « French Flair », Rozner avait parfaitement lancé sa nouvelle aventure outre-Atlantique, qui faisait suite à sa récente victoire spectaculaire au Qatar.

Victoire qui au passage l’avait propulsé dans le top-65 mondial, suffisant pour justement intégrer ce prestigieux championnat du monde.

Après ce premier succès qui en a surpris plus d’un, à commencer par DeChambeau, Rozner aurait bien pu être le héros du tournoi, si seulement Tommy Fleetwood n’avait pas réussi un début de semaine presque parfait, et fini par lui aussi battre un DeChambeau impuissant dans cette formule.

En effet, le premier tour de ce championnat du monde au format particulier met aux prises 64 golfeurs répartis dans 16 groupes de 4 joueurs.

Chaque golfeur dispute trois matchs contre les trois autres membres du groupe, et seul le meilleur peut prétendre à sortir de la poule, et notamment pour aller disputer des matchs à élimination directe, avec les 15 autres « survivants ».

Par la suite, à partir des « huitième de finale », effectivement, plus de poule, les golfeurs s’affrontent sur 18 trous ou un peu plus en cas d’égalité, pour avancer jusqu’à la finale, et ne plus confronter que deux joueurs.

En février 2014, c’est justement un espoir du golf français qui allait réussir un exploit sans précédent, en se hissant jusqu’à cette fameuse finale.

Dubuisson avait tardé à concéder la défaite contre l’australien Jason Day, repoussant l’échéance, à mesure qu’il réalisait des exploits autour des greens, d’un autre parcours, autrement plus spectaculaire et mémorable que celui d’Austin, Dove Mountain en Arizona.

Ce parcours au profil désertique avait valu le surnom de Cactus Boy au Français.

Rozner a donc bien failli marcher sur ses traces, mais c’était sans compter sur les performances de l’anglais Fleetwood, qui lui a aussi a fini par battre sur le fil, le favori du groupe, DeChambeau.

C’est justement là toute la magie du Match-Play. Le suspense est bien plus intense.

L’édition 2021 n’échappe pas à la règle, puisque DeChambeau n’est pas le seul à plier bagage avant de voir le tour suivant.

Dustin Johnson, le meilleur golfeur du monde actuellement est finalement lui-aussi éliminé après une drôle de controverse qui n’arrive justement qu’en match-play.

Au cours de son troisième match, l’américain opposé à Kevin Na, déjà deux défaites en deux matchs, et aucune chance d’avancer dans le tournoi, a connu une situation sans doute inhabituelle pour lui.

Sur le onzième green du match, Dustin Johnson relève son putt sans le jouer alors qu’il est au bord du trou. Quelques instants plus tard, son adversaire l’interpelle en lui expliquant qu’il ne peut pas faire cela, tant que lui-même (Kevin Na) ne l’y autorise pour concéder le nul sur ce trou.

Dans les règles, c’est bien Kevin Na qui a tout fait raison. Dans l’esprit, on peut aussi dire qu’il a été pointilleux ou cherché à se faire respecter par un DJ quelque peu désinvolte dans cette situation.

Alors que le match était finalement très serré, sur le trou suivant, le numéro un mondial a lancé son second coup dans un obstacle d’eau, et finalement perdu le trou. Cela a sans doute été le tournant du match. Impossible de ne pas penser que l’incident du trou précédent n’avait pas finalement agi sur le mental du golfeur imprudent.

En match, tous les coups ne sont pas permis, et toute situation peut engendrer un renversement de vapeur. Johnson, pourtant expérimenté et ancien vainqueur de la formule en 2017 aurait dû être plus vigilant.

Finalement battu par Na, il a ouvert la porte à l’écossais Robert MacIntyre, improbable challenger de sortir premier du groupe, et encore à la faveur d’un exploit comme le match-play peut en proposer de temps en temps.

Opposé à Adam Long, l’écossais était tout bonnement 1-down (mené d’un trou de retard) avant de driver le green du 18, et en plus, arrêter sa balle à quelques centimètres du trou pour un fantastique eagle inespéré à 368 yards de distance (336 mètres) !

Ce coup de génie lui a permis de partager le match nul, et finalement de dépasser Dustin Johnson au classement de la poule. Exit le numéro un mondial, et comme DeChambeau, une grosse surprise dans ce championnat qui ne fait que commencer.

Et cela n’a pas été la seule surprise du début de semaine, avec notamment l’élimination précoce du récent vainqueur du Player’s Championship, Justin Thomas, actuel numéro deux mondial.

Seulement troisième de son groupe, nettement battu par Matt Kuchar dès le premier match sur le score sans appel de 3 à 2 (Kuchar avait trois trous gagnés d’avance et seulement deux trous à jouer), Thomas a de nouveau concédé la défaite contre son compatriote Kevin Kisner sur le score de 2 à 1.

Mené 4-down après seulement 8 trous, il a en fait bataillé pour reprendre seulement la moitié de ce déficit sur les 9 trous suivants.

