Posté par le dans European Golf Tour

The Open 2019 : Shane Lowry réunit l’Irlande le temps d’un majeur

En remportant dimanche le 148eme Open britannique de golf, l’Irlandais Shane Lowry a démontré qu’en moins d’un an, dans ce sport magnifique, mais parfois terrible, on pouvait passer des larmes à la joie. A 32 ans, primo vainqueur en majeur, irlandais, Shane Lowry a aussi et surtout le temps d’une semaine, mis à l’honneur le golf irlandais, et fait oublier les fractures d’une île divisée. Le cliché ci-dessus, d’un Lowry marchant triomphalement à la façon d’un Tiger, sur l’ultime green du tournoi avec toute la foule unie derrière lui, restera sans doute comme l’une des images de l’année de golf 2019.

Découvrez nos formules d'abonnements

Il y a de rares moments où le sport dépasse son cadre naturel, pour envoyer un message.

En choisissant de revenir en Irlande du Nord, au Royal Portrush, 68 ans après sa dernière apparition en Irlande du Nord, le Royal et Ancient marchait à la fois sur des œufs, faisant preuve plus qu’à l’accoutumée d’une forme de fébrilité mélangé à de l’humilité, tout en espérant que l’événement serait justement une démonstration mondiale du rôle majeur de The Open.

Mais il fallait d’abord obtenir l’assentiment des locaux…

Pour Martin Slumbers, désormais dirigeant du Royal « Nous sommes conscients que The Open arrive ici que toutes les X années. En tant qu’invités, nous sommes désireux de nous intégrer à la communauté le temps d’une semaine. Nous voulons dépenser de l’argent ici. Nous voulons aider la communauté. Nous serons bientôt repartis, mais nous voulons communier avec vous. »

Pour ensuite en faire un succès au retentissement mondial…

Seul majeur disputé hors des USA, désormais relégué dernier majeur de l’année par le calendrier du PGA Tour, The Open voulait illustrer à quel point il est peut-être le plus international des majeurs, mais aussi celui qui peut envoyer les images, et les messages qui dépassent le plus le cadre du golf.

Cette semaine de golf a été un succès pour le R&A et à plus d’un titre.

Le tournoi s’est parfaitement déroulé en Irlande du Nord, sans aucun heurt majeur à signaler, et le vainqueur ne pouvait pas être plus parfait pour l’organisateur.

Certains chroniqueurs ont parlé d’une victoire du golf européen. C’est totalement faux. The Open consacre le golf britannique, et seulement le golf britannique.

C’est la fête du golf britannique.

Alors que Boris Johnson va certainement devenir le prochain premier ministre anglais et activer coûte que coûte le Brexit, y compris hard, il n’y avait aucun continental dans les dix premières places du leaderboard.

Mis à part un Molinari héroïque et décidément taillé pour les terribles links anglais, irlandais, gallois ou écossais, (11ème) ou encore Rahm, Noren et Bjerregaard, jamais en course pour la gagne, ce 148eme open a été disputé par Lowry, Fleetwood, Westwood, Willett, MacIntyre, et encore Hatton contre de vaillants américains, très loin de leurs conditions de jeux habituelles, et notamment Koepka, Finau, Fowler, Reed et Thomas, rappelant les plus anciennes heures de la Ryder Cup, quand elles n’opposaient qu’américains et britanniques.

C’était peut-être cela l’opinion d’une partie de la presse anglo-saxonne, considérer que les Iles Britanniques sont l’Europe.

En tout cas The Open consacre cette histoire, et il est terriblement difficile pour un golfeur du vieux-continent de venir exister dans un tel événement et tel contexte.

Cela militerait d’ailleurs à la création enfin d’un premier vrai majeur européen, sur le sol continental, mais ce n’est pas encore le message envoyé par la victoire de Lowry.

Dans le contexte particulier de l’Irlande du Nord, un pays plus connu dans le monde pour son passé sanglant, ses conflits politiques et religieux qui nous échappent un peu, à nous les lointains continentaux, un pays plus connu pour ses murs, ses frontières, et dont le sujet terrifie actuellement et concrètement les eurodéputés à Bruxelles, le temps d’une semaine, il a été question d’un sujet bien plus léger : Le Golf.

Ce golf qui réunit les passions.

Ce golf qui a fait vivre une semaine toute en émotions pour Rory McIlroy, un des artisans de la venue du majeur en Irlande du Nord, au même titre que Graeme McDowell, et Darren Clarke.

Ces trois golfeurs nord-irlandais, titrés en Ryder Cup, et pour deux d’entre eux, vainqueurs d’une Claret Jug, désiraient ardemment la reconnaissance du Royal&Ancient, avec enfin un retour à Portrush.

Quand on évoque le golf dans les Iles Britanniques, l’Irlande du Nord est sans doute le dernier nom qui vient en tête, loin après l’Ecosse, l’Irlande, le Pays-de-Galles ou même l’Angleterre.

McIlroy, qui a joué sur le Royal Portrush Golf Club depuis l’âge de 10 ans, numéro trois mondial, et peut-être après Tiger Woods et Phil Mickelson, la troisième plus grande star de ce jeu actuellement, a pu expérimenter d’être le temps de deux jours, d’être le héros local.

