Après 5 mois sans jouer, où en est Tiger Woods ?

C’était, il faut bien l’admettre, l’événement du week-end dernier, à l’occasion du célèbre Memorial Tournament, Tiger Woods a enfin refoulé les fairways d’un parcours de golf, en compétition, sur le PGA Tour. Dans l’antre de l’ours Blond, l’homme aux 18 majeurs, Jack Nicklaus, celui qu’il rêve toujours d’égaler, Tiger Woods a souffert, comme beaucoup avec lui, et finalement terminé à une honorable 40 eme place avec un score de 6 coups au-dessus du par. Certes, il n’a jamais été dans la course pour la gagne, alors qu’il a déjà gagné ce tournoi à 5 reprises par le passé, mais faut-il pour autant considérer 2020 comme une saison blanche pour lui ?

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En interview d’après parcours, c’était assez intriguant de le voir tant transpirer, lui qui depuis 20 ans nous a tellement habitué à tout faire si facilement, comme si pour lui, le golf était une petite balade de santé.

Effectivement, à Dublin, dans l’Ohio, au cœur du mois de juillet, Tiger Woods n’avait pas choisi le tournoi le plus simple pour revenir.

Plus que le tournoi, le parcours de Muirfield Village n’a pas la réputation d’être un parcours si abordable.

Pour la petite histoire, quand Jack Nicklaus a remporté le British Open en 1966, c’était justement à Muirfield, au Royaume-Uni.

Littéralement tombé amoureux de ce parcours, il a décidé de réaliser un parcours hommage près de sa ville natale.

Nicklaus admet avoir dessiné ce parcours dans l’idée dans faire un parcours abordable pour tous les niveaux de jeu, mais surtout pour en faire un parcours spectaculaire à regarder à la télévision, et dans le cadre d’un tournoi de golf.

Nicklaus a toujours considéré que le Masters à Augusta était une très bonne nouvelle pour le golf, et rêvait de faire la même chose avec son parcours.

Le parcours n’a pas été réalisé à l’économie, et a été dessiné comme un véritable parcours de championnat avec beaucoup de bunkers, d’obstacles d’eaux, et des fairways étroits. A Muirfield, c’est la précision qui est de mise.

Ce parcours devait vraiment essayer d’égaler Augusta, et par certains aspects, il y est parvenu. Depuis 1976, le Memorial Tournament est un véritable rendez-vous dans la saison, à défaut d’être encore le rêve secret de Jack Nicklaus, le 5eme majeur de golf…

Pour toutes ces raisons, Woods essaie de ne pas rater ce moment si particulier dans la saison. Il peut rater le Charl Schwab Challenge, le RBC Heritage, le Travelers Championship, le Rocket Mortgage Classic, le Workday Charity Open, ou encore le 3M Open, autant de tournois qui portent des noms de sponsors… autant si possible, il ne raterait pour rien au monde le Memorial.

Sans doute d’une part, pour ne pas offenser l’un de ses plus ardents défenseurs, même dans les pires moments de sa carrière, Jack Nicklaus, et sans doute aussi parce qu’il a écrit une partie de sa légende sur ce parcours.

Il n’avait plus joué depuis le mois de Février sur le PGA Tour, et une piteuse 68eme place au Genesis Invitational (un tournoi qu’il organise).

Pour beaucoup d’experts qui tentaient de prédire son retour à la compétition (il ne s’est vraiment pas pressé en comparaison des autres stars du circuit), le Memorial était certainement un choix incontournable.

Woods y a gagné cinq fois dont trois fois consécutivement de 1999 à 2001, ce qui a contribué à sa légende, et son impression d’invincibilité.

Sa dernière victoire remonte à 2012, soit déjà une éternité…

Au cours des dernières années, il a été contraint de manquer ce rendez-vous pour causes de blessures (2014, 2016 et 2017).

