Tiger Woods : Est-ce la fin ou l’exemple de Ben Hogan peut-il donner de l’espoir ?

Tiger Woods en train de marcher sur un parcours de golf

Au cours d’une conférence de presse à Nassau aux Bahamas, dans le cadre de son tournoi, le Hero World Challenge, Tiger Woods a fait sa première apparition médiatique, et d’une durée de plus de trente minutes. Heureux d’être en vie à la suite de son accident de voiture intervenu en février dernier, et que quelqu’un ait veillé sur lui « là-haut », l’américain de bientôt 46 ans, a répondu à toutes les questions, y compris celle sur la possibilité d’une amputation de la jambe, un sujet qui s’est posé « sur la table » selon ses termes. Il a bien entendu répondu aux questions concernant son avenir sportif, et tenu à baisser volontairement les espoirs, et attentes, à propos de son retour sur les parcours…

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Est-ce qu’un autre sportif de haut niveau a dû subir autant d’opérations chirurgicales au cours de sa carrière (cinq opérations au niveau des genoux, et cinq opérations du dos), et autant de rééducation ? Le golfeur américain Tiger Woods détient toute sorte de glorieux records, et pour sûr, il aurait sans doute préféré ne pas concourir dans la catégorie des blessures au dos, aux genoux ou aux jambes.

Il s’est malheureusement de nouveau confronté à une terrible épreuve après un accident de voiture violent en marge du dernier Genesis Open, tournoi qu’il organise avec sa société TGR. Cet accident a mis un coup d’arrêt brutal à sa carrière sportive, et pourrait marquer un tournant dans sa vie de sportif.

Au cours de cette conférence de presse, assez rapidement, il a lui-même mesuré le chemin parcouru pour quitter un lit d’hôpital immobilisé (il a passé trois à quatre semaines à l’hôpital et au total trois mois alité), pour se déplacer en fauteuil roulant, puis marcher avec des béquilles, puis des béquilles, être en mesure de tenir debout sans assistance.

Depuis bientôt dix mois, avant de parler de rejouer au golf sur le PGA Tour, Woods a bien exprimé la durée, et la difficulté du combat qu’il vient de mener loin des caméras, et loin des yeux.

Reconnaissant envers les chirurgiens, et les personnels soignants, il a admis avoir traversé des moments difficiles, et sans doute sans trop insister avec une forme de pudeur, le moment particulier où la possibilité d’être amputé a été évoquée, ce qui n’a pas manqué de troubler l’assistance.

Woods, la légende, le GOAT (meilleur de tous les temps) pour une grande partie des fans de golf, est passé tout près du drame.

En vie, sur ses deux jambes, Woods a voulu marquer une différence notable entre l’homme qui voulait revenir au plus haut niveau en 2017, après déjà une lourde opération du dos, et l’homme qui se tenait maintenant devant les médias fin 2021, un survivant, un miraculé ayant pris du recul sur son propre personnage, et ses ambitions sportives.

Nous avons ainsi appris ou plutôt il a clairement affirmé que c’était bel et bien son objectif, et sa volonté personnelle de gravir son « Everest », après des années de douleurs au dos pour remporter un nouveau majeur en 2019, et à nouveau être le meilleur golfeur du monde, notamment devant les yeux de ses enfants.

Aujourd’hui, il ne se sent ni capable, ni l’envie de relancer sa carrière avec des objectifs aussi élevés.

Il l’a ensuite confirmé au cours d’un entretien avec nos confrères de Golf Digest, estimant qu’une carrière à plein temps sur le PGA Tour, avec le niveau de préparation que cela suppose, n’est pas la suite qu’il compte donner à sa vie de golfeur professionnel.

Au cours de la conférence de presse, il n’a pas voulu donner une date de retour potentiel, et citer un événement en particulier, comme le tournoi Père/enfant du PNC Challenge qu’il a déjà disputé avec Charlie, son jeune fils, ou même le Masters à Augusta en avril 2022.