Ce moment était plus grand que lui.

« Être capable d’accueillir ce tournoi une fois encore ici, je pense que cela dit beaucoup sur ce que le pays est devenu et a traversé. » se référant forcément aux trois décennies de conflits meurtriers, « The Troubles ».

On parle de près de 3600 morts sur cette période.

« Nous sommes désormais tellement loin de ces événements, et c’est une chose merveilleuse. »

A l’époque des troubles, le golf était très loin des esprits alors que de nombreuses familles étaient déchirées par la perte d’un être cher.

Pour la dernière apparition de la Claret Jug en Irlande du Nord, en 1951, c’était l’anglais Max Faulkner qui avait remporté la victoire, pratiquement un affront.

En 2019, c’est pourtant un Irlandais (du Sud) qui a grandi à 4 heures de la frontière qui a conclu la parenthèse ou au contraire, ouvert une nouvelle page d’histoire.

Harrington, irlandais, vainqueur de The Open 2007 et 2008, McDowell, natif de Portrush et vainqueur de l’US Open 2010 ont sans doute contribué, au même titre que McIlroy, à ce que Peter Dawson, alors CEO du R&A, annonce en 2014, le retour du golf en Irlande du Nord, dans un climat apaisé.

Imaginez que McDowell a dû rentrer un putt de 9 mètres à l’Open du Canada, quelques semaines plus tôt, pour gagner son entrée dans le champ des joueurs de son OPEN !

Lui aussi a milité pour le retour à Portrush, conscient de l’énorme impact financier que peut drainer The Open pour une région, et notamment pas la plus riche.

Lui aussi a milité pour démontrer que l’Irlande du Nord avait un autre message pour le monde, un message d’avenir, et non pas de passé, comme si ce morceau d’ile ne pouvait se définir qu’à travers ses conflits.

Interrogé sur ses questions, il ne voulait pas parler de politique ou de religion, conscient que ce n’était ni le lieu, ni le moment, mais surtout voulant valoriser le symbole, le changement, et tout ce qui a été surmonté.

Mais plus qu’une victoire d’un Nord-Irlandais à Portrush, la victoire de Lowry pouvait justement illustrer un message de paix.

Dans le fond de l’image choisie en illustration, au-delà du visage lumineux de Lowry, on peut apercevoir un drapeau Irlandais dans la foule. Cela aurait pu être inconcevable, et source de violentes altercations.

Peu de personnes savent sans doute que dans la nuit de samedi à dimanche, dans le centre de Portrush, certains avaient entamé les chants des « Sons of Ulster », un affront, et une provocation qui a « stressé » le R&A, demandant expressément à ses collaborateurs, de rester à l’écart de tout conflit potentiel le dimanche.

Réussir l’organisation de ce majeur n’était pas gagné d’avance…

Ce drapeau irlandais a pu flotter sur un fairway nord-irlandais sans provoquer de heurts, car c’était un moment de liesse collective, un moment de réhabilitation du golf nord-irlandais…

Le golf a transcendé les passions, celle d’un McIlroy qui s’est dit un autre homme après cette expérience, et malgré son cut manqué.

Il déclarait même ne pas savoir pourquoi mériter une telle attention et un tel amour du public, touché au plus profond de lui, et alors que Portrush a été un parcours marquant dans son parcours de jeune golfeur.

De l’avis de témoin de ce tournoi, l’ambiance à Portrush était incomparable avec d’autres majeurs britanniques.

Pour un spectateur américain « C’est mon 12eme Open, et je dois dire que c’était tout bonnement incroyable. Le parcours, l’atmosphère, ce sont des choses dont je n’avais jamais été témoin auparavant. Je quitte l’Irlande du Nord après avoir rencontré les meilleures personnes et avec des souvenirs pour toujours. Pour sûr, je reviendrai dans cette magnifique partie du monde. Il faut visiter. »

Nous parlons bien d’un week-end, et notamment d’un dimanche où la pluie et les rafales de vents ont participé au spectacle ! The Open ne serait pas The Open sans ces conditions de jeux détestables.

La nuit a été agitée entre samedi et dimanche pour le leader Shane Lowry, et à qui, la victoire semblait promise.

Ce majeur pourrait se résumer à un concours de chipping et de putting, et à ce « petit-jeu », c’est justement l’Irlandais qui s’est illustré, comme si le parcours était parfaitement à sa main.

Quand Peter Dawson a choisi Portrush en 2014, a-t-il pensé que la victoire ne pouvait pas échapper à Lowry, sorte de réincarnation de Ballesteros du nord de l’Europe, et avec une barbe ?

Lowry a réuni le Nord et le Sud, et cela vaut bien plus qu’une victoire dans un tournoi.

Le temps d’une semaine, l’Irlande du Nord a été mise à l’honneur pour son golf, et pas pour ses conflits.

Crédit photo : David Blunsden/Actionplus/Icon Sportswire

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 527
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter
Driver déclaré illégal en majeur: Cela devait arri...
Shane Lowry : D’une défaite terrible à une victoir...

Auteur

 

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.