The Player’s: McIlroy victime de la course à la vitesse de swing imposée par DeChambeau ?

Avec dix coups au-dessus du par après deux tours, le nord-Irlandais Rory McIlroy a terminé au fond du classement du Player’s Championship 2021, disputé en Floride, sur le célèbre parcours de Sawgrass. Jusque-là tenant du titre (tournoi remporté brillamment en 2019), l’édition 2020 ayant été finalement interrompue puis annulée en raison de l’épidémie de COVID_19, McIlroy a coulé ! Pour un golfeur professionnel, passé au travers n’est pas un événement si extraordinaire, pourtant, quand il s’agit de l’ancien numéro un mondial (31 ans), si brillant fin 2019 et avant l’interruption du jeu, et si irrégulier depuis la reprise, cela interroge forcément un peu plus…McIlroy a-t-il perdu son jeu ? Abonné aux premières places pour la distance au drive, se mettrait-il trop de pression depuis l’émergence du nouveau DeChambeau ?

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La première carte de 79 sur le TPC de Sawgrass pour le premier tour du Player’s Championship pourrait paraître anecdotique ou surtout accidentelle.

Avec 14 coups de retard sur la tête du tournoi avant le second tour, il était entendu que la suite du tournoi serait compromise pour le meilleur golfeur européen depuis une décennie.

Le début de partie du natif d’Holywood en Irlande du Nord a été, il est vrai, cauchemardesque avec un drive égaré sur la gauche du fairway, et qui l’a conduit à un double-bogey.

« C’est vraiment difficile de se remettre d’un mauvais départ, surtout quand vous vous dites que le reste de la journée va être long. »

Par la suite, à écouter le discours du golfeur, il n’est pas compliqué de comprendre que sa confiance a été émoussée « Vous commencez à vous demander dans quelle direction va partir la balle, à gauche, ou à droite… Par conséquent, c’est difficile d’éliminer un côté du parcours. »

Quand un golfeur observe une tendance de trajectoire, il peut s’en servir pour adapter sa stratégie au dessin des trous.

Et effectivement, sur sa première partie, les choses n’ont fait qu’empirer jusqu’au 18eme trou où il a envoyé deux balles dans le lac, à gauche du parcours (son drive, et son troisième coup) pour finir par commettre un trois-putt sur le green, sanctionnant un quadruple bogey.

Seule expérience amusante de son début de tournoi, Rory a retrouvé à table Stenson, Poulter et Hatton pour une réunion des « mauvaises parties » du jour.

Le lendemain, pour le second tour, il lui fallait donc sortir une très grande journée de golf pour seulement espérer passer le cut.

Malheureusement pour lui, sans répéter la journée catastrophe de la veille, les dieux du golf n’ont pas été de son côté, ou plutôt un score de 75 est venu sanctionner sa prestation, et surtout nous illustrer les difficultés qu’il rencontre actuellement dans son jeu.

Nous parlons d’un joueur exceptionnel, qui en 2019 surfait sur la vague, pas seulement pour sa victoire sur ce Player’s, et semblait en mesure de reprendre une bonne dose de domination sur le golf mondial.

Driving, wedging, putting, et surtout attitude, tout était réuni dans un jeu magnifique.

Patatras, le confinement est passé par là… Rory a semblé perdre son « mojo » ou plutôt un phénomène imprévu s’est déroulé sous ses yeux : La transformation métaphysique de DeChambeau, soudainement capable de driver à une vitesse de swing hallucinante et quasi-surnaturelle de plus de 130 mph.

Le monde du golf a été déstabilisé par cette nouvelle, et sans imaginer qu’un de ses enfants, Rory, pourrait être justement mis en difficulté au cœur de son projet de jeu.

McIlroy est lui-même un golfeur qui a construit son score sur le parcours à l’aide de sa vitesse de swing (souvent au-dessus de 120 mph).

Dans un sport de haut niveau où le niveau de compétition est extrêmement élevé, DeChambeau a pris un avantage majeur sur le champ des joueurs, McIlroy compris, et cela s’est immédiatement traduit par une victoire en majeur, l’US Open.

Pendant ce temps, McIlroy est justement toujours au pain sec sur ces tournois depuis sept ans, une éternité, et ce n’est certainement pas sans effet sur sa psychologie, même si à l’occasion de mon interview en Suisse, pour la première fois, je l’ai senti relativiser l’importance des majeurs dans une carrière.

Ce vendredi, en conférence de presse, McIlroy en a dit plus sur les raisons techniques qui pourraient expliquer une mauvaise passe en train de s’installer.

Depuis la reprise du golf en 2021, McIlroy a déjà enchaîné de très bonnes journées, notamment à Abu Dhabi et des journées quelconques (toujours à Abu Dhabi où malgré un excellent début, il a terminé à la troisième place).

On aurait pu penser qu’il était néanmoins dans la bonne direction.

Derrière, une fois sur le sol américain, ses résultats n’ont pas été des plus convaincants avec déjà un premier accident « industriel » sur un gros tournoi, le Genesis Invitational.

Sur les dix derniers tournois qu’il a disputé, on commence à retrouver une tendance de fond négative : Déjà sept parties terminées avec un score supérieur à 75 !

Au Genesis, il a joué 73 et 76 pour manquer le cut, mais pire sur les dix derniers tournois, lors du dernier tour, dimanche, il a rendu quatre cartes de cet acabit.