On peut raisonnablement penser que cette conférence de presse, rendez-vous obligé pour l’organisateur du Hero World Challenge, moment du 25eme anniversaire de sa fondation déjà venue en aide à près de deux millions d’enfants aux Etats-Unis ou dans le monde, devait d’abord servir à expliquer aux fans qu’il n’était pas en mesure physiquement de reprendre sa carrière sportive, comme si de rien n’était, et comme si ce dernier accident n’avait pas entraîné des conséquences physiques, et morales.

Pour l’heure, Woods ne se fixe donc pas de calendrier de retour. L’accident, et le traumatisme de l’accident semblent encore trop présents à son esprit. Il a d’ailleurs bien clairement évoqué le fait de vouloir « tourner la page de 2021 », et même s’il y a pu avoir quelques moments heureux.

2021 a bien été une nouvelle année « horribilis » pour lui, une de plus…

Toutefois, Woods espère encore pouvoir jouer un rôle dans le golf de haut niveau. Il ne sait tout simplement pas encore sous quelle forme, et se fixe un objectif plus modéré : Celui de participer à quelques tournois dans une année (on peut supposer moins d’une dizaine), et pas plus.

Quand et à quel niveau, pour l’heure, il ne semble pas sincèrement avoir la réponse. En revanche, il semble clair avec lui-même sur le fait qu’il ne se sent pas pour l’heure en mesure de vouloir à nouveau se mettre sous pression, ou dans la nécessité d’affronter de manière permanente, les meilleurs golfeurs du monde. De toute cette conférence de presse où beaucoup de choses ont été évoquées, c’est probablement ce qu’il faudra retenir de plus notable, et donc un véritable tournant dans sa carrière.

Au-delà de la blessure physique, le tigre ne sent plus avoir le corps pour cela, mais aussi l’envie.

Il a refait le film de son précédent come-back en 2017 où après l’opération, il s’est rendu compte que la seule chose qui le limitait était son dos… Il a pu refaire un swing, rejouer au golf, revenir déjà au Hero World Challenge et être compétitif, puis jouer sur le PGA Tour de manière régulière, être en mesure de gagner, s’en approcher au British Open, puis au PGA Championship à Bellerive.

Enfin, il a atteint l’apogée de son come-back au Masters à Augusta en avril 2019. Selon ses propres termes, il ne voit pas aujourd’hui, cette même tendance se dessiner pour lui en décembre 2021, et pour les mois à venir.

Il se sent en paix avec son histoire, et considère même qu’il a déjà assez relevé de défis dans sa vie de sportif.

Pourtant, toujours au cours de ce rendez-vous avec les médias, Woods a toutefois évoqué de manière même subreptice, son intention pour la suite, et notamment en citant « Monsieur » Ben Hogan…

Qu’a-t-il voulu dire ? Au cours d’un moment relativement pessimiste pour la suite, Woods a tout de même lancé lui-même une sorte d’éclaircie…

Pour mémoire, Ben Hogan, sans doute une des plus grandes légendes du golf américain, au même titre que Sam Snead ou Byron Nelson, a lui aussi connu deux carrières.

Une première carrière couronnée de 63 succès entre 1938 et 1949, et une seconde différente après 1949 et déjà… un grave accident de la route.

A l’hiver 1949, sa Cadillac heurte de plein fouet un autobus qui le laissa avec une double fracture du Pelvis, une fracture de la clavicule, une fracture de la cheville gauche, une côte froissées, et un caillot sanguin qui a d’ailleurs failli lui être fatal.

De cet accident, il a gardé des séquelles toute sa vie, et ses médecins ont même pensé qu’il ne pourrait plus jamais marcher, et encore moins swinguer.

Un an avant cet accident, en 1948, il avait notamment remporté dix tournois dont l’US Open qui se tenait au Riviera Country Club, théâtre aujourd’hui du Genesis Open organisé par… Tiger Woods.