Il a néanmoins joué à quatre reprises avant cette année, et depuis sa dernière victoire, pour des résultats assez inégaux (65eme en 2013, 71eme en 2015, 23eme en 2018, et 9eme en 2019).

Son score de +6 et sa place de 40eme cette année ne sont donc pas très révélateurs, surtout pour un premier tournoi disputé après 5 mois d’interruptions.

Depuis son retour, sans vouloir l’admettre, Woods, 44 ans, se ménage, et se réserve seulement pour les tournois qu’il aime jouer, ou surtout qui représente quelque chose de plus médiatiquement parlant.

Sans faire offense aux précédents rendez-vous déjà disputés depuis la reprise du PGA Tour, le Memorial sans être encore un majeur, boxe effectivement dans une autre catégorie.

Si le score de Woods ne présume pas de sa capacité à court terme de renouer avec le très haut niveau, il n’est pas non plus trop alarmant considérant la difficulté du parcours, et les conditions météorologiques d’un tournoi qui devait initialement se disputer début juin.

Surtout au regard de sa dernière sortie pour le moins manqué au Riviera, sur ses terres, dans le cadre du Genesis Open, Woods est même en légère progression.

Sans un bogey sur l’ultime trou de sa partie dimanche, Woods aurait pu gagner deux places, et surtout terminé à seulement un coup, d’un autre ancien numéro un mondial, Rory McIlroy (+4).

Interrogé à la fin du tournoi, il a déclaré « Eh bien, j’ai pu jouer et concourir. Cela faisait longtemps. C’était sympa de sentir le plaisir de l’effort. Les conditions ont vraiment été très difficiles, et en particulier, pour ma première semaine de reprise. Cependant, c’était vraiment bien de sentir l’adrénaline de la compétition. »

Effectivement, Woods a fait face à un parcours plus difficile que ce qui a pu être observé depuis la reprise du PGA tour, et sur un « vrai » parcours de golf.

Lors du premier tour, il a joué contre des vents très prononcés, et a pourtant rendu une honorable carte de 71.

Le second jour, on a cru qu’il allait manquer le cut, et avait commencé à se plaindre de raideur dans le dos pour expliquer un score plus modeste de 76.

Pendant le week-end, Woods a cette fois connu des températures très élevées, et beaucoup d’humidité, d’où la transpiration visible sur son visage après chaque partie.

Il n’était pas le seul à être cuit. C’était aussi le cas des greens. Dans ces conditions, il a pourtant retrouvé du jeu, et scoré à nouveau 71.

Dimanche, au pic de difficultés des conditions, son 76 peut être relativisé, bien qu’il ait connu un gros passage à vide avec un double-bogey au 7 suivi de trois bogeys sur quatre trous !

Au total de sa semaine, on retiendra à son crédit 14 birdies.

A son débit, 16 bogeys, et deux double bogeys… reconnaissant qu’il n’avait pas joué dans des conditions aussi difficiles depuis longtemps (Il ne se souvient peut-être plus du Golf National à Paris…)

Dimanche, il concédait que le parcours avait gagné en fermeté, et les greens plus rapides « c’était difficile de poser la balle près des trous. Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de scores très bas. »

Effectivement, le vainqueur, Jon Rahm qui au passage lui succède au rang de numéro un mondial a aussi terminé sa partie en 75.

A titre de comparaison entre l’ancien golfeur le plus fort du monde, et le nouveau, Rahm a drivé à 285 yards de moyenne, pris 50% de fairways en régulation, et touché 55% de greens en régulation, pour 2 birdies, 12 pars, 3 bogeys, et 1 double.

Pour Tiger, la distance au drive en moyenne a été sensiblement équivalente (282 yards), mais avec une bien meilleure précision au drive (71%), et une meilleure précision pour accrocher des greens (61%) pour 3 birdies, 9 pars, 5 bogeys et 1 double.

En comparaison de Rahm, le même jour, sur le même parcours, les statistiques de Woods ne sont pas alarmantes.