La semaine passée, pour le célèbre Arnold Palmer Invitational où il avait une carte à jouer, une dernière carte de 76 l’a repoussé à la dixième place finale.

L’accident du Player’s n’est donc plus si accidentel et se transforme même en tendance.

Comment un tel joueur peut-il en être arrivé là ? Loin de moi l’idée de le juger, le golf est trop difficile, mais au moins, cela interpelle.

Ce vendredi, il s’est d’abord montré hésitant à l’idée d’expliquer puis il s’est finalement livré en sincérité, admettant des problèmes avec son swing.

DeChambeau a bel et bien eu un impact sur sa psychologie, et son jeu. Le nord-Irlandais a admis avoir travaillé sur le fait d’augmenter à son tour sa vitesse de swing au drive.

Cependant, pour lui, cela s’est accompagné d’une notable contrepartie : Son swing serait devenu trop long, trop plat et trop en rotation.

Quelques jours après la victoire de DeChambeau à l’US Open, Rory avait un peu de temps à tuer, et s’est mis en tête de pousser sa vitesse de drive au maximum.

Rory est pourtant l’un des quatre plus longs-frappeurs sur le PGA Tour au cours des cinq dernières années. Conscient du changement sur le jeu induit par DeChambeau, il a néanmoins voulu plus !

« Ce serait vous mentir que d’affirmer que cela n’a rien à voir avec Bryson, et ce qu’il a fait à l’US Open. »

Avec sa victoire avec six coups d’avances, visiblement, DeChambeau a fait beaucoup de dégâts dans les têtes des meilleurs joueurs du monde.

DeChambeau y a obtenu la validation de sa métamorphose physique. Toutefois, Rory a tenu à préciser « La chose que les gens ne perçoivent pas, c’est combien Bryson est fort depuis le rough » ajoutant « Ce n’est pas seulement à cause de ses clubs plus upright, mais aussi parce que ses clubs de petit-jeu sont en fait plus longs que des clubs standards, et donc, de cette manière, il peut générer un peu plus de vitesse depuis le rough par rapport aux autres joueurs. »

Cela étant, le sujet c’est bien la vitesse de swing au drive, et sur ce point, Rory aurait donc gagné 3 mph de vitesse en seulement quelques mois. On peut se demander si ce gain n’est pas à l’origine d’un jeu franchement moins bon, et franchement moins régulier ?

McIlroy semble avoir conscience d’avoir mis le doigt dans un mauvais engrenage, et cherche désormais à en sortir.

Il a perdu 5 kilos, stabilisé son travail sur la vitesse de swing, changé de driver pour un modèle qui lui donnerait plus de spin, acceptant moins de distance, mais plus de contrôle…

Toutefois, à bien regarder sa performance à Sawgrass, le problème n’est largement pas que le driving. Ce ne serait pas une vision juste des choses.

Son putting a été dramatique. Jeudi, sur les greens, il a perdu pas moins de 3,6 coups sur le reste du champ des joueurs, et encore 2,7 coups le vendredi suivant.

Pour illustrer les problématiques du joueur, je vous ai composé le tableau suivant relatant ses principales caractéristiques ou comment il construit son score.

De 2018 à 2021, on peut voir que finalement sa distance moyenne au drive n’a pas réellement évolué à la hausse, et malgré la hausse de vitesse de swing qu’il annonce, et effectivement mesuré par le PGA Tour.

Si le gain est spectaculaire entre 2020 et 2021, passant de 119 à plus de 122 mph, sur quatre ans, c’est plus relatif.

Il est intéressant de noter qu’en comparaison du reste du champ des joueurs du PGA Tour, McIlroy reste largement au-dessus avec un avantage pouvant aller jusqu’à 8 mph.

Et dans ce même laps de temps, Rory n’a jamais été le premier pour la vitesse de swing. Si DeChambeau le domine pour le moment, et tant que son corps le lui permet, McIlroy a déjà accusé un retard certain sur Cameron Champ (en 2020) ou Keith Mitchell (en 2018).

Si l’écart devient effectivement spectaculaire avec DeChambeau (11 mph), le nord-Irlandais explique bien que ce n’est pas le seul problème, et qui se résume par la perte moyenne d’un coup par partie. McIlroy joue en moyenne 70 au lieu de 69 au cours des trois précédentes saisons, dont cette fameuse saison 2019, vraiment exceptionnelle.

Ce deuxième tableau compile cette fois les coups gagnés par compartiment de jeu.

Pour le moment, en 2021, malgré les explications du joueur pour nous dire que son swing lui pose un problème, ses coups gagnés au drive (0,91) alimentent toujours pour plus de la moitié son total de coups gagnés (1.46).

En revanche, on peut observer que le jeu d’approches (les fers), et le petit-jeu ont franchement flanché par rapport à 2019, sans même parler du putting.

On peut d’ailleurs estimer que globalement, le jeu de McIlroy n’est pas si mauvais en comparaison de ce qu’il a produit en 2018 ou 2020, pourtant, il s’agit bien de gommer ses très mauvaises parties qui plombent pour l’instant son année 2021.

La seule nouvelle rassurante à court terme, c’est que le joueur semble déterminer à retrouver son meilleur niveau, et se dit prêt à travailler fort pour cela « Je veux retourner au practice le plus vite possible, et me sortir de tout cela. Je suis vraiment déterminé à retrouver le niveau de jeu qui doit être le mien. »

Crédit photo ; David Rosenblum/Icon Sportswire

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