C’est la magie du match-play, il peut ou pas y avoir des retournements de situations, mais gare à ne pas laisser trop d’avance à son rival, qui dans ce cas, n’est pas seulement le parcours.

Dustin Johnson, Justin Thomas, mais aussi Collin Morikawa, Bryson DeChambeau, Xander Schauffele, Patrick Reed, Tyrell Hatton, Webb Simpson, Paul Casey, Patrick Cantlay, Rory McIlroy, Tony Finau, Viktor Hovland, Daniel Berger, Matt Fitzpatrick, Matthew Wolff ou Sungjae Im sont déjà éliminés, et donc pratiquement tous les joueurs les mieux classés dans les différentes poules.

En réalité, un seul golfeur parmi les favoris liés au classement mondial a réussi à s’en sortir de justesse, l’espagnol Jon Rahm.

Cette formule du match-play ne consacre donc pas vraiment la logique et la hiérarchie du classement mondial de golf.

En revanche, elle permet à d’autres profils de se mettre plus facilement en lumière, notamment l’anglais Ian Poulter, auteur d’un véritable sans faute avec trois victoires en autant de matchs.

Un seul autre golfeur a réussi cette prouesse exceptionnelle, l’américain Matt Kuchar.

Fait qui n’est pas si anodin, sur les dix dernières années, il s’agit peut-être des deux meilleurs joueurs du monde en match-play, et comme ils ont pu le démontrer, soit dans ce championnat du monde, ou soit et surtout en Ryder Cup, déjà une compétition qui met à l’honneur le match-play.

Matt Kuchar, 42 ans, n’a jamais durablement fait partie des 10 meilleurs mondiaux au cours de sa longue carrière.

Pour autant, depuis ses débuts pro en 2000, il a remporté déjà 12 titres dont ce championnat du monde de match-play en 2013.

En 2011, il avait déjà terminé à la troisième place de ce tournoi pour commencer à se faire un nom dans la formule.

Encore cinquième en 2012, il faut encore ajouter une place de finaliste en 2019 pour le consacrer comme un véritable spécialiste du genre.

Impliqué dans quatre équipes de Ryder Cup de 2010 à 2016, et cinq équipes de President’s Cup de 2011 à 2019, il n’a pas forcément des statistiques aussi impressionnantes, mais cela n’entache pas son statut d’excellent et peut-être même meilleur joueur du monde dans ce domaine.

En President’s Cup, il comptabilise 6 victoires pour 8 défaites et 2 nuls. En Ryder Cup, il compte encore 6 victoires pour 7 défaites, et 2 nuls.

Il faut ajouter à cet impressionnant palmarès une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, disputé dans cette même formule du match-play.

Ils ne sont pas nombreux à afficher un aussi solide palmarès dans la formule, d’autant que pour le seul WGC, il comptabilise un impressionnant 30 victoires pour 10 défaites, et 4 nuls.

Tiger Woods et Ian Poulter sont les deux seuls golfeurs à faire mieux, et il pourrait bien les dépasser en 2021.

Malgré un jeu en berne depuis le début de l’année, Kuchar a justement retrouvé des couleurs dans son exercice préféré sur ce parcours d’Austin.

Sa victoire contre Kevin Kisner dans ce que l’on peut considérer comme le groupe le plus difficile du début du tournoi est significative, et pourrait faire de Kuchar le favori légitime pour la victoire finale.

Kisner avant de perdre contre Kuchar avait notamment enregistré 13 victoires en 15 matchs à Austin !

Matt Kuchar explique « J’aime vraiment beaucoup cette formule. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est de savoir ce que j’ai à faire, coup après coup en comparaison d’un tournoi qui se dispute en strokeplay sur quatre tours. »

Il ajoute « Parfois, j’admets être un peu perdu quand c’est le vendredi matin après-midi et que tout n’est pas parfait dans mon jeu. Je pense qu’au contraire dans cette formule, vous devez lutter sur tous les trous, et c’est ce qui garde mon esprit concentré sur le jeu pendant toute la partie. »

L’américain explique peut-être ainsi le secret de la performance en un contre un, rester concentré sur chaque coup. A la différence des tournois classiques où votre sort peut dépendre de ce qui se passe ailleurs sur d’autres parties en cours, en match-play, votre sort est directement relié à celui de votre adversaire.

On peut imaginer que Kuchar possède un mécanisme mental beaucoup plus adapté à la confrontation directe, et que plus important que la technique ou la qualité du swing et des statistiques, il sait mieux que personne se focaliser sur le fait de réussir le coup qu’il faut au moment opportun, notamment quand il faut battre directement un adversaire.

C’est ce qui est passionnant avec le match-play. Il ne faut pas seulement jouer contre le parcours, il faut aussi élaborer sa stratégie par rapport à l’adversaire.

Kuchar est sans doute le meilleur dans cet exercice depuis une petite dizaine d’années…

A moins peut-être que l’on parle de l’anglais Ian Poulter, 45 ans, dans les derniers qualifiés pour ce WGC à Austin (seulement 66eme mondial). Logiquement, il n'aurait pas pu participer à cette édition avec son classement, et sans le forfait de certains joueurs dont Brooks Koepka. 