Onze mois après son accident, Hogan était pourtant debout et en mesure de contester la victoire au tournoi de Los Angeles, seulement battu en play-off par Sam Snead.

Par la suite, avec une seule jambe vraiment valide, Hogan gagna encore douze tournois, dont six majeurs !

En 1953, soit quatre ans après son accident, il réalisa ce que beaucoup allaient appeler la « saison Hogan » en gagnant cinq des six tournois qu’il disputa, dont trois majeurs, le « Grand Chelem de Hogan ».

Si Woods devait donc connaître une dernière partie de carrière du même acabit que celle de Hogan, bon nombre de fans signeraient des deux mains pour qu’un tel scénario se répète, et même si Woods ne devait plus jouer que six ou sept tournois dans une année.

Comme Ben Hogan, on peut sérieusement douter qu’à partir de 50 ans, le calendrier de Woods puisse inclure des tournois du Senior Tour. Hogan n’a effectivement jamais joué sur ce circuit vétéran, et alors qu’il existait déjà.

Cela étant, Woods a plaisanté du fait que dans quatre ans, il pourra enfin jouer au golf en voiturette !

Le discours de Woods ne marque donc peut-être pas tout à fait la fin de son histoire sportive… il marque une manière de faire autrement, tout en s’enlevant la pression que tous ses fans, et les médias pourraient vouloir lui mettre à l’avenir.

Bien qu’il estime connaître la recette pour gagner. Il l’a déjà fait. Finalement, plus positif, il n’a pas signifié l’arrêt total de sa carrière et de ses ambitions, simplement il prépare le monde à moins le voir en action.

Encore récemment invité par Phil Mickelson à battre à son tour le record du plus vieux golfeur à remporter un majeur, Woods peut bel et bien encore nous faire vivre ce moment… Il faudra juste être patient. Il n’a encore que 45 ans, bientôt 46 ans, et malgré ce qu’il peut laisser penser sur son grand-âge, il reste jeune.

Pour le moment, son dos, et ses jambes lui font mal. C’est la vérité de décembre 2021 avant de se projeter sur ce que l’avenir lui réserve.

Avant d’évoquer de nouvelles victoires, Woods doit déjà se prouver à lui-même qu’il peut être assez bon pour bien jouer au golf. Il ne pourra pas se contenter de chips et de putts. Il a conscience que les parcours sont longs, et qu’il va devoir retrouver une excellente forme physique. Pour l’heure, il indique que le processus va être long, avant de pouvoir raisonnablement affronter des parcours de plus de 6500 mètres (le parcours d’Albany où se dispute le Hero World Challenge mesure 6676 mètres).

Quoi qu’il en soit, nous devons nous interroger : Sommes-nous rassasiés ou voulons-nous en plus ? Sommes-nous rassasiés de voir Tiger Woods soulever des trophées, et accomplir des exploits incroyables sur les parcours, pour nous montrer à quel point un homme peut repousser les limites de ce jeu ?

Quelle que soit notre réponse, comme Tiger Woods l’a exprimé, l’horloge tourne pour tout le monde, et pour lui-aussi. Même si la légende de Tiger s’est écrit à l’âge d’or de la communication, des médias, et des réseaux sociaux, que nous avons des milliers d’images de ses exploits à la différence de Ben Hogan, il nous faudra bien réaliser aujourd’hui ou demain, que cette histoire va s’achever, et même si depuis la fin des années 90, aucun autre sportif n’a autant duré et pu faire parler de lui, susciter des attentes sur une aussi longue période de temps, si pour notre génération, cela paraît un temps infini, Woods est venu nous expliquer que nous sommes bel et bien, dans la dernière ligne droite de son histoire sportive.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas mis un point final, et qu’il reste une toute petite lumière au fond du couloir.

Crédit photo : Robin Alam/Icon Sportswire

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