Plus de 5000 pages pour votre jeu de golf. Matériel, technique, parcours, voyages...

US Open à Pebble Beach: Comment Koepka est devenu le meilleur en majeur?

Malgré l’immense qualité du champ de joueurs engagés sur ce 119eme US Open disputé sur le mythique parcours de Pebble Beach, en Californie, impossible de ne pas considérer comme immense favori le double tenant du titre, Brooks Koepka. Déjà vainqueur de l’US PGA Championship quelques semaines plus tôt cette saison, Koepka est depuis deux ans la force majeure du golf dans les plus grands tournois. L’actuel numéro un mondial, 29 ans est déjà dans les temps de passages des plus grandes légendes comme Jack Nicklaus ou Tiger Woods avec quatre victoires en majeur. Son ascension a été si soudaine que même le public américain tarde à le prendre en sympathie. Comment est-il passé de bon joueur du circuit à top-player en moins de 3 ans ?

Découvrez nos formules d'abonnements

Jusqu’à présent, Brooks Koepka n’apparaissait pas nécessairement comme le favori numéro 1 des majeurs de golf, et pourtant, il détient quatre victoires significatives.

Surtout, aux yeux des médias, et du public américain, Koepka peine à capter toute l’attention. Tiger Woods, Dustin Johnson, Jordan Spieth ont plus souvent leurs faveurs.

Dans cet environnement, jusqu’à cet US Open, Koepka semblait plus être une aberration de l’histoire, une improbabilité.

Pourtant, il n’y a pas tant de hasard pour expliquer son extrême domination su les tournois de golf les plus difficiles ou les plus éprouvants mentalement.

Et cette semaine, à Pebble Beach, petite anecdote significative d’un changement d’état d’esprit, Koepka a été contraint de changer de numéro de téléphone portable.

Assailli d’appels, de sms et autres messages, Koepka a besoin de rester dans sa bulle.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. Être le premier en près de cent ans à remporter trois fois consécutivement l’US Open de golf !

Une des raisons qui explique la relative indifférence ou plutôt incompréhension dont il a souffert au moment de remporter ses premiers majeurs, tient dans le fait qu’il n’est ni un jeune premier (29 ans), ni un nouveau venu sur le PGA Tour (il a déjà 6 saisons complètes à son actif).

Comment Brooks Koepka est soudainement devenu le Tiger Woods des années 2020 sans que personne ne le voit réellement venir ?

Pourquoi réalise-t-il seulement maintenant un tel potentiel ?

Comment fait-il pour surclasser si facilement Rory McIlroy, Jason Day ou Dustin Johnson ?

Honnêtement, si vous êtes golfeur ou suivez le circuit professionnel, ne vous-êtes pas vous demandé comment un top-35 mondial en 2015 a pu devenir un quadruple vainqueur en majeur du jour au lendemain ?

Pour plusieurs journalistes et observateurs américains, il y a au moins six raisons qui expliquent objectivement cette transformation.

En premier lieu, ils évoquent sa routine de préparation qu’il décrit lui-même comme très stricte.

Quel que soit le tournoi, il est très « conservateur ». Sa « team » est toujours composée de sa petite-amie Jena Sims, son coach Claude Harmon, son caddie Rickie Elliott, son agent…

Comme évoqué plus haut, il se met dans sa bulle.

« Quand je rentre à la maison, j’ai juste besoin de mettre mes jambes en l’air et de me relaxer. »

Trouver du temps et un endroit confortable pour se reposer est très important, en particulier pendant les gros tournois qui demandent beaucoup émotionnellement.

Thomas Levet en témoigne. Dans ces semaines très particulières, et très excitantes, les sollicitations ont vite fait de vous accaparer du temps en plus de celui à passer sur le terrain. Il faut savoir s’en prémunir.

Deuxième paramètre qui peut expliquer sa réussite, son attitude sur le parcours. Au golf, l’attitude pendant la partie, est bien souvent un facteur déterminant du score.

La façon dont vous affrontez les mauvais coups, et la rapidité avec laquelle vous les acceptez pour vous reconcentrer sur les coups suivants est déterminante, encore plus en majeur, où chaque faux pas vous rapproche du précipice de manière fatale.