C’est en fait dans le domaine du putting où le tigre aurait pu faire mieux, si cela n’avait pas été son tournoi de reprise, et s’il avait pu mieux se préparer, de son propre aveu.

« Je n’ai pas très bien putté. Je n’étais pas à l’aise avec les pentes. J’étais en Floride où j’ai putté sur des greens avec un gazon Bermuda, et ave peu de pentes. Venir ici, et jouer des pentes aussi importantes, c’était pour le moins que l’on puisse dire, assez différent, et quelque chose pour lequel j’aurai du mieux me préparer. »

Avec un putting à son meilleur niveau, Woods pourrait donc revenir plus vite, et plus près du sommet du leaderboard.

Ce serait plus inquiétant si c’était son driving qui l’handicapait en distance ou en précision. L’américain a déjà démontré qu’il pouvait recalibrer son putting pour avoir d’excellents résultats.

Aux premières loges, son cadet Joe LaCava s’est aussi montré assez confiant sur l’état de forme de son patron, et pourtant, il ne l’avait pas vu depuis le mois de février, en Californie.

« Dimanche, il a mieux joué que le reste de la semaine. Il a tapé de bons coups, et fait rouler quelques bons putts. Je ne regarde pas toujours le score final. Je préfère me concentrer sur comment il se sent, et comment il se déplace ou il tape des balles. J’ai l’impression qu’il est bien physiquement. Il va rentrer chez lui, et travailler sur ce qu’il doit améliorer. Le connaissant, il va travailler sur un peu tout. »

LaCava conclut « Je pense qu’il a mieux tapé dans la balle que ce que le score ne révèle. Le global de la semaine est plutôt pas mal. »

Toute la question est de savoir ce qu’il va faire dans les prochaines semaines, et par rapport à une fin de saison un peu bizarre, toujours annoncée sans spectateurs, et avec trois majeurs américains encore à disputer, jusqu’au Masters en Novembre.

Le véritable enjeu, c’est quelle suite pour la saison de Tiger Woods, et surtout à court terme, dans le cadre de la préparation des trois majeurs à venir, dont on peut imaginer sans peine, qu’ils sont le véritable objectif de l’américain.

Woods n’a pas exprimé clairement son intention de participer aux WGC Fedex St. Jude qui auront lieu dans deux semaines, ce qui en langage Woods pourrait bien dire qu’il n’ira pas, pour justement préparer le PGA Championship à Harding Park (San Francisco), la semaine suivante.

Woods ne joue quasiment jamais un tournoi, une semaine avant un majeur.

Que dire ensuite des quatre tournois suivants dont trois concernant les play-offs de la Fedex Cup avec le Tour Championship en point de mire le 4 septembre ?

Woods semble assumer de jouer toute sa saison sur les majeurs.

Pour l’heure, Tiger Woods est 42eme de la Fedex Cup 2020 et pour ce qu’elle vaut. Cela signifie qu’il est pour l’instant dans le champ provisoire pour disputer au moins le Northern Trust, et le BMW.

D’ici là, il va assurément travailler « Je pense que j’ai besoin de travailler sur mon putting. S’agissant de mon swing, je me sens bien. J’ai été capable de taper des bons coups. Vendredi, j’ai été moins bien physiquement, mais dans l’ensemble, pour une première semaine, il y a beaucoup de positifs à garder. »

C’est donc bien tout le sujet pour lui, garder du positif, en prévision d’une grosse fin de saison, avec des tournois qui peuvent changer la coloration de son année 2020, et alors que chaque année compte beaucoup par rapport à son objectif de gagner 18 majeurs.

Mis à part Dustin Johnson, Justin Thomas et Jon Rahm, parmi les meilleurs mondiaux, Brooks Koepka, Rory McIlroy ou encore Rickie Fowler ne semblent pas non plus au mieux. Woods a peut-être une carte à jouer sur au moins un des trois majeurs, le Masters en Novembre. 

Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire

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