Hors de forme avant ce tournoi, il fait pourtant encore parti de favoris.

Vainqueur de ce championnat en 2010, puis du Volvo World Match-Play Championship en 2011, Poulter s’est constitué une solide réputation de joueur spécialiste du un contre un.

C’est surtout en Ryder Cup où il a fait le plus preuve de son caractère fantasque très utile dans ce format.

Capable de supporter la pression d’une foule hostile, il présente un étonnant palmarès de 14 victoires pour 6 défaites, et 2 matchs nuls, de quoi, en faire une légende de l’équipe Européenne de Ryder Cup.

En simple, il n’a perdu qu’une seule fois !

Restera dans les annales sa performance à Medinah où il a contribué au « come-back » le plus mémorable de l’équipe européenne, remportant tous ses matchs.

Un Poulter qui n'a jamais vraiment sa langue dans sa poche, et qui en début de semaine, avait affirmé que la nouvelle formule du WGC avec un système de poule à la place du premier tour était ennuyeuse !

Cette formule en place depuis 2016 a remplacé le précédent système où tout se jouait en élimination directe dès le tout premier match.

Poulter explique qu'il a notamment battu Kevin Kisner en 2019 au cours de son premier match, et finalement, il a du rejouer contre lui un play-off supplémentaire pour déterminer qui devrait sortir du groupe. Finalement battu dans ce play-off supplémentaire, il enfonce le clou en rappelant avoir pourtant battu le premier jour... le futur vainqueur du tournoi.

En plus d'être un génie du match-play, Poulter ne manque jamais une occasion de donner son avis, même si à contre-courant des autorités.

Contre McIlroy, pour son premier match dans ce WGC, Poulter a surtout fait étalage de tout son génie dans le format du un contre un. Dans ce cas, pas d'amitié sur le terrain, Poulter sait se transformer en tueur.

En match-play, pour l'anglais, les choses sont simples : Prendre rapidement les devants, garder l'honneur et ne jamais le céder.

En match-play, la distance au drive peut être paradoxalement un handicap... Contre McIlroy, Poulter a toujours joué en premier vers le green, forçant en fait son adversaire à réagir à ses coups d'approches !

Tout au long de la partie, Poulter a mis sous pression McIlroy, et ce dernier a souvent craqué avec ses wedges en mains, et s'est montré moins précis pour approcher les drapeaux... le secret de la réussite en match-play.

Poulter a utilisé et retourné la longueur de McIlroy contre lui !

A ces deux joueurs fantastiques dans cette formule, on pourrait rajouter l’espagnol Sergio Garcia, un autre héros de Ryder Cup pour l’Europe. Il est lui-aussi toujours en lice pour ce week-end.

Recordman des points rapportés pour son équipe en Ryder Cup, soit 25,5 points, il a notamment remporté 22 victoires en 9 participations pour 12 défaites et 7 nuls.

Sur 49 matchs de Ryder Cup, il a surtout brillé en Foursome avec 10 victoires.

En match-play individuel, il a remporté 38 victoires pour 29 défaites et 4 nuls.

A noter, Kuchar l’a déjà battu à deux reprises en championnat du monde de match-play, alors qu’il a aussi concédé une défaite à Poulter.

Les trois joueurs ont donc passé le cap des poules, et restent en course pour la victoire du tournoi 2021. Garcia va affronter le canadien Mackenzie Hughes, et devrait être logiquement le favori de cette confrontation.

En cas de victoire, il pourrait retrouver au tour suivant le vainqueur du match Victor Perez contre Robert MacIntyre.

Son tableau semble plutôt dégagé pour rejoindre la finale…

A l’inverse Matt Kuchar affronte un Jordan Spieth retrouvé et déjà très impressionnant depuis le début de la semaine.

Si Kuchar venait à passer, il devrait retrouver le vainqueur du match Bubba Watson contre Brian Harman. Bubba Watson a notamment remporté l’édition 2018 du tournoi, et peut dans une moindre mesure aussi faire figure de spécialiste de la formule.

Pour Poulter, le parcours jusqu’à la finale pourrait aussi s’annoncer difficile notamment s’il bat l’américain Scottie Scheffler, et retrouve un Jon Rahm possible vainqueur du sud-Africain Erik Van Rooyen.

Fleetwood, Rahm, Watson, Harman, et Spieth pourraient faire office de solides candidats à la victoire en plus des spécialistes évoqués comme Garcia, Poulter, et Kuchar.

Ce championnat échappe rarement à un golfeur expérimenté dans cette formule, et même si Victor Perez encore en lice, pourrait renouveler l’exploit de Dubuisson en se hissant en finale, ses chances sont statistiquement plus minces.

L’expérience est une des données importantes en match-play, comme l’a prouvé le tenant du titre, l’américain Kevin Kisner en 2019, après avoir perdu en finale en 2018.

Crédit photo : David Buono/Icon Sportswire

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