Alors forfait pour le PGA Championship, Justin Thomas se souvient avoir regardé le tournoi de chez lui, et avoir été inspiré, pour ne pas dire impressionné par l’attitude de Koepka sur le parcours.

Thomas n’a pas noté la technique ou la stratégie du joueur, mais son attitude, signifiant l’importance de ce paramètre dans le résultat.

Accepter les mauvais coups, ne pas surchauffer pendant les périodes fastes, rester stoïque. En parallèle, Koepka ne se cache pas derrière son petit doigt. Il n’a pas peur d’affirmer à quel point, il est bon, ce qui vu de notre fenêtre, pourrait être pris pour de l’arrogance.

Cependant, au golf, la confiance au soi est un paramètre autant déterminant que l’attitude. Ses pairs dont Jordan Spieth le constate à son propos. « C’est ce qu’il dégage. Sa mentalité sur le parcours, sa performance résulte directement de son attitude, et du coup, il est en pleine confiance sur chaque coup qu’il réalise. »

Un peu comme le Tiger Woods des années 2000, Koepka espère rapidement se porter en tête du leaderboard, pour avec son attitude instiller une forme de peur à ses adversaires.

L’aspect psychologique est aussi important dans un tournoi de golf où chacun joue contre le parcours, mais aussi un peu les uns contre les autres.

En fin de compte, attitude, concentration, confiance en soi forment une seule et même compétence, la force mentale !

Il en a fait une nouvelle démonstration à l’occasion de l’US PGA Championship le mois dernier alors qu’il s’était forgé une confortable avance en tête du tournoi, et avant le dernier tour.

Pendant trois tours, sa domination avait été telle que l’on imaginait un score fleuve sur le dernier tour, et un écart abyssal avec la concurrence.

Finalement, quatre bogeys consécutifs sur le retour ont fait fondre son avance à seulement un coup alors que Dustin Johnson commençait à sonner la charge du retour.

Dans cette situation finalement inhabituelle pour lui en majeur, c’est encore sa force mentale qui a fait la différence. Touché mais pas abattu, il a su faire preuve d’une compétence qu’il n’avait encore pas révélé sous stress : La patience.

Pour son entraîneur Claude Harmon, cette nouvelle façon de gagner avait quelque chose de significatif.

« Il a été touché, mais pas découragé. Il n’a pas paniqué. Il n’a pas fait la moue. Il ne s’est pas offusqué de ce final plus difficile, et finalement, cela a payé. »

Au contraire, cette expérience lui a prouvé qu’il pouvait se reconcentrer sur lui-même sous pression, et faire une sorte de reset de son jeu dans les conditions les plus extrêmes.

Ceci étant, cela ne résout pas tout à fait une question lancinante à son sujet « Mais pourquoi n’est pas plus souvent vainqueur sur les tournois du PGA Tour ? En plus des majeurs, pourquoi ces compétences ne lui permettent pas de remporter plus de victoires ?

Ces forces décrites ci-dessus devraient légitimement lui permettre de dominer tout le monde et tout le temps. McIlroy, le récent vainqueur de l’Open du Canada a été le premier à s’interroger à ce sujet.

« Je ne comprends pas pourquoi il n’arrive pas à ce niveau de force mentale plus souvent. »

En réalité, ce ne serait qu’une question de « désir ». Koepka, comme beaucoup de golfeurs professionnels a grandi comme témoin de la chasse aux 18 majeurs de Nicklaus par Woods.

Dans le monde du golf, il ne faut pas se leurrer, seules les victoires en majeurs comptent vraiment, et impactent les mémoires.

Au Canada, une semaine avant d’arriver à Pebble Beach, Koepka n’avait pas peur de déclarer que là-bas, le résultat n’avait que peu d’importance. Il se préparait pour l’US Open.

Il voulait simplement taper quelques bons coups pour arriver fin prêt sur le troisième majeur de la saison.

Il n’est donc motivé que par les majeurs. Et une grande partie de sa motivation, il l’a trouvé dans le fait d’avoir été sous-estimé par la presse américaine qui n’a pas vu en lui, une sorte de nouveau héros à l’américaine.

En fait, elle n’a rien vu du tout. Elle n’en a peut-être pas eu le temps ou surtout elle ne savait pas quoi dire ou écrire sur un garçon jusqu’alors discret, et sans aspérités particulières.

C’était juste le « pote » de Dustin Johnson, le numéro un mondial charismatique, déjà suspendu pour usage de stupéfiant, plusieurs fois perdants « magnifiques » en majeurs, et par exemple comparé à Jean Van De Velde lors de la perte de l’US Open 2015 à Chambers Bay.

Jusqu’à ce qu’il gagne deux, trois et maintenant quatre majeurs, il n’était pas considéré comme un potentiel favori, et la presse se ruait plutôt vers les têtes d’affiches supposées comme McIlroy, Spieth ou Fowler. Koepka attendait qu’on vienne l’interviewer, et finalement repartait frustré d’être aussi peu considéré.

Cette frustration, il en a fait une motivation. Cependant, cette situation ne cache pas un autre paramètre pour lequel Koepka n’a pas trouvé la clé : Les médias américains ne se ruent pas vers lui parce qu’il n’imprime tout simplement pas l’imaginaire du public de son propre pays.

Il n’y a pas de fan mania pour Koepka. Le retour de Woods a sans doute capté toute l’attention.

Lors du final de l’US PGA, le scénario laissant finalement penser qu’il pouvait être rattrapé par son dauphin, et « ancien » copain, Dustin Johnson a créé une situation où le public avait majoritairement pris fait et cause pour son rival.

Koepka gagne en majeur, mais est loin d’avoir gagné le cœur du public présent autour des fairways.

Pourtant, le dernier élément clé pour comprendre comment il en est arrivé là, son jeu devrait enthousiasmer.

Quand les marges d’erreurs sont les plus fines, il a tout simplement le niveau de jeu pour affronter la pression maximum. Comme quoi, le lien entre technique et pression est crucial au golf.

Bien entendu, en numéro un, il y a sa puissance depuis le tee, qui lui ouvre le reste du jeu.

Pour autant, il ne faudrait surtout pas minimiser les progrès qu’il a rapidement accompli avec Pete Cowen dans le domaine du petit-jeu.

Pete Cowen a été un temps le coach d’Alex Levy.

Tactiquement, Koepka a aussi réalisé une mue intéressante et inspirante pour beaucoup de golfeurs. En privilégiant le « low cut », il a décidé à fermer un côté du fairway, le gauche, pour jouer au centre ou rater à droite.

Comme la plupart des pros engagés sur un majeur, il a largement compris que le PAR est un excellent score. Il faut éviter à tout prix les doubles-bogeys.

A ce titre, lors de sa dernière victoire, il n’en a pas commis un seul.

En conclusion, la force de Koepka paraît essentiellement mentale sur des moments choisis, comme un cycliste qui préparerait sa saison en connaissant parfaitement ses pics de formes ou plutôt qui les déterminerait au moment des majeurs.

Quand on regarde ses statistiques de jeu sur une saison, il n’a rien du numéro un mondial de golf. Il fait partie bien sûr des 20 meilleurs golfeurs du monde, en distance, du tee au green ou pour le score, mais pas autour du green, et au putting.

Il en est même très loin (100eme au putting pour les coups gagnés).

Il y a en réalité un seul domaine où il est numéro un, c’est le fait de toucher le green sur des tentatives claires pour le faire, soit 80%.

Effectivement, sur le PGA Tour, les statisticiens sont capables de distinguer une attaque de green possible d’une attaque de green impossible, comme par exemple, quand un golfeur a déjà joué son second coup, et ne peut plus toucher le green en deux.

Autre statistique où on retrouve trace d’un niveau de numéro un mondial, sa moyenne de score sur les 9 trous du retour (34,4 coups de moyenne), personne ne fait mieux en 2019.

Autrement dit, Koepka est l’exemple type du golfeur qui score le moment venu sans pour autant surpasser techniquement les autres golfeurs. C’est donc bien la tête plus que la technique pure qui explique sa force.

Son niveau de putting sur la saison ne devrait pas lui permettre d’être numéro un, mais son niveau de putting n’est pas le même pendant les majeurs, c’est cela sa force, et son mystère.

Force et mystère que pour l’instant, le public n’arrive pas à cerner.

Crédit photo : Gerry Angus/Icon Sportswire

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 400
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter
Dustin Johnson, Brooks Koepka, Claude Harmon : La ...
US Open à Pebble Beach : Justin Rose déterminé à n...

Auteur

 

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.